MOYEN AGE. — XV. ET XII? SIÈCLES. — STALLES EN BOIS
le fond du sanctuaire. Ce setlile ou banc, destiné aux prêtres qui assistaient aux offices, épousait, le plus souvent, la configuration de l'apside, c’est-à-dire qu’il était disposé suivant une ligne courbe. Cependant, on en connaît, comme à la basilique de Saint-Laurent, hors les murs de Rome, qui sont construits sur une ligne droite; mais, ils ne sont pas anciens , et c’est une exception (t). Ainsi donc, l’on érigeait ces s edilia dans le second chœur, dans le sanctuaire, presbylerium , chorus sacerilolum. Tels étaient, du moins, ceux de l'Italie aux premiers temps du christianisme. Dans le nord de l’Europe et en France, en fut-il de même? Ce-point est assez difficile à éclaircir. Tout ce que l’on peut supposer ou admettre , c'est que hcaucoup d’églises, n’étant point aussi richement pourvues et ornées que les basiliques du berceau catholique, n’eurent, peut-être, point de seililia aussi importants qu’à Rome. Dans ces édifices, les prêtres s’asseyaient sur des sièges en bois ou restaient debout pendant les cérémonies. Mais, plus, tard, lorsqu’on modifia le plan des églises et lorsqu’on changea l'orientation, le sanctuaire subit îles modifications qui entraînèrent plusieurs changements dont les conséquences réagirent sur la situation de ccs sièges sacerdotaux. Par des motifs que nons exposerons ailleurs, les offices, depuis une certaine époque, avaient acquis une importance et une longueur telles que l'Église dut avoir égard pour ceux de scs ministres qui y assistaient, puisque, dans quelques pays, le clergé ne s'asseyait pas. Dans cette circonstance, l'autorité comprit qu’il fallait adoucir la règle, et l’on accorda la permission de s’appuyer, pendant certains moments, sur des bâtons ayant la forme de béquilles, rcclinaloria. Ce soulagement, cet adoucissement en fit bientôt naître un autre. La basilique , par ses modifications récentes, avait vu son sanctuaire s'allonger et s’agrandir; car, cette partie semble avoir été combinée pour comprendre les deux chœurs primitifs : le chorus sacerilolum et le chorus psallcntium. Or, cette disposition nouvelle opéra, sans doute, la transformation que je signale. L’autel, en changeant de place, par suite du changement d’orientation, entraîna le changement de situation du sedile, et cette mutation provoqua, selon nous, la pensée d’établir longitudinalement, mais à droite et à gauche, le banc qui, d'abord, avait occupé le fond, c'est-à-dire l'hémicycle de l’apside. Quelle fut, à cette époque, la nature des stalles? Ktaient-ce des sièges pliants, seilcs plicalilcs, — ou bien des banquettes en bois avec ou sans dossier et pourvues ou non de pièces de séparation? Je l’ignore. Ce qu’on peut affirmer, c'est qu’à partir du Xi? siècle l'obscurité cesse, et que les documents écrits s’expliquent; enfin, des monuments de la fin du XII? siècle nous apprennent que l'on commença, dès lors, à établir des rangées de sièges à séparations basses et telles qu’on en voit encore à Ratzburg et ailleurs. Dès ce moment, la stalle proprement dite est définitivement constituée ; il ne s'agit plus que d’y introduire les modifications qu'elles reçurent plus tard, et ce fut, là, le fait nu l’action des siècles, ce dont nous parlerons dans la suite.
Comme stalles de l’époque romane, celles de Ratzburg offrent un très-grand iutérêt et méritent toute notre attention ; car, elles occupent , par leur nature ou par leur forme, une place intermédiaire entre le sedile des basiliques et les stalles telles que nous les voyons aux XIII? XIV? et XV? siècles. On comprend donc tout le jour que leur publication a dû jeter sur cette matière.
t. Nous avons publié ce siège d’après les dessins de M. Viollel-Loduc; voyez le duuiièmo volume de nos Monuments Anciens et Modenet.