DO
qu'on ne peut malheureusement pas distinguer sur la photographie et qui sont analogues à ceux de certains stupas du Nord de l'Inde 1 . Cet édifice n'est pas très éloigné du Prome moderne où l'on rencontre ainsi que nous l'avons dit au début de ce chapitre des pagodes très intéressantes des x\°, xvi° et xvu° siècles, du style talain dont les spécimens les plus célèbres se trouvent à
Fig. 2o3. — Bébé Paya (vi p siècle A. D. ?).
Rangoon et à Pégou. On voit aussi dans le jardin du Depuh commissionner, en plus de l'inscription bilingue dont nous avons déjà parlé, un bas-relief de o m ,8o de hauteur environ représentant \ichnou sur un garuda ; cette sculpture qui nous a paru un peu
i . A oir Fol'ciier, Art gréco-bouddhique du Gandhdra, p. GG cl 90.
grêle, provient de l'ancien Promc ; elle montre, ainsi que nous l'avons déjà vu à propos de Jakandagon, que les cultes bouddhiques et brahmaniques se coudoyaient dans le Pégou avant le ym e siècle.
Nous terminerons ici notre rapide inventaire du vieux Prome. Il suffirait de gratter un peu la terre pour faire surgir du sol toute l'histoire des premiers temps du Pégou et de la Birmanie.
Malheureusement les seules Touilles qui aient été entreprises jusqu'ici ont eu pour but la recherche du ballast pour la voie ferrée.
Fi»r.
Payaina (vi° siècle; A. D. ?).
Ainsi se perdent, page par page, dans les talus du chemin de 1er toutes les annales vraies de ce pays. Nous avons signalé cet état de choses au très distingué lieutenant-gouverneur de Birmanie qui nous a donné l'assurance qu'il fera commencer des fouilles méthodiques dès qu'il disposera d un personnel suffisant 1 .
On trouvera dans le vieux Prome les débuts de l'art birman de
t. Le présent ouvrage était sous presse lorsque nous avons reçu du gouvernement des Indes l'autorisation que nous avions demandée de faire des fouilles à nos frais. Nous prions Sir Herbert Whilc de vouloir bien agréer ici l'expression de notre reconnaissance.
Pagan et les premiers emprunts faits par cet art aux monuments de la côte d'Orissa et du Nord de l'Inde . On y verra aussi jusqu'à quel
Fig. ao5. — Papagv (vi« sircle A. ]). ?). — Photographie faite par M. Parlrtt.
degré 1 hindouisme avait pénétré dans cette capitale indienne, mais on n'y rencontrera aucun yestige de 1 architecture de Ccylan : les stupas eux-mêmes sont d'un modèle très différent de ceux d'Anuràdhapura et de Polonnanrwa.
RUINES DE PAGAN l
L'ancienne ville de Pagan se trouve sur la rive gauche de
i. Pour les noms et pour les dates nous nous sommes en général conformés aux indications données par M. Duroiselle, lequel a tenu compte des traditions locales et des renseignements fournis par la lecture des stèles.
1UJINKS DE PAGAN 2*53
l'Iraouaddv aux deux tiers de la distance qui sépare Promc de Mandalay et à deux kilomètres de Nyaungu, l'une des stations de la compagnie fluviale de l'Iraouaddy.
Nous admettrons que la ville a été fondée entre le vn e et le vm e siècle par les Birmans, un peu avant qu'ils ne fussent chassés de Prome, et qu'elle était déjà importante au viu e siècle ; toutefois les inscriptions ne commencent qu'au x c siècle.
Pao-au a été détruit à la lin du xiii" siècle par les armées de Koubilai-Kban, mais la ville n'a jamais été complètement abandonnée et il ne manque pas de monuments des siècles suivants.
Tous les monuments que nous allons étudier, ont été édifiés du x e au xui e siècle. Nous pensons cependant que les portes de la ville sont du ix e siècle, comme le veut la tradition, et que Bou Paya est au moins du vm ( siècle.
Les ruines couvrent une surface de près de 12 kilomètres de long sur 5 à (> de large. Des milliers de pagodes ont disparu, mais il en reste encore plus de 800. Plusieurs d'entre elles ont été restaurées et sont encore l'objet d un culte très suivi des populations voisines.
Les monuments de Pagan peuvent être ramenés pour la plupart à 8 types principaux : i° le stùpa en forme de cloche, genre Choué Zigon avec ses dérivés : les chedis (Voir fig. 206).
2° Le pagodon en briques sur plan carré, ou en croix, avec un toit pyramidal h gradins se terminant en pointe. Cet édifice,
Fi g. 2o(). — Ghouc 4 Zigon (root) A. D.).
qui n'apparaît qu'après le xv e siècle, est la copie d'anciens édifices en bois. Ils sont encore en usage aujourd'hui (Voir fig. 23i et 298).
