MOYEN AGE — XIII' , XIV 1 ; ET XV! SIÈCLES — PUITS SACRÉS
îles prières» ur l’origine desquelles on n’est pas encore fixé.— Ce» prière» existent dans plusieurs ouvrages fort anciens; mais, bien qu'elles varient un peu quant à la forme, elles sont cependant presque toutes conçues dans les oléines termes. On en trouve, d’abord, la formule dans les Constitutions Apostoliques; les sacramentaires de saint Gélase (après J.-C. 492-496J, et de saint Gfégoiro (544-604), en renferment aussi le texte (I); et il est encore consigné dans, le recueil gallican de Bobio (2), dont la rédaction peut être placée vers le VII! siècle; enfin,* le sacramentaire d'Egbert , archevêque d'York, au VIII! siècle, et celui de saint Guilheni (3), qui fut rédige à peu près vers le même temps , en contiennent des versions qui oITreul une très-grande ressemblance. Nous nous contentons, pour le but de celte notice, de citer ici les noms des auteurs de quelques-uns des plus anciens ouvrages où celte formule est rapportée. — Vhici, au reste, les paroles de celte consécration telles qu’on les lit dans les Constitutions Apostoliques : » Snnclifica , « Domine, hanc aquam benedictam, tribue ei juenndi et depetlendi morbum, futjandi dœmones, « expellendi insultas. » La teneur de la bénédiction du sacramenlaire de Bobio n’en diffère pas beaucoup, quant au sens; mais, on n’y voit point de formule pour le mélange.
Cette consécration achevée, le célébrant, ou l'un des prêtres à sa place, accomplit la cérémonie pour laquelle cette eu U fut bénite. Ou y procède ainsi : d’abord, il est fait une aspersion sur l’autel pour demander à Dieu que les dénions ne troublent point les ministres du Seigneur; puis , on en fait une autre sur le clergé, comme sur les principaux membres du corps mystique de Jésus-Christ , scs coopérateurs , dit Collin , dans la sanctification des âmes; enfin , les fidèles en sont arrosés à leur tour, afin de le» purifier pour qu'ils assistent plus dignement à la lucsso, et pour que leurs prières soient aussi plus agréables à Dieu. — Rien qu'il ait été conservé un certain nombre de documents, on ne saurait déterminer, d’nue manière exacte, l'époque où l’Église a commencé à pratiquer l’aspersion des fidèles avant la messe dominicale de liaroisse. Cependant , dès le IX* siècle, on en voit déjà l’usage établi ; et, très- vraisemblablement , il remontait aune époque antérieure. Dans une homélie, qui date de l’an 847, le pape Léon IV l’enjoint positivement à tous les curés (4), et vers l'an 852 , l'archevêque Hincmar fait aussi la même recommandation (5); l’auteur du Microiogue dit encore que, de son temps, on n'oiuettait jamais l'aspersion de l'eau bénite, tous les jours de dimanche (6); enfin, Honoré d’Autun, Walafride Slrabo, saint Charles Borromée et beaucoup d’autres grands personnages ne soûl pas moins explicites sur l’usage de cettç cérémonie.
Pour compléter l’ensemble des notions succinctes que nous voulions présenter ici , d’une manière incidente , sur l’eau bénite, considérée seulement d’une manière générale , il nous reste à signaler les autres destinations qui , indépendamment des deux plus augustes , celles du baptême et de l'aspersion dominicale, lui out encore été données par l’Église. — L'une des plu» vénérables était, certes, celle qu'elle remplissait durant le sacrifice de la messe où elle était mélangée au vin dans le calice. On employait aussi l'eau bénite pour faire des exorcismes et d’autres cérémonies ; elle servait à laver les linge» qui pouvaient contenir de» parcelle» de l’hostie, ainsi que tous les tissus ecclésiastiques (7); on en faisait encore l’emploi lors de la dédicace ou de la
(4) Codex San' a mentor, pag. (06 et 417 ; — (6) Mabillo* , Muséum Itatlcom , Tome I, pag. 343 — (3} Maitévk, Sacranuntar. Gclton. Tome lit, pag. lit. 445 et 454.
(4j Homilia de curd pastorali, etc. — (fi) Cuput t ■ — (6) .1 Hcrologus caput ALI, de EcctetieulicU absercationibus.
