DANS LES ÉGLISES DE COLOGNE ET DE VENISE
Dans uno précédente notice sur les stalles de l'époque dite romane, nous avons essayé de faire connaître l'origine de cette classe de meubles, en énumérant les moyens qu'adopta l’Église pour soulager les prêtres qui assistaient aux offices et cérémonies du culte. Limité par la période , les XI? et XII? siceles , je dus m'arrêter au moment où la rangée de stalles à séparation basse était définitivement établie, ce qui donnait, pour chaque prêtre, un siège à part, quoique voisin et adhérent aux autres, et j’ai avancé que ce système ou ce mode d'accolemcnt des stalles semblait provenir de la pensée du groupement des ecclésiastiques sur un point, comme on le pratiqua, d'abord, sur le srdile du rhtirus sacerdotum; quant à la nouvelle situation de ces rangs de sièges, nous avons admis qu'elle découlait des modifications opérées à une certaine époque, c'est-à-dire du changement d'orientation qui changea la position de l’autel.
Ces circonstances rappelées, il s'agit maintenant de voir ce que devint la stalle. El, d’abord, ce siège ecclésiastique conserva-t-il sa forme et ses dispositions primitives, et, dans son état originel, répondait-il aux besoins et aux exigences pour lesquels il fut établi? S'il pe s’agissait que de la composition d’uu siège , destiné à soulager , à certains moments , le prêtre qu'une prescription forçait à rester longtemps debout, on répondrait par l'affirmative; mais, il faut placer ici une considération qui, selon nous, doit avoir sa valeur, et dont la nature a fort bien pu être une cause déterminante cl celle qui donna l’idée d’exhausser, successivement et de plus en plus, la partie postérieure : le dossier ; exhaussement dont on attribua l'origine au luxe qu’on introduisit dans l’église, grâce aux progrès de l’art. Cette considération n’est autre que la grandeur donnée aux monuments religieux ; car, cette vastitude produisit, en certains temps de l’année, des conditions si pernicieuses, que le clergé, stationnant dans l’inaction sur un point, se trouva ainsi exposé aux rigoureuses iutempéries des courants d’air, du froid et de l'humidité. Une telle situation, surtout dans la saison d'hiver et pendant les offices de la nuit, dut tout naturellement éveiller l’attention de l’autorité, qui s’en émut; aussi, pour l’adoucir, ordonna -t-elle , en quelques lieux, d’exhausser la clôture du chœur. Mais, prit-on, partout, une semblable mesure? car, partout, les prêtres, pour remplir leurs devoirs , se voyaient exposés à une position fort compromettante. Ce fut donc , très -vraisemblablement, alors qu'on donna aux stalles des dossiers plus hauts afin de protéger le corps des prêtres et des moines contre les intempéries, et, fort probablement, cet acte de prévoyance devint la cause des changements qu’elles subirent. Le besoin, ici
MOYEN AGE. — Xlll‘ XIV ET XV? SIÈCLES. — STALLES SACERDOTALES, encore, fournit à l’art une occasion de déployer les ressources de son génie; mais, en les appliquant au service de Dieu et à l’exécution des édifices ou des objets du culte, il n’entendit point rester stationnaire ; c'est-à-dire qu'il voulut, comme toujours et suivant son habitude , continuer cette voie d'amélioration et de progrès , but incessant de ses efforts. Par une conséquence toute naturelle de la force des choses, la stalle subit donc les modifications qu'éprouva l’art lui-ntême ; mais, ces modifications n’apportèrent de changements que dans les dispositions et le décor. Le siège resta toujours un siège avec ses pièces principales. Sous TinOuence de l'art, la composition ainsi que l'ornement furent seuls modifiés, et cette modification résulta exclusivement de l’application qu’on y fit des formes de l'architecture et de la décoration contemporaines; questions capitales au point de vue artistique, mais d’un intérêt secondaire sous le rapport de la liturgie, parce qu'elles n’altéraient en rien les prescriptions du culte. Aussi, chaque artiste, pourvu qu'il ne touchât pas à l'institution , pourvu qu’il eu conservât la forme et la pensée, aussi, dis-je, chaque artiste fut-il complètement libre de modifierai d’embellir selon ses idées, son génie ou l’état de l'art. C’est, là, un point et un résultat que l'on constate dans l’élude des différentes familles de meubles religieux et dans celle des stalles, dont nous aurons à faire connaître les principaux types depuis le XII? siècle.
N’ayant publié jusqu’ici que deux fragments relatifs aux stalles de la dernière partie du moyen âge, cl ces fragments ne préseutaut aucuue connexité, puisqu'ils manquent d’iutermédiaires ou de leurs points d'attache , celle absence nous empêche d’entreprendre nue histoire et une étude qui n’ admettent pas les lacunes. On les trouvera donc dans notre supplément. Là, grâce à de nombreux exemples, nous montrerons la stalle se développant par des modifications successives cl arrivant à ce point de composition importante qu’elle acquit dès le XIV? siècle. — Je me borne, en ce moment, à appeler l'attention sur deux œuvres d’une haute valeurà des points de vue divers. Ce soûl, d’aburd, les stalles de SainWïéréon, à Cologne, dont les dossiers paraissent détruits, et, puis, une partie du dossier seulement de celles de l’église de Frari, à Venise. Je ne m’étendrai point à faire l’analyse de l’un et de l’autre de ces monuments. Ils accusent tous les deux le caractère particulier de l’art aux XIV? et XV? siècles en Allemagne et dans cette région de l'Italie , où les œuvres présentent ce cachet exceptionnel que démontrent assez nos stalles vénitiennes. Nous reviendrons, dans la suite, sur ces deux monuments.
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STALLES EN BOIS