CONCLUSION GÉNÉRALE
Résumons en quelques lignes les principales idées que nous avons émises clans le cours de cet ouvrage.
i° L'art hindou ancien, et par art il faut entendre ici surtout l'architecture, se compose d'éléments indigènes complétés par un fort appoint persan et grec.
2° Les premiers architectes de l'Inde ont surtout construit en hois et c'est ce qui explique l'emploi méthodique des voûtes en encorbellement et des loggias ou balcons couverts ; ils n'ont commencé à employer la brique et la pierre qu'au 11 e siècle avant notre ère (sauf pour les stupas).
3° L'art musulman de Bagdad a probablement emprunté à l'art hindou vers les vm e et ix e siècles le système des loggias.
[\ Les populations de 1 Indo-Chine et de l'Insulinde ont reçu de 1 Inde, dans le courant des deux premiers siècles de notre ère, la civilisation, la religion, les dialectes et les arts. Le tout s'est modifié a la longue dans chaque pays et a subi une forte empreinte locale sous laquelle, avec un peu de patience, on retrouve toujours l'apport primordial de la mère-patrie.
5° Les plus anciens monuments en brique et en pierre de l'Indo- Chine et de l'Insulinde ne sont pas antérieurs au vi e siècle de notre ère et présentent presque tous un caractère de famille surtout au Cambodge et dans l'ancien Annam (Champa).
Dans le Cambodge les tours pyramidales ne tardent pas a s'entourer d'enceintes concentriques a galeries. Le Cham plus pauvre se contente d'un seul mur de clôture. Java construit son gigan-
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tesque Boro Boudour et semble ensuite se laisser impressionner un peu par les tours du Cliampa, puis par la Chine. La Birmanie s'inspire surtout de l'architecture de la côte d Orissa et de 1 Inde septentrionale, ainsi que de la Perse. Quant à Ceylan qui appartient a l'Inde proprement dite, ses temples sont surtout dravidiens.
6° A partir des vi e et vu 6 siècles apparaissent brusquement dans tout l'Extrême-Orient (Chine, Japon, Indo-Chine), les édifices dits a la Chinoise en briques et stuc, a toits superposés et crochets. Ces édifices sont le résultat d'une adaptation chinoise du style ancien du Nord de l'Inde et spécialement du Népal (plaque de Sohgaura du 111 e siècle avant notre ère). Cette nouvelle mode, à en croire les basreliefs du ix° au xnr siècle du Cambodge et du X e au xin ft siècle de Birmanie, a d'abord été appliquée aux édifices de construction légère et spécialement aux édifices civils.
Les temples et les monastères conservent le monopole des grandes constructions en brique et en pierre.
7 A partir du xin e siècle le style dit chinois (toits superposés à crochets, construction en bois et stuc et briques) est employé indifféremment en Indo-Chine (probablement pour des raisons d'économie), pour les édifices de tout genre, civils et religieux. C'est a ce moment que le Siam entre en scène.
Nous voilà bien loin des origines fabuleuses attribuées il y a peu d années encore aux manifestations architecturales de l'Inde, de l'Indo-Chine et même, pour certains détails, de Chine.
Où s'arrêtera le zèle des démolisseurs de légendes ?...
L'indianisme lui aussi a ses libres penseurs et voici déjà que M. Joseph Halévy nous affirme que le sanscrit n'a été doté d'une écriture qu'après la conquête de la Perse et des Indes par Alexandre le Grand !
Mais chut... Ce sont là des choses mystérieuses qui ne font pas partie de notre domaine. Évitons les procès-verbaux.