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Fig. 182.
(De la Loubère. — Du royaume de Siam, p. 120.)
SIAM ET LAOS
(( Gomme le roi de Siam faitquelquefois des chasses de plusieurs jours, il a dans la foret des palais de bambou, ou si 1 on veut des tentes fixes, qu'il ne faut que meubler pour le recevoir.
« Elles sont rouges par dehors, comme sontcelles du Grand Mogol, quand il va en campagne, et comme les murs qui servent de clôture au palais du roi de la Chine.
(( J'en donne le plan, non seulement afin qu'on en voie la simplicité, mais principalement parce que l'on m'a assuré que l'appartement du roi de Siam et de Louvoest sur le même modèle (fig. 182). Ce n'est qu'un petit dortoir où le roi et ses femmes ont chacun une petite cellule. Néanmoins, la vérité de ce que peu de gens voient est toujours malaisée à savoir. Quoi qu'il en soit, on m'a assuré aussi du roi de Siam, ce que j'ai ouï dire de Cromwell, qui est que de peur d'être surpris par quelque conspiration, ce prince a divers appartements où il se renferme la nuit sans qu il soit possible de deviner précisément dans lequel. »
P. 102. — (( Les meubles du roi sont les mêmes àpeu près mais plus riches et plus précieux que ceux des particuliers. Les salons que j'ai vus dans les palais de Siam et de Louvo sont tous lambrissés et les lambris sont vernis de rouge avec quelques filets el quelques feuillages d'or. Les planchers étaient couverts de tapis de pied. Le salon de l'audience a Louvo était déjà tout garni des glaces de miroir, que l'escadre du roi avait portées à Siam. Le salon du Conseil y était meublé de cette sorte. Dans le fond il y avait un sofa fait précisément comme un grand bois de lit avec ses quenouilles, un fond et ses tringles, le tout revêtu d'une lame d'or et le fond couvert d'un tapis mais sans ciel ni rideaux, ni aucune sorte de garniture. À l'endroit du chevet étaient en pile les coussins, etc.. 11 v avait encore un fauteuil de bois doré. »
P. 170. — ... « Le lieu le plus haut est tellement le plus honorable selon eux (les Siamois) qu'ils n'osaient monter au premier étage, même pour le service de la maison quand les envoyés du roi
étaient dans la salle basse. Dans les maisons que les étrangers bâtissent de briques a plus d'un étage, ils observent que le dessous de l'escalier ne serve jamais de passage, de peur que quelqu'un ne passe sous les pieds d'un autre qui montera ; mais les Siamois ne bâtissent qu'à un seul étage, parce que le bas leur serait inutile, personne parmi eux: ne voulant ni passer ni loger sous les pieds d'un autre. Par cette raison, quoique les maisons siamoises soient élevées sur des piliers, ils ne se servent jamais du dessous, non pas môme chez le roi, dont le palais étant sans plain-pied, a des pièces plus élevées les unes que les autres, dont le dessous pourrait être habité. 11 me souvient que quand les ambassadeurs de Siam arrivèrent aune hôtellerie de la Picote près de Vincennes, comme on avait logé le premier au premier étage et les autres au second, le second ambassadeur s'étant aperçu qu'il était au-dessus de la lettre du roi son maître que le premier ambassadeur avait auprès de lui, sortit bien vite de sa chambre, se lamentant de sa faute et s'arrachanl les cheveux de désespoir... »
P. 3Qi . — « Les palais du roi de Siam ont trois enceintes et celui de la ville de Siam les a si distantes lune de l'autre, que l'entredeux en paraît de vastes cours. Tout ce que renferme l'enceinte intérieure, savoir le logement du roi, quelques cours et quelques jardins, s'appelle Vang en siamois. Le palais entier avec toutes ses enceintes s'appelle Prassat, quoique Vliet dans le titre de sa relation traduise le mot de Prassat par celui de trône. Les Siamois n'entrent dans le Vang ni n'en sortent sans se prosterner, etc..
« M. de Ghaumont et les envoyés du roi mirent pied à terre et abandonnèrent leurs parasols dès la première entrée du Prassat, etc. . .
« Les portes du palais sont toujours fermées et derrière chacune est un portier qui a des armes, mais qui au lieu de les porter les tient dans sa loge près de la porte, etc..
« Entre les deux premières enceintes et sous un hangar est un petit nombre de soldats désarmés et accroupis, etc..
