‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 88 sur 97 · FONTS BAPTISMAUX, A SIENNE, GIRONE, PARIS ET BERCY · texte numérisé non relu

FONTS BAPTISMAUX, A SIENNE, GIRONE, PARIS ET BERCY

forme particulière; car, elle vient attester, une foie de plus, que les artistes ne se renfermèrent jamais dans l'emploi exclusif do certaines figures, et qu'ils ne s'astreignirent point à les reproduire à satiété. En effet, lorsqu'on examine les variétés innombrables, mais plus ou moins heureuses, de genre et d'espèce que leur génie sut inventer, on ne sait souvent, en présence de telles productions, ce qu’il faut priser lo plus : ou celte inépuisable fécondité de dispositions, ou les caprices aux mille formes d'une imagination qui semble n’avoir jamais fait défaut!... — Quoique d’une assoz grando rossomblanco, cos fonts de Paris ot de Bercy diffèrent cependant sous quelques rapports : nous voulons plus particulièrement parler des combinaisons architecturales ainsi que du parti pris de leur ornementation. Un examen comparatif do ces monuments suffira, co nous semble, pour établir l'exactitude de notre observation ; aussi, ne pensionsnous guère nous étendre plus longuement à leur sujet, si l’un d’eux ne nous avait fourni l'occasion de signaler, parmi les éléments de son décor, l’introduction de certaines ligures dans une condition pou compatible, selon nous, avec le catholicisme; figures dont la présence trahit un de ces moments qui marquent l’invasion dus idées sensualistes dans l’ornementation en général et jusque dans colle des monuments du culte, où l'état do nudité nous |>arall une opposition flagrante avec l’esprit et la lettre du christianisme Ceci posé, nous devons reconnaître que l’artiste fut assez heureux dans leur composition, et qu'il sut même triompher assez habilement d’une forme qui offrait par elle-même quoique difficulté dans la mise on œuvre. — Maintenant, il faut dire quelques mots de leur situation. Celui qu’on voit dans la parlio supérieure de notre planche so trouvo présentement daus l'église commit nale de Bercy ; l’autre est à Paris, où il décore l’un des fragments du château de Gaillon, rôédifié dans la cour de l’École des Beaux-Arts. Mais, comme on le pense bien, ce ne sont probablement là que des appropriations postérieures et non une destination primitive, et tout porte à croire qu'ils n’y sont arrivés que par suite do faits ou d’événoments particuliers : le plus vraisemblable , serait, peut-être, do supposer qu’ils ont dù appartenir à des églisos qui furent fermées et détruites pendant nos troubles révolutionnaires. Il paraît même certain que le dornier a été sauvé par notre infatigable Alexandre Lenoir dans l’incessanlo bataille qu’il a si courageusement livrée à la bande noire, puisqu'on le voit déjà figurer sur les plus anciennes gravures représentant la rééducation du fragment do Gaillon aux Petits-Augustins. — La matière de ces deux derniers fonts est uoo pierre d’un grain assez Go et comme une sorte do liais de la plus belle espèce.

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FONTS BAPTISMAUX

A COUVERCLES MUS l’Ali DES POTENCES

dans les Eglises de hal, louvain et Cologne.

La profusion du luxe qu'on se plut à ré|>anilre et à appliquer, vers le XYï siècle, aux divers édicules composant le mobilier des églises, prit même, sur certains points de l'Europe, on développement tel que les arlistes semblent s' être étudiés à trouver, dans leur génie, tous les moyens d'accroître la décoration de leurs œuvres, afin de les rendre, s’il était possible, plus remarquables encore. Mais, celte recherche allait être fatale à l'art; car. de telles surcharges, bien qu'agréables parfois à la vue, devaient amener une perturbation qui le conduirait à sa ruine. Quoi qu'il en soit, nous ne voulons que constater l’introduction de cette exubérance, et montrer que celle poursuite du p retendu beau, qu'on croyait trouver dans l'excès même des ornements, parait avoir été l'idée lixe des architectes et des sculpteurs, puisqu'ils la répaudireul non-seulement aux diverses parties de Pédilice, mais à toutes les pièces encore de moindre importance dont on se servait pour les cérémonies du culte. Ainsi, tout, dès ce moment, reçut, en raison mémo de la transformation des idées en matière d’art, mais plus particulièrement en architecture, un accroissement de décoration inusité jusqu'alors. C’en était donc désormais fini de l'harmonieuse sobriété du XIII? siècle. L'état de la civilisation avait, par le courant des choses, perverti le goAt , cl entraîné les populations vers une surabondance, une recherche et une surcharge, qui n'étaient malheureusement plus de l'art, mais bien des moyens mensongers el factices destinés à remplacer l’art lui-mème.

Parmi les différents cdieules dont se compose le mobilier ecclésiastique, celui que l'Eglise a consacré au baptême, el qu'on nomme, pur son emploi, fonts baplismaux, reçut, alors aussi, sa large part de décor; et l'empressement même que mit toujours le clergé à obéir à cette injonction des conciles, qui prescrivait la fermeture de la cuve, devint probablement une cause el l’origine de tout uu vaste système d'ornementation qui fut départi au monument baptismal. Cette prescription n’était autre, comme on l’a vu (I), qu’un moyen de prévoyance, recommandé par l'Eglise, dans le but de garantir l'eau bénite de toute profanation, el tel simple couvercle , pourvu qu'il fermAl hermétiquement le réservoir, suffisait pour obéir aux décrets conciliaires. Aussi, fut-ce, assez vraisemblablement, ce qui so passa durant les aimées qui suivirent l'émission de l’ordonnance, et, peut-être même, pendant de longs siècles. Mais, un jour vint où la mobilité du goût ne trouva plus cette modeste clêlure en harmonie avec le luxe des œuvres architecturales el l’éclat de leur décoration ; et, dès lors, chaque fois qu’on dut établir de nouveaux fonts ou remplacer de vieux, couvercles , il entra dans la pensée des artistes de couvrir Pédicule do compositions dont le développement acquit, suivant les

{() Voyez le chapitre dis Got vkrcles de Fonts Baptismal* ,

MOYEN AGE — XII!? , XIV! ET XV! SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL

localités, les ressources, ou le talent de l'architecte, des proportions si importantes, que, mises <• on place, il devenait, avec les moyens ordinaires, sinon impossible , du moins Tort difficile

de les déplacer.

, Un couvercle en bois, avec ou sans décor, dut primitivement être posé sur l’orifice de la cuve ou s’qjuster dans une feuillure intérieure. Pour enlever ce genre de couvorcle , les seules forces de l’homme suffisaient; mais, lorsqu'à celle clôture on substitua les couronnements métalliques, ceux-ci devinrent, par l’augmentation du poids, beaucoup moins maniables et exigèrent une certaine puissance d'action. Or, tout porte à croire que celte nouvelle condition du couvercle provoqua la recherche d’agents qui purent aider à le mouvoir, et c’est, précisément ce qui arriva. Pendant la période romane, on s’est, le plus souvent, contenté d’une clôture en matière peu lourde et qu’on déplaçait avec la main : elle était sans doute fixée à l’aide de charniérea et d’un cadenas. Mais, aux XIV! et XV! siècles, et môme au XIII! parfois, les artistes firent de ce couvercle une espèce de composition qui se développa suivant les phases do l'architecture et dont Timporlancc prit môme une telle extension qu'on dut chercher un moyen assez puissant pour la suspendre et la mouvoir. Bien, à ce qu’il parait, ne sembla plus convenable que d’en emprunter le principe aux lois'de la mécanique , qui le fournit en effet; car, on le trouva simultanément soit dans l'application du contre poids par l'intermédiaire do la poulie, soit dans les différentes combinaisons du levier, ou bien encore dans l’emploi d’un système de suspension mobile, trois espèces d'agents qui pouvaient, selon les cas, faciliter le soulèvement et le transport de ce genre do couverclo.

Limitant ici notre élude aux deux derniers modes, qui présentent une certaine connexité, nous essaierons d'en tracer l'histoire, la théorie ainsi que l'application , daus l'examen de quelques œuvres dont la conservation à travers les âges vient jeter toute une intéressante révélation sur celte classe de monuments baptismaux. L’ensemble do celte étude montrera d’abord que, pour répondre plus ou moins convenablement à un besoin , lo génie do l’homme sut créer une espèce de potence métallique qu’il combina de différentes manières, afin d’obtonir toute la puissance d’action que réclamait son office; puis, nous verrons que, d’un besoin, l'art fit bientôt une œuvre, et, enfin, qu’en passant par la main des artistes,- cette œuvre devint un monument avec toutes ses qualités et même ses imperfections.

Il a été dit plus haut que les clôtures de fonts étaient do plusieurs sortes,' ol qu’on les établit en bois on en métal (1); mais, nous avons supposé que le choix de l’une ou l'autre de ces matières fut, le plus souvent, déterminé par celle môme de Te iicule baptismal. Ainsi, nous iiensons que les cuves en pierro eurent plutôt des couvercles en bois qu’on métal, bien que ces derniers y aient élé fréquemment adaptés; tandis que les fouis en bronze ou en cuivre se trouvèrent presque toujours clos par couronnements de même nature. Or, lorsqu’on compare ces deux espèces de couvercles, on ne peut se dissimuler que ceux en fonte ne fussent d’nn plus grand poids, cl que leur importance ou leur élévation ne les rendissent même d'une pesanteur assez considérable On comprend très-bien que, pour mouvoir des rouvorcles en bois, grandsou petits, pourvu qu’ils ne soient pas trop lourds, un sirnplo jeu do poulie avec son oontro-poids pouvait suffire; mais, il n’en sanrait être de mémo lorsqu'il s'agit de soulever ceux en métal. L’on dut alors être contraint de chercher, dans l'une des branches delà science u nagent

(4) Voyez la notice sur les Corvitiu :ua uk Fonts Baptismaux.

FONTS BAPTISMAUX, A HAL, LOUVAIN KT COLOGNE

dont non» allons rétablir la mémoire obscurcie. — L’artiste s'appelait Josse Metsys ('). Noua

possédons peu de détails sur lui. La date dosa naissance, las joies et les douleurs qu'il a rencontrées dans les détours de la vie, nous sont complètement inconnues; son nom même resta enfoui près de quatre siècles sous la poussière de l'oubli. Un hasard heureux La fait découvrir, il y a cinq ans; nous avons eu le plaisir de le révéler aux amis de l'histoire de l’arlf *). Josse Metsys a (IA ouvrir ses yeux à la lumière vers 1445, scion toute vraisemblance, dans la ville de Louvain, oü sa famille résidait depuis plusieurs années déjà. Un certain Arnould Metsys, Matsys, ou Massifs, car les noms propres n’avaient pas encore d’orthographe régulière, abandonna, en 1440, HcreolhaJs ( ty, sa ville natale, et se fit recevoir citoyen de la capitale du Brabant, conjointement avec son parent Nicolas Massys, natif de Lichtaert (< ). Le premier paya, au trésorier de la commune, one somme do .3 florins d’or comme pootrrgeld ou taxe de bourgeoisie; le second en paya 5. Les comptes de la ville le constatent ( (I) * * 4 5 ). — L'enfant était doué d’une imagination féconde et d'un goiït délicat; «était un de ces êtres privilégiés qui ont la faculté de réussir dans toutes les. branches. Son père était serrurier. Nous ne savons rien de positif sur la carrière de ce travailleur en fer. Un certain Jean Metsys, forgeron , habitait, en 1453, la ville d’Anvers. Cecyclope peut très-bien avoir été le père ou l’oncle de notre artiste; \c* date» que nous possédons sur lui sont assez favorables à cette supposition. On travaillait alors, dans la ville commerçante, à la construction de l’admirable cathédrale; des hommes de mérite y prêtaient le concours de leur talent; le forgeron y avait, peut-être, été appelle pour exécutables ouvrages en fer du monument. Quoi qu’il en soit, il exécuta, en 1454, plusieurs travaux pour la cathédrale; on les lui paya 20 escalins 6 deniers. Dix ans plus lard, en 1404, il était encore dans la même ville. U exécuta alors d’autres ouvrages pour le même édifice; il eu toucha 5 livres, 7 escalins, 13 gros de Brabanl. Jean Metsys s’occupait également d’horlogerie : en 1405, la fabriqué de l’église Saint-Jacques à Anvers lui paya 18 escalins, comme gages annuels, pour régler la sonnerie (om de clocken le stellen). Le serrurier mourut, selon toute probabilité, en 1466. La fabrique de l’église Notre-Dame paya, en 1467, à nue certaine femme Metsys le montant d’nn compte d’ouvrages en fer, parmi lesquels étaient comprises deux croix qu’on veuait de placer sur les parties terminées de l’édifice. Nous aimons à pense* # que la femme en question était la veuve du forgeron. Cette dame toucha, en 1468, encore 4 livres, 3 escalins, montant d’un autro compte d'ouvrages en fer battu ( 6 ). — Notre artiste eut des marteaux, des limes, des pincettes pour jouets. De là au métier il n’y avait qu'un pas. Il apprit donc également à battre l’enclume et à forger le fer. Mais le métier de serrurier ne se

(I) Son -nom de famille se trouve , sous cette forme, dans tes comptée de la ville de 4471. Dans Je» comptes de (469 , il n'est désigné que par son prénom.

Ci) Voyez notre -notice intitulée : tels orrr Joos Metsys, Slot- en Verwerkm aker te tienne n , ran 1469 tôt 4530. Journal des Petites Afliches de Louvain du îî mars 1846.

(>' Petite ville sduée dans les C.arnptnes brabançonnes, actuellement dans la province d’Anvers.

(4) Village «les Carnpines , situé non loin de Herenthals.

(5) Ces détails, inconnus dans l'histoire de l'art, viennent d’étre retrouvés par nous, dans les comptes de 1^ ville de Louvain de 1 440, fol" 72. C'est t» plus ancienne mention do l'existence de la famtUc Melsys ou Massys que I on ait rencontré»* jusqu'ici dans les archives flamandes.

(fl) Ces détails précieux ont été trouvés dans les rejjistres aux comptes de la Cathédrale Notre-Dame, A Anvers, par M Léon de Rurtniro , compositeur et homme de lettres M. Johan-Alfred de Iwl les a publiés dans son intéressant Catalogne du Musée d'Anvers. Anvers, Buclimann , 1849, in-12, pages 49-5G.

MOYEN AGE - XIII! f XIV* ET XV^ SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL.

borna point poitr lui aux rudes travaux qui le constituent d'ordinaire, ios.se Metsys était uo jeune homme de conception : il avait compris qu il n'est point de métier qui n'ait son prix lorsqu’on y excelle. Il s'appliqua avec îèle et succès au dessin et à l’architecture. Ce fut au moyen de ces sciences qu’il sut élever 6on métier modeste à l'état d’un art agréable. Ayant perdu l’auteur de ses jours, il continua son état pour compte de sa mère. On était en 1409. Il habitait alors rue du Château-César {in die Borgtstrëte ) t no» loin de l’abbaye noble de Sainte-Gertrude (*). — Jotse Metsys est, sans le moindre doute, un parent de l'illustre colorisle du même nom; son frère, peut-être; nous avons des raisons de le croire. On sait que le forgeron peintre naquit à Louvain vers 4455. Louis Guicciardin, le premier auteur qui ait enregistré sou nom ci rendu hommage à sou mérite, l'affirme positivement (*). Od a repoussé le témoignage do ce littérateur; mais, oo l'a repoussé sans le moindre fondement. Noue avons essayé de légitimer son assertion (*), et nous avons obtenu l'approbation de plusieurs homme* de mérite, jugea compétents en celte matière, entre autres «le MM. Alfred Michiels (<)et le comte Léon de I Jtr borde ( 5 )„ Karel van Mander nous apprend que Quioteii Metsys, étant encore serrurier, était obligé de pourvoir aux besoins de sa mère veuve (*). Or, nous venons de voir que la mère, de Josso avait également perdu son époux. Ce ferronnier travailla pendant bon nombre d'années pour le compte de la veuve. Il se maria ensuite et commença à travailler pour son propre compte.

Quinlen ne continua-t-il point à travailler dans la forge abandonnée par iosee? Alexandre van Fornenberg, l’un des antagonistes de Guicciardin, nous assure que les ouvrages en fer forgé du peintre étaient de son temps 1058) assez répandus, non-seulement dans les édifices religieux de

(t) fan eenen port a* l o/le attoer ( allé* ) te makene pan steemverck roor rie roetcamer ( l'ilôtol de vitte ) met meer andere reparatien daer bg ; Jome , den Sloetmaker , in de Uorchtütrati , ran 2 daren and portant le hangene, te sloetene, met dobbelen iloten hatsen ende huntheren, /examen hem daerroor 8 g ni den. Comptes de la ville de 1469, fol- 42.

(t) Ludovic. Guicciardini, Descrittione di tutti t Parti Battl , altrimenti detti Germanla inferiore; J n ver ta, G. SUvio, 1667 , in-foh, pp. 98 et 99. — Qut.vrat Mbtst» abandonna « ville natale peur aller s établir A Anvers, où te négoce des Pays-Bar venait alors se concentrer. Il y buMta d'abord la rue des Tanneur» , puu celle du Jardin dm Arquubu* fier»; sa demeure, qui porte le nom de St-Quenlin, est actuellement marquée S«> 3, a* 4 408. Il fut admis comme francmai Ire de la Confrérie de St-Luc en 1491 . L'artiste épousa Adélaïde van Tuylt. Il en eut cinq enfants : Pierre et Jacquet , élèves- peintre» en 1510; Jean, franc-maître en «531 » Quentin- Paul et Catherine. Metsys épousa , vers 1508, en secondes noces. Cal ber inc Il yen». Il en eut trois fils : Quentin, Hubert et tbraham , el mit tilles : Pétronille-Catherine, Claire et iusoMNC-Ce grand coloriste, qui fut intimement lié avec Érasme, Thomas Montrai Pétri* .tgkliua , mourut à Anvers en t531. Voyez le Catalogue du Mutée d'Anvers, loc.cit.

(3) Notice biographique tur le peintre Quint en Mettyt de Louvain. Louv. . imprimerie de Vaolinthout et Vanileozande, 1816 , in-8. Cptle notice a été reproduite dans la Renaissance belge , 1846-47, pp. 95-99.

(4) Histoire de la Peinture flamande et hollandaise , T. 111 ; pp. 421-124. Go savant écrivain, d'un talent supérieur, y a donné une analyse de nos arguments; nous tenons à rendre hommage à l' impartialité <1« l'auteur.

(5) Les ducs de Bourgogne, Tome I, pagp 567. — M. de La et sont donné betucoup de peines pour renverser no§ arguments , par malheur, la force de ses documents n'est pas au ni\eau de son patriotisme. En effet, qu'a-t-il pour annuler l'allégation si lucide, si positive de Guicciardin *? Une suite de noms, d'où il résulta que la famille Metsys a été connue a Anvers depuis 1446 ; rien autre chose. Mais, elle était connue A Louvain avant cette époque : depuis 4440. Et puis qu ont- ce que cela prouve? Absolument rien. La Tamille Rubens est connue A Anvers depuis 1350; elle a toujours résidé dans la métropole du commerce de Belgique , et cependant Pierre- Paul , lo radieux coluriste , a vu le jour à Siegeo ! Pour détruire le témoignage de l'auteur italien, il lui faudrait autre chose qu'une suite de noms : un extrait de baptême. Or, oo document manquera toujours à M. de Laet. Gela étant, Qumlen Unisys demeure notre glorioui compatriote.

(6) Het leven der doorluchtighe Nederlandsche en hoogdui/tche Schildert. Alckmaer, 4604, in-4, fol. 218 verso. •

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d'une puissance bien autrement forte; rar, il fallait trouver un moyen qui permît dé soulever un volume assez considérable, cl composer ensuite une création qui pAl être facilement • Bianreuvrée par tous les desservants de l'église. Les ressources de la mécanique, jointes au savoir du ferronnier, vinrent fort heureusement en aide aux besoins «l'un goill toujours croissant en matière de décoration ecclésiastique.

Ces préliminaires constatent donc qu’aux XIII? , XIV” et XV.' siècles, on employa, de mémo que pendant la période dite romane, des fonts de deux natures : les uns en pierre, et los autres en métal; mais , avec celle différence toutefois que los derniers furent, sur certains points, surmontés de couvercles tels qtv’uii dut inventer un appareil spécial pour les mettre en mouvement.

Rien que l'histoire ainsi que l'examen du monument baptismal aient été très-sérieusement entrepris par plusieurs archéologues , je ne sache pas qu'aucun d eux ait signalé jusqu'ici l'espèce dont nous parlons (I). Celle élude est donc une de celles qui sont encore à faire; mais, on no saurait méconnaître que ce sujet n'offre, par lui-même, d’assez grandes difficultés, puisqu'il ne reste, pour l'entreprendre, qu'une quantité fort restreinte d’exemples, et que ceux-ci ne constituent vraisemblablement pas, à eux seuls, tous les éléments de la question. Néanmoins, malgré l'aridité de la matière, maigre notre insuffisance, et malgré même le petit nombre de ces fonts qui ont pu traverser les Ages, nous essaierons cependant, eu égard au rôle que joue celle classe d'édicules dans l liisloire du mobilier ecclésiastique, de présenter quelques recherches sur cet intéressant sujet.

La constitution de celle espèce de monumeids renferme, dans son ensemble, la combinaison de deux arts qui .furent exercés avec autant de talent que de supériorité pendant la dernière moitié du moyen ùge; nous voulons parler de la fonte et de la ferronnerie. Pour examiner rigoureusement les divers points de celte élude, il faudrait entrer sans doute dans de nombreux détails sur l’origine et sur les phases diverses de ces deux arts dépendants de l'arcliitcéture ; mais, oulro que leur énoncé nous entraînerait fort loin , de telles particularités nous conduiraient encoro à des redites qu'on doit éviter; car, nous aurons plusieurs fois l'occasion d y revenir. Il nous a donc parq beaucoup plus convenable de restreindre la matière à la seule époque qui nous coucorne, mais en prévenant nos lecteurs que l'un des deux chapitres sera plus étendu que l’autre, puisqu'il doit être exclusivement consacré à l'analyse d’un genre d'oeuvres 4 petr près inconnue-,, cl dont bu n'a présente jusqu'ici aucune espèce d'étude; ainsi, ce sera » beaucoup moins do la forme des fonts que nous entendons traiter, que du moyen , du système ou de, l'agent que durent inventer les artistes pour pouvoir déplacer lo couvercle et lui servir d'ornement.

Ayant consacré plusieurs notices à l'examen des dispositions qui furent données aux édicules baptismaux dus XIII' , XIV? et XV? siècles, on no doit s'attendre à trouver ici que ce qui sera rigoureusement nécessaire pour relier les differentes parties de cette étude et déterminer ce qui a plus particulièrement trait à l’espèce des fonts on métal. — Déjà, nous avons fait connaître, par la mention d'ordonnances émanées des conciles, -que lo monument, destiné à l'administration du baptême, devait être en matière dure, en une pierre qual-

(t) Un sent jusqu'il ce jour, SI. Adolphe Berty, l'svait indiquée sans lu connaître; niai', il nous en devait la com municuUrm. (Voyez su Noter sur leu loin B OTISUAIV, -insérée dans les .VsMiinili Jncuns rt tiodernts.

