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Il avait été employé par Nash

relevés des plus beaux édifices gothiques de l'Angleterre et de la France, et particulièrement de la Normandie. Le jeune Pugin se familiarisa vite ainsi avec les formes et les procédés de construction du moyen âge. Mais sa nature aventureuse le détourna pendant quelque temps de ces études et des dessins qui lui étaient déjà demandés par l'industrie; il quitta tout pour la mer, qui devint quelque temps sa passion. Il fallut, pour le ramener à sa vraie profession, bien des mécomptes et une tempête qui le rejeta sur les côtes d'Ecosse. Dessinateur et sculpteur d'architecture, il devint le précieux auxiliaire des architectes ses contemporains qui faisaient du gothique sans en connaître les détails. Poursuivant ses études sur le moyen âge, séparé par conviction de l'Eglise anglicane, fervent catholique romain, il se fit l'apologiste de l'architecture chrétienne, en même temps que, dans ses célèbres Contrastes (183 6), il attaquait violemment les théories classiques. Ecrivain plein de verve et d'humour, très habile illustrateur, ses nombreux livres eurent un plein succès. C'est à ce moment de sa vie qu'il fut appelé éprendre une large part aux travaux de reconstruction du palais de Westminster. Cette reconstruction est l'événement capital de la Renaissance du gothique en Angleterre.

Le vieux palais du Parlement avait été incendié dans la nuit du 16 octobre 1834. En 1835, la Chambre des communes décida de mettre au concours la reconstruction de l'édifice. Ce qui indique bien le retour de l'opinion à cette époque vers les formes moyen âge, c'est le style Perpendiculaire imposé aux concurrents. On avait hésité un instant entre le Perpendiculaire et le style Elizabethan; mais on trouva ce dernier trop entaché d'éléments étrangers, et on se décida pour le Perpendiculaire comme étant style national. Du reste, à ce moment, les études archéologiques ne remontaient pas jusqu'à l'ogival « pointed » ; la chapelle du King's Collège était

considérée comme une des gloires du gothique; Bath-abbey et Saint-George-chapel étaient plus appréciés que le chœur de la cathédrale de Lincoln ou l'abside de Canterbury.

Le projet de Ch. Barry fut classé premier dans ce grand concours qui mit en présence 97 concurrents avec 1,500 dessins. Ch. Barry était classique. Peu touché par le gothique français, il avait étudié avec amour les monuments de la Renaissance italienne dont il devait s'inspirer dans le beau « Travellers Club » de Pall Mail dès 1832. Cependant, malgré son peu de sympathie pour le moyen âge, Ch. Barry avait construit deux ou trois églises gothiques, et, de plus, il avait réédifié habilement en 1 83 3 , à Birmingham, une école importante, la Grammar-school, fondée en 1552 par le roi Edouard VJ. Cela indique que dès cette époque il avait étudié le style Perpendiculaire et qu'il était apte à le bien mettre en œuvre dans le nouveau palais du Parlement. Toutefois l'aide de Pugin, qu'il sut s'adjoindre dans cette vaste entreprise, lui fut d'un secours inappréciable , et l'on peut dire que , si la conception générale est l'œuvre de Barry, les détails du décor extérieur et de l'ornementation intérieure sont en majeure partie dus au cr-ayon du Pugin. Sa facilité d'invention et de composition était extraordinaire, et les dessins qu'il fit pour ce palais immense se comptent par centaines. Pugin eut, par suite, une influence considérable sur les industries d'art auxiliaires de ces grands travaux. Les vitraux de Hardman, les terres émaillées de Minton, les décorations de Crace, sont pour beaucoup sa création. En même temps la peinture et la sculpture décoratives trouvaient sous sa direction l'occasion d'un déploiement inusité. En réalité le goût public fut transformé par cette longue suite de travaux, et la Renaissance gothique, désormais prépondérante, couvrit bientôt l'Angleterre de nombreux édifices inspirés par tous les types religieux ou civils du moyen âge.

Bien que Si^ Ch. Barry ah profondément modifié et amélioré son premier projet, soit pour répondre aux nombreuses critiques dont

(M. G. Aiichison, A. Et. A., irehilttie.)

il fut naturellement l'objet, soit pour satisfaire à des besoins connus ultérieurement, on peut reprocher à son œuvre de n'être, en tant

qu'architecture, qu'une sorte de paraphrase de la chapelle de Henri VII à Westminster et de celle du King's Collège à Cambridge. Le style Perpendiculaire, très chargé de détails qui en font le principal mérite et le charme, ne gagne ni par la répétition infinie ni par le développement exagéré des dimensions. Certainement le nouveau Parlement présente de puissantes masses et de grandes lignes; mais, par la petitesse et la multiplicité du détail, l'ensemble est gris et les formes particulières sont peu lisibles à distance. Faire un grand monument en prenant pour point de départ une petite architecture est tâche difficile. Si les hautes tours qui dominent l'édifice en silhouettent la masse, les différentes façades se succèdent semblables à elles-mêmes, sans que l'abondance des ornements puisse en animer la monotonie. Aussi, *— contrairement à l'opinion même de l'architecte, qui croyait son monument plus admirable de près, — l'œuvre de Sir Ch. Barry gagne-t-elle beaucoup à être vue de loin, au travers des brouillards de la Tamise qui souvent l'enveloppent. Ce voile gris lui donne le prestige de l'indéterminé et augmente encore ses proportions colossales. L'éclat du soleil le diminue en le subdivisant, au contraire des chefs-d'œuvre de l'architecture antique dont la pleine lumière grandit la majesté. C'est qu'un certain mystère convient à l'art gothique, qui se platt à étonner les yeux et à frapper l'imagination plutôt qu'à charmer l'esprit par la simplicité et la pureté des formes.

