Lib. pontif., t. I, p
l'architecture chrétienne des origines au V siècle
qu'Adrien l", Honorius III et d'autres encore y ont fait faire, il est devenu bien difficile d'y reconnaître l'œuvre des architectes du V siècle.
Rome possède encore une ou deux églises remontant à la fin du iV siècle. La plus curieuse est la petite basilique de Sainte-Pétronille, dont M. de Rossi a retrouvé les restes sous un amas de décombres, et à laquelle il a consacré un de ses mémoires les plus instructift '. C'est une construction grossière, qui ne res-
Fig.
Rome. Saint-Laurent-hors-les-mur
semble guère aux beaux édifices que faisaient élever à la même époque les papes et les empereurs. Quant à la basilique de Sainte-Pudencienne, dont les documents historiques attribuent la construction au pape Siricius (384-399), c'est un pauvre édifice tellement remanié et défiguré qu'on le considérait comme totalement dénué d'intérêt, quand M. de Rossi a cru reconnaître dans la mosaïque qui en décore l'abside une oeuvre du v'' siècle -.
Les enseignements que l'on peut tirer de l'étude des édifices que je viens d'énumérer ne suffiraient pas à donner une idée complète de l'état de l'architecture chrétienne en ces temps reculés, si on n'en rapprochait les indications fournies par les ruines que d'heureuses fouilles ont mises au jour depuis un siècle en Italie, en
I. Rossi, Bull., 1874, p. 5 et 68; et 1875, 2. Rossi, Miisaici , pi. 10; Kraus , Gesch. cl.
p. 5 et 45. chrisll. Kunst., t. ], p. 409 et s.
BASILiaUES ORIENTALES ET AFRICAINES
Afrique et en Orient. Je m'écarterais trop de l'objet principal de ce livre si je voulaisen parler en détail. Qu'il me suffise donc de rappeler, pour l'Italie, les savantes recherches de M. de Rossi et de ses disciples, si habilement commentées dans le Bulletin d'archéologie chrétienne; pour la Syrie, les belles découvertes de M. de Vogué, récemment confirmées et complétées par une mission américaine organisée par la Princeton University ', et qui nous ont fait connaître une importante série de moiiuments du iv^ siècle, à Kennaouat, Tafka, Kherbet-Hâss, El-Barah, Soueïdeh, Bakousa (fig. 10), et une série plus considérable encore appartenant au v-" et au vi'= siècle ; pour l'Asie Mineure, les voyages d'exploration, grâce auxquels Français -, Anglais ' et Allemands + nous ont révélé l'existence d"une foule d'édifices chrétiens dont la chronologie est encore mal établie, mais auxquels de nouvelles recherches permettront peu à peu d'assigner leur vraie place dans l'histoire de l'art > ; enfin, pour l'Afrique française, les innombrables descriptions de monuments chrétiens dues à une légion de chercheurs dont beaucoup étaient de
vaillants officiers sachant manier le crayon aussi bien que l'épée. Longtemps ces descriptions sont restées éparses dans une foule de volumes divers et peu répandus : M. Gsell a rendu un service inappréciable en en tirant la substance d'un livre qui résume fort bien tout ce que l'on sait actuellement sur les monuments de l'Algérie. Son enquête a démontré que bien peu d'églises du nord de
Basilique de Bakousa, d'après Vogùè.
1. M. de Vogué leur a consacré un beau livre, intitulé : Syrie centrale. Architecture civile et religieuse du I" ait VI^ siècle ; la mission américaine a maintes fois constaté l'exactitude de ses relevés et la justesse de ses conclusions qu'elle a corroborées par la découverte de nouveaux monuments à date certaine (Voir H.-C. Butler, American archœol. Exped. to Syria. Architecture and other Arts, New-York, 1903, in-4. — Cf., du même, Ancient Architecture in Syria, Leyde, 1908, in-8).
2. Les Français ont été les premiers à frayer la voie, avec Alexandre de Laborde et Texier.
3. Voir en particulier les explorations de Miss G.-L. Bell et de M. Ramsay en Cilicie, en Lycaonie, en Anatolie ; de Headlam en Isaurie, etc.
Lasteyrif.. — Architpciin\
4. Citons les importantes fouilles entreprises par les Prussiens à Milet (Voir Wiegand, dans les Ahhandl. d. k. Preuss. Aliad. d. Wissensch., 1908) et par les Autrichiens à Éphèse (Oesien-. archaeol. Institut, t. X, 1907); les relations de voyage de Lankoronski {Stàdte Pamphyliens und Pisidiens), de Humann et Puchstein (Reisen in Kleinasien und Nord-Syrien), etc.; et l'utile recueil de Rott, Klein-asiatische Denlimâler, (Leipzig, 1908).
5 . Beaucoup de ces monuments n'ont encore été décrits que par des voyageurs mal préparés et mal outillés pour en faire une étude sérieuse ; aussi ne saurait-on accueillir sans de grandes réserves les conclusions prématurées que certains archéologues ont prétendu en tirer. M. Strz}'gowski en particulier a brillamment développé,
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l'Afrique sont antérieures au v^ siècle et que beaucoup ont été remaniées sinon totalement rebâties au vi=, lorsque les soldats de Justinien eurent reconquis l'Afrique '. Parmi celles qui peuvent remonter au iv^ siècle, je citerai la basilique d'Orléansville dont j'ai déjà parlé % celle de Djemilah, celle de Sainte-Salsa à Tipasa >, et moins sûrement celles de Zoui * et de Matifou ■■.
Ces églises africaines du iV siècle offrent dans leurs grandes lignes les mêmes traits essentiels que les basiliques de l'Italie. Il en est de même, malgré des différences plus accentuées, de la majorité des églises d'Orient. Il est donc certain que, pendant les temps qui suivirent le triomphe de l'Eglise, ce type fut le plus généralement adopté dans tout le monde chrétien ; on peut en conclure que les premières églises des Gaules furent bâties sur ce même modèle, comme le furent plus tard la plupart de celles qui furent élevées sous nos rois de la première race.
dans deux livres qui ont fait du bruit, Orient odcr Rom (Leipzig, 1901, in-4), ex Khin-Asicn, ein Netilaiidfiir Kiiiistgeschichte (Leipzig, 1903, in-4), des théories qui devront sans doute être fortement amendées quand l'âge de tous ces édifices sera mieux connu. L'antiquité qu'il prête à une partie d'entre eux paraît en effet bien contestable, M. Ramsay l'a montré dans ses Studies on the history and art in the Eastern proïntwes oj thi' Roman Empire (Aberdeen, 1906), et, plus
récemment, dans le volume qu'il a publié avec Miss Bell sous le titre de The thousand and one cbiircl)es (Londves, 1909, in-8).