MOYEN AGE — XIII? , XIV? ET XV? SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN METAL

conque, telle que le marbre, le grès, lo granit, etc., et l'on en a fourni des preuves en citant des textes à l’appui ; mais, nous avons ajouté qu'il en fut encore fait èn métaux divers, c’est-àdire en bronze, en plomb et en cuivre, puisqu'il s'en est conservé un certain nombre dans les églises. Les plus anciens monuments de cette deuxième espèce remontent au XII? siècle, et même, s'il faut en croire quelques archéologues, au XI? ; mais, il en a été fondu, depuis lors, a presque toutes les époques, ainsi qu'on le verra dans cet ouvrage. Quoi qu'il en soit, nous tenions seulement à établir que, dès le XV? siècle, ces fonts acquirent un développement si considérable qu'ils forment dès lors ttno classe distincte et tout à fait digne d'être étudiée séparément.

A en juger par les quelques exemples qui nous restent, les fonts métalliques so rangent, à très-peu d’exceptions prêts, dans la catégorie de ceux à pédicule; aussi, leur ensemble se compose-t-il de plusieurs parties plus ou moins nettement exprimées; c’est, d’abord, une sorte de base que supportent presque toujours, à l'imitation deB lutrins et des candélabres en foule, des figures de lion en nombre indéterminé; puis, une cuve ou réservoir, destiné à contenir l'eau baptismale, et, enfin, un couvcrclequi sert à la fois de déluré eide couronnement; mais, toutes ces parties sont ornées ou de compositions architectoniques ou de moulures en usage à l'époque de leur création, et quant à l'amortissement du couvercle, il est assez généralement formé, par symbolisme, d'un groupe relatif à l'institution du baptême, représentée dans les figures de Jésus, de saint Jean le Précurseur et. d’anges; nous ne dirons rien des motifs qui -décorent les autres parties; le détail des différenls sujets nous entraînerait trop loin.

Beaucoup d'églises durent, au moyen Age, avoir été pourvues de fonts métalliques, et, trèscertainement, les formes ainsi que la décoration de ce genre d'édicules furent très-variées; mais, tout porte à croire qu'il ne s'en est comparativement conservé qu'un assez polit nombre, et que cette perle tient sans doute à la nature même de la malière, qui tenta la cupidité des hommes. Toutefois, il faut ajouter, pour être juste, que d'autres causes ont, tout aussi bien, pu les faire disparattro : ainsi, le saceageuient des églises à l'époque des guerres île religion; la mobilité do goût qui, depuis le XVI? siècle, a détruit tant de choses parce qn'clles n’élaient point en style moderne; enfin, nos commotions politiques, qui furent si fatales à l'art; commotions qui ne respectèrent rien , et encore moins les monuments du culte qu'on regardait alors comme des œuvres de superstition qu'il fallait anéantir. Cette dernière cause fut même une dos plus désaslreusos; car, beaucoup d'œuvres en métal sévirent condamnées à la fonte, et. combien d'entre elles, qui avaient été, dans l'église, des monuments de piété, de symbolisme oq de régénération , devinrent ainsi , par leur transformation en monnaie ou en armes de guerre , des * agents ou des principes do démoralisation ot de mort.

Mais, si les fonts en fonte de bronze, do plomb ou de cuivre n'onl su trouver grâce devant lios révolutionnaires, qui les out détruits au nom de la patrie qui repousse -de pareils actes de vaudalisme, il est d'autres pays, la Belgique et l’Allemagne, par exemple, dont certaines régions, préservées des exploits de ces hommes prétendus d’élite, furent assez heureuses pour eu conserver un certain nombre; mais, quoique ceux-ci ne soient sans doute qu’une bien faible portion d’une famille do monuments, qui dut être considérable et préseuler une grande variété, ils n’en offrent pas moins l’avantage de donner une idée approximative do ce que devint le fonts pédiculé en fonte pendant le XV? siècle.

En se basant sur la rarelé des fouis on mêlai, do*l*on admellre, ce qui semblera ! bien hardi,

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surtout après les pertes en tous genres survenues par tant de causes diverses, doit-on admet Ire que, parmi les contrées de l'Europe catholique, celles-là seules qui en possèdent en auraient en le privilège à l'exclusion des autres? Je ne le pense pas; puisqu’il semble que la fonte a été pratiquée presque partout, et que la présence, dans certaines églisos, de quelques oeuvres en celte branche do l'art viendrait fournir une grave présomption contre notre hypothèse; mais, il parait toutefois que ce genre monuments baptismaux fut plus particulièrement en usage dans les deux pays que nous venons de citer. Je ne sache pas qu’il y en ait beaucoup en Italie et en Espagne, et quant à l’Angleterre, l’on n’en a point encore signalé qui appartiennent au moyen âge.

L'établissement de celle espèce de fonts sur le sol de l’Allemagne et sur celui de la Belgique, tient probablement à des causes particulières ou locales, et l’on devrait peut-être le rattacher à l’apparition, sur certains points, de quelque habile fondeur, dont le génie sut créer des écoles ou des ateliers qui jouirent d’une grande vogue et d'où sortirent , comme nagtières de Constantinople, pour aller orner les églises du pays ou celles des autres régions de l’Europe, de nombreuses et de fort remarquables productions en cet art. Mais, peut-on en conclure qu’il n'y càt point ailleurs d’écoles et d'ateliers de fonte? Nous croyons que chaque pays a eu , plus ou moins, sa période d’art et scs artistes, et que si les travaux de fusion métallique en ont disparu, il faut on attribuer la cause aux motifs que nous avons énoncés.

Afin de faire mieux connaître quelle fut la situation de l'art au temps des oeuvres que nous devons décrire, nous allons présenter ici un tableau succinct de l'état de la civilisation au XV' siècle; ce sera comme une sorte d'introduction destinée à servir d'intelligence au sujet luirnéine. — L’époque dout il s'agit était, dans la chrétienté, un de ces moments solennels qui précèdent les grandes commotions : déjà, les écrits de Wiclelî et de Jean Iluss avaient ébranlé l'Église ; l'imprimerie était découverte ; la poudre à canon devait changer l’art de la guerre et Colomb allait partir pour le Nouveau Monde; la réforme était on germe; des guerres politiques et intestines ensanglantaient plusieurs pays; l’écrasante domination do la noblesse; les malheurs du peuple; tous les fléaux et les misères , enfin , que l'esprit peut imaginer s'étendaient, par moments, sur le monde à la voillo des prédications de Luther. Eh bien, au milieu de ces complications diverses, les arts n’en continuaient pas moins leur marche plus ou moins ascendante. D'habiles praticiens dans toutes les branches employaient leur talent à produire des œuvres dont l'exécution ou le faire tfcndait à pousser en avant; et cliacun, selon la somme de ses rapacités et suivant sa part de génie, a pportail, par ses efforts, une pierre à l 'édifice qui so créait, lentement, en commun, et même à leur insu, sur presque tous les points de l'Europe. Mais, il faut le dire : ce mouvement artistique avait un peu sa cause, ot colle-ci prenait à la fois sa source et dans la pompe de l'Église et dans le luxe de la noblesse. De loin en loin et par intervalles, d’imposantes solennités et des fêtes somptueuses venaient reposer les peuples et leur donner qnelqnes jours de calme après do longs temps de troubles et d'agilalioiis. Une magnificence inouïe brillait alors dans le temple, sur la voie publique et jusque dans la demeure du pape et des rois. Rome, Florence, Paris, Dijon , Bruges, Lille, etc., devinrent bientôt des lieux où se passaient des faits mémorables, et des centres où les sciences et les lettres trouvaient de généreux protecteurs; car, on les vil alors se développer et fleurir sous l'action bienfaisante des princes de l'Église et de la terre. Papes et rois attiraient, de toutes parts, les savants et les artistes, et se jalousaient même ces hommes de génie! C'était à qui ont reprend lait les

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plus importantes œuvres, à qui réaliserait les plus Mies choses; tout enfin était, en ces temps île nobles luttes, consacré aux plus grandes entrepris s. Lia tel moment fut, comme on le pense bien, très-favorable au développement des arts. Aussi , combien d'ouvrages en peinture, sculpture, architecture, orfèvrerie , fonte, ferronnerie, etc., durent le jour à ce siècle fécond, qui devait clore le moyen Age et voir s'éteindre .colle touchante mysticité de l arl catholique! mais, de même que le moribond, prêt à s'éteindre et à descendre dans la tombe, retrouve farliremenl comme un semblant du vie, ce siècle créa un très-grand nombre d'œuvres dont, |»ar malheur, une très -notable partie, surtout en architecture, resta inachevée. La puissante voix de In reforme cl les guerres religieuses en avaient tout à coup arrêté le travail et suspendu la Continuation!...

A quelque point de vue qu'on l’envisage, hi création do ces œuvres n'avait évidemment qn'un but : celui de décorer la maison de Dieu et la demeure du prince, en le* mettant dans un rapport d harmonie «vec les idées. île faslo qui avaient cours au XV! siècle, et qu’on prodiguait alors dans les cérémonies, sur les vêlements et jusqu'aux moindres objets d'un usage religieux ou civil. Or, on ne saurait contester que ce déploiement de luxe ne fournit de nombreuses occasions d’exercer la pratique des arts, et que l'exécution d'une aussi grande quantité de travaux ne Int très -utile à leur élude cl à leur développement; j'ajouterai mène que ce mouvement extranrdinairo dans toutes les branches put encore provoquer de ces vocations spontanées d'artistes qui durent sc manifester perdes œuvres d’un caractère plus ou moins remarquable. Ce n'est pas le lion de citer ici les noms do tous les hommes de talent dont les efforts, mais à des degrés divers, terni. dent, dès le XV! siècle, à agrandir le cercle de la science ou A reculer les limites de l'art; l’occasion se présentera ailleurs. Il nous suflit, pour l’instant, de borner nos recherches à celui des points do l'Europe qui se rapporte A celle notice, A la Flandre, et d'examiner qoels forent, sous les ducs de Bourgogne, l’action ou l'influence de plusieurs d’entre eux sur les destinées artistiques de ce pays.

le XV*. siècle fut, pour la Flandre, l'uqe des plus brillantes et des plus fécondes périodes de sou histoire de l'art; mais, cet éclat, elle le dut plus particulièrement aux artistes qui vécurent A celte époque, ol surtout aux conceptions qui sortirent de leur génie. Fendant ce siècle, d'innombrables œuvras avaient été entreprises; une ardeur universelle s’était emparée de tous les rangs, et , princes cl bourgeois, suivirent, comme par entrainement général , une noble impulsion qui mèue aux grandes choses. Ainsi, les moments de calme, qui succédaient aux jours de troubles, se changèrent en des luttes d émulation où chefs et sujets faisaient, pour ainsi dire, assaut de faste par la création de travaux eu tout genre. Pour qui u a pu compulser les textes, examiner les vieilles topographies, explorer ce qui reste de monuments, visiter les trésors des églises, parcourir les musées, les collections, olc., pour celui-là, il est presque impossible de se rendre compte de tout ce qu’on produisit alors eu architecture, sculpture, peinture, ferronnerie, fonte, orfèvrerie, etc.; mais, un tel élan n'avait rien qui doivo étonner; c'était même une conséquence de l'étal de la civilisation au XV! siècle. Les immenses ressource* do l’Église cl îles couvents, la libéralité dos donataires, le luxe îles, princes, l'orgueil des corporations, l'opulence du commerce, furent tout nul. ml de causes qui provoquèrent l’exécution de cette grande quantité d'œuvres dont la nature répondait A la fois aux besoins et aux exigences rie tous les rangs de In société. En effet, la richesse des populeuses cités flamandes permettait de. donner aux monuments dn ci^le cette vestibule archilerlur.lc qu'il fallait ensuite

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décorer; le goû( de la magnificence et la recherche du comfort engageront los princes et la noblesse à ériger, au soin des villes, dos résidences plus ou moins splendides; de leur cûté, les corporations, Gères de leurs privilèges, déployaient, pour le lien de leurs réunions, un luxe inconnu jusqu’alors; enfin, de riches bourgeois, stimulés par cos exemples, suivaient un mouvement qui les portait à se faire construire de plus agréables demeures. Maintenant, qn'on joigno à cet clan architectural, qui s’était emparé, par goût ou par besoin, de tons les rangs de la société, qu’on y joigne ce qui en découlait , c'est-à-dire la décoration propre, en tant que, travaux de sculpture, peinture, ferronnerie, fonte, etc.; qu’on y ajoute encore les tentures, les meubles et les ustensiles propres à la vie religieuse ou civile; qu'on se figure tout ce qu’un tel monde do besoins dut exiger de créations en tout genre, et l'on aura une idée approximative du mouvement des arts en Flandre pendant le cours du XV*. siècle-, car, alors seulement, on pourra se faire, par la pensée, un tableau de ces imposantes cérémonies du culte, avec sa hiérarchie sacerdotale, vêtue des ornements les plus riches et portant ees vases sacrés, ces châsses et ces reliquaires, tous en métaux précieux et offrant, pour la plupart, des chefs-d’œuvre de patience ou les plus fins ouvrages de l'orfèvrerie; l’on comprendra ees fêtes splendides et nationales, données par les rois et les princes à l'occasion de grands faits historiques, et auxquelles prenaient à la fois part la cour, la noblesse et le peuple, parés de leurs plus beaux vêtements; l'on se représentera ces fastueux repas où les grands étalaient des trésors en argenterie de toute espèce; -ees combats, ces joutes et ces tournois chevaleresques on les hauts et puissants seigneurs paraissaient couverts d'élinceUmtes armures; ces réunions de là commune et des corps de métiers où brillaienUes nombreuses pièces d'une magnifique vaissollcî enfin, ces réjouissances de famille dont le retour était, pour los grands parents, une naturelle occasion de faire montre d'un luxueux confort; qu'on se retrace donc toute celle série d'événements publics ou privés qùi appelèrent l’art à leur secours, et l’on appréciera quelle dut être l'étendue du mouvement artistique, en ce pays, pendant le XV* siècle. De telles manifestations, assez fréquemment répétées, durent provoquer de nombreux travaux en tout genre, et cos travaux purent non-seulement occuper une multitude d'artistes, mais leui procurer encore des moyens de s'exercerù une pratique qui devait tout naturellement conduire au progrès et à la perfection. *. » W**' t *■ :V » . V v

A en juger par les monuments du XV! siècle, les artistes flamands avaient dès lors acquis, dans certaines branches, un talent incontestable, aujourd’hui encore l'objet do notre admiration; mais, comme tout passe et s'anéantit ici bas, même les plus belles choses, combien en esl-B, parmi ces œuvres , qui furent depuis détruites et dont la perte rejette ainsi dans le néant des noms d'auteurs qui resteront, par le fait, inconnus et ignorés! U faudra, quelquo jour, toute la patiente érudition des antiquaires, des historiens et des philologues pour reconstituer, sur ce dernier point surtout, certains chapitres obscurs de l'histoire de l’art en Flandre. Nous u’avons certes pas la prétention de poùvoir remplir uhc lacune que quelque docte belge se fera sans doute un devoir et un honneur de combler; aussi, nous conte uterone-nou* dé grouper ici, pour la seule Intelligence dê notre travail, plusieurs des noms choisis parmi les plus éminents artistes du XV* Siècle, et celte liste, aussi brillante quô nombreuse, pourra donner, par la célébrité uu'mr de quelques-uns d'entre eux., une vdée de l’influence quo dut exercer alors une telle réunion d'hoinmt* de géniej ce sont d'abord les Van Eyck ; puis, Ruysbroacb, Christophe», Roger do Bruges, Mathieu Kelderman, Amolius, Utcnhovo, Stuerhoul , Clans Stuter, Jacques de Bncrze,

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Claus de Voussonno, Willaume Lefevre, Érasme Dolle|>iôro, Hemling, Appelmans, Quinlen Matsys, Jean Godèle, Gérard de Fclem, Herman Horne, Lambert Zutman, Jacques de Libermé, Jean Lambert, Nicolas Quinto, les frères Hardy, Jean de Mense, Thiry dé Leumont, et, enfin, Jean de Wert, auxquels on pourrait encore ajouter, à cause du caractère de ses œuvres, Van-Boghcm , l’un des architectes de l’égliso de Brou ; tous artistes peintres, miniaturistes, sculpteurs, orfèvres, fondeurs, ferronniers, architectes, etc., qui, par leurs travaux et leurs offorts, coopérèrent, bien que sur des points divers, à cette grande régénération de l'art qui ne devait s'accomplir que vers la fin du présent siècle. Nous n’en dirons pas davantage; l'occasion se présentera de revenir ailleurs sur un sujet que nous n'avons pu qu'effleurer.

S'il faut en croire le témoignage de documents récemment découverts (J), la ville do Tournai aurait été, pendant les XIV' et XV' siècles, un centre d'où sortirent des œuvres fort importantes. D'admirables sculptures (2), auxquelles il faut joindre la mention de travaux en peinture actuellement perdus, no laissent aucun doute sur l'existence, dans celle cité, d'une écolo particulière d'artistes qui y exécutèrent, durant cette période, quelques-unes des plus remarquables créations en l'une et l'autre branche de l'art. Mais, si la conservation de ces œuvres et de ces documens établit, d'une manière évidente, la véracité de notre assertion, l'étude même des ouvrages quo produisit 'cette école nous porte à reconnaître que les artistes tournaisicus ne se bornèrent pas à la seule pratique de ces deux arts, puisqu’on voit paraître, parmi leurs monuments du XV' siècle, un autre genre d'industrie qn'ils portèrent aussi fort loin, celui de la fonte en cuivre. — Par une de ces bizarreries dont on a déjà maint exemple, surtout en fait d'œuvres du moyen àgo, ce n’est point au rapport des textes que nousdevonsla découverte ou la connaissance de cclto école, mais bien à l’examen et à l'investigation des monuments eux-mémes qui, vers cette époque, commençaient à recevoir des inscriptions. Sur ce point, personne n'ignore qn’en l'absence des documents écrits, les inscriptions placées sur les œuvres sont presque toujours, pour l'historien et l’archéologue, des renseignements, des indices de la plus haute valeur; car, leur préseuce devient, fort souvent, un témoignage plus ou moins lumineux qui sert à éclairer maintes questions; soit, par exemple, à déterminer une origine, à fixer une destination , à établir des dates ou dos faits, à retrouver des noms illustres, à découvrir des artistes inconnus et même jusqu'à permettre d'apprécier la part d'influence ou d'emprunt qui ont pu exister entre les diverses écoles. Mais, pour ne point nous écarter do ce qui a plus particulièrement trait à l'établissement do ces inscriptions sur les monuments, je dirai que la baso de l’un des fonts qu'il s'agit de décrire, porte un de ces documents révélateurs dont le contenu parait de nature à jeter quelque lumière sur l’une des périodes de celte brancko de l'art. Or, cette découverte, rapprochée de quelques productions contemporaines, établit péremptoirement l'existence d'une école qu’on avait ignorée jusqu’ioi, et l’analyse do ses œuvres fournit les moyens d'assigner la place qu’elle doit occuper et dans l'histoire de la fonte dos métaux et dans celle de l’art flamand an XV" siècle.

Un habilo sculpteur ou fondeur, né probablement à Tournai, venait , à cette époque, de se révéler au monde, et cet artiste devait, par ses travaux, continuer la série des grandes œuvres

(I) Nous voulons parler cira registres qu'explore eu ce moment notre savsnt ami. M. Dumortier, de Tournai.

tj Quelques-unes se trouvent dan» la riche et précieuse collection d'objets d'art appartenant à U. Üum ortier, qui a bie„ voulu nous permettre de les publier dans le pnieenl ouvrage.

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de ta fonte en cuivre. Ainsi, grâce à l'apparition d’un homme de talent et grâce au génie d’un aavant praticien, cet art allait, bien que sur un point assez distant du lieu oit il s'était développé en Belgique, reprendre une nouvelle vie et poursuivre, à travers les âges, sa marche plus ou moins ascendante. — Vors le XV? siècle, les villes de Dinant et do Bouvignes, dont la première semble avoir reçu de l’ Allemagne les notions d’une industrie qui la rendit célèbre, paraissent à peu près déchues ; aussi, leur histoire perd-elle une grando partie de son intérêt artisliquo. C’est en vain qu'on cherche, parmi les monuments, quelques-unes de ces créations qui firent autrefois leur gloire; on n’en trouve guère de traces. Los œuvres gardent donc un silence qui avait indubitablement sa cause : le génie des habiles copiera (I) s'était très-vraisemblablement éteint, et Dinant, qui, pendant de longs siècles, avait créé des chefs-d'œuvre en fonte de enivre, no trouvait probablement plus dans ses enfants que des artistes dégénérés ou ne sachant produire que des objets d'un mérite secondaire êt bons seulement pour le commerce, qu’elle continuait encore, mais sur une petite échelle. Tout porte donc à croire que le travail de la fonto, qui fit de cette villo l’une des plus importantes cités artistiques du moyen âge, y avait considérablement décliné, puisque l'histoire se tait dès lors à son endroit, et que, malgré nos recherches, nous n’avons pu découvrir, postérieurement à celle date, aucun nom célèbre d’artiste dinantais sur les monuments de fonte flamande qu'il nous a été donné do voir. Ce résultat fut, à n’en pas douter, la conséquence d’une lutte violente qui s’établit entre les deux villes; lutte qui dura bien des siècles, suscita de cruelles représailles, et ne finit même qu'avec leur décadence et leur ruine réciproques. Une malheureuse concurrence commerciale (2) avait armé les habitants de Dinant et de Bouvignes ; et, pendant cette longue agression , ceux-ci mirent un acharnement presque sans exemple à s'entre-détruire. Quoi qu'il en soit, Dinant, qui jusque-là ne s’était atlaquée à sa rivale que pour défendre son industrie menacée, voulut changer le terrain de ses luttes et jouer un rôle politique; elle prit, au XV' siècle, le parti des Liégeois révoltés contre le duc de Bourgogne; mais, cette entreprise lui porta un coup fatal; car, Philippe ayant mis, en 1466, le siège devant ses murs, celle-ci dut bientôt se rendre, et le prince, par ressentiment, ordonna que tous les Dinantais fussent ou passés au Gl de l’épée, ou noyés dans la Meuse. Or, on ne saurait méconnaître que les moments de luttes politiques ou intestines ne soient guère favorables à la pratique et au développement des arts; aussi, comprend-on que cette industrie de la fonte soutTrit beaucoup des désastres Subis par la villo, et qu’elle déchut môme au point de ne pouvoir plus produire, sans doute faute d’artistes, que des pièces d’une valeur fort ordinaire. De fortes présomptions porteraient à croire que les premières productions de la fonte tournaisienne apparurent à une date voisine des temps où ces derniers faits se passèrent, c'est-à-dire postérieurement à la fin du XIV? siècle où Dinant créait encore quelques belles œuvres, et ces notions nous permettent de conclure que ces événements, celte coïncidence, ont dù s'accomplir pendant le XV? siècle. Avec ce siècle, le nom de Dînant disparaît des grandes œuvres, et sa gloire ainsi que sa réputation semblent désormais éteintes; du moins, les monuments, quoique nombreux encore, n'ofirent plus aucune date ni mention diuantaises. Une absence de travaux constate donc la déchéance artistique de cette cité, tandis que l’apparition soudaine du nom de Tournai sur certains ouvrages

(1) On trouvera l'étymologie de en mot dans notre notice sur le vont db L'éuiJSK ni SAicr-BainiétEnY, a Liéon.

