‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 58 sur 97 · CLOTURES, PANS L’ÉGUSE DE NOTRE-DAME, A AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

CLOTURES, PANS L’ÉGUSE DE NOTRE-DAME, A AIX-LA-CHAPELLE

A celle date, presque tout était enoore sous l’influence des traces qu’y avait laissées (a civilisation romaine, et, lois, mœurs, costumes, système d’administration, art, etc., u'étaieut, à proprement parler, que la continuation ou un calque affaibli de ce qu’avait pratiqué le peuple-roi ; aussi , dans l’architecture comme dans tout ce qui découlait de l’art du dessin, les œuvres de cette époque semblent -elles procéder, bien que d'une manière dégéuérée, des conceptions romaines. De nombreux édifices, presque tout le monde des meubles , des vases et des ustensiles parait , par ses formes générales , dériver de l’ancienne Borne; on se servait aussi des routes et des ponts qu’ils avaient créés, et nous savons même que plusieurs de nos rois les faisaient entretenir. Or, il est à supposer que la vue de ces ouvrages dut agir sur les artistes, qu’ils purent s'en inspirer et y puiser même des modèlos et dos procédés qu'ils modifièrent sans doute pour leurs œuvres , mais dans lesquelles on reconnaît toujours le point de départ, c'est-à-dire l'origine évidemment romaine. Tels sont , en peu de mots , les rapprochements qu’il nous est plus particulièrement donné de faire au sujet de la composition, des détails , du caractère ainsi que de l’exécution des clâlurcs d'Aix; mais, à côté de ces réminiscences, de ces emprunts, nous nous plaisons à constater la présence d'un style et d’éléments nouveaux qui semblent le propre de cette époque , et cette constatation a, pour nous, d’autant plus d'importance qu'elle sert à marquer, dans ces œuvres, la part qui revient à chacun de ces deux arts , c’est-à-dire à caractériser, à définir d’une manière précise l’époque où cet art commence à se produire et colle aussi où cette alliance et cette combinaison se manifestent. Nous ne parlons ici que de V ornementation/ ailleurs , nous traiterons de l 'art qui embrasse et soulève plusieurs autres points.

Voyons maintenant, comme synchronisme d’élucidation, ce qui se passait à Rome à l’époque do Charlemagne. — Il semble que la fermeture des temples païens et l’avénement public du christianisme aient porté un dernier coup à l’art; car, à partir de ce moment, on est contraint de constater l’impuissance des artistes. Les architectes approprient les dispositions de la basilique romaine aux besoins du nouveau culte, et le manque de sculpteurs et d'ornemanistes les force à recueillir des matériaux de décoration. Ainsi, l’on peut apprécier quel fut l’état de l’art à Rome dans les siècles qui suivirent la sortie des Catacombes, lorsqu’on voit que, pour construire une église, on en était réduit à l’exécution d'une maçonnerie grossière, mais imitée des Romains, à laquelle on adjoignit, comme système de décor, des fragments tirés d’édiQces antiques, tels que: colonnes, bases, fûts, chapiteaux, frises, corniches, etc., en un mot, tout ce qui constitue la partie ornementative; c’était donc comme une espèce de période, que j’appellerais volontiers tf appropriation : — appropriation du plan de la basilique romaine, — appropriation du système de bâtisse, — appropriation dcsélémenls de décor; ruais, avec cette différence, toutefois, des dispositions que les chrétiens donnèrent à leurs monuments religieux. Tout jusqu'ici, à part les modifications du plan suscitées par les exigences du culte, était presque entièrement antique. La religion chrétienne avait renversé quelques temples, et ses architectes, daus leur impuissance, en avaient enlevé les débris pour en orner les nouveaux édifices. C’est, en effet, ce qu’on remarque, à Rome, dans les plus anciennes basiliques : à Saint-Laurent, à Sainte- Agnès, à Saint -Georges, au Vélabre, etc. Or, Charlemagne arriva dans la ville pontificale au milieu de ce concours de circonstances. Adrien I” mettait la dernière main à Sainte-Marie-in-Cosmedin, où l’on avait approprié de nombreux fragments de sculpture. Cette manière de procéder, qui était du reste la conséquence de la

