DANS LES ÉGLISES DE COLOGNE ET DE NEÜSS
Indépendamment du luminaire qu'elle affectait au culte de Dieu et des Saints, l'Église destina encore cet élément au cérémonial des divers actes de lu vie de l'homme dans la maison du Seigneur, c'est-à-dire, à son baptême, à sa confirmation, à sa première communion, à son mariage et même à l’heure de sa mort; c’était là un nouvel emploi dans les cérémonies et une autre application qui donnait du caractère et de la pompe aux choses religieuses. On comprend tout ce que l'étude de celte appropriation pourrait fournir de développements curieux, s’il nous était possible de reproduire tous les monuments qui furent créés pour cet usage; car, ils sont nombreux, et le talent, qu’y déployèrent les artistes, trèsremarquable; mais, il faut regretter que le nombre de nos livraisons ne nous ait point permis d’aborder des matières si intéressantes sous le double rapport de l’histoire et de l’art. Borné par l’espace, nous avons dû nous restreindre à l’examen d’une famille, et, par ce motif, nous avons choisi celle dont les monuments comportaient le plus de variétés : ce fut la classe des nstcnsilcs 'dont l’Église se sert pour les cérémonies funèbres. Cependant, ici encore, le nombre nous imposa de nouvelles restrictions; aussi , avons-nous dit nous eu tenir à quelques espèces, remettant de traiter, ailleurs et in-extenso, un sujet que quelques exemples ne pourraient faire connaître; enSn, il serait indispensable de reproduire certaines miniatures sans lesquelles on ne saurait indiquer la destiualion, l’usage et la disposition de ces ustensiles. Acceptant donc la question telle que le comporte le nombre restreint de nos planches, nous nous limiterons à quelques mots sur chaque chose, afin de pouvoir renseigner le lecteur sur les diverses figures que nous avons publiées.
Comme les conditions de la société, les cérémonies funèbres furent, pendant le moyen âge, de deux classes uu espèces ; celles que l’on rendait aux puissants de la terre, et celles qui étaient départies aux bourgeois ou commerçants. La basse classe ne recevait, peut-être, que de simples prières. — Le corps du défuut introduit dans leglisc et le cercueil déposé sur une espèce de support, on établissait, eu divers points, des râteliers garnis de cierges, uue croix pédicuiée pourvue de sou bénitier et des candélabres. L’allumalion faite, les piètres comuieuçuieul les cérémonies et chautaieut les prières; actes que nous nous bornons à mentionner et sur lesquels nous n'avons point à nous étendre, puisqu'il ne s'agit que du luminaire.
Celui-ci consistait en cierges plus ou moins importants que l'on plaçait sur des râteliers et des candélabres, mais surtout, à une certaine époque, sur des ustensiles, qui avaient plus spécialement pour but de désigner la condition de l'individu ou des persouuages pour lesquels ou faisait
MOYEN AGE. — XIII' XIV! ET XV SIÈCLES. — USTENSILES DE LUMINAIRE FUNÈBRE.
les cérémonies. Ces derniers uslensiles n'eurent point, sous le rapport des formes, de composition exactement arrêtée, et l'artiste semble avoir eu liberté complète; aussi, conslale-t-on, d’après les monuments, qu’elles étaient très-diverses. Cependant , ce fut toujours un monument pédiculé, mais dont les accessoires et le décor de la tige varient selon les circonstances; du reste, plusieurs causes donnaient souvent naissance à ces variétés. Il s'agissait encore de peindre, sur les écussons, la condition et les qualités du défunt; quelquefois, il fallait y placer deux cierges, parce que ces muuumeuls servaient à certains usages; enfin, il y avait aussi d’autres motifs; mais, pour les faire connaître, des reproductions de miniatures nous manquent, et nous ne pourrions être compris. Je me suis donc borné à l’examen de deux classes de monuments consacrées au luminaire funèbre : les candélabres et les ustensiles propres à désigner la condition des personnes. Dans ces deux classes, le luminaire est de.grande proportion, c'est-àdire que les tiges en cire sont assez considérables. — Le candélabre est complètement eu métal et traduit le caractère propre au moyeu âge. — L’ustensile de qualification est toujours composé de deux parties : d’une base en pierre, affectant les formes architecturales do l’époque, et d’une tige ou armature en for plus ou moins ornée. Je n’entre point dans le détail de ce décor; le lecteur pourra s’en faire une idée en jetant les yeux sur chacune de nos planches; mais, nous signalerons les supports des cierges et ceux des bénitiers. Il est encore un objet sur lequel je dois appeler l'attention, c'est la forme des écussons; ou reconnaît bien là une de ces bizarreries 'dont les artistes usèrent et abusèrent tant aux XV! et XVI! siècles.
Cette classe d’ustensiles peut, avec raison, être considérée comme une des plus importantes parmi les œuvres do la ferronnerie du moyen âge, et son exécution , malgré certaines irrégularités, semble aussi fort remarquable. Le décor consiste surtout dans le travail du fer, qui est ici exécuté au marteau, enroulé, tordu, estampé et découpé à la lime, ou bien encore orné de figures en creux obtenues à l'aide d’un instrument enfoncé dans la matière rouge. Le praticien est même parvenu à composer des feuilles, des fleurs ou des figures architecturales dont l'aspect ne laisse pas que d'avoir un certain mérite, et ce talent d'exécution donne une haute idée du savoir faire des ferronniers allemands pendant le cours des XV' et XVI! siècles.
Mais, par malheur, loua ces ustensiles ne nous sont point parvenus dans une intégrité complète; car, plusieurs (ceux de Sainl-Géréon, à Cologne) ont perdu des pièces plus ou moins importantes; néanmoins, ils sont encore très- intéressants à étudier, parce qu'ils révèlent certains faits ou particularités qui donnent de précieux renseignements.
N’oublions pas d'ajouter que tous ces ustensiles , pour s’harmonier à la décoration de l’église et aux exigences des cérémonies, avaient aussi reçu le luxe de la peinture.
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