‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 32 sur 97 · CANDÉLABRES POUR LE CIERGE PASCAL · texte numérisé non relu

CANDÉLABRES POUR LE CIERGE PASCAL

DANS LA CATHÉDRALE, A NOYüN, ETC.

Les deux ustensiles, reproduits sur notre planche, étaient destines à porter le grand cierge que l'on allumait aux offices publics depuis le samedi de la semaine sainte jusqu'au jour de l'Ascension, et, suivant une intention mystique, dont l'origine remontait aux premiers siècles du christianisme, l'Eglise entendait traduire, par ce cierge, comme une espèce de symbole apparent de la résurrection de Jésus conversant, pendant quarante jours sur la terre, avec ses disciples; aussi, le clergé, en raison même de l'importance qu'il attachait à cette colonne figurative de cire, y traça-t-il, d’abord, un tableau des différentes fêtes mobiles de l'année; mais, plus tard, il se contenta de les indiquer sur une bande de parchemin ou sur une tablette que l’on y appendait.

Nous n’entrerons poiul dans d’autres détails, que nous présenterons un jour, sur l’origine, la nature, la forme et la décoration du cierge pascal. L’on ne traitera ici que de l’ustensile destiné à le porter, et, même, le manque d’exemples, pour esquisser son histoire, nous force-t-il à borner le cadre de cette notice à la seule description de deux spécimens.

Reportant donc à une autre époque l'ensemble des documents relatifs aux différentes es|>èces de supports que l'Église demanda à l’art pour cet objet, nous nous transporterons à cette date où, après avoir été séparé de l’ambon, on jugea à propos d'isoler le candélabre et d'en faire un monument à part, ce qui, du reste, apparaît, dès la fiu du XL siècle, sur certaius points de la chrétienté. A la même époque, ce support acquiert déjà une richesse et un grand luxe d'orneiuents. L’on y employait les matières les plus précieuses : le marbre, le bronze, les mosaïques, la dorure. C’est eu cet état que le XII'. siècle nous légua l’ustensile. Peut-être, et très-vraisemblablement, en fit-on alors eu fer? mais, je n’en ai point rencontré ('). Le XIII1 siècle, lui, en a exécuté de cette matière, et ses artistes, qui travaillaient le métal avec une énergique élégance , eu out composé et produit pour ce cierge , dont on ne saurait contester le mérite. Nous en publions deux exemples, qui nous paraissent digues des plus grands éloges, et leur valeur a d'autant plus d’importance à nos yeux, qu’exécutés à des dates successives, la nature de leur travail accuse deux phases distiuctes des procédés ou de la technique des ferronniers du moyen âge. En elfct, celui que nous reproduisons dans la figure I" appartient, par sa composition, son style et son rendu, au XIII'! siècle, qui créa les ferrures de Notre-Dame de Paris et d’autres œuvres non moins rcmar-

(t). D'autres, plus lieureuv, en out pu itécouvrir.

MOYEN AGE.— XIII! XIV! ET XV! SIÈCLES. — CANDÉLABRES POUR LE CIERGE PASCAL.

qualités qu’offrira notre supplément. Pour qui a l'Imbitude de voir, ce sont, à très-peu près, les mêmes motifs, les mêmes formes, et, conséquemment, les mêmes procédés d’exécution, l-o fer y est traité au marteau, à l'étampe et à la lime. — Dans le deuxième exemple, on sent que l’art a marché. Les moyens de rendre et d’obtenir diffèrent. Déjà, le modelé au marteau et à l’étampe a presque disparu. Sous un certain point, on l’y retrouve bien encore; mais, en quel état! il n’y a plus de comparaison à établir. L’artiste a supprimé cette efflorescence végétale qui constitue la valeur du premier exemple: Était-il impuissant à la produire, ou bien a-t-il voulu la légèreté et a-t-il taxé de lourdeur quelques parties des compositions du XIII! siècle? Dans tous les cas, à part l'exécution des espèces de roses et de lis, formées de lamelles découpées et assemblées avec un certain art, tout le reste de l’œuvre ne saurait, comme valeur de travail, entrer en comparaison avec le premier candélabre.

Je ne m’étendrai pas davantage, puisqu'il n’est question ici que de vues générales ; il nous suffira de dire que, devant publier les détails de ces deux candélabres dans notre supplément, nous aurons alors l’occasion d’y revenir. Je mo borne donc à appeler l’attention du lecteur sur l'effet que devait produire la réunion de tous ces ustensiles joints à l'ameublement et au décor des grandes églises du XIII e au XV? siècle, et, sur ce point, on ne saurait se dissimuler que, lorsque l’esprit cherche à se rendre compte de cet ensemble, il reste comme étourdi à l’aspect de tant de richesses. Dans cet ensemble, le métal, appliqué a des destinations déjà nombreuses, formait, par sa nature, des oppositions qui produisaient les plus heureux contrastes. Que l’on se figure l’intérieur de l’édifice à l’une de ces grandes fêles où l’Église déploie toutes les splendeurs de sa pompe; que l'on se représente l’instant le plus solennel, lorsqu’au milieu des nuages d’un encens parfumé, le corps sacerdotal, couvert de ses plus riches vêtements, officie à l’autel dans ce mystérieux demi-jour, dont l’effet, produit par les vitraux, disparaît et s’efface presque sous l’éclat que projette tout ce monde de monuments chargés de brillants luminaires; alors, l’esprit, renseigné par l’exhumation, par la publication de tous ces meubles et do tous ces ustensiles, commence à entrevoir ce que l'édifice, avec son luxe de sculptures, de peintures et de dorures, devait offrir de inaguificencc, et la pensée arrive, enfin, à se rendre compte et de ta pieuse ferveur des populations et du haut sentiment religieux des artistes; car, de telles cérémonies, auxquelles chacun assistait, laissaient dans le cœur des impressions profondes qui réagissaient énergiquement, mais en des sens divers, sur l'imagination des hommes, où elles portaient les plus heureux fruits.

Do ces deux candélabres, l’un, figure i, se trouve à l’église cathédrale, et l’autre, figure 1, se voit dans une cour de l'hospice de la même ville.

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