MOYEN ACE. — IXÎ OU X! SIÈCLE. — ÉGLISES MONASTIQUES
rhistoricn et l’antiquaire sc trouvent donc dans un cniliarras extrême, et réduits aux seules ressources dont ils peuvent faire usajje ; la conjecture et l'investigation.
L’église de Sainl-Généroux remonte vraisemljlableinenl à celte période où les sciences et les arts furent complètement déchus par rabandoii de leur culture , je veux dire h cette époque fatale où l'Europe, décimée par les invasions et les malheurs qui succédèrent, en était arrivée à ce déroiirageraent qui lui fit négliger tout pour ne penser qu’à la vie. l’eul-étre même appartient-elle aux premières années de rénovation ou de tranquillité qui suivirent ces temps de troubles et de misères, conjecture qui pui.serait sa source dams la simplicité de la bâtisse et de son ornementation. On y retrouve comme une copie plus ou moins altérée de la basilique; la pauvreté de sa construction accuse Tenfancc de l’art, et, quant au décor, il se borne à l’alliance de la pierre à la brique et au ciment rouge auxquels on joignit quelques ornements et de grossiers chapiteaux. Le résultat de ces observations porterait à croire que ce monument peut être du IXt siècle ou du commcncemeul du X' , qui vit la fin de ces malheurs, et fut aussi le point de départ d’une ère où l’on put enfin respirer. Cet étal de calme pourrait donc être le moment où la société [lensa à sc remettre à la pratique de l’art, et celui encore ou l’on érigea cet édifice? Tout ce que l’on peut dire, c’est que les éléments en sont pauvres et misérables et que les artistes, si l’on peut donner ce nom aux grossiers constructeurs de celte époque, étaient certainement fort inhabiles. Une telle condition n’avait cependant rien que de naturel. C’était même la conséquence des événements accomplis: puisque, barbares et normands, en sc ruant sur le monde, avaient fait table rase de la civilisation. Dans ce cataclysme, tant de choses avaient péri, que nous trouvons même extraordinaire qu’il so soit rencontré des hommes assez forts, assez supérieurs, pour relever, à des époques plus ou moins distantes, tout ce que ces hordes avaient abattu. Charlemagne surtout aida puissamment à celte rénovation ; mais, à sa mort, l’inhabilité de ses fils, leurs querelles et d'autres désastres vinrent • encore frapper la société et la plonger dans de nouveaux malheurs. Or, au milieu de ce concours de circonstances, toutes plus ou moins terribles, on comprend que l’art ail eu beaucoup à souffrir. II fut même dans une condition telle qu’on n’y apercevait plus guère de trace de l’influence romaine, cette source léguée aux Mérovingiens; presque tout en avait disparu. Lors donc qu’on voulut se remettre à bâtir, on ne trouva plus d’hommes capables; il n’y avait que de gro,ssicrs maçons impuissants à produire de belles choses, puisqu’ils ignoraient l’art, la théorie et la pratique, .\ussi, n’étaient, peut-être, certaines lueurs sur les points où restaient quelques monuments élevés par le peuple-roi, n’étaient ces lieux, partout ailleurs une autre manière de constniire et de décorer avait remplacé ces prototypes. Le secret des grandes choses s'était perdu; les artistes étaient descendus dans la tombe sans avoir transmis de leçons à leurs successeurs; enfin, des siècles devaient succéder à d’autres siècles avant qu’on sût faire entrer l’art dans les édifices. Ainsi oublié, l'art ancien, l’art gallo-romain, avait été remplacé par un autre système de construction et de décor, né des besoins et des connaissances à celle époque, et ce système, comme style et caractère, fut complètement en rapport avec l'étal de civilisation du ou des jieuples qui le produisaient, c’est-à-dire qu’il traduisit, par sa nature rudimentaire, les idées de la société en fait de matière d’art. est, selon nous, la cause de celle condition. Dans l’architecture, aux plans symétriques et aux compositions régulières ou rectilignes des Komains avaient succédé l’impuissance cl l’irrégularité. D'autre part, le décor, par cette rigoureuse conséquence de la loi d’unité, .subit les mêmes transformations; une sculpture lourde, étrange et défectueuse avait pris la place de ces formes encore si belles quoique