‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 77 sur 97 · MOYEN AGE — XIII! , XIV! ET XV! SIÈCLES PUITS SACRÉS · texte numérisé non relu

MOYEN AGE — XIII! , XIV! ET XV! SIÈCLES PUITS SACRÉS

sérieux , romme le pense notre docle Du Gange, la citation (jn'il rapporte àYarlicle : Putnis uicrr, dans sa célèbre Corutanlinopolis Christiana.

Bien <|u’il ait été conservé de très-anciens monuments en ce genre, dont la date n'est point encore éclaircie, on n’oserait se prononcer, d'une manière catégorique, sur les formes que présentait l’ouverture des puits aux IX! et X! siècles; mais, fort vraisemblablement, elles devaient, ainsi que celle des XI! et XII” siècles , consister dans celte espèce de clôture qu’on nomme vulgairement margelle. De cette dernière période, il nous reste un certain nombre d’exemples qui prouvent la continuité de son emploi dans les édifices sacrés de l’Église latine (I).

Aux XIII! , XIV! et XV! siècles, celle classe particulière d’édicules reçut nne grande extension, ce qu’accuse, d’ailleurs, la conservation d’assez nombreux monuments répartis dans les divers pays de la chrétienté. Le luxe que l'art introduisit alors dans l’intérieur des églises, favorisa surtout co développement , qui se traduisit bientôt en un surcroît de décoration dont les effets produisirent une transformation de la margelle en un édicule à couronnement, destiné à faciliter la prise ou l'extraction de l’eau. Sous le rapport de l'art, cette période fut, sans contredit, la plus brillante dans l’histoire du puits sacré. Celui qui se trouve actuellement dans la cathédrale de Ratisbonne peut donner une idée assez juste de celte nouvelle disposition (2).

Entin, quoique les XVI! et XVII! siècles n’aient point été des époques où la liturgie bit professée dans tonte sa pureté, on peut cependant citer encore, connue avant été construits vers ces temps, plusieurs spécimen de puits assez remarquables. De tels exemples démontrent ce fait aussi important que significatif : qu’on continuait avec un religieux respect, dans quelques régions du monde catholique , la tradition de certains usages dont l'institution remonte à l’origine de l’Église, tandis que, sur tant d'autres déjà , l'ignorance, la désuétude et la perversilé.du goût les avaient, sans aucune raison valable, marqués d’un sceau réprobateur. Nous mentionnerons, comme preuve à l'appui de ee que nous avançons ici, qu'au XVII! sièclo, on érigeait encore un puits sacré, à Baint-Sigismond (3), pendant qu'on les faisait disparaître, presque partout ailleurs, du sol des églises.

Ainsi, connue tout est instable ici-bas, même les choses saintes, il survint un moment ou les puits ecclésiastiques, malgré leur institution vénérable qui les avait fait respecter pendant de longs siècles, virent arriver leurs mauvais jours; et, alors, commença, contre eux aussi, celte guerre impitoyable dont le plus fâcheux résultat devait amener leur disparition de l’intérieur du temple. Vers une époque qu’on lie saurait exactement préciser, parce qn’elle dut se produire, pour certains lieux, à des temps divers, mais, selon toute probabilité, à la lin dn

(lj Cn cloître roman, que nous publions dans cet ouvrage, renferme cependant un édirule de puits qui prouve que, dés | t . xii» jiûvle, 1rs article* no §e bornaient plus à la seule construction des margelles; et ce fait nous parait même continué, du loua points, par la représentation grossière d’on monument rte ce çenre qu’on voit scnlplé sur l’un des chapiteaux du cloître de l’abl-ave de Moiasar; il porte cette inscription : PITELS AB. SSC. (Voyez, dans le» fayaye» pUtore*qun dont Concienn e h rance, par MM. T oxur, Nodirr et Caille* x , la pl. 70 du Langubdoc.

ijj No» lecteur» pourront trouver une espèce de prototype de ce genre d’édicule dans celui qui fut érigé f du XI: au XII' siècle, au milieu du clotlre de la cathédrale . à Gironne.

