‹ L'architecture hindoue en Extrême-Orient;Chapitre 43 sur 96 · Aymonicr. Cambodge, III, p · texte numérisé non relu

Aymonicr. Cambodge, III, p

3. Mémoires sur les coutumes du Cambodge, traduction Pelliot.

4. Il faut probablement entendre par là les toits télescopiques et en galerie à gradins, précurseurs du style actuel.

LES PALAIS HINDOUS DU CAMBODGE l3*]

fenêtres en or ; à droite et à gauche sont des colonnes carrées portant de /io à 5o miroirs, rangés sur les côtés des fenêtres 1 . En dessous, sont représentés des éléphants. J'ai entendu dire qu'à 1 intérieur du palais il y avait beaucoup d'endroits merveilleux, mais les défenses sont très sévères, et il est impossible d'y pénétrer. Dans ce palais, il y a une tour d'or, au sommet de laquelle couche le roi. Tous les indigènes prétendent que dans la tour il y a l'âme d'un serpent a neuf têtes, maître du sol et de tout le royaume. Il apparaît toutes les nuits sous la forme d'un femme. C'est avec lui que le souverain couche d'abord et s'unit ; même les premières femmes du roi n'oseraient entrer. Il sort a la deuxième veille et peut aussitôt dormir avec ses femmes et ses concubines. Si une nuit l'àmc de ce serpent n'apparaît pas, c'est que le moment de la mort du roi est venu. Si le roi manque une seule fois de venir, il arrive quelque malheur. » 11 semble bien qu'il est question ici du Phimeanakas. Cette habitation aérienne devait être bien pénible à escalader par le roi qui ne se déplaçait d'habitude qu'en palanquin. Les escaliers hindous sont en effet dune raideur excessive, et n'ont, d'après Tissandier, que o m ,io de large pour o m ,3o de hauteur.

Ceci dit, reprenons le récit de ïcheou-ïakouan : « Les habitations des princes et des grands officiers ont une autre disposition et d'autres dimensions que les maisons du peuple. Tous les communs et logements excentriques sont couverts de chaume ; seuls, le temple de famille et l'appartement privé peuvent être couverts en tudes, mais jamais le peuple n'oserait imiter la disposition des maisons nobles 2 ...

i. La décoration en clinquant et verroterie du style actuel était donc déjà en usage.

2. Des voyageurs chinois du xv' siècle trouvèrent encore les mêmes règles en vigueur au Champa ; « Le palais du roi est vaste et élevé, couvert de tuiles ornées et entouré d'un mur de terre. 11 est crépi à la chaux. La porte du palais est ornée de figures d'animaux de toutes sortes, sculptées dans un bois très dur. Pour les demeures des

l38 LE ROYAUME DU CAMBODGE ET LE CHAMPA

« J'ai passé plus d'une année dans ce pays et j'ai vu sortir le roi quatre ou cinq fois. Quand le prince sort, de la cavalerie est en tête de l'escorte, puis viennent les étendards, les fanions, la musique. Des filles du palais, au nombre de 3oo à 5oo, en étoffes à ramages, des fleurs dans les cheveux, tiennent a la main de grands cierges et forment une troupe ; môme en plein jour, leurs cierges sont allumés. Puis viennent des filles du palais tenant la lance et le bouclier et qui sont la garde privée du prince; elles aussi forment une troupe. Suivent les voitures de chèvres, les voitures à chevaux toutes ornées d'or. Les ministres, les princes sont montés à éléphant et allant en avant, regardent au loin : leurs parasols rouges sont innombrables, après eux arrivent les épouses et les concubines du roi, en palanquin, en voiture, à éléphant. Elles ont certainement plus de ioo parasols garnis d'or. Derrière elles, c'est le prince, debout sur un éléphant, et tenant à la main la précieuse épée. Les défenses des éléphants sont enveloppées d'or. Il y a plus de 20 parasols blancs garnis d'or et dont les manches sont en or. Si le roi se rend à un endroit voisin, il ne se sert que d'un palanquin d'or porté par quatre filles du palais. Le plus souvent le roi, en sortant, va voir une petite pagode d'or, devant laquelle est un bouddha d'or. Ceux qui aperçoivent le roi doivent se prosterner et toucher la terre du front, sinon ils sont saisis par les maîtres des cérémonies qui ne les relâchent pas sans qu'il leur en coûte.