3° Le même pagodon terminé par un sikra emprunté à l'architecture de la côte d'Orissa. Par sikra, il faut entendre le petit dôme côtelé qui couronne le toit pyramidal et qui est surmonté par une partie conique à cercles concentriques et un //. Le ti est un baldaquin à plusieurs étages en métal doré, finissant en pointe.
Ce pagodon est tantôt isolé, tantôt placé sur un bâtiment élevé formant terrasse. Ce dernier modèle est le plus répandu et c'est aussi celui qui est représenté par les plus beaux édifices : Ananda, io85 à 1107 ^* ^. (fig. 221) : Gotapallin, 1160 A. D. (fig. 235): Culàmani, xn c siècle (fig. 2/11); Thabbannu, 1100 A. D.(fig. 2/10), etc..
t\° Le Pagodon précédé d'une salle plus basse, du style de la côte d'Orissa. Ce sanctuaire est tantôt simple, tantôt placé sur un haut bâtiment formant terrasse. Ce type est fréquent (fig. 2/18 et fig. 255).
5° Pagode à base carrée ou en croix surmontée d'un édiculc en forme de huche à pain clé style népalais (fig. 256).
6° Pagodon à base carrée ou en croix, genre khmèr mais surmonté du sikra d'Orissa (fig. 2 5 7).
7 Le stûpa bulbeux, genre Bou Paya, vu" ou vin siècle, assez rare (fig. 258).
8° La pyramide ronde à étages, genre talain, n'apparaît qu'aux x\ e et xvi c siècles à Pagan (fig. 2 Go).
(f Monuments divers ne rentrant pas exactement dans les types précédents.
io° Monastères du x° siècle jusqu'à nos jours.
i° Stupa en forme de cloche avec ses dérivés : LEScuÉDis. — Le
RUINES DE PAG AN 2 55
temple de Choué Zigon 1 (1069 A. D.) peut être considéré comme le type des stupas à terrasses successives de Birmanie (lig. 206). Il diffère absolument des stupas de l'Inde, de Ceylan, du Pégou et du Siam, en revanche il se rapproche par sa base à gradins du type du Boro Bordour à Java. Dans les deux édifices, les terrasses successives formant gradins servent de promenoirs ; on y accède par des escaliers extérieurs à ciel ouvert. Des bas-reliefs racontant les vies successives du Bouddha ornent les terrasses. Au Boro Boudour, ces bas-reliefs sont en pierre ; a Chouè Zigon ils sont en terre cuite émaillée de couleur vert foncé, de 3o centimètres de côté environ.
Fijr. 207. — Choué San Dau (1017-1007).
Les édifices qui sont figurés dans ces bas-reliefs (voir fig. 2 15 et 2 16) et qui sont du même genre que ceux de Sun Min Dgy, sont des kiosques avec toits à la chinoise et crochets.
Au Boro Boudour, le stupa proprement dit diffère franchement du stupa de Choué Zigon. Ce dernier est surmonté d'un cône à cercles concentriques, puis d'une sorle de linga (?), enfin d'un ti. Il nen est pas de même au Boro Boudour, dont la partie supérieure de la cloche est arrondie et couronnée d'un entablement carré sur-
I. Ce temple est situé près de la station fluviale de Nyaungu.
ib6
HIÏIMANIK
monté d'une sorte de tronc de pyramide hexagonal. C'est du moins la forme des petits stupas des terrasses et probablement du stupa central aujourd'hui ruiné. Dans l'Inde, le stupa est hémisphérique et la forme de cloche est beaucoup moins prononcée. L'entablement carré qui surmonte l'édifice est également très différent de celui de Chouè Zigon. Les stupas du Pégou et du Siam différent aussi beaucoup du type qui nous occupe ; ils lui sont du reste postérieurs de plusieurs siècles.
Fig. 20K. — Sun Min l)gv(i-«>o A. I).).
Chouè Zigon a GG mètres de haut. L'édifice central est entouré d'édicules de diverses époques et de plusieurs pagodons népalais dont nous parlerons plus -tard (fig. m5G).
Les bonzes d'un couvent voisin veillent à l'entretien du temple. Un groupe de Nats, c'est-a-dirc d'idoles en bois de l'ancien culte, figurines grossières bariolées de couleurs et ornées parfois d'incrustations de verroteries probablement assez récentes, sont placées sous un abri près du sanctuaire principal et sont l'objet d'un culte assidu.
RUINES DE PAGAN
L'ensemble des monuments el des pagodons est compris dans un mur d'enceinte en briques, de 200 mètres environ de coté, de 2 à
Fig. aoç). — Sun Min Dgy (1200 A. D.).