Si nous pouvions promener le lecteur au travers des somptuosités intérieures du nouveau Parlement, nous trouverions dans la luxueuse ornementation des salles les origines de ce grand mouvement d'opinion qui, depuis trente ou quarante ans, a réhabilité en Angleterre tous les anciens procédés de décoration délaissés. Dans le vestibule central, les galeries attenantes, la Chambre des Lords et la Chambre des communes, les fresques, les riches boiseries.

les sculptures, les mosaïques, les terres émaillées, les bronzes, les fers forgés, les vitraux, soot prodigués.

On sait maintenant le rôle important de Welby Pugin dans la décoration du palais de Westminster l .

Son influence ne fut pas moindre sur l'architecture religieuse. Son glossaire du costume et de l'ornementation ecclésiastiques, publié en 1844, transforma le goût public et remit en faveur la polychromie à l'intérieur des églises. Plus décorateur que constructeur, — à l'inverse de Viollet-le-Duc, — doué d'une imagination vive qui le rendait rebelle à toute imitation servile, ses églises sont toujours conçues de façon originale avec un grand souci des dispositions nécessaires au culte catholique romain, qu'il avait profondément étudié. L'église de Saint-Giles, la cathédrale catholique de Saint- George à Londres, Saint-Chad à Birmingham, Saint-Wilfrid à Manchester, Sainte-Marie à Liverpool, excellent exemple d'église urbaine, Saint-Augustin à Ramsgate, sans compter la jolie porte du Magdalen Collège à Oxford (porte aujourd'hui malheureusement démolie), sont les œuvres les plus importantes de Welby Pugin. Mort en 1852, on doit lui accorder, sans conteste, Thon-

1. Sans exagérer cependant ce rôle, comme quelques-uns ont tenté de le faire aux dépens de SirCh. Barry, on peut dire que Pugin tempéra, par son intelligence de l'ornement, le style un peu raide de celui dont il fut l'auxiliaire quelquefois insoumis. Ainsi Ch. Barry dut maintenir dans les limites du style Perpendiculaire imposé son ardent collaborateur, souvent entraîné par son goût et ses études vers le gothique flamboyant français. Aussi, malgré tout le talent dépensé par W. Pugin, Sir Ch. Barry reste bien le maître réel de l'œuvre et le créateur glorieux du monument.

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neur d'avoir dirigé le grand mouvement de la Renaissance gothique en Angleterre.

Malgré l'importance de ce « Gothic Revival » , il ne faut pas oublier que, si discréditées que semblaient être les formes classiques en ce pays, elles eurent encore des partisans dévoués. Il faut donc tenir compte de ce double courant qui emporta passionnément et si longtemps les uns vers le moyen âge et maintint les autres dans le culte des traditions classiques, élargies par l'éclectisme moderne. Ainsi se préparait lentement la réaction « Queen Anne » à laquelle nous assistons aujourd'hui. Négligeant pour le moment les œuvres un peu isolées des architectes classiques, nous continuerons l'étude de la période gothique 1 *.

A la suite de Pugin, trois architectes, aujourd'hui disparus, marquent les étapes successives du gothique anglais par des œuvres d'un caractère différent. Ce sont : Sir George-Gilbert Scott (181 1- 1878), William Burges (1 827-1 881), George-Edmund Street (1824-1881).

Sir Gilbert Scott fut un gothique convaincu, malgré certaines compromissions intéressées avec le classique sur lesquelles nous reviendrons. On lui doit de nombreuses restaurations dans les vieilles cathédrales d'Ely, d'Hereford, d'Exeter, de Westminster, et plusieurs églises, entre autres celle de Sainte-Marie à Édim-

1. Présenter un tableau complet de cette phase si abondante et si variée de l'architecture anglaise serait une tâche longue et difficile. Nous ne tenterons pas davantage d'établir un parallèle entre les manifestations diverses du gothique moderne en France et en Angleterre. Nous essayerons seulement de dégager quelques-uns des caractères principaux du gothique anglais et de rappeler les noms et les œuvres des architectes qui ont été ses plus fermes appuis. Pour une étude plus approfondie des origines du néo-gothique et de ses développements jusque vers 1870, nous renvoyons le lecteur à l'intéressante History of the Gothic Revival, par Charles L. Eastlake (ancien secrétaire de l'Institut royal des architectes britanniques), qui a été pour nous un guide précieux.

bourg, récemment achevée. Il éleva en 1842, à Oxford, le « Martyr' s-Memorial » et plus tard, à Londres, dans Hyde Park, 1' « Albert Mémorial » , ce fastueux monument qui, sous un dais magnifique enrichi par toutes les ressources de l'art et de la matière, abrite comme une image sacrée la statue en bronze doré du Prince Consort. On peut par ce monument juger du style de Sir Gilbert Scott. Il est souple, abondant, décoratif, beaucoup plus voisin des

(Feu W B Burgtt, A. R. A., irchîlecte.)

profusions du gothique italien que des austérités du gothique septentrional. Gilbert Scott était sensible à l'extérieur des formes du moyen âge plutôt que pénétré par leur esprit, lia dû aussi se laisse/ entraîner par les écrits de M. John Ruskin, critique esthéticien '

enthousiaste du gothique italien. Par son livre The Stones of Venice, M. Ruskin mit à la mode l'emploi des marbres, des granits, des mosaïques, celui même des pierres précieuses dans la décoration extérieure, cela pour le meilleur effet des nombreux édifices modernes qui ornent les grandes villes anglaises.

Tout autre que Scott fut William Burges. Beaucoup moins connu du public, mais très apprécié par les artistes, son influence sur eux a été grande. Élève de Blore, il fut très remarqué en 1856 dans le concours qui eut lieu à Lille pour une église cathédrale, Notre- Dame de la Treille. Classé premier, son projet, aujourd'hui à Lille, témoignait d'une connaissance approfondie de l'art du XIII e siècle et particulièrement des monuments français de cette époque. Les dessins étaient si caractérisés qu'on eût pu les attribuer à ce vieil architecte vermandois du XIII siècle, Villard de Honnecourt, dont les précieux croquis l'ont certainement inspiré. Burges fit aussi un projet remarquable pour les « New Law Courts » de Londres. Street, le vainqueur du concours, l'emporta de peu sur lui. Burges mit heureusement à profit toute sa science de l'art du moyen âge dans la reconstruction d'un château à Cardiff, pour le marquis de Bute. La grande fortune de cet amateur érudit lui vint en aide pour réaliser là, exceptionnellement, son rêve d'architecte et d'archéologue. Outre une église et une chapelle dans le comté d'York, Burges construisit encore, vers 1870, la cathédrale de Cork en Irlande, la première cathédrale élevée dans le Royaume-Uni depuis Saint-Paul de Londres. C'est un édifice de petites proportions, mais riche et sévère tout à la fois, dont les moindres détails de construction, d'ornementation et d'ameublement révèlent les connaissances multiples de Burges dans toutes les branches de l'art.