(2) Bien vacille histoire, comme on voit, et dont le principe, presque aussi ancien que le monde, orta les hommes à se nuire et i , entre-luer même pour quelques parcelles d'or... Jvri sacra famesl...

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révèle tout à coup, sur cel antre point de la Flandre, rétablissement d’un nouveau centre, appelé à recueillir l'héritage et à y continuer la fabrication des grandes pièces tlo la fontoen cuivre. Ces divers faits démontrent que la ville de Tournai posséda, durant les deux derniers tiers du XV? siècle, toute une école d'habiles fondeurs qui jetait encore un certain éclat au commencement du XVI" ; mais, dès celte première époque, avons-nous dit, se voit, sur des monuments, le nom d'un artiste distingué, celui de Willaume Lefevre, et cet artiste continue, par la nature do ses travaux, la suite des productions d’un art qui a eu ses régions, ses centres ot scs écoles, et dont la création , les développements et l'apogée sont dus aux efforts des praticiens qui surgirent dans chacun de ces lieux. Ainsi, postérieurement à la période de l'école dinantafse, parut toute une série d'œuvres en fonte qui révèlent, par leurs inscriptions, un nouveau centré de travaux en ce genre, et les noms de Lefevre et de Tournai en attestent suffisamment l'existence. J’ajouterai même que la réputation de cel artiste dut' fort vraisemblablement s’étendre au loin, car, les plus belles pièces qu'il produisit ne sont pas en cette ville; et leur dispersion nous porte à croire que sa renommée était dès lors très-répandue, puisque d'importantes œuvres, incontestablement sorties de ses mains, prouvent, par leur présence on quelques églises, que le clergé ou de pieux donataires ont tlè lui adresser de nombreuses commandes. — A l'exemple de l’école de Dinant, celle de Tournai s'adonna surtout à la fabrication do corlaines pièces du mobilier ecclésiastique, c'est-à-dire à l’exécution des candélabres avec ou sans branches, à celle des lutrins, des lampes et des lustres, des grands chandeliers, des fonts baptismaux, des bénitiers et de divers autres meubles que nous ferons connaître; mais, nous devons ajouter qu’elle ne dédaigna pas la confection des petits objets, tels que ceux destinés aux usages de la vie civile on domestique. — En résumé, tout tend à établir qu’il y eut on Flandre, pendant le moyen âge, deux grandes écoles régionnaires de fonte en cuivre : celle île Dinant, qui émanait, peut-être, dé l'un des ateliers du nord de l’Allemagne, et dont les travaux courent du XII? à la fin du XIV? siècle; et celte de Tournai, d’où sortit, depuis le premier tiers du XV? siècle et même auparavant, toute une suite de productions qui s’étendent jusqu’au cemmencemeet du XVI? . Or, cos deux écoles sont complètement distinctes, et leurs œuvres répondent, par leur caractère, à deux périodes également tranchées de l’histoire de l’art et de celle de la civilisation. La première traduit ouvertement, mais avec des moyens d’abord barbares, les idées de symbolique et de mysticisme qui avaiont cours à cette époque , tandis que la deuxième, plus élégante suas abandonner toutefois son cachet religieux, indiquo cette période où l’art, se modifiant par l’étude, touche presque à ce moment de transformation qui doit inévitablement le conduire au naturalisme.

Ces préliminaires établis, il convient de rentrer dans l’objet de cette notice et de reprendre notre travail, en disant d’abord quolqucs mots do la constitution matérielle de cette classe d’édicules baptismaux. A vrai dire, celle-ci n’est autro qu’une sorte d’assemblage, composé de diverses pièces coulées séparément et qu’on rajustait ensuito, par la mise en œuvre, de manière à offrir l’apparence d’un monument fondu d'un seul jet. Nous devons cependant avouer que la complication ou la délicatesse de certains éléments réclamait, parfois, un talent d'un artiste plus ou moins consommé. Ainsi, lo plus simple raisonnement démontre que des morceaux tels que le couronnement et la partie médiane du pédicule du font de liai, où se trouvent des motifs d’architecture ainsi que des œuvres plastiques, exigeaient, pour leur réussite, beaucoup plus de soins et d’habileté que les portions ornéos seulement de quelques simples

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■noulnres. Là, était donc la science dos artistes dans la pratique de ce genre de Tonte.

Mais, celle application d'éléments, de Formes et de dispositions architectoniques , donnée, aux XIV' et XV" siècles, à tant de petits monuments en métal, vient provoquer une remarque qni peut, selon nous, n’élre pas dépourvue d’intérét : c'est que, dès cette époque, on employait déjà la fonip à la constitution de pièces et même de monuments d'architeclnre (1 ). Or, ce Fait établit ,, d'une manière péremptoire, que, sur ce point encore, le XIX'. siècle n’inventait rien lorsqu'il produisit la fouir monumentale , puisqu’il avait été devancé par les hommes du moyen Age; mais, ce qui lui appartient en propre, ce qu'on ne peut méconnaître c’est le savant emploi qu’il ea lit aux constructions modernes, et dont il peut, à notre avis, se contentér; car, cette part est belle et doit suffi ro, ce nous semble, à sa légitime ambition.

Après avoir successivement indiqué l’origine des potences adaptées aux édicules baptismaux, parlé des font» en métal et Fait connaître l’état des arts et surtout celui de la Fonte flamande au XV? siècle, qui étaient autant de sujets nécessaires à l'intelligence des lignes qui vont suivre, nous allons maintenant aborder ce qui se rapporte à la potenco elle-inéme, considérée sous les divers points de vue de la mécanique, des formes, de la matière et de la décoration-, puis, nous examinerons les quelques monuments de colle espèce qni ont pu parvenir jusqu’à nous.

Cette introduction du luxe qu’oa appliqua, vers les derniers siècles du moyen Age, à l’ornementation des différentes pièces du mobilier ecclésiastique, et à celle, en particulier, des Fonts baptismaux, tenait, avons-nons dit, au développement des arts du dessin, mais surtout, pour ces derniers, aux progrès acquis dans le travail des métaux, soit comme coulé» du bronze ou du laiton, soit comme mise en oeuvre du fer ou art de la ferronnerie. A l’égard de la première do ces deux brandies, de la fonte, nous avons montré, par la comparaison do quelques exemples anterieurs A la date de nos Fonts, quelles furent les phases diverses de cet art, et I on a pu se convaincre, par leur examen, que ces améliorations résultèrent des efforts que iront les artiste- en ce genre d’industrie. Présentement, il nous Faudrait entreprendre la mémgiétode au sujet do la seconde question, c’est-à-dire indiquer, en quelques mots, l’espace quels ferronnerie éveil parcouru et le point oit elle en était arrivée au XV* siècle. Nul doute que celle esquisse n’oITrirnit, eu elle- même , un chapitre, fort curieux; puisque embrassant , dans son ensemble, un tableau de ses diverses créations , elle nous les ferait pour ainsi diro passer en revue) et l’on examinerait ainsi depuis los grossiers ouvrages des XI* et XII* siècles, tels que ferrures de portes, clôtures de chapelles ou de chœur, etc., jusqu’à ces gracieux monuments du XV* qui devinrent, souvent alors, des œuvres étonnantes de délicatesse et de goAt. C’est que, dès celte dernière époque , les ferronniers avaient acquis une telle habileté dans la pratique, qu’ils provoquaient presque l’introduction des difficultés en ce genre pour le seul plaisir d’en pouvoir triompher. Ce n’est pas le lieu d’entrer ici dans des détails sur l’exécution de certaines pièces qui doivent faire partie de notre livre; il nous suffit de dire, en passant, que, dès avant le XV? siècle, on était parvenu à travailler le fer comme on travaillait la pierre ou le bois (2), et que les praticiens de ces différents Ages nous ont laissé, en celte ma-

(I) Voyez nos monographies des Tabbrnau.ee, de* Lutrin», et de» Font» ripti?mai x, le tombe al dk Henri VIH a

Lu* 1*1 KH , le TOMlKAi: DETRUIT DES DUCS DK lkll RÜUtttB A I.ILLB, etC-

(*) Vovez, dans notre ouvrage, la cloître a'tmk crai'Ills dans i.a sacristie de Sainte-Croix a Florence, — la

PORTE DE LA SACRISTIE DBS CHANOINES DANS LA CATHEDRALE A ROUEN, — DBS USTENSILE» DE LUMINAIRE FUNÈBRE N ETC. , KTC.

MOYEN AGE — XIH' , XIV ET XV SIECLES — FONTS BAPTISMAUX EN METAL

tière, des produirions qui doivent étonner quelque peu nos serruriers modernes. L’Italie, la France, l'Allemagne el les autres pays du monde virent naître, à celte époque, toute une série de inegnillques œuvres, qui sont, en grande partie, détruites; mais, notre opinion peut néanmoins se fixer encore sur ce point par l'analyse de quelques morceaux qui ont échappé aux ravages du temps et dont la conservation devient, pour nous, comme une irrécusable constatation de ce qu’on faisait alors. — Devant traiter séparément et en leurs lieux respectifs, des differentes familles d'oeuvres qui concernent chacune de ces contrées, nous ne nous occuperons en ce moment que de ce qui se rapporte à l’une des périodes de la ferronnerie, à celle du XV siècle, et nous ne la considérerons que dans l'une de ses applications à l’architecture, c'està-dire que dans l'un de ses emplois à la constitution de tout ou partie des diverses pièces du mobilier ecclésiastique, à la potence, enlin, qui devait servir à soulever et mouvoir le couvercle des fonts baptismaux.

Borné par l’étendue du sujet, nous restreindrons celle élude au seul terrain de la Flandre ; et, sur ce pojnt, nous ne traiterons qu'une matière, celle qui nous occupe ; mais, par un bonbenr singulier, l'importance des œuvres qu'elle comporte nous fournira presque tous les éléments de la qucslion, de même que leurs variétés nous permettront de découvrir, d’une part, quelle était alors la situation de la ferronnerie flamande, et d'apprécier, de l'antre, quelle fut la ualure ou la constitution des édicules qne nous devons décrire.

Vers le moment où Willaume Lcfevre poursuivait sa brillante carrière (l 44H?), la Flandre voyait naître, sur un autre point de son sol, un de ces hommes qui font époque dans l'histoire de l'art, et cet homme, dont les travaux devaient exciter l’admiration, s’appelait Josse Mclsys. Un voile assez épais s’étend jusqu'ici sur les differentes particularités de son existence; aussi, les faits qui so rattachent à la vie de cet habile ferronnier nous sont-ils complètement inconnus; mais, quelque impénétrables que soient ces détails biographiques, plusieurs oeuvres, qu'on lui attribue à tort ou à raison, sont là qui ont survécu aux vicissitudes du temps pour nous donner une ample compensation à celle perte, et nous fournir les moyens d’apprécier ce que les historiens et les antiquaires n’ont pu ou voulu nous révéler. C’est donc beaucoup pins aux monuments ou aux ouvrages supposés de l’artiste lui-méme qu’aux notions absentes de l'histoire qu’il faut demander des éclaircissements ou des lumières dans retto ténébreuse et non moins difficile investigation — Nous avons dit, précédemment, qu’en matière de travail du fer cl qii’eu fait de ferronnerie flamande, l’art était parvenu, au XV! siècle, à produire des ouvrages d’une exéculion fort remarquable; mais, celte habileté, les praticiens on étaient redevables aux artistes qui les avaient précédés dans la carrière; car, des œuvres, que nous ferons connaître, prouvent que, dès le XIV' siècle, l'on exécutait en Flandre des morceaux qui occupent une place fort importante dans l'histoire de celle industrie. Sous un certain rapport, la ferronnerie du XV' siècle procédait donc de celle du XIV! ; ce n’élaienl plus, il est vrai , les mêmes idées , les même» formes ou le même système d’ornementation , puisque ceux-ci découlaient des uiodiücalions de l’a rclii lecture , qui subissait , do son cèlé, dès transformations diverses; mais, an point de vue de la pratique, les tentatives de l'un avaient tout naturellement amené les progrès de l'autre; puisqu’on héritant des procédés du XIV! siècle, le XV! les appliqua plus ou moins et s'en servit comme d'nn point de départ qu’il voulut dépasser dans le but d’acquérir une individualité. Ainsi, à part même l’influence dos notions précédentes sur les travaux postérieurs, la ferronnerie emprunta encore aux differentes phases de l’arohi-

FONTS BAPTISMAIX, A HAL, 101VAIN ET COLOGNE

lecture (les éléments qui en émanaient en ligne directe ; et la meilleure preuve que nous en puissions offrir, c'est de faire remarquer que, lorsque les architectes abandonnèrent l'emploi des combinaisons géométriques pour donner une plus large place à l'ornementation tirée du régne végétal, celle-ci, subissant bientôt celle influence, délaissa, à son tour, les tracés architecturaux pour adopter une partie do ce système de décor qui venait de faire invasion; et telle fut, aux derniers siècles du moyen Age, l’action de l’architecture sur les travaux artistiques en fer appliqués à la décoration de tout ou partie des édifices. ■*— C’est au milieu de ce concours de circonstances et au moment où s’opérait celle transformation que fut exécutée l'une des potences dont nous devons essayer nne élude; mais, de mémo qne pour ces monuments qui ne portent pas de noms d’auteurs et que leur date semble rattacher à l'époquo d'un artisto célèbre dont la vie est entourée de mystère et dont la profession ou le genre île travaux se rapproche de la branche d’art qui les a produits, des opinions, qu’on ne saurait appuyer peut-élre sur des documents sérieux, on altrinucnt précisément l’exécution à l’un de ces praticiens qui, par le fait ou par la tradition, reçoit noo - seulement les honneurs de cette œuvre, mais ceux aussi de quelques autres que leur analogie de faire relie tout naturellement à celle-ci. Quoiqu’il en soit, des ferronniers flamands, très-habiles en leur art, avaient créé dès lors, pour divers points de la Belgique, de fort beaux ouvrages qui dénotent leur talent et leur habileté, et, parmi ces monuments, il en est plusieurs qu’on attribue, avec ou sans raison, à l’un dos plus grands artistes de cette époque, à Quinlen Melsys lui-méme. — Antérieurement à la création des œuvres dont le caractère permit de les rapporter à ce maître, la Flandre avait déjà produit, dans cette même classo des potences de fonts, celle do liai, qui nous parult incontestablement l'un des plus curieux spécimens; mais, celle-ci n’était probablement pas alors la seule de ce genre, et d’autres, maintenant perdues , «|ui purent avoir été faites pour quelques églises importantes, devaient , sans aucun doute, offrir des produits d'un mérite de composition et d’exécution non moins remarquable ; aussi, combien grands sont nos regrets à l'endroit de leur porte. Néanmoins, réduit à ce seul monument, l’étude de son ensemble cl de ses parties peut nous donner encore une idée suffisante de l’art du ferronnier flamand ainsi que du système de la décoration métallique vers le milieu du XV! siècle : en ce qui concerne plus particulièrement le décor, on y remarque cette introduction, déjà considérable, des représentations végétales, substituées aux motifs d’architecture, et dont l'accroissement graduel pendant le cours de ce siècle conduisit à cet épanouissement dont la potence de Louvain présente l'un des plus complets exemples. Cette application des figures végétales aux divers travaux de la ferronnerie n’était, en fin do compte, qu’une des conséquences do l'unité do l'art réagissant sur celte branche de la technique; car, aussitôt que le ferronnier fut assez habile pour composer et exécuter des reproductions plastiques , il ne se contenta plus de ces Ggurcs plaies et telles qu'il les avait introduites dans les ferrures des vantaux de portes; il voulut imiter la nature et rendre avec le métal dos éléni -nts dont les formes et les dispositions se mariaient si bien avec les ouvrages en fer; aussi, dès le XIII". siècle et même auparavant (I), remarquc-l-on, dans maintes œuvres, l’introduction de tout un système plus ou moins heureusement composé de liges, do feuilles, de fleurs, etc.; système qui se développa surtout à l'époque de

(I) Les délurés Se l'église de Conques qu'a publié M . Alfred Parcel, et dent l’ exécution remunie à la lin du XII' ,„s|e en offrent déjà quelques exemples. Au chapitre dcat Cas oelabues eova LA ciamie riM.Ai. , nous en produirons d'autres qui appartiennent aux XIII*. eV XIV; siècles.

MOYEN AGE - XIIU , XIV^ ET XV* SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL

transition vers le XVI* siècle et au moment où les végétaux furent employés avec profusion dans les monuments d'architecture et de sculpture. A cotte époque, le ferronnier semble se faire un jeu de traduire, par la délicatesse de ses couvres , ce qu'il voyait si généralement employé par les architectes ou les sculpteurs; et l’art abusa dès Tors d'un modo d'ornementation qu'il appliqua à diverses familles d'édicules eu fer. — Une telle similitude dans l’adoption des formes et des éléments décoratifs éveilla tout naturellement l'attention des observateurs, qui cruront y voir, à tort ou à raison , l'action ou l’influence d'nn seul et métne artiste , bien qn’on pourrait y trouver encore celle d’une époque où vécurent plusieurs ferronniers agissant sons la mémo pensée, celle de leur siècle; toujours ésl il qu'on ne manqua pas d'attribuer à un même praticien divers ouvrages qui présentaient enlro eux quelques traits de ressemblance. Mais, nous devons dire, pour être vrai , que ces différentes œuvres renferment, en elles-mètnes, comme un air de famille qui justifie jusqn'à un certain point cette opinion; car, ce semblant de parenté repose sur des causes, c'csl-à-diro sur la simultanéité d’emploi de plusieurs éléments lires du règne végétal et sur une exécution dans des données parfois si analogues qu'on serait presque porté à y voir, si l'on n'avait la certitude du contraire, le travail d'une seule et même main. — Nous ne nous étendrons pas davantage sur le caractère de la ferronnerie flamande qui fut faite à la fin du XVI siècle et dont on attribue à tort l’exécution au célèbre Quintcn Melsys; l’occasion sc présentera de revenir sur ce sujet lorsque nous étudierons les plus importantes.

L'exposé de ces diverses considérations permet d’entreprendre maintenant l'étude particulière de la potence. — On a vo, plus hanl, qnc lorsque l'art eut fait de chaque église une sorte de musée religieux, le modeste couvercle des fonts ne sembla plus digne des monuments qui l'entouraient, et qn'on le remplaça par nnc espèce de haut couronnement dont lo poids devint tel, nn jour, qu’on fut forcé d'inventer un moyen pour le déplacer lors dos cérémonies baptismales; or, la constatation de ce fait nous conduit à examiner cl à définir quel fui l'appareil qu’on destina à cet office.

En raison même de son importance et des questions qui s’y rattachent, et afin aussi d’introduire un peu d’ordre, celle étude sera divisée en deux parties. Dans la première, nous essayerons de rendre compte du système envisagé au point de vue de la mécanique, et, dans la seconde, nous aborderons plus particulièrement le chapitre do l’art, c’esl-à-diro ce qui concerne la matière, la forme ainsi que les différents genres de décoration. — Les moyens do suspension et de mobilité à l aide desquels on déplaçait le couvercle des fonts nn métal , se présentent à l’observalenr sous plusieurs conditions qui mérilenl d'être produites comme donnant nnc idée des connaissances que possédaient les savants et les artistes du moyen âge en fait do mécanique appliquée. La base du système sur lequel est fondé le mode de soulèvement et de déplacement de ces couvercles, repose, en grande partie, sur le principe du pivot et du levier, plus ou moins déguisés sous la forme d’une potence en fer; mais, nous devons ajouter que les complications mécaniques qu’on y adaptait paraissent avoir dépendu des dispositions mêmes de la partie supérieure des fonts : ainsi, il était des réservoirs dont los couvercles posaient, comme à Louvain, sur des bords entièrement plats; tandis qu'à liai et à Cologne, cette même partie ayant une moulure plus ou moins saillante mais un peu en retraite, te couronnement dut être pourvu d* une feuillure intérieure destinée à former une sorte d’encastrement; et ces deux dispositions forcèrent les constructeurs à varier la composition des mécanismes.

FONTS BAPTISMAUX, A HAL, LOUVAIN ET COLOGNE.'

On comprend très- bien , dans le dernier cas, que, ponr dégager le convertie, il fallait opérer deux actions successives : produire, d'abord, celle du levier par une pression verticale de haut en bas, ce qui déterminait un mouvement ascensionnel, puis, imprimer une impulsion horizontale d’arrière on avant ou d’avant en arrière suivant qu'on voulait découvrir ou fermer la cave; mais, dans le premier cas, comme le bord du font était entièrement lisse, il suffisait, pour obtenir le même résultat, de donner un simple mouvement de pivotage. Presque toutes les combinaisons mécaniques, qui furent appliquées aux fonts en métal pendant les XV; et XVI e . siècles, reposent sur cos doux systèmes; il est cependant entendu que ceux-ci renferment, dans leur constitution, des variétés de moyens que l’on fera connaître lorsque nous décrirons chacun d’eux en particulier ; car, je lo répète, nous ne parlons ici que des dispositions générales. Ainsi, lés différents systèmes de mécanisme qu'on adapta aux fonts par l’intermédiaire de la potence, donnèrent lieu à plusieurs modes de transport du couvercle; on l’établit, d'abord, par déplacement horizontal, comme à Louvain, à laide d’une sorte de pivotage qui tenait cette partie en suspens dans le vidfc; puis, par soulèvement, déplacement et déposition sur un pédicule, comme à liai, et enfui par soulèvement, déplacement et suspension dans le vide, comme à Cologne. Têts sont, jusqu’ici, les seuls systèmes que nous font connaître les monuments du rnoven âge; quant à ceux des époques postérieures, nous aurons à les examiner plus lard.

Ce serait, peut-être, ici le lieu de se demander où les artistes ont pris l'idée de ces potences et puisé la pensée de leurs mécanismes. Leur furent-elles inspirées par la nature du monument, qui avait ses exigences, — ■ ou bien- les combinaisons do la mécanique leur eu ont-elles seules offert la conception? Je n’oserais, très-certainement , affirmer l’une ou l'autre de. ces doux hypothèses. Pans tous les cas, on pourrait admettre que les ferronniers ont très-bien pn, pour constituer cette armature et remplir les conditions de leur programme, emprunte! partie de leurs idées ou de leur composition à des objets qu’ils avaient sans cesse sous les yeux, et rien , selon nous, n’empécherait de conjecturer que la grue, par exemple, qui montait les pierres ou les ballots de marchandises, ou que d'autres agents mécaniques dont on se servait ponr le transport ou le déplacement des fardeaux , ne leur en aient suscité la pensée ou l’invention. Je ne prétends pas dire qu’ils copièrent servilement l’une ou l’autre de ces différentes machines; mais, quelques présomption* porteraient à croire qu’empruntant tin pou à chacune d’elles, leur génie sut, par des combinaisons, produire un système qui donna ainsi naissance à une nouvelle classe de monument*; et, dès lors, la po/enre mobile fut découverte et appliquée. v . .

