STALLES, DANS L'ÉGLISE DE RATZBURG
Maintenant , il conviendrait , pour en faire une étude approfondie , de traiter d'abord de l'histoire de l’évêché de Ratzburg au XII* siècle; puis, de faire connaître la condition de l’art sur ce point de l’ Allemagne, et, enfin, de parler de l'état de la menuiserie et de la sculpture en bois à cette époque ; mais, toutes ces questions trouveront beaucoup mieux leur place dans un travail d’ensemble, et nous renvoyons à notre supplément.
L’histoire de la découverte de ces stalles, qui est un peu celle de beaucoup d'autres monuments, renferme en elle-même des particularités assez intéressantes pour être rapportées ici. — En parcourant celui des bas-côtés par où l’on entre dans l’église de Ratzburg, nous aperçûmes, en partie cachée par un tas de décombres, une espèce particulière de banc qui excita notre attention. Ce banc était composé de deux singuliers montants eu bois. Notre premier mouvement fut d’écarter les matériaux qui l’entouraient et en masquaient la vue, et, alors, apparurent deux fragments de sculpture du XII? siècle. Ce bizarre assemblage d’une misérable planche , clouée sur nos deux montants, me fit supposer que ceux-ci pouvaient provenir d’un édicule dont je ne devinais ni la forme ni La destination, mais que le hasard allait me faire connaître. Vivement ému de cette découverte, et caressant, par la pensée, l’espoir de la compléter, je poursuivis l’exploration de tous les coins de cette église, lorsque, tout à coup, s’offrirent successivement à mes yeux tryis autres bancs composés de la même manière, c’esl-à-dire d’un égal nombre de pièces ornées de sculptures et fixées à de méchantes planches afiu de constituer une sorte do sièges communs, servant de banquettes. Cette nouvelle trouvaille fut pour moi comme un trait de lumière, car elle complétait de tous points. En effet, prise isolément, la forme des premiers morceaux n’aurait pu m’indiquer leur destination ou le genre de meubles auxquels ils se rapportaient, tandis qu’à l’aide des autres, tout devenait clair et facile à comprendre. Là, j'avais trouvé des accoudoirs; ici, je rencontrais les supports; cl, en ajoutant, par la pensée, celle partie horizontale et mobile qui sert de siège, on recomposait un ensemble qui constituait une stalle... et une stalle de la fin du Xll? siècle !... Que l’on se fasse une idée de ma joie, je venais de combler une lacune; j’avais trouvé un desideratum!... Mais, au bonheur succède parfois la peine : je pensai au triste sort qu’avaient subi et que pouvaient subir ces fragments. Ils étaient abandonnés dans le plus cruel dédain; heureux encore d’avoir pu échapper à la destruction grâce à leur forme qui les avait protégés. — Quelques croquis faits, je me hâtai de voir le sacristain pour lui faire part de ma découverte. Nous apprîmes alors que ces rares débris avaient été déjà vus par quelques voyageurs, au nombre desquels je reconnus le nom de l’auteur de nos dessins (*). — Maintenant que nous avons éveillé l’attention sur ces précieuses stalles, et que nous en avons fait comprendre la valeur, y a-t-il lien d’espérer pour elles un meilleur sort, c’est-à-dire ce respect que mérite à la fois leur antiquité, leur destination, leur rareté et, surtout, leur prix au point de vue de l'histoire de l’art, ou de celle des mœurs et coutumes? J’en fais assurément les vœux les plus sincères, bien que je n’ose y croire. Puisse, cependant , notre voix avoir quelque retentissement et être entendue, par delà les espaces, du respectable pasteur, gardien de l’église qui les renferme ; puisse cette modeste notice lui faire comprendre tout l’intérêt qu’ont, aux yeux des historiens et des archéologues, ces pauvres petits morceaux de bois, si précieux par leur date, si inté-
I. U. Daniel Ramée, fauteur du Manuel de fhistotre de FjrcMIecture, etc. Paris, 1843, 3 volumes grand in-IB, avec gravures sur bois dans le texte.
MOYEN AGE. — XK ET XH! SIÈCLES. — STALLES EN BOIS, ressauts par leur art et si curieux par les renseignements qu'ils fournissent; enfin, puissent nos faibles efforts venir en aide à des objets d'une nature plus faible encore, — et, si un jour il nous arrivait d'apprendre que notre minime action ait pu sauver ces rares débris, nous nous estimerions heureux, de même que nous croirions avoir fait une œuvre réellement utile.
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STALLES EN BOIS