MOYEN AGE. — VIII! ET IX! SIÈCLES. — CLOTURES EN FONTE DE BRONZE. Situation et une pratique usitée ailleurs, dut, sans aucun doute, faire une certaine impression sur Charles, et c'est, assez vraisemblablement, sous l'influence de telles idées qu'il retourna en son pays. On comprend que, frappé du grand caractère des monuments romains et surtout de leur décoration relativement à celle des édifices de sa patrie, ce prince conçut le projet d’embellir la ville d’Aix et d'autres lieux de constructions ornées à l'antique, c’est-à-dire de constructions dont les éléments et les matériaux de décor fussent tirés des édifices anciens ou imités de ceux-ci par ses artistes; on comprend aussi qu'autorisé, qu’encouragé par ce qu'il avait vu faire à Rome, il lui soit venu à l'esprit de vouloir l'appliquer aux œuvres dont il méditait la construction, et tout prouve qu’il en agit de la sorte; car, à peine avait-il commencé sa chapelle, qu’il s’empressa d’adresser au pape Adrien une lettre dans laquelle il lui demandait la permission d’enlever des édifices de Ravenne tous les débris qui seraient de cette nature. Très -vraisemblablement, celte spoliation ne dut point se borner à la seule ville de Ravenne , mais elle s'étendit à plusieurs autres cités dont les ruines pouvaient offrir quelques éléments décoratifs, et, dès ce moment, certaines constructions antiques devinrent comme autant de carrières, d’où l’on tira, suivant les besoins, tous les riches matériaux. Après les dévastations des Barbares et en attendant celles non moins funestes du IX* siècle . ces actes de vandalisme doivent être considérés comme les premières autorisations qui continuèrent leur ruine et servirent même de prétexte à des mutilations plus grandes encore.

Mais, s’il parait évident que Charles en agit de cette manière pour la décoration ou les revêtements des parois et du sol de sa chapelle, peut-on admettre qu’il en fut de même à l’égard des vantaux et des clôtures? Sur ce point, les historiens se taisent, et leur silence nous jette dans une complète incertitude. Or, cette incertitude devient bientôt des plus embarrassantes par la présence des éléments qu’on y remarque. Pour qui connaît l'art romain à l’époque dont nous parlons et parvenu à ce point de transformation qu'il avait dù subir, évidemment le faire ou la condition de ces monuments dénoterait udc œuvre italique , je veux dire tin travail romain ou autre du temps de la décadence. Ce sont , en effet, la même physionomie, le même caractère ou les mêmes motifs de décoration; ear, que ces vantaux et ces clôtures aient été coulés en Italie ou à Constantinople, qu'ils aient été enlevés à des édifices antérieurs, toujours est -il qu’ils offrent une grande analogie et une très- forte ressemblancwaVèc les travaux ultramontains de l'époque. Cependaut, de ce qu’ils présentent une telle similitude, «levons- nous en conclure à une origine étrangère ou à un travail exclusivement italien? Évidemment, non. H nous suflit d’en émettre ici l’opinion et de provoquer, sur ce point, des recherches nouvelles , nous bornant à en avoir produit la bien faible hvpothèsc; mais, question capitale, selon nous, par les conséquences qu'elle impliqua; ear, s’il faut adopter la croyance d’une exécution germanique sous l’influence des idées italiennes, on pressent où celte adoption doit conduire. Quoi qu’il en soit, nous ne pourrons étudier sérieusement cette question que lorsque nous aurons publié, avec la monographie de la chapelle de Charles, toutes celles des autres œuvres d'architecture, de sculpture, de peinture, etc., exécutées eu France ou à l’étranger pendant le cours des périodes mérovingienne et carolingienne; nous comparerons alors quelques-uns des éléments introduits dans la décoration des vantaux et des clôtures, et celte comparaison fournira de très-préoieux indices.

