‹ L'architecture hindoue en Extrême-Orient;Chapitre 39 sur 96 · Aymonicr. Le Cambodge, 11, p · texte numérisé non relu

Aymonicr. Le Cambodge, 11, p

Jayarvarman IV et Sûryavarman II. La stèle énumèrc les villages et les esclaves qui doivent subvenir aux frais de la fondation, les terres et les bestiaux qui font partie du domaine, etc.

Il y a donc eu de nombreuses réfections ou réédifications du temple, lequel peut être attribué, dans son dernier état, au xu° siècle de notre ère. C'est du reste l'indication que donne l'étude de son style, qui est franchement cambodgien.

Rien, dans tout ceci, ne rappelle la domination chamc. A-t-elle été antérieure à l'avènement des Khmèrs au vi e siècle? A-t-elle été postérieure ? Mais dans ce cas elle aurait été bien passagère. Nul ne le sait. Les missionnaires de Bassak pensent que le pays a été habité par les Chams ainsi que le veut la tradition, mais qu'ils ont peutêtre abandonné le pays à la suite dune épidémie ; ces exodes hygiéniques de populations entières sont fréquents en Indo-Chine, et au moment même de notre visite, le Bassak siamois se dépeuplait pour des raisons analogues. La contrée est très malsaine. Les missionnaires ajoutent que les Khas, les Djaraï (autochtones de la rive gauche) avaient reçu l'empreinte chame ; leur langue est en partie chame, leurs sabres a longue poignée d'argent ciselé sont de style cham et annamite, enfin à Bassak même les indigènes se servent de la numération chame. Nous n'insisterons pas sur ce sujet, car les indianistes, en conformité avec l'indication des stèles, se sont toujours prononcés jusqu'ici contre la prétendue origine chame de Vat Phou ; nous attendons de nouvelles découvertes. Nous ferons remarquer simplement que plus le pays est exploré, plus les édifices chams surgissent dans le voisinage du Mékong (rive gauche).

Les palais de Vat Phou sont appelés dans le pays : celui du Sud « Prasat Jaya Kramata » et celui du Nord « Prasat Neang Sîtâ », c'est-à-dire palais de la princesse Sîtà. M. Aymonier donne une identification inverse, mais nous préférons celle de nos guides indigènes, par la raison que le palais du Nord paraît davantage approprié

LES PALAIS HINDOUS DU CAMBODGE 125

aux nécessites du harem ; les fenêtres de la façade Nord du palais Nord étant ouvertes sur la cour ou bassin intérieur.

Nous ne serions pas complet, si nous ne donnions, à titre de curiosité (quelle que soit l'affectation des deux palais 1 ), la légende qui a trait, d'après Aymonier, au roi Kramata :

Le Cham Kamathan ou Kramata épouse la fille du roi laotien de Vicng Chan, qui avait été abandonnée sur un radeau sur le Mékong. De cette union naquit la belle princesse Sità, que son père fut contraint de livrer aux ogres. Le prince Khattamam, dont la naissance était miraculeuse, tua les monstres et épousa la princesse. Les deux palais de \at Phou portent leurs noms.

En dehors des deux palais en pierre, d'autres constructions plus légères destinées à des princes et à des princesses de la famille royale occupaient probablement une partie des espaces libres du plateau.

Il est possible que les deux palais de Vat Phou aient servi de résidence officielle aux petits rois de Bassak, feudataires des rois khmers. 11 est en effet en usa^e à la cour du roi du Cambodge et du roi de Siam daller chaque année, pendant la saison d'été, passer quelques jours dans les résidences estivales et dans les parcs des pagodes à la mode. Moura le dit expressément 2 : « Les prea-sats étaient des monuments essentiellement religieux, cependant nous pensons que quelques-uns de ces édifices avaient le triple caractère de temples, de monastères et de palais, ou plutôt de lieux de plaisance pour les grands seigneurs. Au Cambodge, quelques inscriptions indicatrices en fournissent la preuve irrécusable, ainsi, celle de Bachey-Baar porte cette phrase : « Les rois viennent souvent ici s'amuser avec leurs familles et leurs serviteurs ». L'inscription de Vàt Ec témoigne que le temple a été construit au moyen de dons de valeur faits parles habitants, et elle

i. Aymonier. Le Cambodge, II, p. 164.

Page 1