‹ L'architecture hindoue en Extrême-Orient;Chapitre 66 sur 96 · Pelliot, B.E.F.E.O., tome IV, pages · texte numérisé non relu

Pelliot, B.E.F.E.O., tome IV, pages

NI RM AME

retrouver les briques. En certains points, la digue présente des coupures d'une dizaine de mètres : ce sont les anciennes portes. Dans ce cas, il n'est pas rare de trouver dans le voisinage sous un abri, soigneusement entretenu par les indigènes qui en ignorent l'origine, des bas-reliefs représentant des anciennes divinités gardiennes de la ville. L'usage était autrefois, et même sous les derniers rois, d'offrir en sacrifice, à chaque porte, pour se rendre propices les esprits, un être vivant, homme ou femme, qui était écrasé vivant sous les piliers d'entrée. Les âmes des victimes étaient censées veiller à la sûreté de la cité. Le mur de l'enceinte était en général précédé d'un large fossé.

L'emplacement de l'ancienne ville est couvert d'une brousse peu épaisse. Un petit village situé près de la gare et d'une pagode pyramidale récemment réédifiéc sur un modèle malheureusementnouveau , semble marquer à peu près le centre de l'ancienne cité ; c'est du moins ce qui nous a été dit par les gens de la localité.

Nous allons décrire sommairement les ruines que nous avons visitées en compagnie du très aimable et très distingué administrateur de la province, M. Parlett, et de sa charmante femme. Nous suivrons l'ordre môme de notre excursion presque circulaire. Les distances que nous indiquons ont simplement pour but d'orienter un peu le lecteur, elles n'ont aucune précision et sont données de mémoire.

Pagode et couvent près du village. — Près d'un couvent moderne situé dans le voisinage se trouvent six pierres, trois d'un côté de la piste, trois de l'autre, se faisant face ; les deux rangées sont à vingt mètres environ de distance l'une de l'autre. Les pierres sont dressées verticalement et ont chacune environ i m ,8o de haut sur un mètre de large, dans les parties qui émergent du sol. La partie supérieure est arrondie ; la surface de chaque pierre est sculptée en bas-relief; on distingue encore bien le motif principal

presque toujours identique: un Bouddha assis entre deux oranls. L'une des pierres portait une inscription aujourd'hui effacée. Le vieillard qui nous guidait (maire de la commune) a cru se rappeler que les caractères étaient en vieux birman, mais il n'en était pas certain. Le costume des personnages nous a paru indien. Le dossier du siège de l'un des orants est de forme chinoise (fig. 190). En général, les sièges en bois des divinités bouddhiques de Chine et de l'Annam ont tous cette forme caractéristique. Ces pierres se trouvent près d'une pyramide moderne qui a remplacé il y a quatre ans un ancien édifice à base carrée surmonté d'un stupa. De nombreuses petites briques ogivales avec des Bouddhas en relief ont été trouvées sur cet emplacement, qui Fig. 193. — Dossirr

i.i 1 1 «Il /V\\ TVT (lim faut0,lil (1 ° S

serait celui du centre de la ville (iV). JNous en bas-relicfdc Promc. avons recueilli quelques-unes. Sur l'une d'elles, on distingue parfaitement les lions debout qui soutiennent de chaque coté la partie supérieure du dossier de fauteuil du Bouddha. Cette disposition de lions hiératiques est bien indienne (voir le même motif sur une brique de Lemiétna, fig. 199).

Édicule de Jakammc.ox. — A un kilomètre au Sud-Ouest de la

pagode se trouve un édicule en briques complètement effondré et

couvert de végétation qui passe pour avoir servi de retraite à un

saint ermite. 11 s'ouvre à l'est et a environ G mètres de long,

l\ mètres de large et 3 mètres de hauteur. Le toit probablement

voûté est complètement effondré. Les ouvertures sont ogivales et a

encorbellement. Les murs ont i m ,5o d'épaisseur. Le mur du fond à

l'intérieur est orné, dans le bas du mur et jusqu'au tiers delà hauteur

de huit niches avec Bouddhas assis, en demi-relief. Le type du

Bouddha est franchement mongolique aux yeux obliques. Les oreilles

sont très allongées (fig. 19/1). On remarque des traces de peinture.

Dans les débris de sculptures, qui jonchent le sol autour du petit monument, nous trouvons un bout de trident en pierre provenant

d'un bas-relief, puis les quatre bras d'une statue de Çivà dans le voisinage d'un fragment de statue de Bouddha.