La maison que Burges construisit pour lui à Londres, Melbury

[M. J.-L. Pcirton, R. A., arcbiiecU.)

Road, et qu'il habita trop peu de temps avant sa mort, résume bien son rare talent. Et, cependant, nous ne pouvons nous défendre de le trouver là un peu recherché et compliqué dans le détail. Rêveur et poète autant qu'archéologue, Burges s'est moins préoccupé dans sa demeure du charme et de la beauté des formes plastiques que de l'intérêt et de l'expression d'une décoration dont le caractère symbolique est quelquefois d'une intelligence difficile.

Dans le mémorable concours ouvert en 1866 pour la construction des nouvelles cours de justice à Londres, Street avait triomphé des redoutables concurrents qui, comme lui, avaient été choisis par le gouvernement pour présenter des projets. Les noms de Abraham, Edward Barry (fils de Sir Ch. Barry), Brandon, Burges, Deane, Garling, Lockwood et Mawson, Scott, Seddon, Street, Waterhouse, disent quel fut l'intérêt de la lutte. Les onze projets •présentés étaient gothiques avec un hérissement de toitures, pinacles, tours, clochers et flèches de toutes formes et de toutes dimensions jusqu'aux plus gigantesques.

Nous croyons, en vérité, qu'un architecte français aurait peine à comprendre un palais de justice de cette façon. Nous chercherions à exprimer par l'austérité et la puissance des formes l'idée ^\J(^c Y^ ) d'une justice immuable, en quelque sorte indépendante des temps

et du milieu, supérieure aux institutions qu'elle consacre. Nous nous garderions de ces exubérances de décor et d'élancements non motivés qui ne justifient pas, ce nous semble, la réputation de gens raisonnables que nous nous plaisons à faire à nos voisins. Quand on revoit maintenant ces projets, et qu'on médite sur cette dépense excessive d'imagination déréglée, on excuse plus facile-

ment l'œuvre de Street dont les nouvelles cours de justice marquent à la fois l'apogée et le suprême effort du gothique moderne anglais « Le talent y abonde 1 mais sans mesure 5 sans frein. Que

(MM. C.-F. Bodl«ï cl E.-T. G»rn

d'étrangçtés ! Que d'inutilités ! C'est une prodigieuse improvisation plutôt que le résultat d'une conception sagement mûrie.

Si, comme architecte français, nous nous sentons rebelle au monument de Street, comme simple touriste nous apprécions pourtant l'effet vraiment hardi et pittoresque de ces entassements de motifs divers, nous subissons le charme étrange de ces perspectives constamment rompues et cahotées qui semblent évoquer les souvenirs de la vieille Cité de Londres disparue dans les flammes de 1666. Mais, au contraire du moyen âge, ces lourdes constructions, de style XIII e siècle, tantôt anglais, tantôt français, ne révèlent pas à l'extérieur les besoins du dedans. Si tout est accusé dans le détail, les grandes dominantes du plan restent inexpliquées. Cependant ce plan comporte vingt-deux salles ou cours de justice, avec les nombreux services publics ou particuliers en dépendant, et une grande salle des Pas-Perdus. On y pénètre du dehors par un porche de cathédrale. Cette grande salle est assurément la partie la plus réussie du monument. Belle par la simplicité du rythme et de l'ornement, elle repose des mouvements exagérés et du touffu de l'extérieur. Malgré ses hautes voûtes ogivales portées sur des faisceaux de colonnettes et ses proportions allongées, elle éloigne toute idée d'une nef religieuse et reste, colossale et sombre, l'expression quelque peu terrifiante du sanctuaire de cette Justice humaine toujours redoutable dans son imprévu.

Nous pourrions faire des réserves sur les distributions du plan peu en accord avec les besoins. Mais l'architecte ne saurait être entièrement responsable d'imperfections que l'on peut en partie attribuer à de nombreux changements demandés au cours des travaux et qui ont rompu l'économie du projet primitif 1 .

1. Nous saisissons cette occasion pour dire notre regret de ne pouvoir, ici, étudier l'architecture de la Grande-Bretagne en pénétrant plus avant dans l'examen

Street, travailleur infatigable, dessinateur abondant, connaissait tous les édifices gothiques importants de l'Europe. On voit dans ses œuvres, dans les nouvelles cours de justice comme dans la cathédrale de Bristol ', l'église Saint-John àTorquay et Saint-Margaret (East Grinstead), se heurter en foule les ressouvenirs de ses études d'outre-mer. Ils leur enlèvent quelque peu le caractère d'unité et de personnalité qui fait la vraie grandeur et l'intérêt d'un monument. Epuisé de travail, Street mourut quelque temps avant l'achèvement complet des a New Law Courts » , que l'on peut néanmoins considérer dans leur ensemble comme le témoignage d'un puissant tempérament d'artiste.

