‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 40 sur 97 · DANS L’ÉGLISE DE SA1NTE-MAR1E-IN-ORG AN’O, A VÉRONE · texte numérisé non relu

DANS L’ÉGLISE DE SA1NTE-MAR1E-IN-ORG AN’O, A VÉRONE

Ce lulriu, qui avait pour but de soutenir le livre des chantres, se rattache, par ses formes, à la famille de ceux, dont la partie supérieure est composée d’un pupitre à deux versants. Ce fut. on le sait, la forme la plus simple et la plus convenable pour l'office qu’il devait remplir.

la disposition de ce meuble, jointe à celle d’analogues que nous ferons connaître, prouve qu’au XVI* siècle, en Italie, en France et même ailleurs, les artistes continuèrent l’emploi des types admis par leurs prédécesseurs; car, nous avous vu, de ce temps, des lutrins pupitres, des lutrins aigles, des lutrins mobiles, etc., dans des données absolument conformes à ceux du moyen âge, à l’exception du stylo et du décor, qui étaient propres à la renaissance. Uno telle continuité dans l'établissement de celte classe de meubles implique, avec évidence, l'acceptation tacite, par les artistes du XVR siècle r des types composés par leurs devanciers, et elle démontre aussi leur bon sens de n’en avoir point modifié les formes. Au reste, cette convenance frappe, en effet , dans la composition du lulriu de Vérone; son office n’étant autre que de supporter le livre des chantres, il 'suffisait d’une heureuse combinaison du pupitre sur uu pédicule. Restait h l'artiste à savoir la composer d’une mauière plus ou moins agréable, mais de façon, avant tout, qu'il y eût rapport d’harmonie entre les deux pièces, c’est-à-dire que l’importance de l’une, par la masse de son volume, u' écrasât pas l'autre; et c’est, précisément, celle harmonie de proportions que l’on voit, presque toujours, dans les lutrins pupitres des XI Y? et XV? siècles. — Mais, en Italie, au XVI? siècle et surtout à l'époque de l'engouement des travaux de la marqueterie, ces rapports subirent des modifications notables, parce que ce système de décor exige, pour se produire, des surfaces planes et développées ; et il s’ensuivit qu'au lieu de continuer, |Hiur le pédieule de celte classe de lulrius, l’emploi de parties minces, élancées ou à claire-voie, on y établit des panneaux et des champs lisses sur lesquels l'artiste marqueteur put développer et faire valoir les ressources de son art. lai forme, donnée au pédicule du lutrin de Vérone, tendrait, ce nous semble, à confirmer notre sentiment.

Ce petit meuble doit sa créaliou à l’artiste célèbre, mais peu counu, qui orna la sacristie et le sanctuaire de Sainte -Marie- in -Organo, au modrslc Fra Giovanni dont Vasari fait trop brièvement mention dans son précieux ouvrage. Tout porte à croire qu'il en composa les formes et le décor pour qu’ils vinssent s'harmoniser à celles du candélabre, des stalles ( 1 ), etc., qu’il exécuta ou fit exécuter pour ce inouumeut.

I.a composition de ce lutrin accuse, selon uous , des formes un peu massives et qui contrastent entre elles: ainsi, lo pupitre et la base semblent lourds dans leur rapport avee la tige

(I) Nous devons publier une monographie do CM magnifiques s’ «il les dans noire Supplément.

PÉRIODE MODERNE. — XV! ET XVI! SIÈCLES. — LUTRINS-PUPITRES, qui les relie, el , fort vraisemblablement, uu artiste sculpteur, en introduisant des parties minces et élancées dans le pédicule, eût beaucoup mieux pondéré ce rapport ; mats, il faut se souvenir que la composition fut cherchée en vue du concours de la marqueterie, et, dès lors , on doit reconnaître que les dispositions, plus gracieuses, du type ont dù en souffrir. Ces observations faites et en admettant les exigences de l'artiste, on ne saurait refuser à cette œuvre un certain mérite ; car, prises séparément , les formes en sont agréables ; la sculpture y est fine el les motifs aussi heureux que bien placés; les dessins de marqueterie, sont élégants el leur exécution d'une supériorité remarquable; enfin, jugée à son point de vue, cette composition nous parait it la hauteur de celles qui l'entourent, et sa valeur donne une haute idée du talent de Fra Giovanni, l’élégant créateur de la sacristie, du candélabre, des stalles, du lutrin, etc., de l'église de Saintc-Marie-in-Orgauo. — Un petit degré, mis à l'un des angles de la base, sert it élever la personne qui a charge de tourner les feuillets du livre el d'y mettre le signet, muni d'un poids, afin d’empècher les pages de sc lever. Ce signet ou cette cordelette est fixé à une lige horizontale et mobile, en métal, que l’on remarque à la partie supérieure. — Qu’ajoulerai-je encore? que le travail de la menuiserie est digne de la beauté des sculptures, et que, sous le rapport de la marqueferie , l’exécution ainsi que les procédés prouvent que cet art avait, dès lors, acquis toutes les ressources propres & ce genre de peinture en bois. — Mais , il est uu dentier point à signaler, et celui-là n’est pas le moins intéressant : nous voulons parler de cette espèce do signification, de destination parlante que le bon el modeste Fra Giovanni s'est plu à introduire sur l’un des deux versants de son pupitre. Il y a placé la figuration d'un antiphonairc de son époque. La peiulure en marqueterie représente le livre ouvert, et la scrupuleuse exactitude de tous ses détails donne une idée exacte de celle classe de livres cantoraux, avec leurs systèmes de notation, de signets, de liens de fermeture, etc., notions diverses qui ont aujourd'hui taut d'intérêt pour les études de l’historien et de l'archéologue.

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