Les deux cultes avaient donc des fidèles à Jakandagon. De simples fouilles superficielles donneraient ici certainement des résultats fort intéressants.

Lédicule est tellement informe et tellement recouvert de végétation que nos photographies ne donnent aucun résultat pratique.

Nous estimons que lédicule de forme oblongue était recouvert primitivement d'un toit pyramidal en briques, comme les deux autres édicules que nous allons signaler dans les pages qui suivent.

Fig. 19/4. — Jakandagon. — Niches avec bas-reliefs.

Bobodgy. — Un kilomètre environ plus loin et après avoir longé sous bois un petit étang servant de bauge à des sangliers, nous rencontrons un stupa en briques de forme cylindrique (fig ig5), recouvert de stuc qui s'effrite par places ; il est surmonté d'un ti en métal doré, moderne, que les habitants du pays ont soin de renouveler de temps en temps. Cette tour s'élève sur un soubassement a gradins couvert de végétation que nous n'avons pu déterminer exactement dans notre visite rapide.

Le forme de cette tour est absolument inusitée.

Le stûpa de Bobodgy paraît avoir f i 5 a 3o mètres de hauteur. Il serait, au dire des gens du pays et d'après les légendes, antérieur au premier siècle de notre ère ; il nous parait en tous les cas antérieur au vi e siècle de notre ère. Trois autres stupas que nous visi-

torons plus loin seraient de la même époque, ils marquaient, paraîtil, les quatre coins de la ville.

— Tout pies de Bobodgy se trouve, sur un petit monticule,

Fig. i()5. — Botlodpy (vi ( - siècle A. D. ?)

un petit édifice en briques, quadrangulaire, au toit pyramidal absolument semblable à certains édifices de Pagan. L'ouverture se fait à l'est. Les fausses portes des trois autres faces sont surmontées d'une arcade a makara ; le stuc en a disparu, mais on reconnaît le dessin à la disposition des briques (fig. 19O).

Les voûtes sont semblables à celles que nous verrons à Pagan ; elles ne sont pas à encorbellement, mais les briques, très minces, sont pour ainsi dire collées les unes sur les autres, suivant les procédés de la Perse ancienne et du Turkestan chinois, et n'ont pas

oJ\!\ liltlMAN'lE

nécessité l'établissement d'un cintrage en bois nom- la constme-

Fijr. i<»0. — Kdiculc du vnr sirclc ii Prom<'.

tion'. A l'intérieur se trouve un bas-relief représentant le Bouddha

Fi<r. T97. — L('mi('hia.

assis entre deux orants. Au-dessous se voit une inscription en pah archaïque peu lisible mais qu'il serait certainement possible de déchiffrer 2 .

i. Voir Choisy, Histoire de l'Architecture, i" y vol., p. 90, et firiinwcdel, Bericht Ùber archàolorjische Arbelten in Idshdshari wul L'myebuny im Winler 1002-1903. Planche 18.

a. Nous comptons faire relever l'inscription prochainement.

Ce petit édifice est probablement postérieur aux stupas de Prome, mais nous ne pensons pas qu'il dépasse beaucoup le vm e siècle.

Lémiétna. — A quelques centaines de mètres plus loin, vers le Nord-Est, on rencontre une petite chapelle en briques, du même genre que l'édifice précédent. Il est carré et percé de quatre ouver-

Fitr. i()8. — Brique volive de Lémiétna (grandeur naturelle).

turcs donnant accès dans une gaine étroite, voûtée, suivant le procédé persan de Pagan et faisant le tour du massif central lequel contient quatre niches à Bouddha faisant face a chacune des ouvertures (lig. 197). Nous retrouverons ce procédé couramment employé dans les grands édifices de Pagan. Grùirwedcl, dans ses fouilles de Turfan, signale des temples bouddhiques se composant de même essentiellement d'un massif central, a quatre autels,

entouré d'une gaine 1 . Le massif central de Lémiétna, ou tout au moins le fond des niches, est constitue en partie par des briques ogivales de 10 centimètres de long sur 7 de large, empilées horizontalement les unes sur les autres, sortes d'ex-voto avec le Bouddha asssis du même modèle que celles que nous avions déjà trouvées au couvent du village. Le musée de Pagan contient aussi plusieurs

Fig. iuij. — Brique votive de Lémiétna (grandeur naturelle).