Parmi les architectes, aujourd'hui disparus, qui furent plus ou

moins de fervents adeptes du « Gothic Revival », il faut citer :

Raphaël Brandon, qui a fait à Londres une remarquable église, """"y ^ /

Gordon square (style Early English) 2 , et a publié une analyse ç L ^ ( l

encore très appréciée de l'architecture gothique; — Carpenter, *^~~""~

des programmes utiles qui sont la raison d'être de tout édifice. L'architecture n'est, en aucun temps, en aucun lieu, indépendante des besoins, et son premier rôle est d'y satisfaire. Mais, comme les besoins sont en raison directe des mœurs, du climat, des institutions, du tempérament moral d'un pays, se livrer à la recherche de ces besoins serait entreprendre une étude historique, sociale et philosophique, dont ce n'est ni le lieu ni l'instant. Nous sommes forcé de nous maintenir dans un cadre très restreint. Ainsi donc, sans séparer l'architecture de l'utile, dont elle doit être l'expression essentielle, devons-nous borner nos efforts à préciser le caractère apparent de l'architecture anglaise dans ses diverses phases.

1. La cathédrale de Bristol est une vieille église du commencement du XIV e siècle, dont Street a rebâti très heureusement la nef, les bas côtés et le porche, qui sont en grande partie de sa composition.

2. Cette église, restée inachevée, est une œuvre de grande valeur en raison de l'époque de sa construction.

dont le vaste Collège de Sainte-Marie et Saint-Nicolas (Lancing : Sussex) dans le style « geometrical pointed » , établit la réputation ; — Ferrey et Talbot Bury, élèves de Pugin le père t 1 constructeurs de nombreuses églises; — Kemp, charpentier-architecte qui éleva à Edimbourg un ambitieux monument à la gloire de Walter Scott, monument remarquable assurément pour le temps et qui a servi de type à l'Albert Mémorial de Hyde Park; — G. Somers Clarke, architecte de Wyfold Court (Oxfordshire), important manoir caractérisant le gothique appliqué à l'habitation moderne anglaise; — Woodward, qui, inspiré par le poète Ruskin, mit le gothique italien à la mode. Suivant le vieux style vénitien, il propagea le goût des marbres, dés pierres dures et des mosaïques dans la décoration extérieure des édifices. Puis, E. W. Godwin, architecte du Town Hall de Northampton. Cet hôtel de ville est un sensible exemple du gothique anglo-français qui fut, en Angleterre, la conséquence des écrits de Viollet-le-Duc.

Tous les architectes anglais n'ont certes pas eu les mêmes idées sur la façon dont il convenait d'interpréter le moyen âge. Puisant à des sources très variées, mettant à contribution les différentes époques du passé, cherchant souvent leurs inspirations à l'étranger, très influencés par le gothique français, on pourrait les classer en trois partis différents :

D'abord les constructeurs archéologues, ayant horreur de l'éclectisme, n'admettant aucun compromis, qui ont incliné vers les types primitifs. Ils visaient à la littérale reproduction d'un style, n'acceptaient que ce qui était autorisé par un précédent et sacrifiaient volontiers les besoins modernes pour ne pas troubler les conditions des formes anciennes.

i. Nous avons déjà cité plus haut Cirpenter, Talbot Bury et Feney, parmi les premiers panisiins du style gothique.

L ARCHITECTURE MODERNE E*f ANGLETERRE 45

' ■ Puis les architecte^ qui, tout en professant le plus grand respect pour le moyen âge, le croyaient susceptible de modifications et se

CkA'Abl si LU — flAUiN.Ti.JN leilbôLJ — k ôtfbtS.

(M. T.-C. Jackson, M. A. Architecte.)

sont efforcés de l'assouplir aux exigences de l'Utile. Ils recherchaient alors les principes de cet art plutôt que ses formes tradi-

tionnelles et ne craignaient pas de les rejeter quand elles ne leur semblaient pas justifiées. Ce fut une École d'adaptation artistique formée par des esprits libres et élevés.

Enfin les éclectiques et les indépendants, usant des formes moyen âge sans souci des dates et des provenances, altérant leurs proportions rationnelles et les utilisant comme un décor pour masquer des dispositions toutes modernes.

On distingue ces trois caractères différents, quand on étudie l'innombrable série des édifices gothiques, religieux ou civils, qui en ce siècle ont couvert le sol des trois royaumes unis. Cette production considérable est due, pour beaucoup, au grand mouvement religieux qui depuis quarante ans s'est produit en Angleterre. Non seulement il a provoqué la restauration de toutes les cathédrales et de toutes les anciennes églises par centaines, mais encore il a nécessité la construction d'un nombre infini de nouvelles églises, soit pour la religion anglicane, soit pour les nombreuses sectes qui en dérivent, soit même pour le catholicisme, qui est la religion dominante en Irlande et qui, en Angleterre, compte des fidèles tout au moins très ardents.

La restauration des vieux édifices gothiques forma naturellement une armée d'architectes, de dessinateurs, d'entrepreneurs et d'ouvriers très habiles dans la reproduction des styles anciens et prépara la génération d'artistes et d'exécutants qui devait réaliser un « Gothic Revival » bien en harmonie avec le grand renouveau de foi et de ferveur qui s'est emparé de la nation anglaise. Il serait curieux, si la place ne nous faisait pas défaut, de rappeler ici les premiers efforts peu libéraux de la « Camden Society » pour protéger certains anciens édifices par catégories et condamner en bloc certains autres, comme témoins d'époques de décadence. A l'entendre, tout le XV e siècle, c'est-à-dire tout le style Perpendicu-

laire, était indigne de restauration et par suite de conservation. Aujourd'hui la « Society for the Protection of ancient monuments », passant d'un extrême à un autre et acceptant tout débris du passé comme une page d'une même histoire de l'art national, laisserait

(M. R. Normiîi Shaw, R, A., «rchilcctc. — Dessin de l'artiste.)

plutôt tomber une cathédrale en ruine que de toucher à l'une de ses pierres, par crainte de compromettre le caractère et l'authenticité du monument. Nous laisserons à d'autres le soin de se prononcer sur ces questions très intéressantes, aussi bien pour nos

voisins que pour nous, comme aussi de déterminer la part certaine d'influence que nos écrivains et nos archéologues français, Vitet, Prosper Mérimée, de Caumont, Didron, etc., ont eue sur les origines du gothique anglais moderne. Nous avons hâte d'en revenir, après cette courte digression, aux architectes qui ont été les champions les plus convaincus de l'art du moyen âge en Angleterre.