Pour des artistes comme l’étaient ceux du Moyen Age, une telle invention ne pouvait rester longtemps à l’état natif et rudimentaire; elle devait se compléter en servant bien lût de thème aux ressources de la composition et du décor; et Dieu sait si, avec cette idée quî avait cours* alors de faire consister l’art dans la recherche de la décoration et la surcharge des ornements, et Dieu sait, dis-je, si les ferronniers ne s’efforcèrent pas, ne s'ingénièrent pas à trouver mille dispositions pins ou moins gracieuses pour embellir ce membre d'une des espèces de monuments baptismaux. Restreint par les perles aux exemples quo n >ns avons fait connaître et à quelques autres cf un intérêt secondaire, on comprend qne-nous ne saurions donner une idée complète de tout ce que le moyen âge a pu créer on co genre; il faut donc nous contenter, pour cette étude, d'analyser ces quelques spécimens, et, comme nous l'avons indiqué pins haut, coux-ci nous offriront les moyens de toucher à presque toutes les quedions qui s’y rattachent

MOYEN AGE — Xlll‘ , XIV! ET XV! SIÈCLE — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL.

Disons, d'abord , qu'il est un fait qui frappe lorsqu'on examine cea potences : c’est de rernarquer que l’arl de la ferronnerie y est parfois porté à un point qui nous étonne; mais, pour qui connaît ce genre de travaux, celte quasi perfection n’a réellement rien qui puisse surprendre, puisqu'on ne doit y voir qu'une suite ou qu'un développement tout naturels de l’habileté qu acquirent les artistes dans la pratique de celto industrie, et dont le degré, nsceudant de siècle en siècle, en arrive, vers la fin du Moyen-Age, à savoir tirer du fer des compositions qui approchent, par la délicatesse, des œuvres en orfèvrerie de |grande proportion. El telle fut même la marche progressive de cet art que, grâce aux créations de praticiens maintenant inconnus, les églises, les rues, les places publiques ainsi que les constructions civiles se virent dès lors embellies d'une multitude de précieux ouvrages, assez ordinairement fort bien conçus, et, le pins souvent, très-bien exécutés par des hommes d'un caractère simple et qui travaillaient sans savoir qu'ils créaient parfois des chefs-d'œuvre. Au point de vue de leur modestie, ces travaux leur paraissaient des choses tellement ordinaires qu'ils ne pensaient mémo point à perpétuer la mémoire ou le souvenir de l’ouvrier qui les avait faits; aussi, est-ce sans doute à ce sentiment qu'on doit attribuer l'absence de toute inscription sur les monuments en fer; et si , par exception, on fut assez heureux pour connaître l'auteur de quelques œuvres, celle notion lient à des circonstances particulières : soit à des comptes retrouvés dans des archives, soit â leur date qui était comparativement beaucoup plus rapprochée de nous ou bien encore à la célébrité d'un artiste dont le nom ainsi que les travaux nous ont été transmis par des biographes à très-peu près contemporains.

Cette investigation des potences baptismales nous semblerait incomplète ai nous ne recherchions quel en était plus ou moins vraisemblablement l'auteur; car, en les voyant si. bien agencées aux fonts, on est disposé à se faire les questions suivantes : étaient-elles aussi l'œuvre du fondeur, qui traitait tout ce qui concernait l’ensemble de l’édiaule, ou bien cet artiste s’entendait-il avec le ferronnier, qui, do son chef ou suivant un programmo établi, confectionnait seul cette pièce? La question est, à coup sûr, aussi embarrassante que difficile à traiter, puisque les documents nous manquent pour la résoudre; mais, en l’absence des textes, le fait qui se rapporte à Metsys, c'est-à-dire la tradition, vraie qo fausse, qui lui attribue l’exécution de la potence de Louvain, pourrait,' peut-être, l’éclaircir. Nous voyons que l'histoire ou la légende fait de ce praticien un ferronnier et non un fondeur, et que, dans le font do Saint-Pierre, on lui attribue seulement l'exécution de la potence. Or, en généralisant ici une opinion qui parait assez probable, il semblerait que chaque partie était faite par un artiste spécial. Mais, ce point éclairci, il reste à savoir encore si, pour la composition, l’un avait une influence sur l’autre, ou si, après des proportions arrêtées, chacun était libre do créer son programme et de composer son œuvre. Là, serait précisément la question qu'il s'agit de connaître, et , par malheur, nous sommes, sur ce point comme sur tant d’autres, dans une ignorance complète. Il faut cependant espérer que quelques découvertes viendront trancher, un jour, cette difficulté, qui n’est pas une des moins importantes de notre notice.

Jusque vers le milieu ou la fin du XVI? siècle, la potence des monuments baptismaux fut toujours en fer; du moins, nous n'y avons pas vu l’introduction du cuivre avant cette date (1).

(t ) Je ne perle évidemment que des eicmple* qu'il m'a été dénué de voir ; et. fort vraisemblablement , je a ai pas vu uni» ceux qui rMlent.

FONTS BAPTISMAUX, A HAL, LOUVAIN ET COLOGNE

Une telle préférence tenait, d'ailleurs, a sa destination, qui était de soutenir des objets d'un volume assez considérable, et qui exigeait par conséquent l'emploi du mélul le plus solide.

Considérée dans son principe, la constitution de ces potences repose sur l'application d’une figure plus ou moins modifiée de la géométrie, le triangle, la pointe de celui des cdtés qui fut mis verticalement, sert de base ou de pivot à l’ensemble, tandis qne, des deux autres, l'horizontal suspend le couvercle, et le diagonal areboute et soutient le tout. On comprend qu'ainsi disposée, cette armature devait opposer une certaine force de puissance à la résistance qu’il s'agissait de soulever, et que cette disposition même du triangle, dont l'une des pointes était en bas, dégageait tout naturellement, par la position de la diagonale, la silhouette de tout l'édicule. A très-peu d'exceptions près, le principe de ces potences reposait donc sur l’assemblage de trois fortes barres en fer qu’on soudait entre elles et dont l’état élémentaire livrait un vaste champ au génie du décorateur.

C’était évidemment une trop belle occasion de déployer les ressources de son talent et de son art pour que le ferronnier la laissât échapper, et l’on doit reconnaître que, sur ce point encore, son goût ainsi que sa science firent rarement défaut ; aussi , la décoration de chacune de ces armatures devint-elle presque toujours une preuve de leur fécondité. — Leur établissement donna ainsi naissance à toute une suite de compositions décoratives pour lesquelles l’artiste dut trouver des combinaisons plus ou moins ingénieuses, et dont le principe fut emprunté aux différentes phases de l’architecture ou de l'ornementation contemporaines. Deux modes particuliers de compositions semblent avoir été surtout adoptés pour leur embellissement : celui qui résulte d'un système de décoration libre, et celui dont les éléments découlent de Fart de bâtir. Le premier se compose de celte variété de motifs que sut produire l’ornemaniste, tandis que le second prend exclusivement sa source dans l’emploi des fragments architecturaux; toutefois, nous devons dire que ces derniers entraient même, pour une petite partie il est vrai, dans les compositions du premier mode de décor; ce qui prouve, en passant, quelle fut l'action ou l'influence de l’architecture sur tous les travaux artistiques du Moyen-Age ; — enfin , un ou plusieurs écussons, renfermant les armoiries d’un donataire ou d'un seigneur, étaient encore agencés dans l'ensemble; mais, l'introduction de ces armoiries, qui exigeaient le secours de l’or et de la couleur, vient provoquer ici une hypothèse qui pourrait n’èlre point invraisemblable, puisque nous en avons trouvé l'origine ou la confirmation dans des monuments d’une époque postérieure : c’est qu'on dut parfois dorer et peindre tout ou partie de ces armatures, afin de les mettre en harmonie avec la décoration de l'église ou des lieux qui les renfermaient. Bien que nous ne puissions citer aucun exemple du XV! siècle, il nous semble cependant hors de doute, lorsqu’on voit tant d’œuvres ecclésiastiques ornées de peinture et de dorure; qu’ils aient reçu des lors le luxe d’une décoration polychrôme.

Ce que nous avons dit plus haut de la rareté des fonts en métal s’applique également aux potences en fer : il n’en reste qu’un très-petit nombre; mais, nous pensons néanmoins que plusieurs pays de l’Europe en ont eu une certaine quantité (f }, et que, s'ils ont disparu, il faut en attribuer la cause aux motifs que nous avons fait connaître; car, l'adoption de ces armatures, qui étaient avant tout un complément, devait trop bien entrer dans les idées de l'Eglise et des

(t) Il est lues entendu que ce mode de mobilité de* couvercles ne fut établi que dans les lieux où l’on exécuta dos (unis métalliques é lourds couronnements.

MOYEN AGE - XIIP , XIV* ET XV' SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL

artistes pour qu’ils négligeassent une occasion. qui s'offrait de Taire du décor. Regrellons donc la perte de toutes les ueuvres en ce genre, et déplorons surtout les guerres religieuses, les commotions politiques, la cupidité des hommes et l’inconstance du goAt qui nous ont ainsi privés de travaux, dont la conservation eAl fourni tant et de si précieux éléments d'étude!

Maintenant que nous avons réuni tout ce qui concerne l’origine, l'usage, l’histoire, ainsi que les transformations de ces armatures, il convient d’en examiner et d’en décrire quelques-unes. Par un hasard assez singulier, ceux des fonts que nous avons vus, nous fourniront les moyens d’entreprendre à la fois et l’élude des formes et celle des systèmes; cependant, comme notre travail consiste beaucoup plus dans l'examen de la potence que dans l’analyse do. monument baptismal, nous avons cm devoir adopter un mode particulier d’étude. Dans celui-ci, nous ne nous sommes guère préoccupé de la question chronologique; mais, nous avons pris, pour base et pour point de départ, l'ordre méthodique de la science, qui procède généralement du simple au composé, ce système nous paraissant plus propre à faire ressortir l'état ou la situation des connaissances en Tait de mécanique appliquée durant les XV? et XVI? siècles. Notre mode, qui renverse les pratiques ordinaires de l’archéologie, offre, du moins, cet avantage qu'il pèrQiet de suivre avec plus de facilité la marche ou le développement des moyens mis en œuvre dans l’application des combinai-ons mécaniques au fonctionnement do ces armatures. ,

Font baptismal, dans l'kulise de Saint-Pierke , a’ Lot; va in. — Suivant une tradition accréditée, la potence de ces fonts passa, durant plusieurs siècles, pour une œuvre du célèbre Quinten Melsyg, et celle attribution se répandit jusqu'au jour où la découverte de docurtients vint jeter quelque lumière sur celte question si longtemps enveloppée de ténèbres. Telle est, du reste, l’histoire d’un certain nombre do monuments plus ou moins fameux. Comme cotte œuvre fut , en fait de ferronnerie flamande, l'une de celles qui , par son mérite ou par le nom supposé de son auteur, ont provoqué le pins de controverses, nous allons, à propos de son étrille, entrer dans quelques détails, et ceux-ci nous permettront de rétablir, d'une part, la vérité des faits, et d'exposer, (le l’autre, les documents qui sont arquis à la science; mais, pour fournir à nos lecteurs les diverses pièces de cet intéressant débat et pour les mettre aussi à même de prendre part à la question, il nous a paru qu'on ne saurait mieux faire que de reproduire, d'abord, les recherches du docle archéologue (I) qui a éclairci ce sujet, et que d’y joindre, ensuite, quelques observations sur le monument lui-méme. — » Quand on entre dans l'église de Saint-Pierre par la porte dite des lonys escaliers, ou observe, dans la première chapelle de gauche, dit M. Van Even (2), un travail en fer battu d'une composition agréable. Cest le pivot qui portail autrefois le couvercle pyramidal des fonts baptismaux. Il éveille, à juste litre, l'attention dos amateurs : c’est un morceau d'élite, presque la merveillo du genre. La composition et l'exécution en supposent un forgeron d'une imagination poétique, d’un goût éclairé, d’une habileté parfaite. Les branches de chêne, les crochets, les panaches ouvragés à jour, qui enjolivent les barres principales, étonnent par leur combinaison fantastique, par leur gracieuse légèreté. Oii le croit de Quinten MeLsvs, le peintre rie l'amour; mais, on est daiis l'erreur. L’admirable travail apparlieut, selon toute probabilité, au marteau de l’homme remarquable

(I) Iæi JrIUtes de Chôte! de rilie de Ijmrain, |*r M. Edward van Kveir; Lnuxain. ISîii, 1 Mil. in- 1 S.

ij Ouvrage ci-dcssus, paÿo 19.1 et «uivatHe».

FONTS BAPTISMAIX, A UAL. LOI' VAIN KT COLOGNE

Louvain, mais aussi dans plusieurs églises, couvents et abbayes des environs de cette ville {'). On avouera que les allégations de van Mander et van Forneuberg disent beaucoup eu faveur «le la parenté de nos deux artistes. — Le talent de Jossn Metsys se développait d'une façon rapide. Il s’arquit une grande adresse, le fer se pliait, s'assouplissait d'une manière merveilleuse sous son marteau. Il lui savait imprimer toute l’élégance et toute la délicatesse des métaux les plus précieux. Lejeune forgeron produisait des objets magnifiques : des serrures enrichies de décorations architecturales finement travaillées; des clefs il rinceaux découpés à jour et ciselés; des plaques de verroux ouvragées ; des tenailles ; des marteaux de portes, des chandeliers et des girandoles aux formes gracieuses et originales. Il avait un talent sans égal pour l'exécution de ces travaux; nul serrurier de la ville ne pouvait se mesurer avec lui. 1.0 Magistrat le distingua de bonne heure. Il loi témoigna une affection toute spéciale et lui donna même la préférence sur le serrurier officiel. Le hardi travailleur exécuta plusieurs ouvrages en fer pour l'intérieur de l'Uètel de Ville. C'étaient des serrures, des clefs, des plaques de verroux, des charnières, des girandoles ornementées avec une délicatesse charmante (' ). Ces divers morceaux excitèrent une admiration complète. On lui décerna des éloges flatteurs, on usa de libéralité à Bon égard. Les gratifications des ouvriers qui excellaient dans l'une ou l'autre branche consistaient, à celle époque, eu pièces «l'étoffe pour robe de fête. Le magistrat, voulant récomptmser le mérite et attiser la verve «lu ferronnier, lui accorda, en 1473, cinq aunes mi-drap noir par an (1). Cette marque d' estime et de bienveillance donne une idée bieu favorable de notre administration d'alors; elle prouve, d une façon positive, qu'elle savait distinguer le mérite, qu'elle était digne d'élre servie par «les hommes de talent, — Mathieu de Layons, le grand architecte, construisit, en 1476, un perron en pierre devant l'ilôtel de Ville. Ce perron devait être couronné d'uno balustrade en fer à roses et à pinacles ornés de feuillages. Le Magistrat en confia l'exécution au marteau de Jossc Melsvs. Il fallait une œuvre magnifique, digue d'ètre placée devant fa merveille du joqr. Le forgeron le savait. Il aborda immédiatement le travail. Il y employa tout son talent dans l’espoir que ce serait une œuvre méritoire, et il avait trop d'habileté pour ne poiul y parvenir. Il réussit donc à souhait. Son travail, admirablement exécuté, augmenta la faveur qu'on lui témoignait. Il lui mérita des paroles flatteuses et une bonnéle récompense; On le lui paya 42 florins d'or et 29 /Wrrken (< ). Celle balustrade n'existe plus. Elle avait déjà disparu à la fin du XVII siècle. Lue vue de l'Hùlel de Ville, qui se trouve dans un manuscrit contenant les Antiquités t le Louvain, de Guillaume

(I) Alex, xan Kornonberg , Den .tnhccrpschm Pro! hein, of Cyciopschen appelles, dat it : het le ven ende konstrycke daden des uytnemenden tnde hoogh beroemden M. QrarrgN Mathys, Àntw., 46&8, in-4.

(S) Jos&e Mmu, Sloatmaker , voor twee ysrrrn herspypen omme wessen keruen en de rocte kerssen isuseU setttne, in den ganck , tusschen den zate von den Stadthuyse ende de Raetçamere, voor der stocke hem vergautven , 9 stuyvers . valet &4 plecken, Compta de la ville de <473 , fol. 98. — Joesb Metst», SUxtmakere , voor eenen doàbelen slote op de achterste Heure randen grooten arlelryen (à l'Hôtel de ville) te makenen , ont. 30 plecken. Compte» de 1476. — Les compta» de 4 478, 79, 80, 82, etc., contiennent de» détail» sur d'autre» travaux en for ..exécuté» par Jutât* ,* puur le même monument.

(3) Joks Mat.hvs, Shwfmaker. dieu by der slad geconsenteert is halj ta ken , or (rotin zynre Coam wiux , jaerlys hem gekocht , tegrn Julysse van Cautverthem , & ellen zwerts lakens , koste dette 12 stuyeers ; vattt 3 y ut tiens 18 plecken. Kikwb lef.nrorck , 4173. ms. de» archive» de la ville.

(4) By Jota Matm s derstadt gemaect ende grlevert de ysere Lr.tNR slarnde op trueipuy van der Stadhuys, met hueren slandaerden, crammen en gherden ende anderen hueren toebehuerten , vegende tstuk 1 34 H vers , date af elck pont cotte 2 4/2 plecken , valet ta guident te 34 plecken , aj'getogen 400 pont ou fs yzere. by den Acntmeester hem gdecerkt daer voer hem ajgecort ryf gulden , 48 plecken... 42 gulden , 21» plecken. Compte» de la ville de 4 476.

MOYEN AGE — XHIÏ , XIV* ET XT. SIÈCLES — PONTS BAPTISMAUX EN METAL

Boonen, employé de la commune, travail rédigé en 1 594, le prouve [' ). On doit en regretter la perte, car c’élail une œuvre d'élite. Le temps a été très-ingrat envers les productions du marteau de notre cyclope. La force de la matière sur laquelle il exerça son radieux talent n’a pu les préserver des ravages du grand destructeur. Tous les travaux considérables qu’il exécuta pour notre palais communal sont perdus; tous ont, peut-être, cessé d’exister. Cela ne doit pas étonner, du reste : l’intérieur do l'admirable édifice a été métamorphosé bien des fois durant les XVI 1 , X Vil* cl XVIII* siècles. La mode-, cette grande loi de l’humanité qui règle tout, y a presque tout envahi, tout changé, tout rendu méconnaissable. S'il nous reste des monuments du mérite do l’artiste, ils doivent se trouver dans d’autres lieux. Nous croyons, et nous en avons averti du reste, que la potence dos fonts de l’église Saint-Pierre appartient à son marteau. Ce travail ne saurait être de Quiuteii Mctsys à qui on l'attribue communément. Plusieurs faits le prouvent. L’admirable production se trouve dans une partie de l’église qui ne fut terminée qu’eu 1505. Or, Quinten avait, à cette époque, depuis longtemps déjà, abandonné l’enclume. Il habitait Anvers avant 1 491 . La potence ne peut donc pas appartenir à son marteau. Josse, au contraire, était, en 1505, dans les plus beaux jours de sa gloire. C’était le seul ferronnier en réputation que renfermait la ville, et puis il dirigeait les travaux de construction de la tour de l’église. On conçoit q ue la fabrique ne se sera pas adressée à un artiste étranger pour l’exécution de celle œuvre , pendant que celui, auquel elle avait confié la direction des travaux de la tour, excitait l’admiration générale par les productions de son marteau (’). Le lustre en fér battu, qui pend devant le jubé de l’église Saint- Pierre, pourrait être aussi de notre cyclope; il appartient incontestablement au XVf siècle. C’est une œuvre délicate, une merveilleuse fantaisie. La forme, la finesse et l’élégance en étonnent. Nous doutons qu’on puisse rien voir do plus parfaitement gracieux. Ce lustre provient de .la chapelle démolie de Notre-Dame, hors la ville daerbuitrn), fondée

en 1373. ‘

Nous avons Vu que le serrurier Jean Melsys, qui travailla à Anvers en 1453, s’occupait (l’horlogerie. Josse Melsys s’exerçait également dans cet' art. Il parait même qn’ il s’y entendait à merveille. Quoi qu’il en soit, le magistrat le choisit, en 1481, comme horloger de la commune ( J ) {oerloysemrnter nm de uerclocke te haudene emle te slellene). Il succéda en celle qualité à maître Jean van den Vèkene. Cet emploi consistait à soigner l’horloge de l’église Saint-Pierre; il lui rapportait 20 livres par an (<). Josse Melsys le conserva jusqu’au terme de sa carrière. L'artiste tenait magasin d'horloges d'églises. Il prêta, eu 152't, une de ses horloges pour placer provisoirement à la tour de Saint-Pierre, celle de l’église devant être restaurée L’homme habile exécuta, dans la mémo année, le modèle du cadran de l’hor-

(II Tome H. page 500. — Ce manuscrit se trouve aux archives rte la ville.

(2) Les rompis- rte leglise rte Saint-Pierre, qui devaient contA-nir des renseignements sur Ce travail, ont été dispersés à i’épnque dr ta révolution française. L'histoire de l'art diril beaucoup en regretter ia (e-rte.

(3) Comptes rte la ville rte tlOt.

ti) Ueester Ion* Mktv. ii VS» (sic) ortuysemaker, 'Itjaert 30 livers. Beladd rnnr tynartier eau Bamixse ISIS', by yuUnntteran zynder huytvrouto yrtrrk'Ht, U oet. 1516, 5 tlvers. Betarld ray Kensemisxe ISifi , by quytontie CitatsTtNB van IVi.LB getbrrknll , 17 january (510, 5 li/rrt. Brtneld raa Pneetrhen (5i7 , by yuyfantlr Christine tau Pulle tjflhcekent . 35 april, lût 7. 0 tirer a. Manvau. WN 11 KN rm.ava van dbn iakrk (5tO as 15(7 (t 517-1 S a. s ).

(5) Comples «le la ville rte U5ît, fnl" ISO.

KONÏS BAPTISMAUX, A HAL, LOL'VAIN ET COLOGNE

loge de la cathédrale. On le lui paya 13 sous d'argent { *). Ce cadran existe encore et pa.sse, à bon droit, pour l'un des plus beaux monuments d'horlogerie qui nous restent de la première partie du XVI“ siècle. Mais, laissons l’horloger, et revendus au ferronnier.

