‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 49 sur 97 · A SIENNE ET A ASSISES · texte numérisé non relu

A SIENNE ET A ASSISES

Bien que d’époques un peu différentes, nous rapprochons néanmoins ces deux exemples de stalles, et nous les rangeons, par un détail qui leur est commun, dans une seule et même élude. Ce détail n'est autre, on le comprend, que l'emploi delà marqueterie ou de l'incrustation en bois comme système particulier de décor.

Au point de vue architectural, il y a peu de chose à dire de la composition de ces stalles; elle découle, en grande partie, des formes usitées dans les derniers temps du moyen âge, et les changements sont de peu d'importance, puisqu'elles renferment tous les éléments créés alors, si ce n’est, toutefois, la disposition de la miséricorde, qui semble être fixe (*). Ainsi, ces stalles sont à doubles rangs; elles possèdent leurs séparations, leurs miséricordes, leurs dossiers, leurs couronnements, etc. Rien n'était donc changé que le style de l'art et le caractère des ornements; mais, ce dernier point offre une particularité qui exige quelque explication. Pendant le moyen âge, un grand nombre d'églises furent ornées de peintures, et celte coloration provoqua, comme système d'harmonie, l'application d'un égal mode de décoraux pièces du mobilier; d'où, celte multitude d'œuvres et d'édicules entièrement couverts de sculpture, de couleur et d'or. C’était une conséquence des idées de l’époque et un résultat du système adopté. Sur presque tous les points de l'Europe , ce système fut généralement en usage; mais, il faut constater qu'en certains lieux, on y apporta des modifications. Eu Italie, par exemple, l'application de la couleur sur les meubles ecclésiastiques ou civils fut quelquefois remplacée par un autre mode dont la nature n'était pas si éclatante , mais qui, vu dans son ensemble , avait cependant une valeur chromique susceptible de s'harmoniser assez bien à la décoration peinte. C’est, eu effet, ce qu’on remarque sur les stalles de Sienne et d’ Assises. L'intérieur de cette dernière église est célèbre par les fameuses peintures de Ciolto, et la cathédrale de Sienne a aussi son système particulier de coloration. Or, les artistes comprirent que , pour de tels monuments, il fallait des meubles d’une nature ou d'un tou à peu près égal, et, suivant les époques ou suivant les idées, on en établit qui se marièrent à la décoration de l'édifice. Quel était ce genre? La peinture en bois naturel ou teint, substituée à la peinture en couleurs minérales, c'est-â-dire l’application de ce système que nous avons déjà vu employé, dès le Xl\> siècle, à quelques meubles de certaines églises de l'Italie. Ce fut donc, sur ces différents points, la continuation d’un art qui eut successivement ses maîtres, ses écoles et ses transformations diverses. La marqueterie , pendant un assez long espace, semble avoir été exclusivement pratiquée par les Italiens, et, lors même qu'au

(t) Je l'attribue a un oubli de ta part de l'artûle dessinateur.

PÉRIODE MODERNE. — XVI* SIÈCLE. — STALLES ORNÉES DE MARQUETERIES. XVIî siècle on en trouve des œuvres hors de ce pays, c'est encore aux artistes de la Péninsule qu'on en est redevable. Des centres particuliers, où vécurent certains marqueteurs célèbres, paraissent même avoir produit un plus grand nombre de travaux en ce genre et leur avoir donné un caractère qui les distingue des autres écoles régionnaires. — Par un inconcevable oubli, cette branche de l'art a été négligée dans tous les ouvrages. Quelques - uues de nos monographies, destinées à l’étude de la peinture en marqueterie, fourniront, sur ses différentes phases et sur les œuvres des principaux marqueteurs, une suite d’exemples qui no laissera point de lacune; des détails, à grande échelle, permettront de saisir les procédés, le caractère et surtout les différences que l’on remarque entre les écoles; enfin, nous nous proposons d'apporter les premiers matériaux à l’aide desquels on pourra constituer, un jour, son histoire. Déjà, nous avons produit des exemples de la fin du \\‘. et du XVlt siècle dans les stalles de Sienne et d'Assises, et dans les boiseries, le lutrin et le eaudélabre de Sainle-Marie-in- Organo, à Vérone; ailleurs, on en offrira d’autres spécimens appartenant à toutes les époques.

Plusieurs notices devant être consacrées à l’histoire et à l'examen des différentes phases de cet art, nous n’entrerons ici dans aucun détail. Toutefois, il convient d’ajouter ce renseignement : c’est que l’on y combinait l'alliance de l’or et de la couleur, et cette combinaison donnait, comme résultat, un effet d’une grande richesse qui s'harmonisait d’autant mieux à la coloration do l’édifice. Les stalles de la cathédrale de Sienne et celles de l'église conventuelle d'Assises se trouvent précisément dans ce cas. De grands détails, que nous publierons en chromolithographie, feront connaître ce systèmo particulier d’agencement.

Page 1