(D Et quand les pelles , c'est-à-dire, Ica corporaux et les voiles, qui sont tes ornementa de l'autel , ainsi que les courtines qui environnent l'autel, seront salies, lea diacres, avec les bas-olliciers de l’église, les laveront dans la sacristie e! non
PUITS SACRÉS DANS LES CATHÉDRALES DE RATISBONXE, rrc.
purification des édifices sacrés ; enfin , elle était particulièrement usitée, comme nous le dirons ailleurs, dans les cérémonies funéraires, on l’on en faisait des aspersions dans l'église, apres avoir déjà servi au mémo usage dans la demeure du défunt.
Telles étaient les principales destinations dans lesquelles l’can fut employée, soit à l’intérieur, soit à l'extérieur du temple, dans les divers rites et cérémonies; mais, là, ne se liorna point son action, puisque des documents établissent (pie les ministres du culte voulurent en étendre l'emploi aux fidèles eux-mémes dans l'exécution de certaines pratiques privées et domestiques, dont ils leur avaient conféré la mission. Ces renseignements , que nous joignons à ceux qui précédent, nous semblent, par leur nature, tout aussi importants à connaître en ce qu'ils viennent compléter la série des notions qui se rapportent à l'eau bénite, et qu’ils nous permettent de considérer son emploi sous une autre face , c'est-à-dire dans ses rapports directs avec l'homme privé ou laïc. Ce sera , si l'on peut s’exprimer ainsi , tout un Irait saillant de moeurs, qui, partant dos premiers siècles du Christianisme cl traversant le Moyen-Age, viendra nous montrer la foi et la confiance des chrétiens dans celte rau sainte. Donnons, d’abord , la parole à l'illustre Grégoire de Tours , qui vivait au AT* siècle. Ce saint évêque, voulant exprimer lu dévotion des fidèles de son temps pour l’eau qui avait été sanctifiée par les prières de l’Eglise, rapporte que ceux-ci en buvaient , ert arrosaient leurs champs et s'en servaient même, comme d'un préservatif, contre les maladies : « Quand , dit-il, l’eau a été bénite « et qu'on l'a exorcisée, le peuple en boit sur-le-champ ou en emporte dans les maisons; il « en fait une aspersion sur les terres ou sur les vignes, cl sur les plaies (1). » A ce récit, tout rempli d'intérêt par les détails curieux qu'il renferme, nous ajouterons un autre document non. moins précioux : c’est le rapport d'une des décisions, adoptées au VU* siècle par lo concile de Nantes; décision qui confirme le récit de Grégoire (],. Tours, cl l’étend même, en ce sens qu'il en recommande l'emploi à tous les fidèles, afin d'en bénir toutes les choses dont ils se servaient :
« On pourra , mande-t-il , prendre do cette eau , en emporter dans la maison , en jeter sur les « champs, prés, vignes, bestiaux et sur toutes sortes d'aliments. » — Enfin, aux VIH* ot IX" siècles, on voit cette recommandation prescrite par les capitulaires de Charlemagne, mais avec une modification particulière qui méritait d'étru rapportée : « Le samedi de Pâques ou » celui de la Pentecàle, ceux qui voudront emporter de l’eau bénite dans leurs maisons, en « doivent prendre avant qu’on y mette lo chrême. »
Nous ne nous étendrions pas davantage sur la matière d'un chapitre, qui pourrait, certes, • fournir de plus nombreux documents, si I on y trouvait à signaler encore un dernier fait relatif à l'histoire de l'eau bénite. Nous voulons parler d'nne instilntion louable qui s'étendit bientôt à presque tous les pays de la chrétienté. Vers une certaine époque, que nous ne, saurions fixer, puisqu'on ignore le temps et le lieu où elle prit naissance, l’Église, qui avait permis cl même recommandé aux fidèles l'emploi de celte eau pour des actes de la vie privée , voulut , dans une intention charitable, faire tourner celte pratique à une bonne œuvre dont, tnalheureu-
dehors. Et. pour laver ica voiles qui serventd l'nuiel ,on aura un bassin neuf, mais, on lavera les pattes, c'est-à-dire les eorpdraux , dans un autre vase. Les voiles des portes ou courtines qu’on tend dans les catises, aux fêtes et pendant te carême, seront blanchis aussi dans un autre vais-eau. — Voici ce qui fut statué dans te (suinte de Lérida {de nets. dht. It') : que f toute eelise ait, pour laver te corporal et lus pattes de l'autel , des vases propres à relu et en dehors des autres usages , et duos lesquels on no lavera rien autre ebuse. (juLLAi sr [>1 svvo , le national des Juins offices , Irad- par Ch. Barthélemy, Tome I, paec 106.