Notre forgeron travaillait encore, en l’année 1482, pour compte de sa mère; cette femme vivait toujours à cette époque (’). Il so maria quelque temps après. L'époque de son mariage ne peut être désignée avec précision ; les documents que nous possédons sur l’artiste gardent le silence sur ce point. Il choisit pour compagne Christine van Pelle ( (I) * 3 * * 6 7 * * ), la fille, selon toute probabilité, do Jacques van Pidlc, qui exerçait également la profession de serrurier (1), et qui demeurait dans une maison située rue de Tirlemont, non loin de l’habitation du sculpteur Ottou vau de l’ullo( s ). La famille vau Pulle était une famille fort honorable : elle fut admise, peu ■le temps après, dans les Sept Lignages de la commune; plusieurs de ses membres exercèrent même des fonctions importantes dans la magistrature de la cité ( li ). Christine van Polie avait reçu une éducation soignée; elle savait lire et écrire, car elle rédigoait les quittances pour les travaux de son mari, chose assez rare pour l'époque (7). L’artiste était heureux, heureux des joies intimes de la vie conjugale, heureux de la considération de ses concitoyens ; mais Son bonheur ne dura point. Son épouse mourut à la fleur de l'âge. Ce coup fatal le frappa à l'endroit le plus sensible do sou cœur. Il pleura amèrement la compagne qui l'avait abandonné. Mais, le temps vide et efface tout, les douleurs comme les plaisirs. Mctsys l’éprouva. Il oublia peu à peu son chagrin au milieu de ses préoccupations d'artiste. Se trouvant aenl, il conçut le désir de contracter uu second hymen, le ferronnier choisit pour épouse Barbe van Ordingen, honnête fille bourgeoise de la commnno (®). Ce fut en compagnie da celle femme qu'il passa le reste de son existence. ■ — Josse Mctsys continua d’exercer son métier. Les gracieuses productions de son marteau augmentèrent de jour en jour sa considération. On avait une confiance sans limites en lui. C'était l'homme à la mode en fait de beaux-arts. Bien d’un peu artistique ue pouvait s'exécuter alors à Louvain sans Jui. Nous avons observé, dans la notice sur Mathieu de Layens, que l'on avait projeté de faire élever, sur la plate-forme de la tour do notre église collégiale, trois flèches en pierre et découpées à jour, (ie projet,

(I) Bctaelt MeeHer Joese Matesys raa eenen S Urne , by hem gecocht, r/m te beworpen de n cerkel toi de» /fiter, by

iwm rfon» beworpen , tin beoeie randen boigentactter franchi v, houdendr ij voeien, iij vierendeel, raa den voit à stuurers, biykt bysynder qvitantie, geteekends» mortli, anno XV*, XXIIII. Comptes dirla ville de 1524, loi* 49$.

(3) By Joesk VIktbvh, oerynuwen, en*. — By Joese gelevert ende zynder Mosdkr . 13 augutti 4 482 , 1$ ysere kameyen, le sanie» 1191 pont. Dlkbnbobe, 1466 — 4482, fol® 223. — En 1491 mourut, & Anvers, la veuve d'un certain Jean Mattyt. C’était, peut-être, ta mère de Josse et de Qui nie □ (voyez Catalogue du Mutée, ut supra.) Cette femme avait, peut-être, abandonné la ville de tauvain avec son Bis Quinten.

(3) Voyez la note 4 page S$.

(4} Jaioppe van Pcllb , Slootmakere , van den sloten op beiden de binnen resten van de Schutterenhoven , van aen tinte Machuts tôt aen de Dorpstraet poirte... inmeerte \4T7, Item daer voor vergouwen 6 guld., 18 pt. Comptes de la ville del47fj. Jacopps va» Pc lui, Slootmakere van den sloote op dm la Aen Halte af en op tetlane ende dut te rrpareren, en*., 6 ptrckm. Comptes do la ville de 1472.

(B) Die Herttcen can State Machlet* Prochie ; de HoeUtrate, binnen de Poirte : Jacob va» Pcu.i, SU/etmakerr . Recensement de 1 472.

(6) Pétri Divæi Rerum Locanientium , lib. II. cap. XVU, p. 91 ; Opéra caria. Lovanii, Typis II. Yander Haert 1757.

(7) Voyez la note 4 page 22.

(8} Betaelt Berbel van Ordingen, tVedarce tvylen meetter Joes Motsys, r oer, etc. Comptes de la ville de 1529.

fol® |78.

MOYEN ACE — XIII!, XIV' ET XV* SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL

abandonné en 1481, fui repris en 1507 (*). La construction projetée n'était rien moins qu’une oeuvre gigantesque ; elle était destinée à éclipser tous les monuments analogues du monde chrétien. La flèche centrale devait avoir 535 pieds (ancienne mesure de Louvain) de hauteur et chaque flèche latérale 430; c'était un peu vouloir tenter à l'impossible. Quoi qu'il > en soit , on chargea Josse âlètsys de l’exécution du modèle en relief et de la direction des ' travaux de bâtisse. On ne pouvait mieux choisir : le cyclope était un homme précieux pour une entreprise semblable. C'était, peut-être, le seul artiste de Louvain qui conservait encore, d’une manière intacte, les traditions de l’époque la plus brillante do l'arcldtecturo ogivale. De Layens , le grand créateur,. avait été son collègue au service de la commune. Il avait eu des relations journalières avec l’auteur de l’hôtel de ville, et ces rapports avaient sans doute agi, d’une manière favorable, snr la formation de son talent. On ignore s’il procéda d'après le plan dressé, en 1481, par Hubert Stuorbout, ou s'il travailla d'après un plan dont il était lui -même le créateur. Le musée communal possède un dessin de ces flèches, (racé sur une grande feuille de parchëmin. C’est un chef-d’œuvre de l'inspiration catholique. On dirait un travail créé dans une sorte d'extase où le sentiment du chrétien avait autant de part que l'enthousiasme de l'architecte. Celui qui l'a enfanté était un noble artiste. Il a non-seulement tâché de produire un ensemble ravissant; il s’est efforcé en outre de l’embellir d'une manière exquise. Il y a utilisé toutes les formes, tons les caprices, toutes les ressources enfin de l'art ogival. L'imagination la plus fertile n'en saura réver la grâce, la finesse, la parfaite beauté. Cet admirable travail est anonyme. Il ne porte ni signature, ni date; mais, il est manifeste qu'il appartient au commencement du XVI! siècle. Les costumes des personnages qui se promènent au bas dù monument le prouvent d’une manière convaincante. Nous croyons donc qu’il appartient an talent dé Josse Mctsvs (’). L'artiste entama le modèle des flèches et en termina une partie. On commença immédiatement à travailler à la construction du monument. L'homme remarquable présida aux travaux. Il y déploya un zèle et un désintéressement que tout le monde était en état d'apprécier. Ses appointements d'inspecteur des travaux (loeziender cnn de werken van Sinte Peeters loren ) n’étaient pas fort considérables. La fabrique de l'église lui payait 16 pin-ken par jour, et lui achetait en outre chaque année une robe de cérémonie. — En 1507, Guillaume de Visschere, architecte de la ville de Bruxelles, se rendit, à la demando du magistrat, à Louvain, à l'effet de procéder, conjointement avec Mathieu Keidermans, architecte de la commune, â l’inspection des travaux du monument. L’artiste bruxellois les inspecta avec tout le soin possible. Son travail dura quatre jours. La ville paya à chacun do ces artistes une somme de quatre livres ( 3 ). — Un différend ,

(!) Ànno 4507 jeeta fundamenta Tunis Basil irai Divi Pétri. P. Diva-us, Annales Lotanienses , cap. VIII, p. 71 L'auteur entend, selon toute probabilité, les bases des flèches. On sait que les bases de la tour même avaient été jetées en 1459. Nous l’avons indiqué ailleurs.

(2) Le baron Le Roy a tait reproduire eu plan pour son Théâtre sacré du Duché de Brabant. On le trouve également dans VHistorla anhiepUcopatus Mechllniensls de G. Van Gcstel. Cette reproduction est d'une inexactitude affligeante, presque sans exemple. On a grande peine à y découvrir les forme» générales du travail de l'architecte. M. Sehayos en a dunné un dessin dans sa très-savante Histoire de T Architecture en Belgique, Brux., <849-61 ; T. M, p. Î09.— L'admirable création gagnerait beaucoup à être jugée sur une copie exacte. Il n'est pas impossible que nous voyions apparaître, un jour, une reproduction fidèle de l’œuvre.

(3) Betaeld meester Willem de Visschere, Meester vander Metsselrie der stad rai» Bruessel, non vler dagen die hy gecaceert heeft, ten r ersuecke vander Stadt , int v isenteren, met Meester Malheeuse Kelderman, van dwerch vander Kercke van Sinte Peeters tôt Loren, tegen orer trleeschuyt , 26 July <507, de somme rnn 4 tiecers.

Betaeld meesteren Malheeuse Kelderman... « llcers. Comptes de la ville de <507, toi. i63.

FONTS BAPTISMAUX, A HAL, LOUVAIN ET COLOGNE

suscité entre la fabrique et fosse Melsvs, arrêta un instant les travaux. La fabrique refusa de payer le salaire de l'inspecteur, sans que nous sachions pour quel motif. C'était une circonstance malencontreuse pour l'artiste; elle le plaça tout d'un coup dans une gène complète, à s'en tenir à l'expression d'une pièce officielle. Les hommes de mérite souffrent, en général, de l'injustice du sort. Il leur manque une seule chose, mais une chose tout essentielle, pour vivre d'une manière heureuse selon le monde : l'esprit do spéculation. Or, c’est tout juste cet esprit qui révolte leur caractère honnête et tranquille. Ils considèrent leur talent comme, un don trop supérieur pour le faire servir à la conquête des faveurs matérielles. Que leur importe, du reste, la fortune, l'opnlence, la grandeur du rang? Ils ne vivent point de tout cela. Ils ont d'autres goûts, d'autres besoins. I>cs grands hommes vivent de la pensée, de la vie de l’àme, de l’élément divin de notre être. Ils aiment, ils adorent, ils cultivent l’art pour l'art et goûtent, même au milieu du dénûment matériel , des plaisirs que toutes les voluptés du monde ne sauraient compenser. Josse Melsvs appartenait à cette classe d’hommes ingénus, il n’avait également travaillé que pour l'honneur de l'art. Ses admirables productions lui avaient valu des témoignages d’admiration, de grands éloges, mais ne lui avaient pas rapporté ce qu’on appelle une fortune. Il devait vivre du travail do chaque jour, ü) circonstance dont nous venons de parler lui était donc très-fatale. l’ar bonheur, il était en crédit auprès du magistrat. L’artiste s'adressa directement à l'administration communale; il lui allégua qu'il était sur le point d'être obligé de devoir abandonner les travaux du monumeut et de quitter la ville alin d'aller tenter fortune ailleurs, le magistrat sut apprécier la position du vieillard; il se rappela le soin et le zèle qu’il n'avait cessé de déployer dans l'exercice des fonctions dont sa confiance l'avait honoré, et le jugea digne de toute sa sollicitude. Il le chargea, par résolution du 11 avril 1524, do terminer son modèle et de le placer à l'hôtel de ville, dans une chambre à ce disposée. Il lui accorda même la faculté de se faire aider par Jean Beyaert ('), ou par un autre sculpteur, à son choix; car il était dans la crainte que, s’il venait à mourir avant que son modèle fût terminé, le monument pourrait courir grand risque de n'étre jamais achevé. L’artiste avait supplié une pension viagère de 4 sous par jour. Le magistrat lui en accorda une de 12 sons par semaine ; il statua , en outre, que , pour lo cas où la fabrique persistât dans le refus de payer les arriérés des gages de l’artiste, il se réservait le droit de les lui faire compter des fonds que l’église touchait alors de tous les actes passés devant les échevins de la cité (*) . — Metsys reprit son travail. Le magistrat avait stipulé, dans les clauses, qu’il devait achever tout d'abord le modèle de^a (lèche principale et qu'il ne pouvait abandonner le travail avant qu’il fût entièrement terminé. L’artiste se 6l aidor par le sculpteur Beyaert; il y travailla lui-même avec zèle et ardeur, et l’acheva entièrement ( 3 ). On le plaça immédiatement

(t) On ne poasède point de renseignements précis sur le sculpteur Jesn Beyaert.

(î) Résolution magistrale du 41 avril tSil Colt» pièce, que nous lions publiée pour la première Ibis dans le* Appendices de dos Artistes de l'Hôtel de f ille de Louvain. n° i, donné des notions nettes et sûres sur les dernières années de la vie do Josse Metsys. Ceat un document du plus baut intérêt pour riiistoire de l'art.

(3) Belaell meeilrre Joeee Metsys, dUn aile ter ken, vanna raortans.geordineert es le belalen,syn lee/dagen lanek, listuvers, aile weecken, vaerdmaken vanden Patrocne vanden tome van Ste Peetors In steen, ende puer syn hutpe ran Janne Beynerts, Beeldesnyder , die hem tal makendie beerden totten selve patroen.ende daeraj nyet le schrydene ten es al volmaekt, gelyck al nader hlyckt by acte ponde Stadt van 11 Apritis A * I Mi, poer Paesschen; enile hem belaell by de n Rentmeeslerm van 1 4 toeecâen, bl ykende by den Manuale van desen Joe re, raie I 8 liv., 9 aluir. Comptes de la ville de 1544, fol. 186 .

MOYEN AGE — XIII?, XIV* KT XV* SIECLES — FONTS BAPTISMAL'X EN MÉTAL

à l'hôtoJ de ville; il y fit naître la plus vive, la plus parfaite admiration. Cela s'explique : c'est une œuvre d’élite dans toute l’acception du mol. L'barmonie de son ensemble, la correction de ses détails, la délicatesse de scs ornements flattent agréablement les regards ; ou n'en saurait exprimer la grâce et la légère U‘ : elle captive, elle frappe , elle enchante. On dirait quelque chose de chimérique, un rêve réalisé, uns nuée d’ encens pétrifié en montant an ciel ! Cette admirable création, qui accorde à son auteur une première place dans la glorieuse phalange des artiste* belges, échappa providentiellement aux déprédations des iconoclastes de 1 795 ; elle est parvenue saine et sauve jusqu’à nous. Le curieux l'admire encore dans le Musée de l'bètel de ville ('). — Le magistrat fut satisfait du travail. Il ordonna, en conséquence, de paver régulièrement la pension de l'artiste. Celle sollicitude le plaça immédiatement dans une certaine aisance. Il n'était plus troublé par l'inquiétude; il pouvait rouler des jours tranquilles eu société de sa compagne; mais, les jours sans nuage ne durèrent point pour lui. Nos époux s'acheminaient rapidement vers le terme fatal en s’appuyant l'un sur l'autre. Ce fut le mari qui y arriva le premier. Josse Melsvs succomba sous le poids de la vieillesse au mois de décembre 1529 (*). Sa <x>nduite édifiante, sa modestie parfaite, sa piété sincère nous donnent l'assurance qu’il est monté à la patrie céleste sur des tas de pierres préparéos à la construction du monument qu'il espérait élever an Maître des hommes. L'escalier de la tour de notre collégiale aura été son échelle de Jacob. Barbe van Ordingen toucha , le 3 janvier 1530, 6 livres, montant du dernier semestre de la pension de son mari t 3 ). — La mort de l'artiste n'arréla point les travaux do construction du monument. On les continua, mais on les continua avec une lenteur prononcée. Quelque temps après, ils furent entièrement suspendus. On se contenta alors de substituer aux trois tours projetées nne haute flèche eu bois couverte en ardoises (1) »

Ce n’est certes pas sans un vif sentiment d'intérél qu’on vient de lire les détails réunis par M. Yan Even sur les différentes professions qu'a exercées Josse Mets y s, et ces détails, qui soûl présentés avec autant d'ordre que d'autorité, répandent une lumière fécond* sur un point où s’étaient jusqu’ici propagé l'erreur et la tradition. Grâce aux travaux du <locie antiquaire, ce chapitre do l'histoire de l'art flamand est donc victorieusement établi , et, désormais, il semble n'élre plus permis de s'égarer sur ce terrain. En effet, de patientes recherches ont amené la découverte de documents qui constatent l'existence, â Louvain, d'un habile ferronnier, vers le

(4) Ce modèle, en pierre d’Àvonne, a été restauré par M. G -K. Goyerspère, en 4829.

(i) Betaett Berbet ran Ordingen wrdutee wylm Joes Metày», poer zekere patrœnen die h y orer tanck gemaect hadde, diemmde tôt State Ptetérs forte, die ky d/sr Sadt, met ;j>mi anderenriukken Mien * etoen Torre die»mde, overgeirvêrt heejt daer r oer haer betaett. by acte raader stadt ende heure qvitanlie ge/rekent iij a january A' 443»* fl lib. Compte* de la ville de 4529, fol* 478, verso. — Josse Melsys tires*», en 1516, les plans de la Porte de Diest { die Dorpstraetpoorte). La vitto le* lui [>a> a 6 livres : Betaett ,H. ]«• Met*)* p oer patroen Hat hy gemaeckt heeft vander Dorpstraelpoorten, ter ordonnemtle wau den Borgemeeeteren ende zyne quitantie / / lib. Compte* de la ville do I5S6, dépMMB extraordinaire*. I.'artiste dirigea également le* travaux de construction de ce monument. Cane de* portes les plu* importante* de lu ville; aile a été démolie sous la république.

(3) Betaett meeetere Joe* MeUhy*, vaudra Patroen* dat hy maecte c an Cleynen tieene van den Torren ran Ste Peeten , aile weecken 13 stuvers, van 52 toeecken, 43 weeokm, mets tynder aflyrigheyt, btyckende 6y den Monnaie ran desen jaere , valet 25 liv., 4 ttur. Comptes do la ville de 4529-30, fol. 467. Lu dernier payement eut lieu le 48 mai 4 5 JO : Meester Jum Metsya, die aile teeken heeft, ryn lee/dagen tanck, de Write twrlf etryrere. Aen den eehen, 18 mey A * 1430, 12 et ay vers. Comptes de la même année.

(4) Celle flftcbe de forme octogone figure sur le revers du volet de droit** du tailles a de Josse vander Karen, peint en 1694, et qui se trouve dan* l’église St-Pierre.

PONTS BAPTISMAl'X, A UAL, LOUVAIN ET COLOGNE.

dernier tiers du XV? siècle, et des rapprochements fort vraisemblables portent à admettre que cet artiste pourrait très-bien être l’auteur de certaines œuvres qu'on voit encore dans cette ville, œuvres dont la composition, le caractère ainsi que le style d'exécution semblent se rapporter en effet à celle date. Mais si, comme le. disent des archives locales, les œuvres connue s de ce maître sont maintenant détruites, rien n'empécherait île croire qu'H en ait produit aussi quelques autres inconnues pour des monuments de destination diverse, parmi lesquels nous plaçons d'abord les églises; car, presque tous les artistes, et surtout ceux de la valeur de Josse, ont plus ou moins travaillé à la construction ou à l’embellissement de la maison de Pieu; et, sur ce point, la supposition de M. Van Even nous parait d’autant plus vraisemblable que Melsys ne dut sans doute être choisi pour le ferronnier de l'hôtel de ville que sur la réputation qu'il s’était acquise dans l’exécution des grandes pièces religieuses , au nombre desquelles se rangerait la potence de Saint - Pierre. Cependant , rien ne prouve, alléguera-t-on , que cette œuvre ait été faite par Josse, puisque aucun document ne l’établit. En l'absence de textes et avec cette notion qu'il existait à Louvain , vers la fin du XV? siècle , deux principaux ferronniers dont les noms ont été retrouvés dans les archives, ceux de Melsys et de van Pulie, on serait peut-être placé, par suite de celte découverte, dans une espèce d’hésitation ou d'alternative qui empêcherait de l'attribuer plutôt à l'un qu'à l'autre; d'autres ferronniers lovaniens, dont les noms sont maintenant perdus ou reposent paisiblement dans le contenu de titres inexplorés, pourraient même en avoir été tout aussi bien les auteurs? mais, de telles conjectures, bien que spécieuses, doivent tomber, ce nous semble, devant d'autres considérations qui nous .paraissent avoir leur valeur et faire pencher lu balance de l’opinion en faveur de Josse. L’une de ces considérations, et la plus forte peut-être, celle qui doit, selon nous, confirmer ou rejeter victorieusement l'hypothèse, consisterai! dans un examen attentif du dessin oit se voit la rampe qu'il fit pour l'escalier de l'hôtel de ville, travail qu'on sait être de lui et dans lequel on apprécierait à la fois et son mode do composition, et le choix des éléments, et le caractère du dessin et le mérite do l’exécution. Or, le rapprochement ou la divergence artistique de cet œuvre deviendrait, par sa comparaison avec la potence des fonts de Saint-Pierre, comme uue sorte de constatation susceptible de trancher une grande partie de la difficulté. Toutefois, il est, à nos yeux, un document qui, malgré le vague de sa donnée, présente cependant un certain poids et mérite aussi quelque créance : c'est la tradition ou la voix des siècles, d’accord avec l'existence des Melsys, à Louvain, pendant le dernier tiers du XV? siècle, transmettant, d'àge en âge, uno attribution, qui peut bien s'écarter quant au prénom de l'artiste, en donnant à Quinlen, qui eut toujours une grande renommée, ce qui revient à Josse, mais qui n a jamais varié sur le nom particulier de la famille, celui de Metsvs. Si maintenant l’on veut bien se rappeler que M. van Kven a établi, par des documents, par des dates et par des faits, que celle potence n'a pu être l’œuvre de Quinlen, il y aurait, suivant nous, toutes raisons pour croire qu'elle fut faite par Josse, dont le talent et la supériorité parmi ses confrères en ferronnerie, lui valurent, sans nul doute, la préférence d'avoir été choisi pour l'exécution des travaux à l’hôtel de ville. Ce déplorable silence des œuvres, qui provoque si fréquemment tant de doutes et de controverses sur l’origine ou l'exécution de certains monuments, se reproduit donc à l'égard do celte armature que tout semble attribuer à Josse, niais pour la confirmation de laquelle un seul document manque : la mention écrite. Quoi qu'il en soit, après le» découverte;! et les travaux de V. van Even, après

MO VEN ACE — XIII? , XIV' ET XV SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL

la réunion de tous les faits qui paraissent militer en faveur de fosse, il y a do fortes j>ro> ‘ sompliona pour croire que eette œuvre dut être exécutée par ce maître. Et si, a riuverse des notions retrouvées qui font connaître l’auteur des ferronneries municipales , I on manque, pour celle potence, de témoignages authentiques, il faut, comme je l'exprimais à mon savant ami de Louvain, en attribuer la cause aux désastres et aux vicissitudes qu'ont éprouvées les archives de l'église de Saint-Pierre; archives où devaient, très-vraisemblablement, se trouver mentionnés et le nom de l’artiste et la somme que coûta ce splendide monument!...

Réduit, pour l’appréciation du caractère des couvres créées par ce maître, à l'examen de celles que de fortes présomptions tendent à lui assigner, nous allons entreprendre une étude do l’armature de Louvain, nous réservant de revenir, en un autre endroit de ce livre, sur certaines pièces qu’on croit avoir encore été produites par lui.

