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CHAPITRE II

L'ARCHITECTURE CHRÉTIENNE DU V^ AU Ville SIÈCLE

LES BASILIQUES ITALIENNES DES V^ ET VI^ SIECLES. — LES BASILIQUES BYZANTINES ET SYRIENNES.

LES BASILIQUES AFRICAINES. — LA DÉCADENCE DE l'ART AUX VII^ ET VIII^ SIÈCLES.

l'architecture en GAULE DU Ve AU Vllie SIÈCLE.

Les églises chrétiennes remontant authentiquement au V et au vi'^ siècle sont encore assez nombreuses. Rome, en lassant de côté Saint-Etienne sur la Voie latine qui est mal conservée, et Saint-Laurent hors les murs, dont j'ai déjà parlé ', en compte deux fort intéressantes, Sainte-Sabine et Sainte-Marie-Majeure.

Sainte-Sabine a été bâtie sous les papes Célestin L' et Sixte III, entre 422 et 440. Elle a gardé intactes toutes les colonnes de sa nef, avec les arcades qui les surmontent et dont les écoinçons offrent un curieux spécimen de vieille marqueterie de marbre''; le revers de son mur de façade est encore orné d'un fragment de mosaïque du V siècle, et sa porte principale a conser\'é deux vantaux de bois sculpté, de peu postérieurs à la construction du monument (fig. 58).

La basilique de Sainte-Marie-Majeure a été fondée au iV^ siècle par le pape Libérius, mais les troubles qui accompagnèrent l'élection du pape Damase l'avaient mise en si piteux état que Sixte III (432-440) prit le parti de la reconstruire de fond en comble >. Malgré les restaurations opérées par Adrien l" au vm= siècle, et par Pascal I'"' au ix'-', malgré la reconstruction de l'abside par Nicolas IV au xiii'' siècle et les mutilations que la nef eut à subir au xvi^, lors de la construction de la chapelle de la Sainte-Crèche et de celle que Paul V fit élever pour recevoir son tombeau •*, le vénérable monument paraît avoir consen.'é des restes importants de ses dispositions primitives (fig. 11), notamment les deux colonnades de la nef avec leurs entablements, les murs qui les surmontent, et le grand arc qui précède l'autel et sur lequel on voit encore une mosaïque exécutée du temps de Sixte III '.

Le reste de l'Italie ne paraît pas avoir conservé grand chose des édifices religieux

1. Voir ci-dessus, p. 15. De Angelis, Basilicae Saiiclae Marine Majoris

2. Rossi, Musaici, pi. 12. descriptio et delineatio (Rome, 1721). Je n'ai pas

3. Lib. pontif., t. I, p. 232. — Voir les excel- tenu compte de ces modifications dans le plan lentes observations de Mgr Duchesne sur l'his- ci-joint (fig. 11).

toire du monument, Ihid., p. 235. 5. Rossi, Musaici, pi. 5. — Cf. Kraus, Gesch.

4. Pour le détail de ces transformations, voir der chrisil. KunsI, t. I, p. 414 et s.

bâtis à cette époque. Il existe encore à Spolète les restes d'une église du v"^ siècle surtout intéressante par le caractère original de sa décoration '. Par contre la ville de Noie n'a rien gardé de la somptueuse basilique que l'évêque saint Paulin (-|- 431) éleva en l'honneur de saint Félix ^, et Rimini a vu disparaître l'église que Galla Placidia fit bâtir sous le vocable de saint Etienne.

Une ville toutefois fait exception. C'est Ravenne, aujourd'hui bien déchue, mais qui a dû à sa déchéance même le privilège de conserver de nombreux témoins de sa prospérité passée '. L'histoire de la grandeur de Ravenne se résume dans les trois noms de Galla Placidia, de Théodoric et de Justinien, qui surent lui assurer un siècle de paix et qui l'embellirent d'édifices magnifiques dont il reste assez pour nous donner une haute idée de ce que cette ville privilégiée a dû être au temps de sa splendeur.

Galla Placidia (t 450) l'avait enrichie d'églises nombreuses, la plupart ont disparu ou n'existent plus guère que de nom, comme la cathédrale, Saint-Jean-Baptiste, Sainte- Agathe, Saint- François ; d'autres, comme Saint-Jean-l'Evangéliste, n'ont gardé de leur construction première que quelques pans de mur, quelques colonnes et de curieux chapiteaux +. Nous pouvons toutefois nous représenter l'aspect luxueux de ces basiliques avec leur parure de mosaïques et de marbres, en étudiant deux édifices qui ont échappé par miracle aux injures du temps, c'est le Baptistère des Orthodoxes ou San Giovanni in Fonte, bâti vers 450 a côté de la cathédrale (fig. 100), et la chapelle de Saint- Nazaire-et-Saint-Celse, dans laquelle une tradition très plausible, bien qu'on ne puisse en suivre la trace au delà du ix' siècle, voit un monument funéraire élevé peu après la mort de Galla Placidia pour recevoir ses restes (fig. 119).