Moins en vue que Street, M. William Butterfield est cependant un des architectes gothiques qui ont été le mieux pénétrés par l'esprit du moyen âge, tout en gardant une originalité propre. La chapelle du Balliol Collège et celle du Keble Collège à Oxford, l'église de Tous-les-Saints, près de Tottenham court road, et l'église de Saint-Alban à Londres, sont d'un style sobre et sévère. Elles montrent des recherches de forme et de coloration par l'emploi des matériaux, qui n'ont pas toujours été suffisamment appréciées du public.

M. John Pearson, R. A., et M. James Brooks, — aujourd'hui les architectes les plus recherchés pour la construction des édifices religieux, — sont connus par des églises intéressantes, ingénieusement aménagées, généralement dans le style dit de Transition ou dans celui « Early pointed ». Quelques-unes de ces églises par leur aspect massif, par la lourdeur voulue des clochers à flèches de pierre, octogonales sur tours carrées, rappellent beaucoup nos vieilles églises normandes. La cathédrale de Truro , que M. J. Pearson construit à l'extrémité du pays de Cornouailles, est remarquable en raison de ses dispositions importantes. Trois flèches élevées doivent la couronner et la signaleront à grande distance \

1. M. Pearson a construit, à Londres, Red lion square, une petite église dont le plan particulier a été imposé par un terrain très irrégulier. Son style correct, calme, presque austère, caractérise les grandes qualités de M. Pearson, aujourd'hui chargé des restaurations de Westminster Hall. La vue S.-E. de l'église Saint-Augustin à

Les églises de M. G.-F. Bodley, A. R. A., sont également re-7 marquables comme construction et décor. Particulièrement celle

(M. R. Normto Sh»w, R. A., irchilecte.)

Kilburn, par le même architecte, marque bien les dispositions extérieures mouvementées et pittoresques toujours cherchées par les architectes anglais.

de Saint-Jean-Baptiste à Liverpool, en style « Middle pointed », se recommande par la correction des formes et par des peintures intérieures d'un bel effet. Signalons aussi, de M. Bodley, le riche beffroi du Christ Church Collège, à Oxford. Cette construction hardie fait très bon effet dans l'angle de la vaste cour de ce célèbre Collège.

Sir Arthur William Blomfield. fils d'un ancien évêque de Londres et élève de Hardwick, n'est pas moins apprécié pour ses constructions religieuses. Le « Private chapel Tyntesfield » près de Bristol, et l'église de la Sainte-Trinité (Privett Hants), couverte par une curieuse charpente, sont de bons spécimens de ce talent distingué. Notons encore les travaux de M. Blomfield à Oxford, sa grande église de Saint-Saviours, à Londres, et la restauration continuée par lui de la cathédrale de Chester dont il orne en ce moment les murs intérieurs de mosaïques de marbre d'un noble caractère 1 .

Les petites églises de MM. Paley et Austin sont pittoresques comme leurs maisons de campagne. Elles nous rappellent ces nombreuses églises habilement composées, logiquement construites, que l'on trouve partout en Angleterre, même dans les pays les plus pauvres et les plus isolés. Toujours admirablement tenues, petites églises ou modestes chapelles, ces constructions se recommandent par des combinaisons habiles qui mettent heureusement en œuvre les matériaux du pays et témoignent de l'intelligence et du savoir des ouvriers locaux.

Le gothique de M. Seddon subit quelquefois des influences lom-

i. Nous apprécions beaucoup la décoration peinte du plafond en bois à compartiments de la chapelle du Trinity Collège à Cambridge. Ces peintures symboliques et mystiques ont été exécutées par MM. Heaton, Butler et Bayne sous la direction de Sir Arthur Blomfield. Les vitraux sont également remarquables.

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bardes, vénitiennes, et même aussi byzantines. Nous avons trouvé de grandes qualités dans son Université à Aberystwith (Galles du Sud), qui a été dernièrement très endommagée par le feu. Le gothique plus récent de M. Sedding est un peu étrange. M. Godwin est depuis longtemps un artiste réputé justement et qui, véritablement doué, aurait pu occuper une place considérable dans l'art de

(MM. E.-W. Godwin, F. S. A, et R. W. Edii, F. S. A., irchiltctes.)

son pays. Nous citions plus haut son Hôtel de ville de Norihampton. II a fait aussi certaines petites églises d'un goût très particulier. Parmi ses travaux d'architecture moyen âge, nommons le château de Dromore, près de Limerick. Il est d'un aspect puissant et sévère; mais aussi ces sortes de forteresses, encore à la mode il y a peu de temps, ne sont-elles pas un peu sombres et tristes à habiter? M. Collcutt a fait des habitations agréables et bien mo-

dernes dans tous les styles. Nos lecteurs se souviennent sans aucun doute de la gracieuse petite façade qu'il éleva dans la rue des Nations à l'Exposition de 1878. Parmi les constructions style gothique de M. Collcutt, nous présentons celle de Saint-Bride Street à Londres. Depuis longtemps elle nous avait frappé par son parti bien franc en harmonie avec une façade étroite.

Nous pourrions encore parler des travaux de S. S. Teulon (église à Hampstead) et de Hadfield à Sheffield; de ceux de MM. Dunn et Hansom (Church of our Lady of the Assumption and the English Martyrs, à Cambridge); de ceux de M. Belcher et de ceux de M. Jackson à Oxford et à Brighton. Mais nous sommes obligé de nous presser et de ne parler encore que brièvement des œuvres de M. Oldham, de M. Worthington et de M. Redmayne, qui ont beaucoup construit à Manchester et aux environs. M. Worthington est l'habile architecte des « Police courts » et du monument (toujours un dais magnifique) élevé au Prince Consort en face du « Town Hall » de Manchester.