Analysons, en quelques lignes, l’ensemble du monument baptismal. Six figures de lions accroupis supportent, à l’aide d’un pédicule composé de motifs architecturaux, une cuve à six lobes, que couvrait naguère un haut couvercle fixé à l’œuvre de Josse. La forme du récipient mérite surtout, par sa disposition qui est peu commune, de fixer l'attention de nos lecteurs. Telle est, aussi succinctement que possible, la description de l’édicule qui donna naissance à l'œuvre dont il s'agit d’aborder l’examen.

Dans la potence des fonts de Saint-Pierre, plusieurs questions doivent être étudiées : — le système do mécanisme adopté pour le déplacement du couvercle ; — la constitution fondamentale de l'armature; — sa composition décorative, et, — enün, l’exécution ainsi que le caractère de Part que présente ce monument.

Eu ce qui concerne la première de ces quittions, on doit y voir le plus simple de tous les systèmes qui fut appliqué i cet usagé, c’est-à-dire le seul emploi du pivot qu’on manœuvrait facilement à la main lorsqu'on voulait découvrir ou fermer le récipient destiné à contenir l’eau baptismale.

La seconde question exigo un examen beaucoup plus étendu. Disons, d’abord, que la pensée qui présida à la constitution de cette potence fut , sans uul doute , celle de la force qu’on dut opposer au poids assez considérable du couvercle qu’il s’agissait de mouvoir. Or, la première condition dont on se préoccupa, fut d'y appliquer, comme principe, une membrure de résistance et des éléments de solidité. C’est, du reste, ce que paraissent avoir fort bien compris les ferronniers , et c'est aussi OC qu'ils semblent avoir très - bien constitué dans la disposition de trois fortes barres en fer, agencées sous la forme d'un triangle dont l’un des cûtés, arc-boutant le tout, donne, par cela même, à la partie supérieure , cette puissance qu’ils opposèrent , si heureusement , au grand poids du couvercle. Ces principes posés , principes dont on s’éloigna peu cl que tout constructeur de potences commentait par tracer comme base de sa composition , l'artiste donnait carrière à son imagination; mais, ici naissait un grave écueil : plus capricieuse que logique, celle-ci ne tint, plus d’une fais, compte des principes; clic s’abandonnait volontiers à la recherche de combinaisons nouvelles, et il en résulta que, pour les traduire, elle faisait parfois bon marché des règles sur lesquelles reposaient, surtout et avant tout, la constitution, la solidité de l’œuvre. Tel est, à première vue, le vice de construction qu’accuserait la potence de Louvain; puisque, contrairement à ce qu’on pratiquait alors.

FONTS BAPTISMAUX, A HAL, LOUVAIN ET COLOGNE

l'un des côtés du triangle, celui qui soutient la partie supérieure, est remplace par une Barre è disposition curviligne qui n’olfre certes pas la même résistance qn'une tige droite; d'où il résulte que, si l’on n'avait encastré dans le mur un fort tenon, destiné i maintenir la barre du pivot, il aurait pu y avoir affaissement ou rupture; mais, une sage prévoyance de l'artiste avait fort habilement su détruire jusqu'aux moindres craintes d'une aussi fâcheuse éventualité. Ayaut^ sans aucun doute, calculé le poids relatif du couvercle, il donna à sa lige courbe une plug forfc épaisseur , qui assura ainsi l'entière solidité â l’ensemble.

La composition artistique de cette potence est surtout intéressante à étudier au point de vue de l'histoire de l’art; car, elle offre, dans son essence, un précieux spécimen des doroières manifestations qu’enfanta l’art du moyen âge, et Ton doit la considérer, sous le rapport des éléments mis en oeuvre, comme l'uo de ceux qui retracent le mieux et son état et sa condition durant celte période. En effet, sa nature s'écarte complètement du style des créations propres aux XIII? et XIV; siècles, et elle accuse même des formes tellement vagues et indécises qu’on n’y retrouve plus le caractère de l’une ou l’autre de ces deux époques. C’est donc un produit de la dernière transformation , mais plus particulièrement encore l’un des derniers soupirs qu'exhala l’art catholique dans les premiers jours du XVI' siècle, au moment où, sous l’influence encore de la donnée religieuse, il tentait un dernier effort, précurseur de sa ruine!...

Passons à la partie décorative. Sur ce point , il est une remarque qu’il faut se héler de faire : c’est que, bien que la potence de Hal accuse à peine l’emploi des formes architectoniques, celle de Louvain, qui lui est de beaucoup postérieure, en est au contraire abondamment pourvue. Le style ainsi que le genre des ornements sont ceux qui étaient en usage dans la Flandre vers le commencement du XVIt siècle, et quant à la composition, elle présente certain motif, décrivant, d’une manière plus ou moins déterminée, une figure triangulaire, dont deux des côtés sont garnis de représentations végétales; enfin, des formes et des moulures empruntés à l’art de bâtir donnent aux diverses parties de l’armature un assez beau caractère.

Ce que nous venons d’exposer jusqu’ici n’embrasso encore que l’examen des travaux relatifs à l’etablissement de la potence et à sa décoration; il faut maintenant aborder le terrain de la technique,’ et, sur ce point, l’on doit avouer que l’exécution, qui occupe dans celte œuvre une assez large place, mérite, do notre part, uno égale analyse. Grâce à l’habileté du praticien, le fer est transformé en éléments architecturaux ou en ornements divers, et l’artiste, par son talent, l’a pour ainsi dire réduit â l’état de lamelles, que le marteau, l’estampa et la lime métamorphosent en une série de figures végétales, imitant, sous les formes les plus gracieuses, des feuilles et des fleurs; aussi, faut-il, pour se rendre compte de la beauté du travail, avoir vu l’œuvre elle- même; car, la meilleure et la plus fidèle reproduction n’en saurait donner une idée complète. Sans aucun doute, il est, parmi les ouvrages de la ferronnerie flamande, des pièces qui sont beaucoup plus délicates cl plus surprenantes encore; mais, à l’exception de quelques-unes, que nous ferons connaître, bien peu ontélé, selon nous, travaillées avec autant d’art , do goût et d’élégance. Le mérite d’exécution que possèdent ces produits du marteau, tient, on le sait, aux progrès qu’avait dès lors acquis l'art de travailler le fer, et celte délicatesse que le praticien donnait à certaines parties résultait

MOYEN AGF. — XIII' , XIV* ET XV' SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL

aussi des améliorations qu’on avait obtenues dans les divers procédés de la technique. Du reste, l’exécution des oeuvres n’était, pour quelques artistes du moyen Age, qu’une naturelle occasion de tenter du nouveau , de poussqp en avant et de reculer, s’il se pouvait, les limites de la scienco; aussi, combion d’entre eux consacrèrent-ils les ressources de leur génie A la poursuite de ce résultat, but constant de leurs eflorts! — Déjà, sur ce terrain île la décoration des potences, l’art était parvenu, par les conquêtes de sa marche ascendante, à introduire, dans celle des fonts de liai, des ligures do végétaux dont l’exécution, assez simple par elle-même, n’exigeait pas une très-grande -habileté; mais, il y a tout lieu de croire que celte œuvre ou des analogues devinrent, pour les constructeurs , un * point de départ qu’ils voulurent dépasser; car, à un demi-siècle de distance, lorsqu’on exécuta les fonts de Louvain, les ferronniers se trouvèrent en état de réaliser des perfectionnements nouveaux, et alors, aux feuilles, généralement plates et seulement chantournées, qui ornent certaines parties de la première de ces deux potences, ils substituèrent avec adresse le modelé des formes. Par cette conquête obtenue dans la pratique, le ferronnier devint réellement tin homme do génio, puisqu’il donnait au métal l’apparence de la nature ; par elle, l’ouvrier, le modeste forgeron , sc métamorphosait tout à coup en un habile artiste , et son intelligence, domptant la matière, consacrait scs efforts à la copie des œuvres produites par le Créateur! Distance éuorme, qui sépare, à nos yeux, le sculpteur ou le peintre de l'architecte; car, les premiers animent le marbre ou la toile, taadis que l’autre, malgré sa haute science, n’arrive jamais qn’à constituer nue masse inerte, d'un elTet plus ou moins saisissant, d’une apparence plus ou moins belle, d’un dessin plus ou moins logique, mais auxquels manque toujours l’essence fondamentale, l’action de la vie! — Plus habiles, sous le rapport de l’art, que leurs prédécesseurs dont ils avaient reçu les procédés techniques, les ferronniers de lu lin du XV*. siècle purent donc les surpasser encore. Une exécution plus brillante, une plus grande délicatesse distinguent leurs travaux, et caractérisent surtout les produits d’une école qui était dès lors parvenue à son summum. Mais, par cette transformai ion , la dernière qu’il accomplissait sous l’influence du moyeu âge, l'art marchait, à son insu, â la manifestation d'un autre symbole. l,e naturalisme do la Renaissance allait, par de nouvelles conquêtes , nées des conquêtes antérieures, rompre avec certaines traditions, et dos hommes supérieurs, marchant au flambeau de l'intelligence, devaient, dans le nord de l'Europe, découvrir des horizons que l'Italie déjà avait entrevus pour sa gloire ! Encore uo pas, encore une étape, et les régions septentrionales auront vu la dernière heure de l’art du moyen Age; moment critique, période fatale, où tant de choses vont mourir, mais où tout cependant ne périt pas. En efTel, si l’art, dans ce qu’il avait de caractéristique et de spécial au vieux monde chrétien, s'anéantit et fit naufrage, les procédés de la technique, ou doit le dire, survécureot au désastre pour ètro appliqués à l'exécution des œuvres nouvelles ; car, à cette date comme en d’autres temps, l’on a remarqué que plusieurs artistes, parmi ceux de . l’époque qui s’éteint, devinrent les promoteurs ou les intronisateurs de celle qui la suit. Héritiers des procédés fournis par leurs prédécesseurs, les ferronniers de la lin du XV': siècle avaient doue acquis une grande habileté d’exécution , et cette habileté, ils la transmirent à leur (our, mais avec des conquêtes nouvelles, à l'art dit de la Renaissance. L’une des principales qualités de cette exécution consistait dans lo rendu du modelé des formes qu’ils appliquèrent à leurs travaux, travaux dont la potence de Louvain peut, en l’absence d'œuvres

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que nous produirons plus tard, donner déjà une très-haute et fort avantageuse idée; ainsi, grâce à leur talent, ils élaiont parvenus à rendre presque tous les détails de la végétation, soit en imitant les côtes des feuilles, soit en reproduisant, d'une nianièro un peu outrée peut-être, la capricieuse bizarrerie de leurs enroulements, soit enfin en y introduisant toutes les combinaisons possibles du gracieux et du délicat. C’était, comme on le voit, de l'art porté vers ses dernières limites et tel que le ferronnier de la Renaissance pouvait seul dépasser!... ' ,

font baptismal, dans L’ ÉGLISE DE notrf.-d.ame (■), A hal. — Ce monument est, à notre connaissance, le plus capital du genre, et celui qui, à l'heure présente dès découvertes, peut nous donner la plus complète idée de cc que fut, vers la fin du -moyen àgc, la constitution . de cette classe ou famille d'édicule. Rien ne saurait rendre l'impression que produit l'ensemble de l'œuvre sur Tànic du spectateur ; aussi faut-il l'avoir vu pour sentir tout ce qu’il offre de vraimeut monumental, de réellement artistique et do positivement religieux : on reste comme étonné et l'esprit ému; car, on a devant soi l'un de ccs ouvrages exceptionnels qui ont le privilège d'impressionner et d'émouvoir les sens. Ici, l’humble pensée de l’artiste se manifeste tout entière, et sa piété traduit, en un splendide travail, les douces émotions dont son cœur est vivement pénétre. C’était, du reste, une conséquence toute uaturelle de l’action du moral sur l’art, réagissant en particulier sur cette combinaison de la fonte et de la ferronnerie , puisqu'à cette date, la partie septentrionale de l'Europe se trouvait encore sous l'inlluence du mysticisme enseigné par l'Église. Il u’esl donc pas extraordinaire que, bien qu'à son déclin, ce sentiment soit encore assez fortement exprimé dans cette œuvre. Mais , l’cdicule dont nous parlons, a été produit à une époque qui compte comme l’une tles plus grandes dans l'histoire de l’humanité, et qui marque aussi, dans celle de l'art, l'un de scs instants tes plus critiques et les plus solennels : ce fut vers le milieu du XV? siècle, c'està-dire au moment où l'Italie, grâce à la marche des idées, était en pleine renaissance; c’était aussi au temps où des relations s'établirent entre les artistes du nord et ceux de la péninsule. Déjà, les Van Eyclt avaient fondé une école qui allait changer l’art dans les Flandres, et, après eux, Hemling et d'autres maîtres devaient continuer l'œuvre jusqu'au jour où Quinten Metsys viendrait imposer une transformation nouvelle. Pour la Belgique comme pour l’Europe septentrionale, l'art du moyen âge en est presque à sa dernière heure; il a, pour ainsi dire , accompli sa carrière; mais, il lui reste à dire son dernier mot, puis, l'instant de sa ruine va sonner. Cependant , sur beaucoup de points encore, de nombreux artistes continuent à produire des conceptions traitées dans le style religieux; mais, ces travaux, il faut le dire, ont perdu, par les transformations, la sévérité des formes et le caractère primitif qui pouvaient seuls en assurer la préférence et la vie; ajoutez à cela que, dans plusieurs branches, quolqucs hommes do talent rêvent des horizons nouveaux et tendent, par leurs efforts, à sortir de la route tracée par leurs prédécesseurs ; enfin , l’étude do la forme compte de nombreux adeptes, et le rationalisme marche se développant et s'étendant à tout. Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que ces progrès, qui vont bientôt porter leurs fruits, ne sont, pour le moment encore, qu'à l'état latent et à celui d'enfance; toutefois, des améliorations s’opèrent depuis bien des années , et, sur les chapitres mêmes de la fonte et de

(!) Cette dfilire (sntait originairement le \orutde de saint Martin, k us te nom duquel en le voit suuient di-wg-rtr.

MOYEN AGE — XIII?, XIV! ET XV! SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL

la ferronnerie, nous avons fail voir que, tout en restant dans la Ictlre du mysticisme, ces deux arts Braisaient déjà, par le perfectionnement du travail et par l’ititroduction do certains éléments, une progression qui conduirait tàl ou tard à la ruine des traditions du moyen âge et à la réalisation des idées entrevues et chorchèos depuis plusieurs siècles!... — Ce fut donc au milieu de ces complications multiples, complications qui résultèrent de la situation do l'art et qui agirent plug ou moins fortement sur la constitution de l'œuvre que nous devons décrire, que Le Fèvre donna naissance au font de liai , l'un de scs plus beaux ouvrages.

En l'état actuel des choses, nous ne savons absolument rien de la vie de cet artiste, et j'ignore mémo si Fliistoiro oti les archives de la ville de Tournai pourraient fournir, à cet égard, quelques documents révélateurs. Tout ce qu'on connaît se réduit doue à la seule notion des monuments que des inscriptions signalent comme étant ses propres rouvres. Bien que ces ouvrages paraissent, à certains yeux, des renseignements d’une nature assez énigmatique, ils n’en sont pas moins, selon nous, un livre fort instructif et Irès-susceptiblo de donner de précieux éclaircissements, non sur les particularités biographiques de l'homme, niais sur un trèsgrand nombre de questions qui s'y rapportent, telles que : la date de son existence, le lieu qu’il habita, le caractère de ses œuvres, sa part d’emprunt à des arts antérieurs, et, enfin, son action ou son influence snr la branche d’industrie qu’il a pratiquée et à laquelle il imprima des ameliorations.

Pour apprécier la place qu'occupe Willaume Le Fèvre dans l’histoire do la fonte flamande, il faut sc souvenir de ce qu’on a exposé au commencement de cette notice. Nons avons dit que cette branche de la technique semble avoir eu, dans la Flandre, deux grands centres établis sur des points assez éloignés, l’un à Binant et l’autre à Tournai ; ces renseignements nous sont fournis par les inscriptions. Or, des travaux en fonte avaient précédé, dans cette région, les œuvres de Le Fèvre, et celui-ci, avait fort bien pu avoir appris les procédés de son art à l’école antérieure , c’est-à-dire aux leçons des maîtres qui dirigèrent les ateliers dinantais ; cependant, rien ne prouve celte hypothèse. Nous n’ignorons pas qu’entre le caractère des ouvrages produits à Binant et celui des créations de Willaume, il existe une différence qui porterait à rejeter notre conjecture; mais, sur ce point, on doit, ce nous semble, tenir un peu compte de Faction ou de la marche de l’art sur les diverses branches de la technique, et, pour ma |>art, je serais assez porté à admettre qu’entre les produits des derniers fondeurs de Dînant, au XIV! siècle, et les premiers travaux de l’école tournaisienne , il n’y a, fort vraisemblablement, d’autre différence que celle qui résulte de la mobilité de l’art dont le caractère, dans les premiers, indique, par le faire et par les éléments, son état ou sa situation au XIV! siècle, et, dans les seconds, sa physionomie nouvelle lorsqu’il subit, au XV! , une autre transformation ; quant aux procédés, lois qu’opéralions de la contée, ajustement des pièces et généralement tout ce qni ressortait de la partie technique, ils devaient probablement être, à Ires-peu prés, les mêmes. La seule différence consiste donc dans l’effet do la marche de l’art, qui a modifié les éléments et le caractère, mais non dans la pratique qui no dut guère varier. Quoi qu’il en soit, il faut constater qn’antérieurcment à l’époque où Le Fèvre exécuta scs œuvres, des fondeurs belges avaient déjà produit, comme ustensiles du mobilier ecclésiastique, un certain nombre de pièces d’un mérite fort remarquable et qui durait, sans aucun doute, exciter, au plus haut point, son émulation. Mais, Willaume reçut-il les premières notions de son industrie sur le lieu même où il créa ses ouvrages, ou bien les ap-

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prit-il dans l'un dos ateliers de Durant qui lui étaient antérieurs? Ce sont là des questions qu'il nous est impossible de résoudre et sur lesquelles nous appelons les recherches de ceux que leur situation ou leurs études mettraient en position de pouvoir éclaircir. Toujours est-il que Le Fèvre devint, par son génie, l'un des pins habiles fondeurs de la Flandre, et que ses ouvrages, comparés à ceux de Itinant, ne leur ci-dent que sous le seul rapport du caractère de l’art. A en juger par le nombre et parla valeur de celles qui ont traversé les Ages, ses produclious durent être estimées et leur mérite reconnu , constatation qui nous porterait à croire que son influence put être très-grande ; et, ce qui tendrait à continuer notre conjecture, c'est qu'il a été conservé , dans les églises de la Belgique, un certain nombre de pièces, plus ou moins capitales, dont la composition, les éléments ainsi que le caractère semblent se rattacher à celles des œuvres qui portent plus spécialement sa signature. Or, ce rapprochement et celle analogie font tout naturellement naître l’une ou l’autre des questions suivantes : cet artiste eut-il des enfants qui continuèrent son industrie, ou bien des ouvriers fondeurs, qui l'avaient aidé dans ses opérations, travaillèrent-ils, avant ou après sa mort, d’après ses idées, et suivant ses principes?.., problèmes divers que nous posons à nos lecteurs et quo l’avenir ou dos découvertes pourront, seuls, éclaircir.

Entrons maintenant dans quelques détails sur la nature et sur le genre des compositions enfantées par Le Fèvre. A l’exemple de ses prédécesseurs, qui l’avaient adopté pour l'établissement des différentes pièces du mobilier religieux ou civil, Willaumo introduisit, dans scs œuvres, l'emploi d’éléments tirés de l’architecture. Ainsi, dans ce’tto branche particulière de l’industrie , c'est encore l’art de bâtir qui exerce son influence et auquel ou emprunto certaines parties plus ou moins considérables; mais, un tel fait s’explique : cet art renfermait alors de très-gracieux détails, qui s’agençaient avec bonheur aux divers meubles dont la nature devait compléter la décoration de l’édifice et veuir surtout s’harmoniser avec lui. Sous l’action de celle influence, l'imagination de l’arlisto trouvait des combinaisons plus ou moins heureuses, et, durant cette époque encore, la plupart des meubles, des ustensiles ou des menus objets, se couvrirent d’iuspirations et de motifs puisés au grand art régulateur. Subissant, à son tour, une pression qui s'étendait à tant de choses, Willaumo se servit également d’un mode de décor dont on faisait un si général usage: aussi, après avoir donné à chacune de ses œuvres la forme qu’exigeait sa destination, s’empressait-il d'y joindre, comme système particulier d'ornement, celui qu’avaient adopté ses contemporains, c’est-à-dire l’application de parties empruntées à l’art par excellence : motifs de tracé, flore monumentale, moulures diverses et jusqu'aux conceptions mêmes des plus petits details, presque tout, enfin, fut puisé par lui aux-sources de l'architecture. Telle est, selon nous, la caractéristique dos œuvres conçues et exécutées par Le Fèvre, et celle, en particulier, du font de liai dont nous devons présenter maintenant une minutieuse analyse.

Sur une espèce de soubassement, formé de deux marches, s'élèvent huit figures de lions, servant de support à la partie inférieure d’un pédicule, que l’artiste a composé d’une suite de membres et de moulures architectoniques. Au-dessus, parait une composition décorative, la seule qui ait été introduite dans cette région , et, parmi les éléments qui on constituent l’ensemble, se trouvent quatre niches dans lesquelles sont disposées un égal nombre de statuettes représentant les Pères de l’Église latine ou ceux de l’Église grecque; puis, vient une cuve, qui surmonte le tout et concourt à établir ce uu’on nomme uu fout pédiculé. A cette seule par-

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tin ne se bornait pas le monnaient : des proscriptions conciliaires avaient ordonné la fermeture dn réservoir, et cet ordre fournit l’occasion de créer une oeuvre nouvelle ; car, l'Eglise ainsi que les artistes voulurent le faire tourner au protit de l’art, en faisant de ce couvercle une composition d’une certaine valeur. Toutefois , il faut noter que colle partie reçut , suivant 1rs circonstances, des proportions plus ou moins considérables, et nous ajouterons même qu’elle acquit parfois un développement tel qu'il atteignait une très-grande hauteur. Mais, revenons au couvercle de Hal dont l'importance et lajrichesse réclament, de notre part, un sérions examen. Quelques larges moulures, disposées à la base, remplissent ici un double but : celui de clore hermétiquement (') la cuve et de servir aussi de socle à la composition générale. En ce qui concerne plus spécialement cette dernière , Le Fèvre jugea eon- . venable de l’établir sur trois zones : A la divisiou inférieure, il plaça les Ggures des douze- Apêtres; dans celle du milieu, il répartit trois groupes : ceux de saint Martin, de saint Georges et de saint Hubert; plus, une figurine de femme agenouillée, que sa position et son costume indiqueraient comme celle de la donatrice; et enfin, sur la région culminante, il posa le sujet qui devait convenir le mieux à l'ornement des fonts : le baptême de Jésus par saint Jean dans les eaux du Jourdain. — Appellerons-nous maintenant la penséo du lecteur sur l'intention, plus ou moins vraisemblable, de l'artiste dans le choix de tous ces sujets qui résument tant * de traits de l'histoire du christianisme et dont plusieurs s’allient si bien, par leur nature, au décor de celte classe de monuments? Scion nous, le baptême du Christ pourrait signifier la régénération dît monde; les Apôtres, représenter la propagation du catholicisme; les Pères de , l’Église, sou développement après la mort du maître et de ses collaborateurs; enfin, les ligures de saint Martin, de saint Gonrges et de saint Hubert, des illustrations chrétiennes et locales que l’histoire et la légende ont traduites sous les couleurs les plus saisissantes; il n’est mémo jusqu’à celle figure de femme en prières dont la présono* no viendrait; peut-être, concourir à l'ensemble et exprimer, par sa ferveur^ ia piété du commun des fidèles Avec les idées qui avaient cours au nyryeft âge et qui se trouvaient plus ou moins fortement empreintes dans l'âme des artistes et dans celle de Le Fèvre, on ne saurait méconnaître que chaque composition n'ait en, plus ou moins , son programme et sa signification; car, personno n’ignore quelle était, à cette époque, l’action et la puissance du symbolisme : on l’introduisait partout. Or, en s'appuyant sur cette notion , rien n’empêcherait d’admettre que, lorsqu'il combina celte œuvre, Willaume n’ait réellement eu l'iatention de formuler un de ces programmes symboliques où respire , sous les formes de l’art , la pieuse pensée de l’artiste , s pensée toute parfumée de mysticisme, mais dans laquelle éclate, avant tout, la manifestation des croyances catholiques!... Nous n'en dirons pas davantage.

