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Un séjour à Vile de Ceylan, par Leclerc. Pion

CEYLAN

On compte sept stupas ou clagobas 1 dans les limites de la ville ou clans ses environs, qui sont encore l'objet d'un culte et par suite d'un entretien plus ou moins intelligent ; ce sont :

Tlrîipârània, Isurumuniya.

Mihintalc. .

Ruwanveli. .

Miriswetiya..

Lankàràma..

Abhayagiriya.

Jetavanàràma.

Fondés par le roi Tissa de 3o6 à 266 av. J.-G.

Fondes de 1C4 à 2 5" av. J.-G. par le roi DujtliagàmanL

70 ans av. J.-G.

L'an 3o2 de notre ère.

Les clagobas se composent essentiellement d'une calotte sphérique

Fig. 33:j. — Tlnipàràma (m ( ' sirclo av. J.-C.).

posée sur trois étages de gradins circulaires et surmontée d'un entablement carré, lequel sert lui-même de base à un cône élevé et mince formé de bourrelets successifs. Ce qui distingue ces dagobas des édifices similaires de l'Inde, c'est surtout le cloître circulaire avec piliers monolithiques qui l'entoure (fig. 33^). Ces piliers, dont

t. Les deux expressions se disent indifféremment.

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beaucoup sont encore debout, et dont les chapiteaux rappellent la décoration des anciens monuments de l'Inde se présentent sur 2, 3 ou/i lignes concentriques. Ils supportaient un toit à l'indienne, a étages superposés. Les colonnes les plus élevées se trouvaient près du stupa, les moins élevées se dressaient sur le cercle extérieur. Fergusson, dans son ouvrage classique sur l'archéologie hindoue, fait certainement une erreur, quand il dit que les colonnes ne supportaient aucune toiture et servaient uniquement à jalonner, à l'air libre, l'itinéraire des processions bouddhiques. 11 suffit, pour être fixé à cet égard, d'examiner un chapiteau à tenons et mortaises du deuxième cercle intérieur du ïhùpàràma (fig. 333) dont nous donnons un dessin. Les stupas sont tous en briques et sont revêtus d'un stucage uni, blanchi à la chaux. Ils atteignent parfois des dimensions colossales. Le stupa de Jetavanàrâma (3 02 après J.-C), le plus élevé de tous, dépasse 70 mètres de hauteur pour 109 mètres de diamètre à la base. Toutefois les grandes dimensions n'ont été adoptées qu'à partir du n siècle avant J.-C, sous le règne du grand roi Dutthagàmanî. Avant cette époque, les stupas étaient tout petits : ïhupârâma n'a que 19 mètres de haut ;

Isurumuniya environ 10 mètres, Mihintale (le stupa du couvent) 8 mètres. Tous ces stupas ont malheureusement subi des restaurations peu contrôlées dues à des bonzes de la localité.

Les fondations des grands stupas sont très considérables. Le stupa d'Abhayagiriya (90 avant J.-C). qui a 70 mètres de hauteur et 100 mètres de diamètre, repose sur des fondations de 3o mètres de profondeur (fig. 33/|). Beaucoup de personnes s'imaginent bien à tort, que ces lourds édifices se sont, à la longue, enfoncés dans

Fig. 333. — Thùpàràma. Chapiteau à tenons et mortaises.

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le sol, et que les parties encore visibles ne représentent qu'une fraction du monument. Les fouilles effectuées par M. Bell, démontrent le contraire. Les stupas qui ont diminué de hauteur sont ceux dont les parties supérieures se sont effondrées.

A la base des grands stupas et symétriquement disposés aux

Fig. 334- — Abhayagiriya (90 av. J.-C).

extrémités de deux diamètres perpendiculaires, quatre édicules, en forme d'autels élevés, font saillie. Nous donnons la photographie de l'un deux. Il fait partie du stupa de Miriswctiya (11 e siècle avant J .-C .) et était probablement surmonté dune pyramide dont il subsiste quelques débris (fig. 335).

ANURADHAPURA

Dans le voisinage des stupas se rencontrent les restes d'un grand nombre de monastères et d'une multitude de petits stupas de 2 à 3 mètres de haut, très ruinés, qui sont des tombeaux de moines ou de saints personnages,

En principe, tous ces monuments étaient en brique, la pierre n'était employée que pour les corniches, les colonnes, les chapiteaux

Phot. Steen et C , Colombo.

