‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 10 sur 97 · DANS LES ÉGLISES DE NORREY ET DE BLAUBEUREN · texte numérisé non relu

DANS LES ÉGLISES DE NORREY ET DE BLAUBEUREN

Durant le* trois derniers siècles du moyen âge, l’Église admit encore, comme disposition artistique de l'autel, la continuité des formes créées aux époques précédentes.

Déjà, nous avons entretenu le lecteur des deux principales variétés qu'on employa jusqu’à la fiu de la période dite romane : — l’au/el Je figure cubique ou rectangulaire , dont la forme dérivait, je crois, de celle du sarcophage des martyrs qui fut, aux catacombes, la première table sur laquelle on célébra les saints mystères et — Vaulel n colonnes isolées, dont la nature des supports , laissant un vide entre la table et le soubassement , constitue une différence tranchée avec l’autre disposition.

La présente notice a pour but de faire voir la continuité d’emploi de ce dernier système •

pendant les XIII e et XI Yï siècles; mais, la composition de nos deux exemples doit surtout révéler quelques variétés du genre qu’il est intéressant de connaître.

Posons d'abord ce point : l’autel à colonnes isolées se présente à l’élude dans deux conditions distinctes : — ou il est entièrement isolé et garni d’un nombre indéterminé de supports, — ou il est établi dans une disposition mixte, c'est-à-dire que la table repose à la fois sur des colonnes et sur un massif de construction; ce qui constitue une classe intermédiaire entre les autels cubiques et les autels à colonnes complètement libres.

De ces deux genres d’autels, le premier se remarque dans les sanctuaires et les grandes chapelles, tandis qu’on ne voit le deuxième qu'aux lieux exigus et manquant d'espace. Tel est positivement le cas où se trouvent les autels d’une nature analogue à celui de Norrey.

Toutefois, il faut reconnaître que la table, par son repos sur le massif triangulaire, par son encastrement dans le mur et par sa disposition sur les colonnes de la partie antérieure, acquiert <

une solidité qui [lui donne plus de chances de conservation; j’ajouterai même que cette singularité le fait participer à la fois aux deux conditions du meuble : soit à l'autel massif, soit à l'autel à supports isolés; cependant, y eut-il, là, intention de la part de l'artiste, ou bien *

devons-nous y voir une exigence commandée par l’exiguité du lieu? A coup sûr, je n’oserais le dire , et me borne à la constatation. — Dans l'autel de Blaubeuren , au contraire , rien d’obscur; toute la donnée se lit aisément. A part la composition, le style et le décor, l’artiste, on le voit, n'eut qu’à produire un meuble dont la nature rentrait dans les conditions ordinaires, puisqu’on lui commanda un autel complètement isolé; aussi, dut-il, pour y imprimer son cachet, se rejeter sur la distribution des supports et l’ornementation, desquelles il fit une des particularités du genre. — Or, ce n’est point le cas de celui de Norrey; car, soit que l’état des lieux ait contraint à chercher une disposition particulière, soit que cette idée fût venue à

MOYEN AGE. — XIII' XIV* ET XV? SIÈCLES. — AUTELS A COLONNES ISOLÉES, l'esprit de l'artiste, soit, enfin, qu'il en ait pris la pensée sur un monument d'une date antérieure, toujours est-il qu’il y a, là, singularité et, peut-être même, innovation pour l'époque ( *).

Comme il ne s’agit ici que de recherches sur les différentes variétés de l’autel, je n’ai pas la prétention de donner une supériorité à l’une ou à l’autre de ces deux formes ; il me suffit de constater. D'autres, un jour, lorsqu'on aura réuni tous les éléments de celte nombreuse famille, pourront se permettre une appréciation que je n’aborde point. Cependant, qu’il nous soit permis de présenter une remarque. Dans la composition architectonique des autels à colonnes, une des principales conditions à remplir est évidemment la solidité. Or, il résulte, de la comparaison de nos exemples, que si l'autel de Norrev, par la distribution de se» points d’appui, possède cette précieuse qualité, il en est tout autrement de celui de Blaubeuren, puisque les angles île l'arrièrc-partie de la table sont dépourvus de supports, et exposés, ainsi, à des causes incessantes de destruction.

Inutile, ce me semble, de parler longuement des dates et du caractère de l’art do ces deux meubles. Il n'est aucun de nos lecteurs qui n’y reconnaisse les XIII* et XIV? siècles, assez accusés d’ailleurs par les formes, les moulures et l'ornementation.

t. Au point de vue du cérémonial, cette disposition était tout aussi liturgique. Je ne pense pas, d'ailleurs, que l’figlise ail jamais rien défini quant à la forme de l'autel. Une table quelconque, soutenue par un pédicule, lui suffit, et peu lui importait que le support eût la figure d’un cube uu 'celle de colonnes; l un et l'autre pouvaient, du reste, fort bien contenir les seules prescriptions voulues : le dépôt des reliques qui consacraient le meuble.

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