En présence d'une toile œuvre, on comprend que l'esprit doive éprouver le désir d’en con- . ” naître l'anteur; mais, combien de monuments gardant, hélas ! un froid silence qui provoque autant d'énigmes dont le secret excite en raison même de leur valeur. Par une circonstance heureuse, il n’on est point ainsi du font de liai ; car, l’artiste, qui appréciait cette pièce, a pris lé soin de nous la faire connaître et l’a consacrée en y inscrivant trois choses qui nous pa- * missent fort importantes : son nom, la date ainsi que le lieu de son execution. De tels documents nous semblent uu fait trop capital pour qu'on puisse négliger de les recueillir; aussi, nous

, (4)Üae petite figure, gravée en haut de notre planche, fait connaître le système de fermeture, qui n'est autre qu’iltie sorte dVntapirement.

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faisons-nous un devoir de les communiquer. — Une inscription , placée sur la moulure supérieure de la base du pédicule, indique que cette œqvre appartient au milieu du X Vf siècle; on y lit ;

(refonte fist tDillaumr fr /tnr fonSrur a ïmirnau, l’an dit ((((.rloj.

Malgré le laconisme de ces quelques mots, on ne saurait méconnaître tout ce que leur interprétation fournit da renseignements divers, et combien leur contenu devient, pour l'archéologue, une bonne fortune qui équivaut presque à l'importance d’une longue histoire écrite.

Maintenant que nous avons étudié ce font, il faut revenir, pour l'examiner plus spécialement au point de vue de l'art, sur l’une de ses deux parties principales, sur le couvercle. Cette • pièce, que tout porte à regarder comme la plu9 capitale de l'ensemble, est encore, suivant nous, celle qui le caractérise le mieux; aussi, doit-on s’y arrêter; car, il est des observations à faire, et celles-ci nous fourniront de précieux renseignements sur les idées qui avaient cours , en Flandre, vers le milieu du XV? siècle. L’une des plus importantes qu'on puisse y signaler, consiste dans l’emploi des petits détails et dans la surcharge des ornements qui distinguent les travaux de cette époque, détails et ornements dont les sculpteurs et les peintres firent alors un très-grand usage dans leurs œuvres et qui étaient surtout dans les habitudes des artistes ' de l’école allemande et flamande; l’on ne doit donc point être surpris de retrouver, dans les peintures des Van Evck et de Uemling, ces contemporains de Le Fèvre, des traits de reesémblance et une analogie de moyens qui aoeusent, à la fois, et l’unité de l’art et la couuBSgaoté • de vues dont étaient animés ces divers maîtres. Du reste , I urneuienULon de ce couvercle vient corroborer, jusqu'à un certain point, ce que nous disions prdpédeiuineatà propos de l’exqbérance décorative. On sent que l’auteur a voulu faire une pièce capitale; tfiaia , il faut le dire, J’abondancc et la multiplicité des éléments n’ont produit qu'une composition de décorateur ami de la surcharge, et qni croit ne pouvoir constituer une œuvre remarquable et susceptible d'exciter l'intérêt que par l’abus même de tous ces ornements. D'autres couvercles, que nous ferons connaître , montreront , par leur sobriété, beaucoup plus de goût et de logique, et leur comparaison indiquera ce que peut l'intclligonce lorsqu'elle est guidée par les lois rigoureuses de la saine raison. L'agencement et la superposition de tant de choses ont donc fait da couvercle de Hal une production agréuide, mais la silhouette trahit, dans son profil, nn certain air de lourdeur qui manque d'élégance. Ainsi, bien que son ensemble produise sur le spectateur une impression qui captive, l’oxamen y découvre maintes défectuosités qui détruisent un peu lé charme de sa vue.

L’emploi de ce luxe par les artistes du XV? siècle et par oeux de la Flandre, amène l’action de nos recherches sur un chapitre qui découle de ce qae nous venons de constater ; il* -. s’agit de la composition du monument; car, celle-ci noue parait empreinte d’un cachet local , et son analyse devient comme «fie sorte de révélation dévoilant, à nos yeux, des rappro- > cbemenls plus ou moins significatifs. Considéré à ce point de vue, i ensemble do ces fonts » Offre, mais sur uae grande échelle, certaine ressemblance avec quelques pièces d'orfèvrerie flamande de cette époque, cl leur similitude accuse,, selon nous, une corrélation telle, qu'ou le croirait presque copié -sur la base, la poignée, la coupa et Jnèmà le couvercle de tel calice, vase ou reliquaire du- XV" sièg/e; œu>'ros délicates de patients et laborieux artistes qui ne

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reculaient devant aucun des détails d’une minutieuse ornementation, et que le peintre s'efforcait de reproduire avec exactitude parmi les nombreux objets qu’il luisait si complaisamment entrer dans ses travaux. Sous ce rapport, la composition de ect édicule pourrait Aire regardée comme celle d'une pièce d'orfèvrerie monumeulale, puisque son ensemble ainsi que les éléments se retrouvent, à très-peu près, dans les oeuvres de celle industrie au XV! siècle; or, leur présence simultanée dans des travaux do destination diverse, jette ici une lumière qui fournit non-seulement d'intéressantes notions sur cette époque de l'histoire de l'art , mais aussi des documents précieux sur l'action même de son unité dans presque toutes les branches. En examinant donc la composition de Le Fèvre , on croirait voir, mais dans de grandes proportions , l'une de ces gracieuses œuvres telles que savaient les produire les orfèvres des beaux siècles du moyen âge dont, il faut l'avouer, leurs successeurs du XV! n’étaient déjà plus que de faibles descendants!...

Comme la fonte joue, dans cette pièce, un assez grand rôle, nous croyons devoir ajouter quelques mots sur ce sujet. De toutes les considérations qui précèdent, il ressort, selon nous, un fait capital et qui peint bien l’influence sous laquelle se trouvaient alors les artistes par suite des transformations de l’art ; j'entends parler ici de la constitution des ornements introduits par Le Fèvre; car, cet édicule est probablement l'un des plus minutieux travaux qui nous restent comme modelage de figures et de détails en fonte monumentale du XV! siècle, et son exécution ou sa coulée, qui résulte d'un modèle, préalablement établi en terre ou en une autre substance , accuse le talent d‘nn maître habitué à rendre avec bonheur deux choses assez distinctes , mais qui étaient , souvent alors , pratiquées par le môme homme : les sujets de la plastique et les motifs d'architecture. De telles constatations nous paraissent de nature è porter haut l'opinion qu'on doit avoir de Le Fèvre, dont l'incontestable habileté se manifeste ici dans son double rôle de praticien et de fondeur, à moins que son action, ce qui pareil peu vraisemblable, se soit seulement bornée à la fonte des compositions que produisaient d’autres artistes. Mais, l'on ne saurait, en ce Cas, admettre la présence d’un seul nom dans les inscriptions qui consacrent scs œuvres; aussi, ce fait semble-t-il rejeter notre hypothèse , et nous autoriser à voir en lui et l’auteur du modèle et le fondeur do toutes les pièces qu'il nous a laissées en ce genre. — Nous ne nous étendrons pas davantage sur le talent do ce maître; l'analyse d'autres monuments qui, dans l'ordre méthodique, doivent précéder celui-ci, nous fournira les moyens d’entrer dans de plus grands détails • sur le caractère de ses œuvres , do même que sur l'influence qu’il exerça dans la pratique de la fonte.

Avant de clore ce qui a trait à la partie artistique de cet édicule, nous devons appeler l’attention du lecteur sur le sort qui est malheureusement réservé à certains onvrages d'art, et dont le principe, fondé sur la bonne intention d’un entretien mal ontendu, les altère tellement, par la répétition, que les conséquences de ces trop affectueux soins les rendront bientôt méconnaissables. Je parle ici de cet excès de propreté qui, dans la plupart des églises de Is Belgique, fait qu’avec la volonté d'entretenir les choses, bn les détruit chaque jour davantage. Et, pour appliquer à quelque objet l'arto que nous déplorons, je dirai que, par suite du frottement qu’ont subi depuis tant d’années presque toutes les parties du font de Hal, il est maintenant fort difficile d'apprécier son état primitif. Sons l’action de ce nettoyage , les figures ont perdu leur caractère, et les ornoments leur vivacité : ainsi,

FONTS BAPTISMAUX, A HAL, LOUVAIN ET COLOGNE

les finesses ont disparu dans les compositions plastiques, de même qu'on chercherait eo vais la précision exacte dans tes moulures et les motifs architecturaux. Voilà où conduit un zèle poussé trop loin, c’est-à-dire à la dénaturation et à l’anéantissement des oeuvres de l’art! Puisse notre faible voix avoir quelque retentissement ou quelque influence près des membres du corps ecclésiastique, et puisse surtout notre humble remarque arrêter, s’il se peut, les suites d'une action qui priverait, à l'avenir, la science de toute étudo investigatrice. — - Le reproche que nous venons d'exprimer au sujet de la dénaturation des oeuvres par suite d'un entretien mal entendu, il nous faut également l'appliquer à propos de l’abandon dans lequel périssent, ailleurs, certaine monuments. L'on a peine à comprendre que le clergé, bien innocemment sans doute, n'apprécie pas l'importance des objets dont on lui a confié la garde; et, pour nia part, j’ai dû, bien souvent , plaider la cause de magnifiques pièces qui s'anéantissaient, minées par l'humidité, envahies par la poussière ou rongées par l’oxydation, dans des cryptes ou des réserves, et qu’on avait jetées là comme des objets indignes de figurer dans la maison du Seigneur, eux qui en furent naguère les plus beaux ornements!...’

Il est donc dans la destinée de certains ustensiles du culle de ne pouvoir échapper à In destruction, et, soit uu zèle poussé trop loin, soit un abaodon déplorable, tout semble concourir à leur perte. Cependant, à côté de ce triste tableau, dont les suites sont si fatales, nous devons, pour être juste, opposer maintenant l'action bienfaisante et salutaire des idées nouvelles. Un assez grand nombre de membres parmi ceux du clergé se sont, tout récemment, faits lès protecteurs des œuvres anciennes ou modernes, qui décorent les temples, et, depuis quelques années, l'on a pris des mesures sages qui rassurent pour l’avenir. Mais, il reste beaucoup à faire; car, les bonnes intentions n'ont pas encore trouvé de l'écbo partout, et, pendant ce temps, combien de monuments périssent ou disparaissent! Ç'est ainsi, qu’en 1844 ou 1845, nous avons vu la potence des fonts de Louvain entièrement couverte do rouille, par suite de l'abandon où on l’avait laissée; une autre fois, dans une petite ville, nous fûmes assez heureux pour poutoir arrêter l'effet d'une décision, prise par la fabrique, qui avait condamne à ha fonte une magnifique couronne de Inmière, en fer peint et doré, etc., etc.; mais, nous n’avons pas l’intention d'établir ici une liste de toutes les faibles œuvres qu’il nous a clé fortuitement donné de protéger; aujourd’hui, ces monuments sont, je pense, à l’abri du malheur, et leurs gardiens, mieux renseignés, et sur leur destination cl sur leur mérite, veillent, avec intérêt et bienveillance, à leur entretien et à leur conservation. — Puisque nous en sommes au triste chapitre des injures que subissent les travaux ' d’art consacrés à l’ornement des églises on aux cérémonies du culle, ce serait peut-être le lieu do signaler une troisième espèce , non pas do dégradation, mais bien de perte à laquelle sont exposés certains lieux depuis l’espèce de razzia qu’ont entreprise les marchands d’antiquités et les collecteurs; éventualité bien plus déplorable que les deux précédentes, puisque les œuvres disparaissent, le plus souvent, sans qu’on puisse connaître l'endroit où elles sont passées! Sans aucun doute, la recherche, le classement et la conservation des monuments de l'art sont des choses dignes d'éloges; car, grâce au zèle et à la persévérance d'infatigables collecteurs, bien des ouvrages ont été préservés d'une destruction complète; aussi, avons-nous, des premiers, senti l'utilité, la nécessité même des collections. Mais, comme à côté des meilleures choses, il y a toujours les abus et l'action contraire, un des premiers aussi nous nous sommes élevés contre les actes de ces spoliateurs, qui enlèvent de certains lieux des pièces dont l'in-

MOYEN AGE — XIII f, XIV? ET XV' SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL.

térêt augmente en raison même de l'endroit où elles se trouvent et de la destination qu’elles y remplissent. On comprend quo ce que nous disons s’applique surtout aux objols du culte. Mais, ce qu’il y a de plus malheureux dans ces faits, c’est que l'Eglise K dépouille de pièces qu’elle remplace presque toujours assez mal, et qu’il en résulte, pour la science, des pertes souvent irréparables; ajoutez que leur transfert, dans les galeries ou les musées, enlève au meublo ou à l’objet ecclésiastique une grande partie du prestige qu’il empruntait à la maison du Seigneur où il était connu, et que cette mutation, que la plupart ignorent, prive sans conteste le savant et l’artiste de moyens d'étude dont ils eussent joui si les monuments fussent restés dans leur lieu primitif. Ce n’est pas sans éprouver un sentiment pénible qu’on pense aux ravages qu’ont exercés les marchands et les collecteurs sur le mobilier d'églises * gérées par de pauvres prêtres fort peu instruits sur la valeur des richesses qu'ils possédaient !

Il serait complètement impossible de préciser le nombre des chefs-d’œuvre en sculpture, fonte, ciselure, orfèvrerie, etc., auxquels on doit joindre les peintures, les vitraux et les . 1 tissus, qui, détournés avec adresse, se sont vns transportés dans des châteaux inaccessibles ou dans des collections privées ou publiques. Le cœur de l’artiste, de l’historien et de l’antiquaire Saigne à la seule pensée du préjudice grave que causent parfois ces détournements ! Ici-, peutêtre, l’on devrait décrire la position assez embarrassante de ce digne prêtre dont l'égliso ,

. manquant de ressources cl s'écroulant en maint endroit, réclame, sans délai, de nombreuses et d'ürgenlcs réparations. Le voyez-vous, hésitant à se séparer d’un reliquaire ou d’une châsse, offrandes précieuses de quelques fervents donataires; dans son cœur, il y a, certes, combat et lutte; mais, le besoin commande : les convenances du culte jointos â la nécessité de conserver à ses ouailles le lieu de la prière sont parfois d’impérieuses considérations qui font taire le désir de garder des présents dont il ne connaît ni l'importance ni le prix. Alors, l’indispensable argent tente la piété du pasteur; sa possession transforme en actes ses projets d’embellissement ou de restauration, et, trop fréquemment, hélas, la nécessité de ce vil métal triomphe de ses hésitations et de ses scrupules. Quel long chapitre et quelles non moins longues considérations n’écrirait-on pas si l'on devait passer en revue l’innombrable quantité d’objets en tout genre qui, depuis trente ou quarante ans, sont ainsi passés de la propriété religieuse en la main des laïques; aussi, à quelles erreurs ces mutations ne conduiront-elleR pas dans l'avenir; car, la plupart ne portent point d’inscription, et chaque pays voudra, un jour, s’en attribuer l'honneur. Or, combien, malgré la pénétration, la sagacité ou les connaissances des antiquaires, seront alors méconnus et faussement attribués!... Nous ne faisons qu’indiqner un point dont on entrevoit, dès à présent, l’obscurité profonde. — Mais le temps des spoliations est à la veille de cesser, et des jours, moins néfastes pour les restes de la splendeur ecclésiastique, vont bientôt apparaître. Deux grands faits, issus l’un de l’autre , anront eu le pouvoir d’arrêter, en certains lieux, un état de choses qui ne tendait à rien moins qu’à jeter une perturbation fâcheuse. L'un de ces faits consiste dans la manifestation des éludes archéologiques, qui fit comprendre la valeur des œuvres, et l'autre prend sa source dans cette mesure qu’adopta l'autorité française et quelq des gouvernements à son exemple, de faire le recensement de tous les ouvrages d'art. Grâce à celle étude et à cette sago prévoyance, l’une qui éclaire et l’autre qui enregistre, rien d'important ne sera plus aliéné ou détruil, et l’action salutaire d’une humble science, que quelques-uns nient peut-être, aura plus fait, sur cc point, que la meilleure protection renforcée de peines qu’on sait toujours éviter.

FONTS BAPTISMAUX, A H AL, LOUVAIN ET COLOGNE

Mais, pour meltro un terme il ce vaste système (le spoliation, est-il temps encore; car, depuis bien longtemps déjà, la France, l’Italie, l’Allomagno et les autres régions dn la chrétienté ont vu leurs édifices dépouilles par les collecteurs et Iles marchands, qui leur ont enlevé bon nombre de leurs plus belles oeuvres, et telles églises de ces divers pays sont maintenant Tort pauvres; aussi, lorsque l'annaliste voudra, pour reconstituer leur histoire, se faire une idée do leur splendeur première, ce n’est malheureusement point à l'état présent du temple qu'il en devra appeler, mais bien à la richesso elle-même des musées nationaux ou des collections particulières fil range destinée que celle de toutes ces oeuvres, grandes ou petites, que leur emploi avait sanctifiées, et que l’ignorance des uns, jointe à la cupidité on aux désirs , des autres, ont transplantées, un jour, dans d'autres lieux et pour un autre usage que ceux pour” lesquels on les avait créées!...

Après avoir offert une description détaillée de ce produit de la fonte, considéré sons les differents rapports do la composition, du caractère et de la pratique, nous devons passer à l’examen du mécanisme qui fut appliqué au déplacement de son haut et lourd couvercle, et celui-ci * nous conduira, par une conséquence toute naturelle, à parler do ce qui s'y rapporte, c'esl-à* dire; de sa disposition, de son décor et de son art.

lin énorme crochet, établi à l'extrémité de l'un des bras dn levier et dont la force avait été sans doute calculée au poids du couvercle, passe dans une espèce de gond, encastré au centre du groupe culminant, afin de rattacher les deux parties de ce magnifique ensemble : c’était, comme on le voit, l'agent particulier de leur jonction et celui encore qui permettait à la potence de remplir son utile office.

La constitution fondamentale de cette armature , où se combinent quelques pièces articulées et mobiles, repose, comme celle de Cologne et comme presque toutes les autres que nous ferons connaître, sur l'agencement de trois fortes barres en fer disposées en triangle, mais auquel chaque artiste apportait, suivant la somme plus ou moins grande de son talent et de son génie, une ou plusieurs modifications; et ceci nous porte à conclure que, bien que le principe fitl à peu près général dans les monuments de celle espèce, l'application du mécanisme variait probablement selon les idées des constructeurs. — Voyons en quoi consistait ce mécanisme; puis, nous dirons quelques mots de son décor et dn caractère de l’art. Quoique cotto composition soit assez importante pour l’époque, on ne doit pas s’attendre à ce que nous entrions dans une analyse minutieuse des différentes pièces qui constituent son ensemble; la vue de notre planche, quo le talent du graveur a rendue si intelligible, suffira, ce nous semble , pour expliquer techniquement des combinaisons qui s’écartent nn peu de notre étude, et qui rentrent plus généralement dans le domaine de la mécanique appliquée. Mais, ce que nous devons faire et ce que nous ne saurions omettre, c’est de signaler les différences qui existent entre les divers systèmes établis, et de chercher, autant que possible, à nous rendre compte des motifs qui en ont pu provoquer l’établissement. — Comme procédé on moyen mécanique, lo modo adopté à Hal est incontestablement plus compliqué que celui de Louvain; il indique l’action d’un ferronnier plus habile et plus instruit des règles de colle science et de ses combinaisons; aussi le résultat en est-il supérieur et plus savant. Le premier système nous avait fait voir l’application du pivot, et, par conséquent, l’emploi d'uno action unique ou le plus simple des moyens qu’on puisse choisir pour déplacer le couvcrclo; dans le second mode, il faut voir l’accomplissement d’un pas fait en avant, c’est-à-dire constater un

MOYEN AGE — Xlllï , XIN” ET XVÎ SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL.

progrès, puisqu'on y découvre la combinaison de deux actions diverses. L’auteur ne se «intente plus du seul mouvement de pivotage; il veut produire d'autres effets; mais, ces exigences tenaient, peut-être, à des causes qui n'existaient pas au font de Louvain : par exemple, au genre de fermeture de la cuve? En effet, tout porte à le croire; on voulut la clore d’uue manière hermétique, et l’on y appliqua l'encastrement. Or, cette disposition, qui exigeait à la fois et le soulèvement et le déplacement du couvercle, dut susciter la recherche d'expédients nouveaux; car, le seul pivotage n’aurait pu suffire, et l’on fut ainsi forcé de demander un autre moyen à la science. Ce moyen, on le découvrit dans la combinaison plus ou moins bien calculée du pivot et du levier. Que celte combinaison ait été trouvée instantanément, ou qu’elle soit le produit de longues recherches, il n'importe; mais, ce qu'il faut, avant tout, constater, c'est la différence, c’est la supériorité scientifique de ce système sur le précédent, supériorité incontestable et que la comparaison rendra beaucoup plus sensible. — Le principe sur lequel repose cette combinaison consiste, avons-nous dit, dans l’emploi du pivot et du levier. Dans le précédent système, l’action élaitsimple; ici, elle augmente et devient multiple; car, pour remplir les conditions voulues, il faut exécuter, presque simultanément, deux actions diverses : exercer, d’abord, une pression de haut en bas sur une tige mobile qui, basculant l’un des bras du levier, élevait le couvercle, et imprimer, ensuite, un mouvement d’arrière en avant afin de découvrir la cuve. Bien qu'assez simple en elle-même, cette combinaison exigeait, de la pan de son auteur, une certaine somme de notions mécaniques; aussi, ce résultat nous autorise-t-il à croire que ce praticien était, pour son temps, un homme supérieur. Or, cette constatation ramène ici la redite d’une remarque que nous avons déjà faite : l’inscription, citée plus haut, dit bien, par la présence du mot fondeur, que le travail de la fonte est l’œuvre de Le Fèvre, mais elle se tait sur l’exécution de la potence et sur la combinaison de son mécanisme; et, dans co cas, peut-on les attribuer au même artiste? Nous n’oserioos l’infcrer; car, l'espèce de vraisemblance, qui semble permettre do regarder Josse Jletsys comme fauteur de celle de Louvain, nous ferait plutôt supposer le contraire. En faut-il conclure qu’il y avait alors à Tournai, comme il y eut plus tard à Louvain, des ferronniers qui s'occupaient spécialement, mais de concci t avec le fondeur, du programme et de la fabrication de ces potences? On ne l’oserait. Mais, ce qu’eu tous cas, l’on peut catégoriquement affirmer, c’est que le mérite du travail nous donne une haute idée des forgerons flamands à celte époque; puisque, comme composition, comme système de mécanisme et comme décoration, cctlo armature est certainement un morceau hors ligne et qui nous fait regretter la perle de celles qui ont été détruites. Des considérations tonies naturelles découlent donc de cette analyse, et celles-ci ne tendent à rien moins qu'à appeler tresséricuscmcnt notre attention sur les travaux do la ferronnerie dont l’œuvre de liai peut faire comprendre ce qu’ils devaient être alors; du reste, ce fait n’a rien qui doive surprendre, et déjà nous avons eu l’occasion de signaler le talent des ferronniers du XVt siècle dans la pratique de leur art, c’est-à-dire leur habileté à savoir tirer d’une matière assez rebello les élémeuts d’une plus ou moins brillante ornementation. Personne n’ignore que depuis la Bn du XI I” siècle ou le commencement du Xlllt , l’industrie du fer se développa comme tous les autres arts, et que, depuis cette époque, le praticien sut produire des œuvres fort remarquables; mais, ces progrès, fruit de l’expérience, du goût et de l’amélioration des procédés, résultèrent, surtout, des efforts que tentèrent les forgerons en général, parmi lesquels ceux de l’école tournaisienne ne furent certes ni les moins habiles ni les moins célèbres; et si l’art perdit, au XVï siècle, celte vigneur

FONTS BAPTISMAUX, A UAL, LOI V.VIN ET COLOGNE

de caractère qu'il avait antérieurement, il gagna, sous le rapport de la délicatesse, ce qui manquait à ses puissants prédécesseurs. A ce point de vue donc, la potence de liai prouve, par sa valeur, qu'à l'époque où on l’exécuta, la Flandre possédait encore quelques successeurs de ces savants ferronniers dont les splendides ouvrages rehaussaient tant la pompe et le luxe de la décoration ecclésiastique. Du reste, l'étude quo nous avons entreprise, et qui consiste à examiner toutes les familles ou espèces d’édicules appartenant à celle branche d’industrie, montrera qu’il y eut alors, non-seulement sur ce point do l’Europe, mais dans presque toutes les régions do la chrétienté, des ouvriers adroits et des compositeurs fort habiles.