Fig.'33o. — Stupa de Miriswetiva (11 e siècle avant J.-C), un des édicules faisant saillie à la base.

et les dallages. Des carrières de granit se trouvent à peu de distance. Nous ne dirons rien de plus sur les stupas, qui sont du reste trop connus pour que nous insistions davantage. Peut-être aussi sont-ils trop restaurés non seulement par le gouvernement anglais qui a fait vraiment de la bonne besogne, mais encore par les bonzes et même par le roi de Siam qui s'est cru obligé, en sa qualité de souverain

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bouddhiste de lTndo-Chine, de faire restaurer à ses frais deux des principaux slûpas d'Anurâclhajîura. Parmi tous ces Mécènes, les plus à craindre sont les bonzes qui sont en train d'infliger à l'intéressant dagoba de Ruwanveli, une série de pagodons d'un goût modem-

ViUïi

Fig. 33^. — Stupa de Ruwanveli (11 e siècle av. J.-C).

stvle absolument effroyable (lig. 337). ^ s nc sc trouvent pas heureusement sur le côté que nous ayons photographié.

Déjà au xu e siècle le bon roi Paràkrama-Bàhu s'était liyré a un premier travail de restauration, mais cet honnête constructeur yiyait à une époque où les traditions étaient encore ynaces et ses beaux monuments de Polonnaruwa nous sont une preuve de ses goûts artistiques.

Il ne reste plus un seul temple (en dehors des stupas bien entendu) ni une seule chapelle, ni un seul monastère, ni une seule maison d'habitation debout à Anuràdhapura.

Les temples et monastères se révèlent généralement parla ligne

des substructions, la base des anciens piliers monolithiques et parfois aussi par les piliers encore en place. Ce sont tantôt des salles oblongues de 2 5 mètres de long sur i5 mètres de large avec deux rangées de colonnes de chaque côte, tantôt des cours avec une chapelle centrale entourée de cellules. Les toitures étaient en bois et recouvertes de tuiles dont on rencontre de nombreux débris. Devant certains couvents, se trouvaient des auges de pierre de 20 mètres de long environ, avec un creux d'un mètre carré de section, pour

Pliot. Skecn, Colombo.

Fig. 338. — Lu bassin à Anuràdhapura.

recevoir le riz offert aux bonzes par le souverain et par les fidèles. Un bassin en pierre pour les bains et les ablutions se trouvait parfois dans le voisinage (fig. 338, 33()). Le monastère le plus important, sur lequel les anciennes annales ne tarissent pas de détails, était le fameux « palais de bronze » aux 900 chambres et 9 étages, construit par le célèbre Dutthagâmanî, 1O/1 ans avant notre ère. Il était porté par 1G00 piliers de granit (fig. 3/io) de [\ mètres de haut qui subsistent encore et couvrait une surface de 70 mètres décote. Il est indubitable que le monastère était en bois, sans quoi

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les piliers eussent disparu depuis sous une masse énorme de matériaux. Les étages devaient être en retrait les uns des autres, absolument comme dans les grands monastères modernes de Birmanie, à Mandalay, où de grands édifices en bois, de plusieurs étages, se pressent sur une même terrasse construite sur pilotis. Les murs de ces édifices et temples birmans sont couverts de dorures et de verroteries et prennent volontiers le nom emphatique de « mo-

Fig. 33(). — Ln bassin à Aiuiràdbapwra.

nastère d'or ». Les tuiles du monastère de bronze d Anurâdhapura étaient en bronze doré. Les murs étaient incrustés de pierres précieuses. La grande salle était élevée sur des colonnes d'or s'appuyant sur des lions et des éléphants d'or. 11 y avait au centre un trône d'ivoire, destiné au grand prêtre, orné de chaque côté d'un soleil d'or et d'une lune d'argent, et abrité par un baldaquin blanc, emblème de la souveraineté \

i. Mahâvamsa, chap. xxvn, p. i63.

