PÉRIODE MODERNE. — XVH.ET XVII* SIECLES. — CHANDELIERS D’AUTEL
sc trouve dans l’une des églises de celle ville, nous semble contenir quelques inspirations puisées à des candélabres vénitiens d'une date antérieure.
Ici, pourrait, très-certainement, se clore notre notice, et je n'aurais rien de plus à dira, s’il ne nous paraissait indispensable de signaler, en passaut, un de ces phénomènes, une de ces anomalies qui se produisirent depuis le XVI! siècle. Je veux parler de ce mélange des idées ou de l'ornementation païenne aux symboles du christianisme, mélange choquant de deux religions qui se repoussent dans l’essence, le but et les pratiques, mais que le sans-façon et la légèreté des artistes créèrent dans un moment d'enthousiasme et d’engouement pour les œuvres de l’ancienne Rome. La décoration de ces trois ustensiles est surtout de nature à nous faire connaître l’état et la force de ce courant d’idées à l’époque où ils furent conçus ; aussi, [irises eu elles-mêmes, ces compositions accusent-elles leur origine, et celle-ci démontre, à n’en pas douter, qu’elles découlent de la forme et des dispositions de ces riches candélabres romains en brouze ou en marbre. En effet, presque toutes les parties principales s'y retrouvent; mais, comme bien l’on pense, l’ornementation et ses motifs ont dû changer. Ainsi, à l’unité logiqne du décor polythéiste, a succédé non-seulement la bizarre alliance des symboles païens et chrétiens, mais encore celle application blessante de tout un système de nudité, et, parfois, d’obscénité peu en harmonie avec le lieu et l'ustensile auxquels on l'introduit Ajoutons encore que lorsqu'on examine attentivement chacune de ces compositions et lorsqu'on en sépare ou qu’on en décompose les éléments, ou y reconnaît aussitôt la présence de ces mille motifs que les artistes de la renaissance avaient copiés sur les monuments romaius et dont ils avaient rempli leurs portefeuilles pour les cas de besoin ou d'applfcation. En étudiant donc ces trois compositions. se disputant toutes trois l’honneur de l'exubérance et de la surcharge, l’archéologue, si peu versé qu’il soit dans les œuvres antiques, n’a pas grand 'peine à découvrir l’origine de tous ces dessins si capricieusement agencés; et les formes diverses de certains trépieds et autels, de maintes coupes ou vasques, de tels candélabres et autres fragments d’architecture ou de sculpture apparaissent aussitôt, dévoilant ainsi leur source et leur destination. Tel était, aux XVI! et XVll! siècles, l’étal dans lequel se trouvaient les artistes, et telle était surtout l'influence qui prédomina dans la composition et le décor des œuvres de l’art. Nous développerons, ailleurs, les causes particulières et vraisemblables de ce curieux, mais anormal, événement.
NAPOU