SIAM ET LAOS
P. 295. — « Autrefois les rois de Siam avaient une garde japonaise composée de six cents hommes, mais parce que ces six cents hommes seuls faisaient trembler quand ils le voulaient tout le royaume, le roi père du roi d'aujourd'hui, après s'être servi d'eux pour envahir la couronne, trouva le moyen de s'en défaire plus par adresse que par force... »
P. 296. — (( Outre cela le roi de Siam a une garde étrangère... Cette garde étrangère consiste premièrement en deux compagnies de trente Maures chacune, gens natifs ou originaires des Etats du Mogol, de parfaitement bonne mine, mais estimés tout à fait poltrons. Secondement en une compagnie de vingt Tar tares-Chinois armés d arcs et de flèches et redoutés pour leur courage, et enfin en deux compagnies de vingt-cinq hommes chacune de païens de la véritable Inde habillés à la moresque, qu'on appelle Rasbouttcs ou Ragibouttes. qui se piquent tous d'être de race royale, et dont le courage est fort célèbre... »
P. 297. — « Dans les premières enceintes sont aussi les loges des éléphants et les écuries des chevaux que le roi de Siam aime le mieux, etc.. . »
P. 3oo. — (( Dans le Vang, sont quelques-unes de ces salles isolées que j ai décrites, dans lesquelles les oiïiciers s'assemblent soit pour leurs fonctions, soit pour faire leur cour, c'est-a-dire pour y attendre les ordres du prince.
(( Le lieu ordinaire ou il se montre à eux est le salon (lig. i83)oùil donna audience aux envoyés du roi, et il ne s'y montre que par une fenêtre, comme faisait anciennement le roi de la Chine. Cette fenêtre est d'une chambre plus haute qui a cette vue sur le salon et qu'on dirait être d'un premier étage : elle a neuf pieds de haut ou environ et il fallut mettre trois marches au-dessous pour m'élevcr à hauteur de donner la lettre du roi de la main à la main au roi de Siam, etc.. Aux deux coins du salon qui sont aux côtés de cette fenêtre sont deux portes à hauteur de la fenêtre et deux escaliers fort étroits pour
y monter. Pour tout meuble il n'y a que trois parasols, un devant la fenêtre à neuf ronds, cl deux à sept ronds aux deux côtés de la fenêtre ' .
P. 33 1. — Dans les audiences: «A Siam le parasol qui était devant
yue du,fo?ul dit Salarv di l ^wdûnxâ du, Talais de Siam,
Fig. i83.
(De la Loubèrc. — Du royaume de Siam, p. 33o.)
la fenêtre du roi avait neuf ronds et les deux qui étaient a côté en avaient chacun sept ; h Louvo le roi n'avait point de parasol devant lui ; mais deux de chaque côté qui n'avaient chacun que quatre ronds et qui s'élevaient beaucoup moins que ceux de Siam. Le roi n'était pas à Louvo à une simple fenêtre comme à Siam, il était dans
1. C'est dans ce salon que se tiennent les !\!\ pages du roi de Siam. Le roi était servi dans ses appartements particuliers uniquement par des femmes.
2 20 SIAM ET LAOS
une tour de bois attachée au fond du salon, dans laquelle il entrait par derrière de plain-picd par une pièce plus haute que le salon. De sorte qu'encore que le prince lut aussi élevé à Louvo qu'il Siam, néanmoins, il était à Louvo dans le salon de l'audience au lieu qu'à Siam il était dans une autre pièce qui avait une vue dans le salon. D'ailleurs la porte du salon de Louvo était grande et au milieu du mur, c'est-à-dire vis-à-vis du roi, au lieu qu'à Siam la porle était basse et étroite et presque au coin du salon, différences qui ont toutes leurs raisons en ce pays-là, où les moindres choses sont mesurées et faites avec attention. »
Nous arrêtons ici nos extraits, peut-être un peu trop étendus, mais qui constituent des documents intéressants sur une ville et des palais entièrement disparus de nos jours.
La narration du chancelier de Chaumont n'olfre rien de nouveau et nous conduirait à des redites (Voir Pallegoix).
Nous en dirons de même de l'ouvrage du père jésuite Tachard, ((Voyage de Siam des pères jésuites envoyés par le roi aux Indes et à la Chine », 1686. Le père Tachard place la salle d'audience où fut reçu l'ambassadeur de France dans la cinquième cour du palais ; cela ne modifie pas le principe des cours juxtaposées. Nous avons emprunté à cet auteur une curieuse perspective de la ville d'Avulhia qui appartient au Cabinet des estampes (Bibliothèque nationale) (fig. 18/4). Elle est très fantaisiste, mais elle doit refléter certainement l'impression qu'elle avait produite sur le père Tachard. Ce dernier en a fait une ville chinoise ! .
Palais royal de Bangkok. — Ainsi que nous l'avons dit le palais du roi de Siam est moderne et, sauf les toits à la chinoise, de style européen. Il est entouré d'un mur crénelé de quatre à cinq mètres d'élévation et d'environ 1 200 mètres de développement formant un
t. La gravure du Cabinet des estampes que nous donnons diiïèrc un peu de la planche de l'ouvrage lui-même.
ARCÎIITECTl UE SIAMOISE 22 1
quadrilatère irrégulier flanqué de petits bastionnets en maçonnerie.