(I; Uber de Gtar. Mar.; cap. XX T.
MOYEN AGE — XIII' , XIVï ET XV' SIÈCLES — PUITS SACRÉS.
scnienl , hélas 1 les suites dégénérèrent en une espèce d’abus. Cette institution consista dans la nomination do personnes spécialement chargées de porter, moyennant une légère aumône, l’eau bénite à domicile. La teneur de quelques documents, que nous allons rapporter, fera beaucoup mieux connaître le but ainsi que la portée de cette pieuse création. — On lit, dans les statuts de l'évêque Alexandre, promulgués à Covontry, vers 1237, que, comme la plupart des écoliers manquaient alors du necessaire, et comme il suppose que leur science pourrait, gràco à Dieu, être utile à l'Église, il ordonne qu'on choisisse un ou plusieurs de ces écoliers pour porter l'eau bénite dans les villages lorsqu'on en fera la demando (I). — L'n autre document, non moins explicite et publié un peu plus lard, va non-seulement nous montrer la continuité de celle institution, mais nous Taire voir aussi le but particulier de cette charge ou de cet ufUce. Eu 1250, Gilles, évêque de Salisbury, décida que, dans chaque paroisse, on donnerait à un pauvre écolier-cicrc le bénéfico de l'eau bénite , à la condition , toutefois, qu'il s'engagerait à venir, tous les jours solennels, servir l'église (2). — Quoi qu’il cii soit, ces avantages, eu faveur des pauvres clercs, devaient recevoir bientôt une nouvelle extension ; ce fut Jean, archevêque deCantorbéry, qui la lui donna: une de ses ordonnances, datée du l’an 1280, renferme, entre autres prescriptions, celle que, toute église, desservie par un vicaire, un diacre et un sous-diacre, comprendrait encore dans son personnel , l'admission de deux écoliers-clercs, choisis par les" paroissiens et entretenus par eux pour porter l'eau bénite dans la paroisse et ses annexes, les jours de dimanche et de fête ; mais, il leur commande, en retour, d'assister et de servir aux ofCccs ces jours-là, tout en leur permettant, néanmoins, de consacrer les autres à l'étude(3). — Toutefois, ce qui démontre surtout l’iutenlion de l’Église dans la création de cetlo charge, intention qui n’était autre que celle de fournir à de pauvres clercs les moyens d’étudier et de se reudre propres à la servir plus utilement, c’est le contenu de l'une des décisions d'un synode tenu à Exeler, eu 1287. On y voit, que : « Pour que ce qui a été si salutairement institué ne dégénère pas en abus, il est ordonné que, « dans les églises éloignées au plus de dix milles des écoles de la ville ou de toute autre « localité importante du diocèse, ou ne donnera les bénéfices de l’eau bénite qu’à des écoliers- « clercs; et que, connue souvent il y a on dispute entre les curés ou vicaires et les paroissiens « sur la collation de ce bénéfice, l'on enjoint, ponr y obvier dans la suite, que les curés « et vicaires, qui sont mieux en état de connaître les clercs les plus propres à cette charge , « tâcheront do les donner de préfcreuce à ceux qu'ils croiront les plus capables de servir av ec • décence aux offices, comme aussi les plus dociles à obéir à leurs pasteurs; enfin, on ajoute « que si , par une malice quelconque , les paroissiens venaient à refuser les aumônes accou- « tumées, ou los avertira d’abord de celte infraction; puis, on les y forcera, s'il est néces- « saira (4). »
Du moment où, par suite de décisions émanant de l'autorité ecclésiastique, en obligea de rémunérer, d’une manière quelconque, le déplacement ou la peine de ccluiqu’on chargeait du transport de l'eau bénite à domicile, dès ce moment le produit , faible ou fort , selon les localités, se vit, pour ainsi dire, classé parmi les redevances annuelles dont jouissaient les paroisses, et figura sur les comptes particuliers des églises. Ainsi, en 1175, Léonard, évêqno deCésène, publia une charte où le rapport de l’eau bénite est mis à côté des donations, des dîmes et
(1) Labre » Concilia ; Tome II, Pars /,’pnge 516. — (t) Lahbe, Concilia; Tonu» II, Pars I; page 771.
