Mémoire sur les coutumes du Cambodge, traduction Pclliot
LES PALAIS HINDOUS DU CAMBODGE
io° Baion. — Le Baïon est un des monuments les plus remarquables de l'ancien Cambodge. 11 comprend trois enceintes de galeries et une tour, avec, au centre, une tour pyramidale de grandes dimensions: c'est le sanctuaire 1 . Les tours représentent, ainsi que les tours d'entrée d'Angkor Thom, le Brabma à quatre faces (fig. 1 3o). Nous en donnons deux restitutions dont une très originale que notre ami Dufour, architecte chargé de mission en Indo-Chine, a bien voulu crayonner rapidement à notre intention (fig. i3i, i32).
Fig. 129. — Maison de notable cambodgien, sur pilotis.
Le temple, d'après les traditions locales, aurait été un palais; mais cette hypothèse n'est pas admise par le monde savant. On croit que la destination de l'édifice était religieuse, ainsi que l'indiquent du reste ses tours brahmaniques et les anciens emplacements de divinités. Cependant certaines galeries d'angle constituent de véritables appartements voûtés qui pouvaient être habités par des moines. Chaque pièce peut avoir 5 mètres sur 2 mètres (lig. i33).
D'après Aymonier, le temple aurait été construit en même temps que la capitale elle-même de 860 à 900 de notre ère, mais les seules inscriptions encore existantes sont du xn c et xm e siècle, à la lin de la période brahmanique. Depuis cette époque, tous les temples ont été désatïectés et consacrés au Bouddha.
i. Il existe un intéressant relief de ce palais, au Musée Khmèr du Trocadéro.
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Nous n'insisterons pas davantage sur ce splendide édifice, parce
Fig. i3o. — Un pavillon du Baïon (ix c siècle). Musée klimir du Trocadéro.
qu'il ne semble pas rentrer dans la catégorie des palais, bien que certaines de ses parties aient pu être habitées. Nous renvoyons, pour
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sa description complète, à Francis Garnier, Delaportc, Tissandicr et Aymonier, et surtout à M. Dufour, qui doit en donner prochainement une monographie complète.
ii° Angror Vat. — Le temple ou palais d'Angkor Vat, situé à i 5oo mètres au Sud d'Angkor Thom, est le monument le plus beau et le mieux conservé de l'ancien Cambodge; il comprend trois
Fig. l'Si. — Reconstitution du Baïon (ix l! siècle A. D.), par Delaporle Musée khmèr du Trocadéro.
enceintes concentriques surmontées de tours, plus une enceinte extérieure, englobant le parc. Son nom veut dire pagode de la capitale. 11 est actuellement consacré au Bouddha, mais il aurait été au début, d'après la tradition, un palais, puis un temple brahmanique. Son enceinte extérieure est précédée d un fossé de 5 5/|o mètres de développement. La première enceinte du temple proprement dit a 2*>/S mètres de côté; c'est une superbe galerie voûtée à colonnade dont le mur de fond est entièrement garni de bas-reliefs représentant des scènes du Ràmàyana, des défiles de princes et de guerriers et de peuples tributaires. Les trois enceintes principales sont étagées et le sanctuaire central, qui est une tour de ^5 mètres de haut, domine le
Fig. 1 3 3 . — Plan du lîaïon (ix c siècle A. ]).), par Delaporle Bibliollirrjuc du must-o kl 1 mer du Trocadcro.
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Fig. i34.
(A\monier.
ii e siècle
ha
An [ne siècle À. D.).
odge, 3 e vol.)
Oriol et Spooner
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tout (voir plan et photographies). Nous renvoyons, pour une description plus détaillée à Moura et surtout à Aymonier, qui a consacré un volume presque enlier à cet édifice 1 . Nous insisterons simplement sur la question d'affectation qui est loin d'être résolue (fig. 1 3/| , i35 et 1 3y).
Le temple ou palais d'Angkor \at paraît avoir été construit au xii e siècle de notre ère, mais les inscriptions trouvées jusqu'ici ne sont pas antérieures à la 2 e moitié du xui c siècle ; il en existe en revanche de nombreuses du xvi c , xvn e , xvm e et même xix c siècle. Les premières inscriptions sont brahmaniques, les autres sont bouddhiques : (( Dans ces inscriptions, dit Aymonier 2 , il existe une certaine confusion entre Angkor"\at, le temple, et Angkor Thom, l'ancienne capitale voisine... » C'est ce qui explique le doute qui a toujours plané sur l'affectation du temple fortifié d'Angkor Vat, lequel, dans son immense périmètre, pourrait fort bien englober une ville.
Toutes les inscriptions ont trait a des érections de statues ou a des donations pieuses, mais elles n'étaient pas absolument désintéressées. Voilà deux amusants extraits d'une inscription du commencement du xvm e siècle (iyo^-i^o/i), traduction Aymonier' :
« Je veux fuir la calvitie, les cheveux blancs, le malheur des ankyloses, la chute des dents. la cécité, la surdité, cette calamité des dartres, lèpres, ulcères, qui envahissent tout le corps... Je veux éviter de renaître misérable et sans joie, avec un corps laid, difforme ou exhalant une odeur nauséabonde... Je renonce a ces maux pour toutes mes vies futures. Je veux éviter lesépouscs laides et désagréables... Je désire des esclaves hommes et femmes par centaines et par milliers, innombrables, tous beaux et aimables parleurs... Je demande neuf belles tours, couvertes de dorures, dômées, admirables dans
i. Aymonier. Le Cambodge, III, 182 ss.
n. Ibidem. Le Cambodge, p. ^88.