3 mètres de haut, flanque à chaque angle par une guérite en maçonnerie. L'une des entrées est gardée par deux statues de Ci va à
Fior. 210. — Sun Min T)t>y (1200 A. D.).
dix bras, qui sont vraiment bien à leur place dans le voisinage de ce capharnaiïm de divinités.
nnoiAME
Le vieux Chouè Zigon (1002 à 1022 A. D.), du même modèle que le précédent édifice, mais sans terrasses, promenoirs, se trouve au milieu de Pagan. Nous citerons encore Choué San Daa (1017-
Fig. 3ii. — Sun Min Dgy (1200 A. I).).
io5y A. D.) (fig. 207) sans terrasses-promenoirs; aux angles des cinq gradins de la pyramide on trouve encore en quelques places
des stèles avec bas-relief représentant la tnmûrti brahmanique, ce qui fait un singulier contraste avec le principe même de l'édifice, dont les gradins symbolisent les quatre Bouddhas déjà venus et le cinquième qui est annoncé.
Dans l'enceinte se trouve un bâtiment en briques de 2 5 mètres
Fig. 212. — Briquo ('maillée. Toit à la chinoise à Sun Min Dgy (1200 A. D.).
de long, à un seul étage, que l'on
voit à gauche dans la photographie, et dont le pignon sud se détache avec peine des nombreux stupas de petites dimensions du voisinage. Ce bâtiment est percé sur la face est qui est celle que l'on voit en partie sur la photographie, de trois portes et de trois fenêtres inter-
RUINES DE PAGAX
médiaires, et, sur la face opposée, de cinq fenêtres seulement; ces portes et fenêtres ne sont pas percées régulièrement. La voûte est ogivale ; à l'intérieur se trouve un grand Bouddha couché, adossé
Fig. *2i 3. — Toit ù la chinoise. Brique (.'maillée de Sun Min Dgy (1200 A. D.).
a un mur couvert de fresques décoratives représentant de grandes fougères stvlisées avec des fleurs symboliques à chaque feuille. Ce bâtiment est du xn e siècle, au dire de M. Taw Sein Ko, directeur du service archéologique de Birmanie.
Fig. 3i/|. — Toit à la chinoise*.
Brique émaillée de Sun Min Dgy (1200 A. ]>.).
Fig. 2i 5. — Toit à la chinoise.
Brique émaillée de Sun Min Dgy (1200 A. ]>.).
Sun Min Dgy (1200 A. D.). — Est fort intéressant, nous dirons même qu'il est trop intéressant, puisqu'il a éveillé les convoitises d'archéologues peu scrupuleux qui en ont arraché de nombreux bas-
reliefs en faïence. Nous en donnons quatre photographies. La première est une vue d'ensemble qui donne une bonne indication de
cmTrrm
Fig. 21O. — Toit à la chinoise.
Brique émailléc do Sun Min Dgy(xn" s. A. I).).
Vaaaaaaaa/j
Fig. 217. — Toit ;i la chinoise.
Brique cmaillée de Sun Min ]>py (rioo A. IX).
l'escalier (fig. 208) ; la deuxième met en relief des moulures du soubassement en faïence jaune et bleue (fig. 209); la troisième est une
Fig. 218. — M vin Ka Ba (1020 A. D.).
vue d'une terrasse avec quelques bas -reliefs en faïence encore en place et d'autres arraches (fig. 210), dans le fond se détache un cote de l'escalier qui coupe toutes les terrasses. Les moulures du bas, dans la
RUINES DE PAGAN 26 1
quatrième, rappellent un peu le style khmèr, mais les reliefs des angles en forme d'applique caractérisent bien le style indien (fig. 211),
Nous donnons, en outre, six croquis de toits à la Chinoise (fig. 212 à 217) prélevés sur les bas-reliefs de Sun Min Dgy(i2oo), ' et qui ont le même caractère que ceux de Ghouè Zigon (1019). Ils prouvent que les toits a crochets existaient aux xi e et xm e siècles.
Nous reprendrons cette question plus loin (voir Ananda,).
MyinKaBa (io2o)(?)(&g. 218).
— Ce stupa n'a pas de bas-relief.
11 existe de nombreux édifices du même genre, moins importants et moins connus que nous n'avons pas cru nécessaire de reproduire.
2° Pa(iOJH)> ex bkioles, sun
PLAN CARRÉ OL EX CROIX. AVEC TOIT PYRAMIDAL A GRADINS SE TER- MINANT en pointe. — Les monuments de cette espèce abondent en Birmanie et au Pégou, mais nous n'en connaissons pas d'antérieurs au xv e siècle ; cela tient probablement à la fragilité de leur construction. En tous les cas ils n'ont été que la copie de monuments similaires, en bois, existant depuis fort longtemps. Nous donnons comme exemple de prototype en bois un bas-relief en bois du xi e siècle du temple d'Ananda (fig. 23 1), puis comme type
Fig. 219. — Pagan (xv c ou xvi e siècle).