(3) Monaslicon Anglican-; Tome III, page 42 7.
(4) Labbb, Concilia; Tome II, Pars II; page 1491. — Synodus Cjonicnsix ; en puf XXIX.
PUITS SACRÉS DANS LES CATHÉDRALES DE RATISBONNE, etc.
îles autres revenus { I ) ; et, un |>eu plus tard, le pape Innocent III (1198-1213) le reconnut comme l'un do ceux qui appartiennent aux curés (2).
Tel est, aussi succinctement que possible, l’ensemble des faits relatifs à l’eau bénito , faits dans lesquels on peut voir à quels nombreux usages i,3) l'Eglise l’avait employée pendant le cours des siècles; mais, au moment de clore co tuijet , qu’on nous permette de rapporter encore un dernier trait qui s'applique particulièrement à l'origine de son institution et qui caractérise à la fois et aa nature et les nueurs des premiers chrétiens : « A cette époque, dit Bergier, on la jugea surit tout nécessaire pour combattre la magie, les sortilèges et les autres superstitions qui « avaient fasciné les esprits; et tout chrétien qui se servait de cette eau faisait, par cela « même , profession de renoncer à toutes ces absurdités qu’il regardait comme injurieuses « à Dieu, »
Après avoir réuni les notions principales qui ont trait ù l'institution , è la provrnanre et à la destination du cette eau, considérée au point de vue liturgique, c’est-à-dire, dans son action ou ses rapports avec les cérémonies du culte catholique, il convient maintenant de poursuivre nos recherches en les portant sur uu autre terrain ; nous voulons parler de l'cxamcn d’une espèce ou classe de monuments qui lui servirent assez souvent de réceptacle.
Il a été dit, plus haut, que l’Église, qui ne créa rien sans un motif particulier, avait très-probablement reconnu que, pour la consécration de ses cérémonies, toutes les eaux ne pouvaient lui convenir, et l'on a supposé, selon toute vraisemblance, quelle avait résolu que cet élément serait extrait d’un terrain sanctifié; ce qui donna naissance à la création de puits destinés à fournir l'eau nécessaire aux besoins du culte. Or, le puits , par suite de cette adoption, devint, ainsi, l'une des pièces constitutives du mobilier ecclésiastique, et la disposition de sa partie supérieure ou apparente, qui fut presque toujours uno construction, fournit tout naturellement à l'art une occasion nouvelle de composer, pour cette classe particulière do monuments, toute une série variée d'édicules dout l'examen présente au liturgiste et à l'archéologue un certain intérêt.
Mais, avant d'aborder celte partio do notre travail, classons ici les faits qui peuvent se rapporter aux différentes phases de son histoire.
Par une de ces regrettables lacunes, dont le vide provoque tant do difficultés dans l’étude île certaines pièces du mobilier ecclésiastique, les écrivains religieux ne parlent point de l origine, de la destination , ainsi que des formes propres aux puits érigés dans les églises. Ainsi , Aoaslase, dans son Liber Pontificale ; Innocent III , dans son de Sncro Ahuris minislerio; Guillaume Durand, dans son nationale dioinorum o/ficiorum, et tant d'autres liturgistcs cl liisloricuis sacrés, qui mentionnent ou décrivent les principaux meuble.», ne le citent jamais. Selon nous, co silence des hagiographes doit tenir au peu d'importance qu'avait à leurs yeux ■» . . celle classe particulière d’édicules; et, très-vraisemblablement , il ne faut l’attribuer qu'à l’oubli
do son institution; car, on ne saurait l’imputer à leur ignorance du puits dans le temple du Seigneur, puisqu’il eu avait été érigé, ainsi qu'on le verra, sur presque tous les points de la chrétienté. Pour réparer, autant qu’il est en nous, cotto omission, et pour prouver aussi un
(l) Apnd L'nyhtHum , in rpiscopis reronentibut , Tom. Il, pag. 1*0.
lîj Lnro citato . et l)u (-ange , Gfossarlum , etc.; verbts : Bénéficia aqum benedlctx.
i;t) Nous n avons pas cru devoir las mentionner tous dam» relia notice, ou il suffisait, a notre avis, d'en signaler v seulement 1rs principaux.