‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 46 sur 97 · DANS L'ÉGLISE DE SANTA MARIA GLORIOSA DE’ FRAR1, A VENISE · texte numérisé non relu

DANS L'ÉGLISE DE SANTA MARIA GLORIOSA DE’ FRAR1, A VENISE

La stalle, telle que l’avaient conçue les artistes des Mil' et XIV' siècles, était dès ce moment complète, et sa composition répondait à tous les besoins du clergé; c’est, du reste, ce que prouve l’examen des exemples construits depuis cette époque. L’on n’y apporta donc plus de modifications importantes. Tous les principaux membres étaient dès lors établis , et leur introduction ainsi que leyr agencement semblent avoir été l’affaire ou le résultat d’exigences qui les provoquèrent. En effet, la création du synthronus donna, sans aucun doute, naissance aux bancs et à la stalle telle qu’on la voit à Rat/ebourg, et celte dernière conduisit à la composition des stalles du XIII e siècle; mais, bientôt, d’autres besoins appelèrent des modifications nouvelles, et, fort vraisemblablement, c’est à cette date qu’il faut attribuer le changement apporté à la partie postérieure, c’est-à-dire son exhaussement et sa transformation en une haute décoration dont le sommet forme comme une espèce de couronnement. Dès le Al Y* siècle, ce couronnement acquit parfois des proportions considérables, et son étendue servit même de champ où des artistes trouvèrent une occasion |>our traduire et manifester leur savoir-faire ; aussi , plusieurs de ces dossiers passent-ils, et avec raison, pour des œuvres fort remarquables. A partir du XIV* siècle, la stalle, comme nous le disons plus haut, est définitivement constituée, puisqu'elle réunit toutes ses pièces utiles; et la seule différence qu’on y remarque ne consiste, le plus souvent, que dans le mérite de sa composition ou dans la valeur du travail artistique. Mais, chaque pays et chaque époque marquèrent, on le sait, ces œuvres de leur cachet, c’est-à-dire du style et du caractère qui leur étaient particulièrement propres; ce fait y est même quelquefois si fortement empreint qu’on y découvre sans peine l’art exclusivement régionnaire de certaines écoles. Je n'entends pas dire, toutefois, que le caractère local domine absolument dans toutes les œuvres et qu’il y apparaisse à l’exclusion des autres. L’exemple que nous avons choisi et qui se trouve dans l’église de Santa-Maria-Gloriosa, à Venise, pourrait, au contraire, fournir une preuve de l’opinion opposée, et c’est même le motif qui nous engage à le reproduire; car, je le considère comme uue espèce de compromis où apparaît, d’une manière irrécusable, la combinaison de deux styles, je veux dire l’inlluence d’un art étranger au pays dans lequel se trouve le monument. Pour qui connaît la nature et les variétés des styles propres aux diverses régions de la catholicité, il est impossible de méconnaître qu'il n’y ait là un mélange de l'art italien à l'art allemand vers le milieu du XV e siècle, et ce mélange se mauifeste surtout dans la composition de tous ces tracés de rosaces découpées à

Page 1