Cette description que l'on trouve dans le Mahâvamsa semble indiquer que de tout temps le système d'incrustation de pierreries, sinon de verroteries, a été en faveur a Ceylan. Aujourd'hui encore, les vraies pierres, mais de qualité inférieure, telles que les saphirs blancs, les pierres de la lune, etc., s'y vendent moins cher que les pierres fausses. Aux xvi e et xvn e siècles, les grands Mogols ne se sont pas fait faute de couvrir d'incrustations de pierre-

Fi g. 3/jo. — Palais de bronze (n° siècle av. J.-C).

ries qui subsistent encore, les colonnes et les murs des salles d'apparat et des salles du harem de leurs palais. Nous avons déjà dit quelques mots à ce sujet dans le chapitre relatif à la Birmanie. La plupart de ces temples sont précédés d'un charmant petit escalier en pierre, de quelques marches, au bas duquel se trouve une dalle demi-circulaire joliment sculptée, dite « pierre de lune ». Ces dalles (fig. 3/ii) sont divisées en demi-cercles concentriques ayant pour centre commun un lotus. Les cercles les plus rapprochés du centre représentent des processions d'oies ; puis, dans les dernières bandes,

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quatre animaux : l'éléphant, le cheval, le lion et le taureau se suivant processionnellement, symbolisant, paraît-il, les quatre points cardinaux.

Ces escaliers ne sont point spéciaux à Ccylan. Nous en avons rencontré à Mi Son (Annam) et aux Indes ; les processions d'animaux — d'origine assyrienne — se voient également sur les monuments

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Eijr. .Vj r . — Escalier prrs du TlnipArànià. (Lcclercq. — Un séjour dans Vile Je Ceyhin. Pion ol Nourril.)

de l'Inde et spécialement dans le sud, mais la pierre de lune avec son dessin de lotus et de bandes concentriques d'animaux ne se trouve, au moins à notre connaissance, qu'a Ceylan.

Une heureuse fortune que nous devons aux indications de M. Bell et de son distingué adjoint M. Stil, nous a fait rencontrer, à défaut de monastère, ou de palais, ou de temples encore debout, quatre bas-reliefs du plus haut intérêt donnant la représentation de certains édifices disparus.

Les deux premiers bas-reliefs se trouvent a i5o mètres environ

Fig. 342. — Dalle avec bas-relief, représentant un édifice à 3 étages, près du Ruwanveli

à Anurâdhapura.

du Restbouse, dans une prairie, à droite en allant vers Ruwanveli.

Fig. 343. — Bas-relief près du Ruwanveli. — Dalle horizontale.

Ils ont été sculptés sur deux dalles formant une sorte d'escalier (fig. 3/42), l'un des deux bas-reliefs de ce groupe orne la dalle hori-

3yo

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zontale qui forme palier, dans la photographie, l'autre orne la dalle verticale qui forme dossier, mais elle se trouve sur le revers de la pierre et ne peut pas être vue(fig.3/i3).

Les dessins que nous donnons ici des deux basreliefs sont assez significatifs par eux-mêmes. Dans le bas-relief de la dalle horizontale, nous nous trouvons en présence d'un édifice considérable à trois étages, avec pagodons. Il devait être construit en matériaux légers, car il n'existe pas, dans toute l'île, de ruines d'un édifice pareil. Il en resterait tout au moins des piliers, des linteaux de portes en pierre, et des tas de briques sur les fondations.

Donc entre le iv e siècle av. J.-C. et le commencement du vm e siècle de notre ère, il existait des édifices à toits superposés analogues aux édifices de l'art hindou moderne. Notre temple-monastère ne serait pas déplacé a Benarès. On verra plus loin que le palais de Duttha-

gâmanî (16^ av. J.-C.) était un palais à trois étages avec véranda, en retrait les uns des autres et que les palais ou temples-monastères du xii e siècle étaient, à en juger par les bas-reliefs de Polonnaruwa, des édifices à terrasses et à clochetons superposés. Il y a là une indication curieuse sur la constitution des anciens palais ou monastères hindous construits en matériaux légers et dont aucun ne subsiste. Ce qu'on est convenu d'appeler l'art hindou moderne, dont l'évolution aurait commencé en môme temps que la

période mogole, avait donc des racines beaucoup plus éloignées qu'on ne pourrait le supposer. On trouve dans les bas-reliefs du

Fig. 345. — Bas-relief près de Ruwairvcli, dalle verticale.

Fig. 340. — Rampe d'escalier près de Thûpàràma.

Boro-Boudour a Java de nombreux palais de ce genre (ix c siècle) (fig. 3/i/i, voir aussi les fig. 3ig et 322, chap. v).

Le deuxième bas-relief représente un portique à trois entrées (fig. 3^5), le pavillon central formant avancée sur les deux autres.

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