1. Ces briques se trouvent au musée ethnographique de Berlin.
moderne ea bois un pavillon en bois clu monastère de Mandalay (iig. 235). Enfin comme traduction en briques et en stuc du type en bois, le tombeau moderne duroi Mindoun (fig. 171, page 195). 11 en existe beaucoup d'autres plus anciens du même genre. Nous donnons, en outre, un modèle un peu différent (fig. 219) (restauré) datant probablement du xv e ou du x\i e siècle, dont la partie supérieure, soutenue par trois griffes dégagées de la maçonnerie, est dune forme analogue à celles usitées sur la côte d'Orissa et dans l'Inde septentrionale, à Khajurao (x ( siècle), par exemple.
Fig. 220. — PathotliAmva (<j3*2 À. I).).
3° Même pagodon terminé par un sikra emprunté a u architecture d'Orissa et de l'Inde septentrionale. Le pagodon est
TANTÔT ISOLÉ, TANTÔT PLACÉ SUR UN BATIMENT ÉLEVÉ FORMANT TER- RASSE. — Nous commencerons par la description du temple de Pathothâmya (902 A. D.), le plus ancien en date connu. Nous en donnons une photographie (fig. 220). C'est un sanctuaire carré, précédé d'un vestibule peu profond, surmonté d'une pyramide a sikra plein. Le portique rappelle le style de la Renaissance italienne; il comprend un fronton central et deux demi-frontons plus petits accolés de chaque côté de sa base. \ous verrons cette disposition
RUINES DE PAGAN
dans les portes de Pagan (ix c siècle) au temple de Cûlàmani..., etc. Nous l'avons rencontré au Cambodge au ix c siècle, $u temple de Baïon, où le principe a été souvent maladroitement appliqué et où les deux demi-frontons accolés sont parfois des trois quarts de frontons... Enfin, au xn° siècle, h Vat Phou et à Apgkor Vat-
On remarquera l'ornementation en clochetons du premier étage
' — ^^WBH^h
Fig. aa i. — Temple d'Ananda. Vue générale (i 080-1 107 A. D.).
qui rappelle la forme des stupas de l'époque. Cette même ornementation se voit sur le mur d'enceinte du célèbre temple d'Ananda dont nous allons parler dans un instant.
A l'intérieur se trouve une cella centrale ogivale abritant un Bouddha éclairé par de petites fenêtres pratiquées dans chaque face du sommet de la voûte. Nous retrouverons la môme disposition dans le temple d'Ananda, elle a pour but de répandre un jour mystérieux sur la partie supérieure de la statue. Une gaine éclairée par des fenêtres d angle — qui ne peuvent être vues sur la photographie — fait le tour de la cella. Ces fenêtres, en briques, sont
1HRMAME
pleines et percées cl ouvertures eu losange disposées par rangées de trois. La voûte de la cella est plus élevée que celle de la gaine ; l'ogive prend naissance sur le sol même, ce qui lui donne un aspect lourd que nous ne retrouvons plus à Ananda. La portée de cette voûte est d'environ 8 mètres. Toutes les voûtes sont construites suivant les procédés de la Perse ancienne et du ïurkestan chinois sans encorbellement.
Les murs et voûtes de l'intérieur sont ornés de fresques d'appa-
Phot. de M. Parlolt.
Fig. 222. — Ananda (ioS.Vi 107). Ane prise à l'intérieur do l'enceinte.
rence grisâtre et très effacées. On distingue encore dans l'embrasure de l'une des fenêtres du mur du fond (ouest), des représentations de kiosques a étage avec toits à la chinoise. Nous avons donc ici la preuve que les constructions légères a la chinoise existaient déjà couramment au V siècle. Nous reviendrons sur ce sujet dans la description du temple d' Ananda.
Les figures des statues de Bouddha qui se trouvent dans les niches de l'extérieur de la cella sont franchement indiennes.
Le temple de Pathothamya a été le modeste précurseur du temple d'Ananda : c'est à lui que l'on doit, jusqu'à plus ample informé,
RUINES DE PAGAX
le principe, à Pagan, de la pyramide à sikra surmontant un sanctuaire de rez-de-chaussée. C'est l'extension du principe déjà consacré à Promc (du yi c au vni e siècle) (?) dans le pagodon du genre Lémlétna. Le temple d'Ananda sera l'apogée de cet art ; dans les autres temples du groupe la pyramide pleine se transformera en chapelle. 11 est à remarquer toutefois que le temple d'Ananda ne possède pas de cella. Le massif central est plein comme dans certains temples du Turkestan chinois signalés par Grunwedel dans ses fouilles de ïurfan.
Temple (ï 'A nanda (io85 à 1107). — Le célèbre temple d'Ananda a été construit cent cin-