‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 138 sur 377 · RENAISSANCE DE L ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE DE L ARCHITECTURE

nouveau sinistre qui anéantit du même coup toute la \ille'. Hn août 1120, la fameuse ét^lise de Vézelay, à l'ombre de laquelle saint Bernard était \enu prêcher la i'"' croisade, est détruite par le feu, et 1.127 personnes des deux sexes périssent dans la catastrophe -. La même année, Saint-Front de Périgueux est la proie des flammes '. La plupart des cathédrales, rebâties à l'époque carolingienne ou pendant le cours du xi' siècle, périssent tour à tour victimes du même fléau : tel est le sort de la cathédrale de Bayeux en iioi +, de celle de Laon en 1112', de celle de Novon en 1130 '', de celle du Mans en 1x34 ", de celle de Chartres en 1194 **, de celle de Reims en 1210 ', etc. Ces catastrophes étaient si fréquentes que certains monuments en furent victimes jusqu'à cinq et six fois en deux siècles. Ainsi le feu dévasta la célèbre abbaye de Saint-Martial de Limoges en 954, 975, 1053, 1060, 1 140 et 1 167 '°.

Le nombre et la gravité de ces désastres, qui coûtèrent parfois la vie à des centaines de fidèles, inspira l'idée de chercher à prévenir les incendies en couvrant les églises de voûtes en pierre. Nous avons vu plus haut que, à l'époque carolingienne déjà, on avait fait en ce sens quelques essais partiels et quelques tentatives isolées. Mais c'est depuis le xi'= siècle seulement que l'idée de voûter les églises se généralisa, et cette idée fut le germe fécond d'où sortit insensiblement une des plus grandes révolutions qui ait jamais eu lieu dans l'histoire de l'architecture.

Il fallut longtemps pour donner aux voûtes leur formule définitive; le xi'= siècle n'v suffit pas, et une partie du xii'= se passa encore en tâtonnements, mais ces tâtonnements mêmes développèrent l'habileté des ouvriers, stimulèrent le génie des architectes, les amenèrent à s'affranchir des vieilles traditions et à substituer à des pratiques surannées une foule d'inventions ingénieuses, qui donnèrent naissance à un art plein de sève et d'originalité.

La formation de cet art coïncidant avec l'époque où les langues romanes commencent à se dégager du latin, on a eu l'heureuse idée d'appeler roman, par analogie, cet art nouveau, issu de l'art latin fortement mélangé d'éléments bvzantins et barbares.

A quelle date doit-on fixer la naissance de l'art roman ? C'est là une de ces questions auxquelles il n'est guère possible de répondre. Les révolutions les plus rapides qui se soient produites dans le domaine des arts n'ont jamais été subites, elles ont toujours été le résultat d'un travail de transformation qui a commencé parfois longtemps avant que les effets en fussent bien manifestes.

Si donc je respecte l'usage qui est de faire commencer l'époque romane au

1. Chrori. S. Maxentii, dans Mabilk-, Chron. 6. Gall. christ., t. IX, col. looi.

des églises d'Anjou, p. 3S2 et 396. 7. Ord. Vital, V, 45. — Cf. Ledru, La calli.

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