Le « Town Hall » ou l'Hôtel de ville de Manchester est l'œuvre de M. Alfred Waterhouse, qui occupe aujourd'hui en Angleterre une situation considérable. Manchester doit à cet artiste ses deux monuments modernes les plus importants : le « Town Hall » et les « Assize Courts ». A peine âgé de trente ans, M. Waterhouse obtint, à la suite d'un brillant concours, la construction de ces cours d'assises qui ont fait de bonne heure sa réputation. C'est un bel édifice, de façade régulière en gothique « pointed » francisé, dominé, comme d'usage en Angleterre, par une haute tour carrée quelque peu lombarde. Les dispositions intérieures sont considérées comme excellentes; mais, quoique cette œuvre passe pour une des meilleures de M. Waterhouse, on y sent encore la marque d'un talent jeune, à la fois ardent et incertain.

Le style personnel de M. Waterhouse s'affirme dans le Town Hall commencé en 1869, dix ans après les Assize Courts, Ce vaste édifice est construit sur un terrain en forme de trapèze irrégulier, d'une surface de 9,500 mètres environ. M. Waterhouse a tiré bon parti de ce terrain isolé en établissant les différents services publics sur les voies secondaires et en réservant la façade principale pour les appartements de réception. Ceux-ci sont en relation directe avec une vaste salle ou « public hall » élevée au centre de l'édifice. Cette belle salle est couverte par une voûte en bois à caissons enrichis des armoiries peintes des grandes capitales de l'Europe. Au fond se dresse sur une estrade un orgue puissant, préparé pour ces solennelles auditions de musique chorale ou religieuse qui caractérisent le goût musical de la moderne Angleterre. Des galeries voûtées d'un agréable effet perspectif relient les diverses parties de l'édifice desservi aux angles intérieurs du trapèze par des escaliers tournants. Leurs limons de pierre sont supportés par une suite de fines colonnettes dont la spirale ajourée fait un charmant effet, vue du vestibule qui précède la grande salle.

Le gothique XIII e siècle de cet imposant Hôtel de ville peut paraître massif et sévère. Mais nous trouvons quand même qu'il convient bien à cette ville industrielle de Manchester entourée d'usines. Cette architecture compacte semble faite pour résister aux actions délétères d'une atmosphère chargée de gaz et de fumées. D'ailleurs, M. Waterhouse a suffisamment mouvementé, en plan et en élévation, ses façades chargées de pinacles, de lucarnes, de tourelles, etc., pour que l'ensemble apparaisse bien décoratif. Le Town Hall surprend agréablement au milieu de cette grande cité qui semble peu faite pour éveiller des idées artistiques. Ajoutons que deux hautes tours, la principale chargée d'horloges et de cloches, complètent le grand aspect de ce monument, qui

nous paraît une des expressions les plus complètes du gothique moderne en Angleterre.

Dans ce style et parmi les œuvres de M. Waterhouse, nous pourrions encore citer l'église Sainte-Elizabeth, à Reddish, près de Manchester; puis à Liverpool, sa ville natale, le « Turner Mémorial », d'un arrangement pittoresque; puis encore ses travaux à Oxford et à Cambridge où il a fait le Pembroke Collège et les parties neuves du Caius Collège, un peu dans le caractère de la Renaissance française 1 . Mais M. Waterhouse, subissant, comme tant d'autres, les entraînements du moment, et malgré son récent Musée d'Histoire naturelle à Londres, dont nous parlerons plus tard, semble avoir abandonné, depuis quelque temps déjà, les austérités du gothique « pointed » pour l'architecture plus aimable qui dans son « Technical Collège » semble se rapprocher du nouveau style à la mode, le « Queen Anne ».

Pour expliquer les origines de ce nouveau style, nous allons revenir quelque peu en arrière afin de rattacher le « Queen Anne » aux traditions classiques dont il est en quelque sorte la continuation. Nous parlerons en même temps de cette récente période d'architecture néo-italienne, dont un artiste hors ligne et trop peu connu, Alfred Stevens, fut pour beaucoup l'inspirateur inconscient. Luttant d'influence avec le style gothique, cette nouvelle forme du classique a certainement contribué à l'abandon des idées gothiques en Angleterre.

1. Notons, à quelques pas de là, la Master's Court du Trinity Collège, par A. Salvin, d'un style très sobre et très étudié, et une École en style Tudor élégant, par M. Basil Cbampneys.

En effet, l'étude du « Gothic Revival » nous a fait négliger quelques monuments de style classique inspirés par la rénovation d'antiquité grecque ou romaine qui florissait au commencement du siècle. Alors que quelques-uns s'essayaient déjà dans les formes du moyen âge, J. Nash, continuant la tradition classique, rebâtissait (de 1825 à 1837), avec une certaine élégance noble, la façade du vieux palais de Buckingham sur le jardin. D'un autre côté il donnait, comme frontispice triomphal à ce palais, le « Marble Arch », cet arc de genre Romain transporté aujourd'hui à l'entrée de Hyde Park sur Oxford Street. Blore devait succéder à Nash et construire (de 1837 à 1846) l'aile du palais, alourdie d'ornements superflus et sans style, qui est en façade sur le parc de Saint-James. Apsley House, construite en 1828 pour Wellington par B. Wyatt, fut encore une sorte de temple antique dédié au héros anglais. En 1828, Decimus Burton lui avait élevé, à quelques pas en avant de cette demeure, un arc de triomphe surmonté d'une mauvaise statue équestre 1 .

Plus tard, dans un style mixte Gréco-Romain, tempéré de Renaissance, il faut indiquer le Royal Exchange, œuvre de feu sir William Tite, construit de 1842 à 1845. C'est un monument d'architecture ampoulée dont la cour intérieure, entourée de portiques, a été récemment couverte par une toiture vitrée lourde et désagréable. Puis des monuments plus modernes : l'Université de Londres, commencée sur les plans de Pennethorne et achevée seulement en 1869.

t. Cet arc vient d'être démoli et relevé plus loin dans de meilleures conditions d'aspect, moins la statue, qui a été transportée à Aldershott.

Sa façade, encombrée par un portique en saillie, est trop chargée de statues 1 .