Ces considérations établies, il faut maintenant aborder l’élude des clôtures , et tirer, de leur examen, les notions quelles peuvent fournir. — Ces clôtures, avons-uousdit, se trouvent

CLOTURES, DANS L’ÉGLISE DE NOTRE-DAME, A AIX-LA-CHAPELLE, disposée* à la partie supérieure de l'édifice, et décorent, en même temps qu’elles protègent, les entre-colonnemeuts des arcades ouvertes au triforium. Comme ces dernières, elles sont au nombre de huit; mais, contrairement à ce que faisaient les Romains, leur composition décorative ne se ressemble pas. L'artiste en a varié les motifs, et ceux-ci nous en oITrent quatre différents; cette décoration se reproduit des deux côtés de chaque clôture. Par une combinaison qui nous parait intentionnelle, chacun de ces quatre motifs fut répété deux fois, de manière sans doute que, pour répondre à une distribution symétrique, ils pussent être placés en regard de correspondance et présenter ainsi une espèce de système d’harmonie dénotant un certain goût, de la part de l’artiste. Celle supposition de goût recevrait, du reste, comme une sorte de preuve ou de confirmation par l'ageuccmcnt lui-même des motifs dans les entrecolouuemenls. Chaque motif, autaut qu’il m’en souvient, est positivement établi en face de sou analogue. Cependant, il est une infraction qu'il convient de signaler. A l'exception de l’une d’entre elles, toutes les autres clôtures sont divisées en quatre sections; mais, à celle-là seule, ou eu a donné cinq, dont une resta ouverte afin de recevoir un vantail mobile. Quel était le but de cette ouverture (')? Je l’ignore, et cependant la cause, par rapport à sa destination carolingienne, mériterait certes d'être connue; car, elle n’a pas été établie sans raison, et, trèsvraisemblablement, cette ouverture doit se rattacher à une pratique, à une coutume qui, soit qu’elle ait un caractère religieux, soit qu’elle ait une intention civile, pourrait nous faire connaître quelque trait relatif au règne du grand empereur. Voilà pour la situation ainsi que pour les dispositions générales; abordons présentement l’analyse des détails; cet examen révélera quelques notions importantes à recueillir.

La même remarque que nous avons faito dans l'étude des vantaux d’Aix, au sujet de la vraisemblance de deux arts , se reproduit ici , à propos de l'étude de ces clôtures , mais, d'une manière plus frauche, plus tranchée, plus nette, et, si l’on peut s'exprimer ainsi, sur une échelle hieu plus importante et bien plus considérable ; car, elle apparaît daus une série nombreuse de panneaux dont la composition ainsi que le décor diflêrent complètement entre eux. Cette différence, qui frappe à première vue, nous semble, en l’absence de renseignements, d'une nature à exciter au plus haut point l'intérêt de l'investigateur et à ».

provoquer, par le rapprochement, maiulcs questions plus ou moins vraisertiblablcs, niais dont lé sens ou la teneur pourrait jeter quelque jour sur le sujet qui nous occupe. Les motifs de composition décorative sont, comme jf? l'ai dit, au nombre de quatre sur les huit clôtures, et, à l’exceptiou de quelques différences dans les détails, chacune de ces compositions sc trouve ainsi répétée deux fois. Bien que ces clôtures présentent quatre combinaisons distiucles, il n'en est pas moins vrai qu'elles se divisent, sous le rapport de l’art, en deux groupes ou catégories tranchées , desquels se détachent des intermédiaires, marquant pour ainsi dire les points divers de trausiliou ou plutôt les degrés successifs d’une transformation qui s'accomplit peu à peu, depuis son point de départ jusqu’à sou changement complet. Sous ce point de vue, les clôtures d’Aix offrent, peut-être, l’un des plus curieux exemples en ce genre d'étude, et cette particularité, que nous signalons à nos lecteurs, exige, comme élucidalimi carolingienne, quelques développements afiu de mieux rendre notre pensée. Je m’explique.

(t) Cette ouverture se trouve précisément dans taxe principal de l'église, c'est-à-dire qu'elle correspond avec l'entrée du monument, elle est doue ménagée au-deseus de l'arcade située en facu de lu grande porte.

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