(( Chaque jour le roi tient audience deux fois pour les affaires du gouvernement. Il n'y a pas de liste arrêtée. Ceux des fonctionnaires ou du peuple qui désirent voir le prince s'asseoient à terre pour l'attendre. Au bout de quelque temps on entend dans le palais une musique lointaine et au dehors on souffle dans des conques comme bienvenue au roi. J'ai entendu dire qu'il ne se servait que d'un

fonctionnaires royaux, certaines règles déterminent la hauteur qu'elles peuvent avoir ; et pour le simple peuple, il encourt un châtiment si le larmier de sa demeure dépasse 3 pieds ; le toit est couvert de chaume ». China Review, III, 3a 3 (note de M. Pelliot).

LES PALAIS HINDOUS DU CAMBODGE 1 3ty

palanquin d'or. 11 ne vient pas de loin. Un instant après on voit deux filles du palais relever le rideau de leurs doigts menus, et le roi, tenant en main lépée 1 , apparaît à la fenêtre d'or. Ministres et gens du peuple joignent les mains et frappent le sol du front. Quand le bruit des conques a cessé, ils peuvent relever la tête. Suivant le bon plaisir du roi, ils s'approchent aussi pour s'asseoir. Au lieu où l'on s'assied, il y a une peau de lion qu'on regarde comme un objet royal. Quand les affaires sont terminées, le prince se retourne, les deux filles du palais laissent tomber le rideau ; tout le monde se lève. »

Aujourd'hui encore, les cortèges royaux et les usages de la Cour du Siam et du Cambodge rappellent en beaucoup de points les usages anciens 2 .

Les bas-reliefs du Baïon et d'Angkor Vat reproduisent du reste toutes ces fêtes et tous ces cortèges, avec une précision amusante. Avant de quitter les mémoires dcTcheou-Takouan, nous ferons encore un court extrait du chapitre relatif aux ustensiles et au mobilier. Nous verrons que le confortable n'existait nulle part; il s'est du reste maintenu a peu près au même point dans presque toute l'Indo-Chine, sauf dans les milieux européens : « Les gens de classe moyenne ont une maison, mais sans table, banc, bassine ou seau. Pour cuire le riz ds se servent d'une marmite en terre ; pour préparer la sauce, ils emploient une poêle de terre. Ils enterrent trois pierres pour faire leur foyer et se servent dune noix de coco comme louche. Pour servir le riz ils emploient des assiettes chinoises de terre ou de cuivre. Pour la sauce, ils se servent de feuilles d'arbres dont ils font une petite tasse qui, bien que pleine de jus, n'en laisse pas couler. Ils font aussi avec des feuilles de kiao de petites cuillers pour puiser

i. Cette épéeestle palladium de la royauté. Elle existe encore aujourd'hui dans le trésor royal. C'est une riche arme de style hindou avec lame damasquinée d'or et fourreau d'or ciselé.

2. Voir dans le Bulletin de l'École Française d'Extrême-Orient, p. 121, la fête de la coupe des cheveux.

le jus et le porter à la bouche. Quand ils ont fini ils la jettent. Il en est de même dans leurs sacrifices aux génies et au Bouddha.

« Ils ont aussi à côté deux un bol d'étain ou de terre plein d'eau pour y tremper les mains ; c'est qu'ils n'emploient que les mains pour prendre le riz qui colle aux doigts, et, sans cette eau, ne s'en irait pas. Ils boivent le vin (eau-de-vie de riz) dans des gobelets d'étain; les pauvres emploient des écuelles de terre. Les maisons nobles ou riches emploient parfois des récipients d'argent, quelquefois même d'or. Dans ce pavs on emploie aux anniversaires nombre de vaisseaux en or de dimensions et de formes variées ; à terre on étend des nattes Ming-Tcheou ou des peaux de tigre, de panthère, de cerf, de daim, ou des nattes de rotin. Depuis peu, ils ont adopté des tables basses, hautes d'environ un pied. Pour dormir ils n'emploient que des nattes et couchent sur des planches. Depuis peu, il y en a qui se servent de lits bas, faits en général par des Chinois. Ils recouvrent leurs ustensiles de table avec une pièce d'étoile ; dans le palais du souverain, on emploie des brocards d'or, cadeaux des marchands étrangers 1 . »

Quant aux costumes, si nous en jugeons par les innombrables spécimens des bas-reliefs d'Angkor, ils étaient les mêmes qu'aujourd'hui et comportaient le pagne et le torse nu. Le pagne toutefois s est transformé en sampot pour le monde officiel, suivant la mode siamoise.

Les maisons du peuple et des notables n'ont guère varié non plus. Ce sont en général des maisons en bois ou bambou sur pilotis, au toit simple ou double toit couvert en tuiles ou en chaume, avec véranda. Chaque habitation comprend deux corps de bâtiments séparés par une petite cour, le tout sur pilotis. Le premier corps de bâtiment est consacré aux appartements, le deuxième est affecté à la domesticité et la cuisine (fig. 129).

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