échantillons de même style. M. Duroiselle a cru reconnaître sur l'une d'elles des caractères sanscrits, mais ils sont tellement effacés qu'il sera bien difficile, pensons-nous, d'en faire l'identification. Nous en donnons les photographies les plus curieuses. Ce sont des modèles courants de l'Inde ancienne. On remarquera que l'ornementation

1. Griïnwedel, Bericht ilber archdolojlsche arbeiten in Idikuschari und Umgebung p. 47.

architecturale qui supporte le Bouddha central a tout à fait le caractère des sikras d'Orissa, avec leur singulier couronnement en pastille (fig. 198, 199, 200).

L'édifice était surmonté d'une pyramide dont on distingue encore les traces. La décoration des murs et des ouvertures a disparu, toutefois la porte que l'on voit dans la photographie était probablement

Fig. 300. — Lcmictna. Brique volive (grandeur naturelle).

coiffée d'une ornementation pyramidale du même genre qu'à Nam Paya à Pagan (xi (> siècle) ; Gotapallin (xn e siècle) à Pagan ; Loley (x <! siècle), au Cambodge. L'inspiration est indienne et vient certainement de la côte d'Orissa.

Un bas-relief en grès, qui se trouve à l'entrée, représente un Bouddha ayant à droite et à gauche un stûpa de forme assez intéressante qui pourrait bien être un lotus stylisé.

2/j8 BIRMANIE

Nous pensons que la pagode de Lémietna est de la même époque que la précédente, c'est-a'dirc du vin siècle.

Débris de colonnes. — De singulières ruines, situées en dehors de l'ancienne enceinte, à plusieurs centaines de mètres plus loin, dans la foret, sur un petit tertre, nous ont élé signalées par M. Parlett et par les gens du pavs comme les restes d'un monument funéraire desPius, fondateurs de la nation birmane. 11 reste encordes débris de quatre colonnes rondes, creuses, en pierre, de i m ,5o de diamètre, marquant les extrémités d'un carré de 8 mètres de coté. Les bases de chaque colonne comprennent deux ou trois rondelles de pierres,

de o m ,5o de hauteur (hg. 201) évidés au milieu, s'emboîtant les unes dans les autres, suivant la coupe que nous indiquons.

Elles reposent sur un lit de briques ; il y

\\r. -2DI. — îx-bns (<■ aurait un grand intérêt a faire des fouilles en 101011110. °

ce point et a deux ou trois cents mètres plus

loin, dans la forêt voisine, où de grandes pierres avec bas-reliefs,

émergent du sol, au milieu de débris de briques et surtout de tuiles

a rainures pour toits en bois. Ces bas-reliefs sont très usés. L'un

d'eux représente un Bouddha assis dans une niche à makara.

D autres personnages se trouvent sur les côtés. Les costumes sont

indiens ; dans l'angle supérieur une petite divinité semble danser

dans les nuages. Il y avait certainement là un groupe de temples.

Couvent de Pavatan. — En retournant au village de Mosa (vieux Proine) et tout près de celui-ci, on rencontre un couvent en briques, de forme cubique, de 10 mètres de côté sur 8 mètres de hauteur (lig. 20a). Les portes ont été murées ; elles étaient surmontées de l'ornement pyramidal que nous avons signalé à Lémietna, mais tout le stuc est tombé. Il y avait une porte de chaque côté. L'intérieur comprend une gaine et un sanctuaire central comme tous les lem-

ARCÏTITECTUIŒ 2/jQ

plcs-cou vents de Pagan. Le prieur du couvent résidait probablement dans cet édifice à l'instar de ce que nous avons constaté à Pagan. Les voûtes sont du type de la Perse et du ïurkestan chinois. Le toit était surmonté d'une pyramide dont il reste encore trois gradins. Un clocheton se dresse sur le toit, à chaque angle de l'édifice. Ces clochetons sont modernes, mais ils ont certainement remplacé des clochetons plus anciens. Ils sont de style talain. Nous

Kiir. 'lo'i. — Couvent de Pavatan.

ignorons absolument la date de ce monument qui est conçu dans le même esprit que certains temples de Pagan lesquels sont constitués par une pyramide perchée sur un soubassement massif ; il dittère en tous les cas sensiblement des couvents de Pagan par la toiture. Les couvents similaires de Pagan ont une toiture plate.

Les trois stupas qui marquent avec le stùpa de Bobodgy les quatre extrémités de la ville, se trouvent à plusieurs kilomètres les uns des autres, ont tous la même forme en pain de sucre et sont couverts en stuc (fig. 2o3, 2o4, ao5). On pourra comparer cette forme à celle des lotus stylisés (?) de lex-voto en brique de Lémiétna (fig. 200). Les gradins de stùpa de Pagagy sont ornés de pilastres

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