En arrière, les bâtiments de la Royal-Academy ont été construits sur les plans de Smirke. Cet ensemble de constructions porte le nom de Burlington Housc 3 et abrite un grand nombre de sociétés

savantes. Burlington Housc présente sur Piccadilly une façade imposante par la masse et par la richesse, mais sans caractère décidé.- Elle a été achevée en 1872 sur les plans de Banks et de M. Charles Barry, fils de feu Sir Charles Barry.

1. Pennethorne a construit en style Tudor le » New Record Office » terminé seulement en 187a. Il a continué aussi le beau palais de Somerset House en élevant sur Wellington Street une façade bien composée.

1. Du nom de Lord Burlington, ancien propriétaire des jardins et de la maison aujourd'hui occupés par les bâtiments de la Royal-Academy.

Où s'affirme davantage le classique moderne italianisé, c'est dans cette série d'édifices magnifiques, quoique simples clubs, qui bordent Pall-Mall et Saint-James Street. L'aspect de Pall-Mall est vraiment grandiose et fait songer à ces voies bordées de palais des grandes cités italiennes, Gênes, Florence ou Rome. Nous avons déjà parlé du « Travellers club » par Barry; il faudrait citer encore : du même Sir Ch. Barry, le « Reform club », avec ses apparences de palais Farnèse; surtout le « Carlton club » de S. Smirke, qui a été bien inspiré par la Bibliothèque du Sansoyino à Venise; puis « Army and Navy club », imitation d'un palais vénitien.

Ce qui témoigne assurément de la persistance des traditions classiques, malgré la longue prédominance du gothique moderne, c'est le grand concours international qui fut ouvert en 1857 pour la construction des Ministères des affaires étrangères et de la guerre à Londres 1 . Les concurrents se partageaient en deux camps bien délimités : Gothiques et Classiques. Des prix furent distribués, mais l'exécution fut réservée. G. G. Scott avait été classé troisième dans ce concours. Plus tard, les conservateurs étant au pouvoir, on lui confia l'exécution des Ministères de l'étranger et des colonies (Foreign office, Colonial office), et celle du Ministère d'État (Home office) et du Ministère des Indes (India office); Sir Digby Wyatt restant chargé des distributions intérieures de ce dernier édifice ainsi que des cours correspondantes. Aussitôt Scott pré-

1. En même temps un autre concours était ouvert pour indiquer le meilleur mode de réunion de tous les services du Gouvernement sur un emplacement compris entre Whitehall et le nouveau palais du Parlement. Nous rappelons que notre confrère M. Crépinet, de Paris, obtint le premier prix dans ce concours du a gênerai or block plan». Son projet présentait un ensemble de beaux édifices élevés dans Taxe du pont de Westminster, et projetait de larges voies d'accès et des quais qui depuis ont été réalisés en partie.

para ses plans dans le style gothique qui lui était familier. Mais, Tannée suivante (1862), les libéraux revinrent au pouvoir avec Lord Palmerston. Ce ministre n'aimait pas le gothique, il voulait du Palladio. Scott se soumit, mais ce ne fut pas sans protester qu'il renonça à ses convictions et à ses préférences. Il éleva donc sur Parliament Street les a Government offices », grand monument de style classique italien, avec une certaine recherche de détails grecs, qui correspondait au goût néo-grec alors dominant en France. En somme, c'est un bel ensemble formé d'arcades et de trois ordres superposés à la mode italienne. A sa gauche s'élève la « Treasury » , grande colonnade corinthienne un peu trop engagée 1 , mais d'une proportion harmonieuse, construite par Sir Ch. Barry en 1850.

C'est vers cette époque qu'Alfred Stevens allait inconsciemment renouveler l'intérêt du classique italien en le revivifiant par l'étude directe des premiers maîtres de la Renaissance.

Né en 181 7 à Blandford dans le Dorsetshire, Alfred Stevens était fils d'un peintre décorateur de très modeste situation. Dès l'âge de huit ans, il dessinait et peignait, dit-on, avec une étonnante facilité. Aussi trouva-t-il dans le révérend Samuel Best, pasteur de son. pays, des encouragements précieux. Appréciant les dispositions précoces du jeune Stevens, cet intelligent protecteur l'envoya à seize ans en Italie pour y continuer, à ses frais, des études artistiques à peine ébauchées. Alfred Stevens se passionna vite pour

1. Sir Ch. Barry dut là utiliser des colonnes engagées autrefois placées au rezde-chaussée d'un autre édifice.

l'art italien de la Renaissance, et tellement que l'Italie le prit tout entier. Comme les maîtres d'autrefois, il exerça son intelligence et sa main d'après tous les monuments de l'art, étudiant l'architecture comme les œuvres de la peinture, sculptant en même temps qu'il peignait. Particulièrement, il se plut à dessiner ou peindre les nombreuses fresques de Florence, profondément pénétré par ces œuvres d'une expression si élevée et si sincère, d'une exécution si honnête et si simple. Mais, prolongeant indéfiniment son séjour en Italie, livré peu à peu à ses propres ressources, il associa la pratique à ses études théoriques et devint pendant quelque temps un des aides les meilleurs du sculpteur danois Thorwaldsen, qui alors travaillait à Florence.

Cependant il fallut quitter l'Italie, cette mère adoptive qui, pendant neuf ans, l'avait nourri de son art, avait développé ses facultés, avait assuré sa main. Il revint en Angleterre à l'âge de vingt-cinq ans, armé de toutes pièces comme ces maîtres vigoureux de la Renaissance, architectes, sculpteurs et peintres tout à la fois.

De retour à Londres, ses nobles ambitions durent se contenter des modestes fonctions de professeur de dessin à l'École de Marlborough House, qui fut un des premiers centres d'instruction artistique patronnés en Angleterre par le Gouvernement.

Il sut communiquer à ses élèves son ardent amour pour l'art italien, les instruire de ce qu'il connaissait si bien et préparer ainsi cette jeune génération d'artistes qui devait illustrer plus tard les salles du Musée du South Kensington, l'Albert Hall et les galeries du Jardin d'horticulture. Il fît à cette époque un projet (non exécuté) de grille pour le Musée de l'École des mines sur Jermyn Street. Ce dessin, conservé au South Kensington, montre la grande facilité de composition de Stevens.