Pour ne point étendre un sujet dont l’analyse est déjà un peu longue, nous passerons légèrement sur la composition artistique de cette potence; composition dont on peut d’ailleurs se rendre compte par la vue de notre gravure. Suivant le cours dus idées généralement admises, on y retrouve la présence d'éléments d’architecture, combinés à quelques détails prie au règne végétal ( ' ), et celle combinaison a produit un enscmblo sur lo mérite duquel nous uous sommes exprimés. Toutefois, il est, au sujet de sa décoration, une remarque que nous ne saurions passer sous silence : c’est qu’en nous basant sur des analogues, toutou parties de cette armature pourraient très bien avoir été peintes et dorées : ainsi, rien n’empécberait d'admettre qu’on ait appliqué aux feuilles la couleur vorle, le blanc aux fleurs de lys, et, aux tiges ou autres barres, le bleu et le rouge avec des rehauts eu or; c’est, du moins, ce qu’on peut inférer d’autres pièces que nous publierons.

Quoique cette description puisse, à la rigueur, être considérée comme complète, il nous reste encore à signaler un objet ; peu important par lui-méme, il joue cependant un rôle assez considérable pour n'étro point omis ; nous voulons parler de la destination d'une petite tige en fer. A une certaine hauteur du mur où se trouve le pédicule destiné à supporter lo couvercle pendant les cérémonies baptismales, on a, par prévoyance, disposé un appareil en saillie dont l’établissement semble avoir eu deux intentions déterminées ; celle de faire poser exactement ce couvorclo sur son support et de l’empécber d'aller battre, par l’incurie des desservants, contre la paroi, ce qui eût causé deux fâcheuses avaries : des dégradations à celle bello pièce et le bris do la partie apparente du mur.

font baptismal, DANS l'Église DE SAINTE-COLOMBE , a COLOGNE. — L’examen de ce troisième monument nous transporte tout à coup sur un autre terrain et à une autre époque de l'histoire de l’art : nous voici, par le fait, sur le sol de l’Allemagne et en présence d'uue œuvre conservée dans l’une des églises de Cologne. — Quoique la distance entre liai et Louvain et la métropole des villes rhénanes puisse paraître considérable, cet cspaco diminue beaucoup loVsqu'on se rappelle que la Belgique el l’Allemagne se touchent et que ces deux pays ont élé, à une certaine date, dans des rapports assez fréquents. Or, l’existence do cette graude quantité de travaux eu fonte et en ferronnerie, qui y ont été conservés, suscite à la pensée une série de conjectures, d’hypothèses et de rapprochements, que nous ne faisons qu’indiquer ici, nous proposant de les développer, non avec la certitude de les résoudre, dans un autre endroit de cet ouvrage ; mais, il nous sultil de constater ce fait dans une circonstance qui s’offre incidemment à nous. L’ «sage des potences mobiles, destinées à mouvoir le couvercle dos

(1\ I.' introduction do ce* végétaux, placés sur la barre horizontale, a probablement donné naissance à l'espèce décréta qu'on remarque à Louvain, où ne voit le même parti pris de décoration.

MOYEN AGE — XIII? , XIV ET XV? SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL

fonts on métal, dut, selon toute vraisemblance, avoir été adopté aussi par lés Allemands dont les œuvres d'art présentent une certaine analogie avec ceux de la Belgique ; on comprend, toutefois, que je ne pose pas la question de priorité. Dire si ces potences ont été d'abord établies en Allemagne ou en Flandre, ce point semble ne pouvoir guère être déterminé en ce moment; mais, ce qu’il est permis d'affirmer, c'est leur simultanéité d'emploi dans los deux pays. En l'état présent des connaissances archéologiques, l'on n'a encore signalé en Allemagne, bien qu’il puisse s’en trouver, aucun exemple dont la date remonte à l'époque de celles de liai et de Louvain, et les seules armatures qu’on connaisse et qu'on voit particulièrement dans la région du Rhin et surtout à Cologne, oit elles sont concentrées, porteraient à croire qu'elles ont été faites aux XVI? et XVII? siècles, c’est-à-dire à une date évidemment bien postérieure à celles de la Belgique. Du reste, l’espèce d’ignorance dans laquelle nous nous trouvons à l'égard du mobilier des églises de ce pays, et, disons-lo franchement, à l’égard de celui des temples de la chrétienté, nous défend de nous prononcor sur cette question ; aussi, croyons-nous qu'on l’expectative do découvertes, il vaut mieux attendre et surseoir à toute hypothèse que la moindre bonne fortune viendrait renverser ou détruire. Nous bornant donc, pour l’élude provisoire des potences de l’Allemagne, à l'exemple qui nous parait offrir le plus de caractère, nous nous contenterons d’examiner celle de Sainte-Colombe, dont le système particulier de mouvement donnera une idée des connaissances mécaniques en ce pays vers la fin dn XVI? siècle.

Nous avons vu que le développemeal des couvercles de Hal et de Louvain avait forcé les constructeurs à composer de hautes machines destinées à les déplacer; c'était une conséquence du point de départ. Mais, tous tes couvercles métalliques n'eurent point celle élévation, et, pour ceux qui étaient moins hauts et moins lourds, l’appareil ne dut pas être aussi considérable; c’est, ce qui arriva au font de Sainte-Colombe; car, cotte condition nouvelle provoqua sans doute quelques modifications qui nécessitèrent des changements et dans le mécanisme et dans le mode de sa manœuvre. En effet, par suite de celte disposition, le déplacement du couvercle, qui restait comme à Louvain suspendu dans le vide, reposait encore sur l’efTel du pivotage , mais le principe de son soulèvement prenait son origine dans une combinaison un peu plus compliquée; combinaison qu’on aurait pu rendre beaucoup plus simple, à notre avis, et qui tenait probablement aux connaissances peu avancées en mécanique à cotte époquo. La complication de ce mécanisme exige que nous entrions dans quelques détails. Une assez forte tige en fer reçoit, dans une mortaise établie à sa partie supérieure, une espèce de levier coudé dont l’un des bras porto le pivot de la potence, tandis queTautre est retenu, suivant M. Hoffmann, par la pression d une vis à écrou. Lorsqu’on veut, dit cet architecte, découvrir la cuve, on fait jouer, avec une clef (■), le pas de la vis destinée à mouvoir l'un des bras du levier; par cette action, celni-ci s'incline en imprimant un mm iv cm ont do basculo qui soulève l'autre bras, et la main du clerc saisissant aussitôt la partie supérieure de l’armature, qui est à sa portée, déplace avec facilité le couvercle. Tel est, nous a-t-on dit, ce mécanisme. Mais, il faut le reconnaître, la plus simple réflexion démontre tout ce qu'une de ses parties accuse de défectueux, et combien le ferronnier, qui la composa, était peu instruit on matière de combinaisons mécaniques; car, celles-ci n’ont d'autre but que de simplifier les choses ou d'éviter les pertes do temps; aussi, celte com-

(tj Voyel*en la figure >u bas île notre planche.

FONTS BAPTISMAUX, A HAÏ-, LOUVAIN ET COLOGNE

plicalion d’une clef, qu’il faut prondre sans cesse pour lever ou descendre la potence, aurait dft éveiller son attention et susciter un moyen qui permit de s’en passer, moyen qui eût apporlé plus de promptitude et d'ensemble dans les préparatifs de la cérémonie baptismale. Du reste, rien n’était, selon nous, plus facile que de simplifier cotte manœuvre. Il ne s’agissait que de fixer le levier, par un axo mobile, à l’endroit même où son développement forme comme une espèce de coude; puis, ce point établi, la seule prossion du pied sur celui des deux bras que retient lù vis à écrou, suffisait pour faire monter la potence et le couvercle que le bedeau pouvait déplacer avec la main. Malgré la simplicité de cette modification, qui devait venir à l’esprit de tout constructeur, on a préféré les mauvais moyens et les complications inutiles; c'est lù, fort vraisemblablement, une affaire d’idée, de goftt et de science de l’époque, sur laquelle nous n’avons rien de plus à dire, mais qu’il était de notre devoir de signaler.

Indépendamment dos observations quo provoque l’examen de celte potence, en ce qui a trait à son mécanisme, il est encore d’autres remarques à tirer, au point do vue de l’art et à celui do la technique, de l’élude elle-même de sa constitution et de son exécution : on comprend que je veux plus particulièrement parler de la nature de l’œuvre ou de la ferronnerie; car, son principe s’écarte, sôus le rapport du travail , du celui des armatures de Haï et de Louvain, et celte différence mérite de fixer notre attention. Ici, le fer n'est plus forgé, aminci ou modelé comme nous l’avons vu dans celles qu'on vient de décrire, et il se présente à nous dans un étal nouveau. Pour se rendre compte de ce changement , il ne faut pas perdre de vue qu'entre l’époque où celles-ci furent faites et la date do la potence de Saint-Colombe, un certain laps de temps s’était écoulé, période durant laquelle l’art avait considérablement déchu; aussi, notre dernière armature offre-t-elle, par sa comparaison, une énorme dissemblance. Ce résultat provenait-il de l'inbabilelé de l’artiste, ou bien doit-on en attribuer la cause au changement des idées et du goût en matière d’art et d’exécution? Certes, on pourrait l’admettre. Quoi qu'il en soit, nous devons constater que celte œuvre n'a plus autant de mérite que les deux autres, et nous avouons que, sur presque tous les points, elle ne saurait leur être comparée; car, à Hal et à Louvain , le talent sut constituer des ensembles en fer forgé et formant, pour ainsi dire, une seule et même pièce, tandis qu’ici, tout, à part le cadre, ost composé de parties de rapport, ce qui dénote une impuissance. Qu'y voyons-nous ? Une sorte de triangle, formé do fortes barres, sert d'encadrement à une composition en un bien pauvre style, qui rappelle, il est vrai, celui du moyen âge, mais dont le caractère ainsi que les formes trahissent, de toutes parts, une époque de complète décadence; quant aux procédés de fabrication, c'est la plus piètre chose qu’on puisse imaginer : de minces lamelles métalliques sont reliées entre elles à l'aide de goupilles, et décrivent, par leurs dispositions, un malheureux tracé qui sent la fin du XVII siècle. Cette modification dans le travail du fer accuse évidemment une dégénérescence de moyens, et l'analyse y constate que ce mode, qui s'écarte de celui du XV" siècle, n’offre plus autant d’habiloté dans la main-d'œuvre; cependant, il ne faut pas se dissimuler que l'exécution de cette potence a dû présenter, sous le rapport du rendu , certaines difficultés dont on doit tenir quelque compte à l'artiste. Ainsi , malgré son incontestable infériorité, ce monument ne laisse pas que d'intéresser encore, puisqu’il nous montre que, même à une époque de décadence, le ferronnier do ces vioux temps parvenait â constituer une œuvre qui, bien que dépourvue du mérite des créations du moyen âge, en offrait, à la rigueur, comme une sorte de reflet.

MOYEN A(iE — XIII* , XIV! ET XV! SIÉCI-ES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL

Déterminons maintenant lo caractère d'art (|uo présente cette armature, et cherchons à nous rendre compte do son état ou de sa situation à l'époque où elle fut produite. — Pendant une partie du XVK siècle, les traditions religieuses sont encore pratiquées sur quelques points de l’Euiope; et, soit traditiun, soit piété, bon nombre d'artistes continuent à les appliquer, plus ou moins, aux œuvres qu'ils exécutent. Mais, dans d'autres régions, la physionomie des monuments a bien changé; leur nature s’est appauvrie; une constitution, notablement déchue, remplace cette vigueur naguère pleino de sève et do force, et ce cliango tuent indique un affaissement dans la ferveur religieuse ; en un mot , l’on seul que le protestantisme y a tout à coup imprimé sou influence ; car , dans sa comparaison avec tes supports de liai et de Louvain, celui de Cologne étale une pauvreté, une nudité qui font réellement peine à voir. Sans aucun doute, la composition participe encore do l’essence et des formes de l’art du moyen àge> et Ion retrouve, dans son ensemble, des combinaisons architecturales , je dirai même une certaine analogie de motifs avec lo tracé de I armature do Louvain; mais, tout cela est mesquin, grôlo et vague comme une croyance dont l’ardeur s’est refroidie et qui en arrive à introduire la religiosité à la place d’uuo conviction fervente et robuste. Pour apprécier ce changement, on doit tenir compte de plusieurs choses : connaître la région où so trouve cette potence, et se souvenir des actes qui eurent lieu au temps où elle fut faite. A cette époque, la réforme grondait de toutes parts, et, dans ce pays, beaucoup plus qu’ailleurs, le catholicisme, sapé par les livres ol la prédication , éprouvait do terribles assauts. Or, l’art, par une conséquence toute naturelle, subit l'action de ce coup fatal, et, le rationalisme aidant, celui-ci abandonna peu à peu la formulo religieuse pour se lancer, à la suite des idées nouvelles, dans le naturalisme italien. Telles furent, ce nous semble, les principales causes qui présidèrent à la formation de celle œuvre.

Quoique cette potence appartienne, par sa date, à la fin du XVK siècle, et , peut-être même, au commencement du XVII* , nous avons cependant cru devoir la classer parmi oejles du moyen âge ; et cela, parce que son style et ses dispositions sont encore empreintes, bien qu’à un degré fort affaibli, des idées cl îles formes de ce temps. Celte persistance, cet attachement au passé démontre, d'une manière évidente, quelle est la forco de certaines traditions en fait d'art, de même qu elle indique aussi, chez quelques ouvriers, la pression ou I influence d’une routine à laquelle ils no savent, tout d’abord, se soustraire. Au reste, la ferronnerie no fut pas alors la seule branche où se produisirent de semblables faits ; et , pour no signaler ici qu’un seul exemple, mais bien plus capital, à l’appui de notre opinion, je citerai, sur le terrain de l'architecture, l’emploi de l’arc on accolade ou surbaissé qu on remarque dans la décoration des maisons en briques dont la construction descend , au nord de l'Europe, jusque vers le milieu du XVIIK siècle. Ces anomalies, qui se sont d’ailleurs reproduites duraul le cours do l'histoire du monde, s'expliquent souvent par des causes assez simples, parmi lesquelles il en est une qui nous semble plus particulièrement s’appliquer au font do Sainte-Colombe : je veux parler dos complications ou des conséquences du montent. En effet, tout porte à croire que cette armature appartient au XVK siècle qui fut uue époque do transition dans l'art, c’est-à-dire à une date où les artistes allemands, comme ceux des autres pays, créèrent, ainsi qu'il arrive lorsqu'un style n'est pas encore fixé, des compositions d’un caractère hybride et dont l’ensemble présente le bizarre mélange d’éléments pris

FONTS BAPTISMAUX , A UAL, LOUVAIN ET COLOGNE

et tiens l'art qui s'éteint et dans celui qui commence; assemblage hétérogène sans doute, mais dans lequel la critique trouve parfois plus d'un fait à produire !

Nous venons de rechercher quels furent la constitution , les formes et l'art des moyens ou des artifices qu'on établit pour mouvoir le couvercle des fonts en métal , et nous eu avons offert une analyse en y joignant la description de quelques exemples; puis, continuant uos investigations , nous avons inféré que ceux-ci n'étaient probablement pas les seuls qui dussent avoir été faits au moyen âge, et cette hypothèse nous a porté à admettre que, bien qu’on n'en ail constaté jusqu'ici la présence que dans deux pays voisins ( la Belgique et l'Allemagne j, ce mode de déplacement a Tort bien pu avoir été en usage dans d'autres lieux. Toutefois, en s'en rapportant, sur ce point, au seul fait de la conservation , et en ne tenant aucun compte do la conjecture, ou serait couduit à supposer que ces deux régions furent peut-être les seules où il en ait été établi. En l'état présent des travaux, celte opinion présenterait, à la rigueur, un certain fond de vraisemblance ; mais, il ne faut pas se dissimuler que renseignement des textes ou le hasard des découvertes ue puissent la transformer, un jour, en une complète erreur. Cependant, on objectera que le nombre, assez considérable, des monuments en fonte et en ferronnerie, qui ont été conservés sur ces deux points, sembleraient indiquer que l’emploi des fonts à potence mobile y fut beaucoup plus répandu qu'aillcurs. Nous répondrons à cette allégation que ce sentiment, qui offre une appareuce de vérité, no nous parait pas hors de doute; car, si les autres pays en sont maintenant dépourvus, cette absence tient, peut-être, à des causes qu’on pourrait, ce nous semble, déterminer : soit l’inconstance du goût, qui transforme postérieurement la matière métallique en d'autres ustensiles, soit encore le triste effet des révolutions, qui anéantissent, au proGl des cupides, toute une suite d’œuvres dont la perte réduit la science aux conjectures, et autorise mémo la critiqua à nier l'existence de certains objets. Telle est , selon nous, l'opinion qu’on pourrait émettre à l’endroit des lieux qui no possèdent pas de travaux en fonte et en ferronnerie. Quoi qu'il en soit, nous appuyons sur ce fait, et nous appelons les recherches de nos lecteurs sur la solution du problème quo nous posons ainsi : les Allemands et les Belges ont-ils, à toutes les époques ou seulement au XV? siècle , excellé snr les autres nations dans le travail du fer et dans la fonte du cuivre ou du bronze; et, seuls aussi, ont-ils fait usage des fonts à potence mobile? conjectures plus ou moins vraisemblables qui ressortent, pour le moment, de la conservation do leurs fouts et du mérite de leurs différentes pièces métalliques. En considérant les quelques travaux en métal qui, on France, en Italie, on Espagne et en Auglelorre, ont pu échapper aux ravages du temps ou aux diverses causes de ruine, on serait purtë à croire que ces deux industries ont été pratiquées, un peu plus ou un |>eu moins, dans presque tous les pays ; cependant, la vérité veut que nous constations le nombre des œuvres allemandes et belges. Or, il est plus que vraisemblable que celle conservation lient à des motifs particuliers : pur exemple, au respect des populations et du clergé pour les anciens ustensiles du culte, ou à leur sentiment prononcé contre toute destruction; et si les édifices sacrés de la Franco et do ['Angleterre sont aujourd'hui privés des pièces en fonte et en ferronnerie qui lirenl naguère partie de leur ameublement, il faut en imputer la perte aux troubles religieux, mais, plus spécialement chez nous, à la révolution qui ferma les temples, s’empara de ce qui avait une valeur vénale, et anéantit, à toujours, uno série de monuments qui manqueront désormais, de même que leur exislcnco ainsi que leur art soronl, pour l'archéologie, le sujet do tout autant d’énigmes.

MOYEN AGE — XIII? , XIV* ET XV* SIÈCLES — FONTS BAPTISMAUX EN MÉTAL

En présenco d'aussi regrettables pertes, semant le doute et le trouble dans l'élude de l’art et dans celle des institutions, le voyageur peut comprendre do quel prix sont les découvertes et quelle ardeur il doit mettre à l'exploration des lieux qui n’ont point été visités; car, telle œnvro de mince valeur fait souvent lacune dans la science, qui attend sa découverte pour élucider tels points obscurs d’histoire ou d’archéologie. Qu'on comprenne, par ces quelques mots, dans quel labyrinthe, souvent inextricable, se trouve l'antiquaire lorsque, manquant presque de tout, il est néanmoins appelé à émettre, sur le groupement de quelques œuvres sans suite, une timide opinion; opinion qui pourrait copendant s’agrandir et devenir forte, si la notion de l’inconnu, c’est-à-dire la découverte, arrivant à son aide, venait apporter la lumière et produire la certitude là où bien des éléments lui manquaient .

Malgré nos efforts, la question des potences mobiles reste encore pendante et n'est pas complètement résolue; mais, cette élude aura du moins fourni l'occasion de constater quelle fut, aux XV* et XVI' siècles, la situation do deux branches do l'art on Flandre et en Allemagne, et cette analyse aura fait aussi connaître uu des plus curieux chapitres de l'histoire de la mécanique en ces deux pays.

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