‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 48 sur 97 · DANS L'ÉGLISE DE SAINT-PIERRE, A PÉROUSE · texte numérisé non relu

DANS L'ÉGLISE DE SAINT-PIERRE, A PÉROUSE

Ces stalles sont, avec raison, considérées comme des plus belles et des plus importantes parmi celles qui aient été créées au XVIt siècle sur le sol de l'Italie, et celle réputation no nous semble poiut usurpée ; car, la vue de notre planche de détails est bien faite pour nous en donner une liaule opinion. Mais, le lecteur ne pourra en prendre une connaissance exacte que dans nos volumes de supplément, où je réunirai, indépendamment de la monographie architecturale, quelques autres meubles du choeur dont le style cl le caractère nous porteul à les attribuer au même artiste.

Lorsqu'on établit l'ameublement de celte église, la forme des diverses pièces avait été fixée par le moyen âge, qui les légua à la Renaissance, et, dois-je le dire, à l'exception de quelques-unes, la plupart n'éprouva guère de changements notables. Ces altérations, je les signalerai successivement. Ici, nous devons nous restreindre aux stalles, cl, dans celles de Pérouse, la partie réellement digne d'étude est bien moins celle de l'architecture et des dispositions que le décor lui-même, dont on ne peut méconnaître l’importance. Je n’entrerai donc dans aucun détail sur le premier de ces deux points; on l'abordera, du reste, lorsque nous aurons publié les autres planches, et il suffit de traiter, en celte notice, de la question décorative.

A l’époque où l'on s'occupa de la composition de ces stalles et de leur ornementation, les artistes décorateurs étaient sous l’influence d'un goût qui s'était infiltré dans les esprits. L'étude des monuments romains, tels que les Thermes ou les Colombaires, et l’exploration des catacombes de Rome avaient fait connaître un système particulier de décor dont on s’était servi pour l'embellissement de ces lieux. Le retour aux lois de l'architecture antique et leur application presque constante dans les travaux d'alors , appela, comme conséquence, l'adoption de ce système de décor qui formait comme une alliance heureuse, et chuque artiste, en sacrifiant au goût et en suivant la passiou ou l'entrainement du jour, introduisit, daus n’importe quelle espèce d'œuvre, certains motifs dont il avait emprunté l’idée et, parfois même, les figures à l’ornementation de ces vieux monuments; car, la plupart d’entre eux étaient allés à Rome pour y étudier, Vitruve à la main, un art et des édifices que l'on remettait en honneur; aussi, chacun en avait-il rapporté des études et des croquis faits surtout pour les cas d'application. Cependant, qu'on n’aille pas croire à une copie maladroite et servile. Ces hommes, qui étaient presque tous des artistes éminents, comprirent qu’il fallait se borner à l’esprit, c’est-à-dire au sens ou au système de l’agencement ; leur intelligence et leur goût avaient entrevu l'écueil; ils surent n’y pas tomber. Dès ce moment, tout l’art de la décoration change; son principe et ses éléments diffèrent, et, lorsqu’on lui compare des aua-

PÉRIODE MODERNE. — XVI? SIÈCLE. — STALLES EN BOIS SCULPTÉ, logucs produits au moyen Age, l’on reste comme frappé de leur opposition et de la distance qui les sépare. Un changement si notable tenait, il faut le dire, aux idées de celle époque, qui s’était engouée de l'art et de la littérature païens. A cette date, tout exhalait une odeur de classicisme qui avait gagné les hautes régions ; la papauté même n’en fut point exempte, puisqu'elle encourageait les travailleurs, et, soit les fouilleurs de ruines, soit les explorateurs de textes , tous recevaient d'elle les plus grandes faveurs. Depuis ce jour, les églises, les palais et les autres édifices furent ornés des monuments païens : les travaux littéraires u'avaient de valeur qu'autant qu'ils fussent conçus dans des données antiques; enfin, de toutes parts, c’était comme une fièvre et une passion qui se développaient grandissantes, puisqu’elles s'étendaient A tout. On comprend qu'au milieu d’uu tel concours de circonslauccs. l'art dut naturellement s’empreindre de ce goût général, et traduire, dans ses œuvres, l'esprit et les idées d'une passion dont tout homme d'intelligence s’était vivement épris. Or, cet engouement donna naissance , dans l'art de la décoration, A une singulière anomalie, et celleci lie peut guère s'expliquer que par l'action ou par la force do cet engouement lui-mèine. La singularité que je signale consiste surtout dans le mélange de figures d'un caractère ou d’une nature opposée, mais dont l’alliance nous semble un véritable illogisme. La science du décor, comme celle de toutes les autres branches de l'art, doit évidemment reposer sur un principe : l'unité; unité dans la composition, unité dans le choix des éléments, unité dans l’exécution, unité même dans les symboles représentés. Or, que voit-on, sur ce dernier point, dans les panneaux de nos stalles de Pérouse T la plus choquante contradiction, c'est-A-dire l'alliance étrange des figures de la religion chrétienne combinées à celles du polythéisme romain ; alliance de deux cultes qui se repoussent, puisque l'un se donna pour mission de renverser les autres symboles et de s’opposer à ce qu'on les rétablisse. Eh bien, A la fin du XV? siècle et au commencement du XVI? , en ce tenqis d'exhumations et d’engouements antiques, tout sembla permis, et le catholicisme même, qui aurait dû interdire ce mélange, puisqu'on pouvait obtenir les mêmes résultats avec d’autres figures, le catholicisme, dis-jc, subissant, A son tour, l’influence el les idées de l'époque, ne s'aperçut pas d'une contradiction qu’il aurait dû proscrire au lieu de la laisser jwuétrer dans le temple. Et, si l'on doutait de ce que j’avauee, que l’on jette les yeux sur nos stalles de Pérouse, que l’on examine la composition de leurs panneaux, et l'on acquerra la preuve que le sacré et le profaue s'y trouvent traduits et confondus d'une manière blessante pour la gravité de l’Église. Des ligures de Satyres, de Centaures et de Bacchantes sont placées IA non loin des images du Christ, des Saints ou des Anges, et ce rapprochement forme un contraste dont on ne peut guère s'expliquer la présence que par la force de cette aveugle et subite passion qui fil confondre dans un même ensemble et les pieux symboles chrétiens et ceux tout autrement chastes de l'antique polythéisme (’).

Ces considérations établies, je n'entrerai dans aucun détail, puisqu'il y aura lieu d'y revenir lorsque les autres planches de la monographie seront publiées. Ainsi, nous remettons à cette époque tout ce qui couecruc le système de composition, si improprement nommé : Arabesques; nous en faisons autant A l'égard de l'aualysc des éléments décoratifs; enfin, nous aurous encore A aborder la question du faire ou de la technique, cl ces divers points nous fourniront quelques remarques très-importantes.

(I) Voyez, au reste. ce que roua disons à ce sujet (Uns notre notice sur l'église de la Chartreuse, près Pavic. [Monuments Ancien t et Moderne» ; tome Iï‘* )

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