Théodoric fut maître de Ravenne pendant 30 ans (493-526) et contribua lui aussi à l'embellissement de la ville. Il l'enrichit de nombreuses églises dont trois subsistent encore, sans compter un baptistère. Deux d'entre elles, Sant'Andrea de' Gothi et San Spirito, sont malheureusement bien dénaturées; la troisième, par contre,

Fig. II. — Rome. Sainte. Marie- Majeure, d'après Bunsen.

1. Rossi, Bull., 1 871, p. 132 et s. — Rivoira, Le origini délia architettura Lombarda, t. II, p. 37, fig- 45-

2. Holtzinger en a tenté néanmoins une restitution dans la Zeitschrift fur hild. Kunst, t. XX (1885), p. 155 et s. — Cf. E. Bertaux, L'art

dans V Italie méridionale, t. I, p. 32 et s.

3 . Voir Von Quast , Die altchristl. Bauuierke von Ravenna (Berlin, 1842); Ricci, Ravenna (Bergame, 1902).

4. Rivoira en a publié un fort beau (t. I, p. 2), également reproduit par Diehl, Ravenne, p. 27.

Ll-S BASILIQUES ITALIENNES

nous offre un des exemples les plus complets de l'art chrétien du vr siècle, c'est Sant'Apollinare Nuovo.

Ce magnifique édifice fut d'abord consacré à saint Martin et appelé in Cœlo aureo à cause d'un riche lambris doré qui en couvrait la nef. Commencé au début du vi'= siècle, il ne fut achevé qu'une trentaine d'années après la mort de son fondateur par les soins de l'archevêque Maximianus et de son successeur Agnellus. Affecté d'abord au culte arien, il fut consacré en 5 58 au culte catholique. L'adjonction au xvP siècle d'un lourd plafond caissonné, la reconstruction de son abside au xviir, sont les plus graves dommages qu'il ait eu à souffrir. Son ordonnance générale n'en a pas été altérée (fig. 12), et sur ses vieilles murailles se déroulent encore une longue théorie de saints et de saintes et des scènes du Nouveau Testament, en mosaïques du vi= siècle (fig. 13).

La mort de Théodoric (526), la dislocation du royaume qu'il avait fondé, la prise de sa capitale par Bélisaire (539) ne purent arrêter le mouvement artistique dont Ravenne était le théâtre depuis plus d'un siècle. Bien au contraire, Justinien fit participer à ses largesses sa nouvelle conquête, et, grâce à ses subsides, furent terminés deux des monuments les mieux conservés de l'Italie : Saint- Vital, dont j'aurai à reparler à cause de son plan anormal, et la basilique de Sant'Apollinare in Classe. Cette dernière église avait été commencée en 534 par l'évêque Ursicinus; elle fut terminée par son successeur Maximianus et con- &--:-.à;3:i.--î;5:,A:i-J sacrée en 549. Le nom qui sert à la distinguer de l'autre F'g- 12- — Ravenne. Sant'Apoi-

^ . linare Nuovo, d'après Hubsch.

église dédiée au même patron vient de ce qu'elle se

dressait au milieu du riche faubourg de Classis, formé aux alentours du port. Mais peu à peu la mer s'est retirée, des marécages distillant la fièvre ont pris la place des bassins couverts de navires, les habitants ont abandonné ce sol inhospitalier, et la vieille basilique est restée seule debout au milieu de la plaine devenue déserte (fig. 14). Grâce a cet abandon, elle n'a pas trop souffert du vandalisme des restaurateurs. Ses traits essentiels n'ont jamais été modifiés, et si un vilain enduit à la chaux a remplacé la riche décoration qui a dû garnir jadis les parties hautes de la nef, l'abside, en revanche, nous montre encore de superbes mosaïques et l'ensemble de l'édifice offre une frappante image de ce qu'étaient les grandes basiliques chrétiennes du v^ et du ¥!■= siècle (fig. 15).

Plusieurs villes de l'Adriatique se flattent de posséder des églises aussi anciennes que celles de Ravenne. Mais les titres qu'elles invoquent sont moins dignes de confiance. Ainsi la cathédrale de Grado, près de Trieste, a été fondée dans la seconde moitié du vi'= siècle par le patriarche d'Aquilée, Hélie (571-586), qui, fuyant l'invasion des Lombards, obtint du pape Pelage le transfert de son siège épiscopal dans

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un lieu moins exposé aux insultes des Barbares. Or l'histoire de Grado n'est qu'une longue suite de guerres et de catastrophes, et l'on peut imaginer ce que dut

être le sort de la cathédrale au milieu de tous ces désordres. Elle paraît néanmoins avoir conservé son plan primitif (fig. i6), avec ses colonnes dont les chapiteaux

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