‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 101 sur 377 · Steinbach, d'après Adamy · texte numérisé non relu

Steinbach, d'après Adamy

Fig. 151. — Steinbach, coupe longitudinale, d'après Adamy.

Il existe dans la région rhénane un autre monument que les archéologues allemands ont pris l'habitude, en dépit de quelques timides protestations, de considérer comme un des plus précieux spécimens de l'architecture franque. Je veux parler de ce reste de l'abbaj^e de Lorsch, près Worms, dont on a fait une chapelle sous le vocable de saint Michel (fig. 153), mais qui primitivement était une sorte de porche

I. Braden, Die Pfarrhirche ^u Seligenstadt vor Gesch. nnd Alterth., t. XIII (1874), p. 100 et s. 5 dcr Restauration 1S6S, dans VArchii' fur Hess. et Schneider, dans les Nassaner Annal., t. XII.

par où l'on pénétrait dans l'atrium précédant l'église abbatiale '. La date de ce monument a une telle importance pour l'histoire de l'art au moyen âge qu'on me permettra de m'arrêter un peu longuement à la discuter.

L'abbaye de Lorsch fut fondée en 764. Son premier abbé fut saint Chrodgand, le fameux évêque de Metz. Mais absorbé par l'administration de son diocèse,

il dut céder, en 766, la direction de l'abbaye à son frère Gundeland. Ce fut donc ce dernier qui présida à la construction de l'église, dont la consécration fut faite le i'^'' septembre 774, en présence de Charlemagne, par Raymond Lulle, archevêque de Mayence-.Le2i mars 1090 le monastère fut la proie d'un incendie terrible. Il fallut le reconstruire. Une nouvelle église remplaça celle du viii'= siècle et la consécration en fut faite en 11 30. D'importants travaux d'agrandissement eurent encore lieu dans les années qui suivirent, grâce aux libéralités d'un moine fort riche nommé Albert. Au siècle suivant l'abbaye changea de maîtres. Donnée en 1232 par l'empereur Frédéric, aux archevêques de Mayence, elle fut par ceux-ci concédée aux Cisterciens, puis aux Prémontrés. Ces derniers restaurèrent l'église .et en reconstruisirent le chœur.; cela nécessita une troisième consécration qui eut lieu en 1266. La guerre de Trente ans fut fatale à la vieille abbaye. Les Espagnols l'assiégèrent en 1 62 1 , l'incendièrent, et elle ne se releva plus de ses ruines K Les bâtiments conventuels disparurent peu à peu ; l'église, dont il ne subsiste que trois travées, fut transformée en magasin, le porche seul resta debout pour témoigner de l'ancienne splendeur de l'abbaye.

Ce rapide exposé suffit déjà à montrer combien il est peu probable que du monument consacré en jj^ il puisse subsister aujourd'hui autre chose que des fondations informes. En vain prétendrait-on que l'incendie de 1090 — sans parler

Fig.152. — Seligenstadt. Piliers de la nef.

1 . La destination primitive de cette construction ne peut plus faire l'objet d'un doute depuis les fouilles et la consciencieuse étude d'Adamy, Die franhische ThorhaUe luid Klosterkirche :iu Lo/'ic (Darmstadt, i8gi, in-fol.).

2. En dehors de l'église principale, l'abbaye de Lorsch renfermait plusieurs chapelles. L'une d'elles avait été bâtie pour servir de sépulture à Louis le Germanique (-j- 876). On la désignait S.0US le nom d'ecclesia varia, sans doute à cause Je sa riche décoration. Ce nom a fait penser

qu'il fallait peut-être l'identifier avec le porche de Lorsch (Savelsberg, dans le Deutsche Kunsthlatt de Egger, t. I, 1851, p. 63). Les recherches d'Adamy ont amplement' démontré la fausseté de cette hypothèse , qui est d'ailleurs inconciliable avec les faits historiques, car cette chapelle fut rebâtie au XF siècle et consacrée en 1053 par le pape Léon IX (Adamy, p. 4).

3. Pour l'histoire de l'abbaye, voir le Codex Laitrcshaincnsis , et Falk, Gesch. des eheiiialigen Klosters Lorsch (Mayence, 1866).

DANS LE BASSIN DU RHIN

des autres causes de destruction — a pu laisser intacts l'atrium et son porche, tout en consumant l'église. Le chroniqueur qui nous a laissé le récit de cette catastrophe nous apprend en effet que le feu prit dans le beffroi des cloches,

rig. Ii5. — Lorscli. liiurcu de l'atriuii;, d'après une photographie communiquée par M. Deliio.

envahit les tours, les combles, les galeries ', et que les ruisseaux de plomb fondu tombant des toitures ne permettaient pas de pénétrer dans l'église. Il est prouvé que le feu avait consumé les portiques garnissant les quatre côtés de l'atrium -. Comment admettre que dans cet embrasement général le porche ait été épargné par

1. " Primo castellum mirabili dolatura fabrefactum, in quo signa ecclesiae dependebant, frenibus exustis ne quis sonitu excitari posset, arripuit, deliinc totam superiorem fabricam, turres quoque cum poiiicilms flamma victrix obtinuit, ad extremum buUientis plumbi deliquio, cujus materia omne tectum fuerat, subveniendi, ingrediendi vel quippiam exinde eruendi omnimodam abstulit facultatem » (Codex Laiireshaiiiensis , I, 201).

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