(3] A quelques lieue» d’Ufléans, dans le département du Loiret.

PUITS SACRÉS, DANS LES CATHÉDRALES DE RATISBONNE, etc.

XVII? ou au commencement du XVIII? siècle, vers celle époque, disons-nous, le clergé résolut, de propos délibéré et sans autorisation supérieure, de supprimer, pour des causes assez futiles, l'usage de ce puits; et la même pensée ridicule et dévastatrice, qui avait fait abattre les jubés, les clôtures, etc. (I), du Moyen-Age, et de la Renaissance, s'étendit aussi sur cette classe d'édicules. On ordonna donc la destruction des margelles et de leur couronnement ; on fit boucher l'ouverture à l'aide d'un dallago, et l’on alla même jusqu’à combler le puits (2).

Nous venons d'indiquer ÿoimnuircment l'origine, plus ou moins vraisemblable, des puits sacrés, ainsi que leur histoire jusqu'au XVII? siècle; il convient de dire maintenant quelques molssur leur situation. — Suivant toute apparence, cet emplacement ne semble point avoir été fixe, et l'on peut même en inferer que l'Église, en l'établissant, ne lui avait poiul assigné de lieu spécial; car, on le voit érigé sur plusieurs points de l’édifice : ainsi, ils furent ouverts devant l'autel, dans la nef centrale et dans les collatéraux, dans les croisillons du transscpt, sous les tours, dans les cryptes, et même dans les murs extérieurs du monument; on m'en a encore indiqué qui se trouvaient établis prés dos fonts baptismaux (3). — Nous pensons qu'on peut aussi considérer ceux qui se voient dans les cloîtres comme ayant, en partie, rempli la même destination.

Os premières questions traitées, il nous reste à aborder la partie archéologique qui comprend , dans son ensemble, plusieurs divisions que nous allons essayer d'établir.

Déjà, nous avons dit qu'on manquait de documents sur cette classe particulière d'édicules; nous devons y ajouter, sous le rapport des formes, que n'était la conservation de quelques rares monuments (4), on ne saurait se faire une idée exacte de ce qu'Us furent naguère. Occupons-nous donc de déterminer le genre de construction auquel l'eau destinée aux cérémonies donna naissance , et examinons aussi les différentes formes que surent lui donner les artistes des divers âges.

Toutefois, avant d'entamer ce sujet, il nous faut signaler encore les différentes espèces de matériaux dont on s'est plus spécialement servi pour les construire; elles sont au nombre de deux; et, peut-être, de trois : la pierre et le métal, à coup sôr, auxquels on pourrait , pour quelques-uns, ajouter le bois; coe différents matériaux avaient, chacun, leur destination particulière.

Quoique nous ayons jusqu'ici cherché à définir l'origine ainsi que la destination des puits sacrés, celte notice nous semblerait incomplète si nous ne nous occupions de ce gjni tourbe à la question de l'art, c'est-à-dire, à l'élude des compositions architecturales, qui furent parfois l’un des ornements de certaines églises; mais, pour traiter ce sujet d’une manière plus

(!) Voyez, aux chapitres des Jubés, des CuVrunE* , «le., en que nous disons de ces actes de vandalisme.

(2) l.a plupart de ces fai U se passèrent à Strasbourg, à I ejpird d'un puits qui se trouvait dan* la cathédrale, et, tu-s-vrai* semblablement , il* ont dû se reproduire alors dans un grand nombre d'autres localités.

(3) A Iji Ferlé-Soint-Aignan et au Tremblevif. — Os renseignements nom ont été fournis par M. l'abbé Piuc.il , l'un de nos plus doctes liturgistes.

(4) Peut-être s’en trouve-t-il d'autres exemples qu'on n'a point encore signalé* à l'attention des archéologues, mais qne cette notice a pour but de faire découvrir. Ost donc un terrain sur lequel nous appelons, de tous nos vœux, les recherchi* patientes et suivies de nos Ircleucs.

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