Mais il fallait vivre , et, vers 1849, Stevens accepta la direction

L'ARCHITECTURE MODERNE EN ANGLETERRE 6l

artistique des ateliers de MM. Hoole et Robson, du Green-Lane Works, à Sheffield. Ces industriels fabriquaient tous ouvrages en métal de caractère utilitaire et décoratif : grilles, panneaux, étuves,

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calorifères, etc. Stevens élargit facilement le cercle d'action qui lui était offert, et bientôt les produits de ces vastes usines, transformés par un caractère artistique accentué, répandirent l'influence de Stevens. Dans ce nouveau milieu, Stevens fut un initiateur, communiquant à ceux qui l'entouraient la foi dont il était animé. Dessi-

nateurs, modeleurs, ouvriers, tous le respectaient comme un maître et se pénétraient de ses idées.

Mitchell, instructeur en chef de l'École d'art à Sheffield, témoigna à Stevens une vive estime. Il lui soumettait souvent les travaux de ses élèves. Parmi ceux-ci, Godfrey Sykes, graveur sur métal, plein d'admiration pour Stevens, voulut travailler sous la direction immédiate du maître et vint s'installer près de lui à Green- Lane.

Recherché comme collaborateur par de grands industriels qui lui demandaient des dessins et des modèles, le rôle de Stevens dans le développement des industries d'art de son pays allait devenir considérable.

Le concours ouvert en 1855, pour élever un monument à Wellington dans la cathédrale de Saint- Paul à Londres, affirma la valeur de l'artiste et décida de son avenir en l'attachant à une œuvre qui devait absorber toute sa vie. Le concours fut clos en 1857. Quatrevingt-trois projets avaient été présentés. Stevens n'obtint qu'un des derniers prix. Mais cependant son projet apparut bientôt comme tellement supérieur à ceux de ses concurrents que, grâce à de hautes et intelligentes influences, il fut chargé de le réaliser.

Alfred Stevens accepta la commande du monument pour 350,000 francs. Nous ne développerons pas ici l'historique de cette œuvre considérable 1 . Nous nous bornons à donner sur la vie du grand artiste anglais quelques détails que nous croyons inédits et à déterminer sa large part d'influence sur le mouvement moderne de l'art décoratif et architectural en Angleterre.

A. Stevens travailla au monument de Wellington jusqu'à l'époque de sa mort, c'est-à-dire jusqu'en avril 1875. Ce fut pour lui un tra-

1. On en pourra trouver les détails dans le livre publié par M. Walter Armstrong sur Alfred Stevens.

vail acharné de longues années, traversé par bien des épreuves, par bien des misères. Peu pratique, complètement désintéressé dans les questions d'argent, Stevens avait accepté sans calcul une somme beaucoup trop insuffisante pour l'exécution de son projet. De là des retards nombreux, les plaintes répétées des ministres qui se succédaient au pouvoir, et l'obligation pour Stevens de chercher dans d'autres travaux les moyens de vivre et aussi de poursuivre son œuvre en tenant ses engagements.

C'est ainsi qu'il fit de nombreux dessins et aquarelles 1 pour Léonard Collmann, architecte, élève de Sydney Smirke, dont il avait fait autrefois la connaissance en Italie. Alors livré à de grandes entreprises de décoration, Collmann trouva dans Stevens un précieux collaborateur.

De même, Stevens orna pour M. Holford sa riche habitation de Dorchesteret y éleva une belle cheminée à cariatides, noblement accroupies sous l'écrasement de la corniche.

Mais le monument de Wellington domine tout l'œuvre de Stevens. Ce n'est pas que sa composition architecturale se révèle par une invention particulière. Ce monument procède en partie de ceux de la Renaissance vénitienne, et par suite offre quelque analogie d'aspect avec les tombeaux des reines Élizabeth et Marie Stuart qu'on admire à l'abbaye de Westminster, et qui dérivent de l'art italien.

Le monument de Wellington est d'une architecture un peu fine, nous pourrions dire trop élégante, pour abriter le guerrier que Stevens devait célébrer par le marbre et le bronze. Autorisé toutefois par l'art délicat des beaux modèles italiens dont il avait le culte, Stevens a élevé un monument de silhouette harmonieuse et de noble

1 . Quelques-unes de ces aquarelles sont aujourd'hui conservées dans la bibliothèque du South Kensington Muséum.

tenue générale, se recommandai surtout par les beaux groupes en bronze qui en mouvementent si puissamment les flanc».

Ces figures* Sont atguréiagnf d'une invention très personœlle et d'une énergie d'expression peu commune. Elles doivent être con-

sidérées comme les chefs-d'œuvre de la, sculpture moderne en Angleterre.

Vivante l'écart, dans une sorte de sauvagerie timide et modeste, Stevens, travailleur infatigable, se consacra pendant seize ans à ce monument sur lequel il s'épuisa sans parvenir à l'achever complètement. Multipliant ses études, recommençant sans cesse le travail commencé, le transformant avec une rare fécondité d'imagination, A. Stevens fit des disciples fervents des nombreux collaborateurs qu'il dut s'adjoindre pendant ce long effort.

C'est ainsi que, par ses élèves ou par les nombreux artistes ses admirateurs, A. Stevens a contribué au maintien des traditions classiques en concurrence avec les idées gothiques.

Parmi ses élèves les plus en évidence, il faut citer Godfrey Sykes dont nous parlions plus haut, et Reuben Townroe. D'abord élèves à l'école de Sheffield, ils devinrent les élèves directs de Stevens à Green-Lane.

Tous deux furent appelés à Londres pour travailler aux décorationsdu South Kensington. On trouve dans ce riche musée, si intelligemment aménagé, des galeries et des salles bien décorées 2 , notamment celles du restaurant qui offrent un spécimen très intéressant d'ornementation céramique. : . , . :

Mais, si ces- décorations partielles sont charmantes, on constate*

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