I. Dict. d\ircbil., t. IX. p. 4S7 et s
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édifices de la Syrie centrale qui sont construits suivant des principes tout différents '. Au surplus, il est peu vraisemblable que nos constructeurs se soient inspirés de modèles lointains alors qu'ils avaient chez eux des voiUes de l'époque romaine munies de véritables doubleaux. L'exemple qu'on donne le plus souvent se voit à Nimes dans le temple de Diane, élégant édifice dont la voûte est en ruines, ce qui permet d'en bien reconnaître le mode de construction. Elle est formée de blocs de pierre tous semblables posés sur des arcs en saillie (fig. 236). Mais ces arcs ne sont que de pseudo-doubleaux, car ils sont appareillés de foçon à faire queue dans la voûte et par conséquent à faire corps avec elle ; tandis que le véritable doubleau est posé sous la voûte comme le serait un cintre ; il en est indépendant, ce qui donne à l'ensemble du système une élasticité fort utile pour atténuer la gravité des
Fig. 256, — Nîmes. A'oLite du "feniplc de Di.inc, d'après Choisy.
tassements ou des désordres qui peuvent se produire. Les arènes de Nimes présentent un meilleur exemple d'arc doubleau remontant à l'époque romaine. La voûte en berceau qui recouvre le rez-de-chaussée de la dernière précinction (fig. 237) est munie de doubleaux qui ne diffèrent de ceux du moyen âge que par un seul point : ils sont portés sur des consoles, tandis que les autres sont ordinairement portés sur des piédroits partant du sol et qui font sur la surface du mur ou du pilier auquel ils sont appliqués une saillie, profilée en pilastre ou en demicolonne, d'une épaisseur proportionnée à la section du doubleau.
Les Byzantins, quand ils ont employé des doubleaux, ont agi de même, et ils nous en ont laissé des exemples dans des monuments dont l'influence sur l'architecture occidentale n'est pas niable, comme dans le bas-côté de Saint-Vital de Ravenne.
Cette façon de faire porter les doubleaux sur des piédroits partant du sol a obligé les constructeurs romans à les construire toujours au droit des piles de la nef; c'est dans le même alignement qu'ils placent également les contreforts, de telle sorte qu'en observant à l'extérieur d'une église romane la place occupée par ces derniers,
I. Dans ces édifices les doubleaux ne servent ter de grandes dalles posées à plat (Vogué, Syrie pas à soulager des voûtes en berceau, mais à por- cciitnile, passiiii).
on peut savoir le nombre des travées que comprend l'église et la place des piliers qui les soutiennent. C'est là une particularité fort importante, car elle permet, dans certains édifices transformés après coup, de restituer à coup sûr le plan primitif
Les contreforts et les douhleaux consolident suffisamment la voûte en berceau pour qu'un grand nombre d'églises ainsi voûtées aient pu se conserver jusqu'à
Arèiiej de Nimes. Galerie extérieure.
nous sans le secours d'aucun autre artifice. Elles se rencontrent surtout dans le bassin du Rhône et de la Saône. Dans la plupart, il est vrai, la nef est peu élevée ou de largeur médiocre. En Bourgogne, cependant, on a bâti de la sorte de fort grandes églises, et dont les voûtes atteignent une hauteur considérable, comme ladmirable église de Cluny, dont la ruine est due au vandalisme des hommes et non à des vices de construction ou aux injures du temps.
Toutefois cet exemple est exceptionnel, et la plupart des grandes églises bourguignonnes construites ainsi auraient péri depuis longtemps, malgré la précaution qu'on eut souvent de donner à leurs voûtes la forme brisée qui pousse moins au vide que le plein cintre, si un siècle ou deux après leur construction on
248 l'architecture religieuse a L'ÉPOaUE ROMANE
n'avait consolidé leurs voûtes par un autre procédé dont je parlerai plus tard, l'arcboutant.
L'emploi des doubleaux et des contreforts n'est donc un remède suffisant pour combattre la poussée de la maîtresse-voûte que dans les édifices de dimensions moyennes. Pour les grands, nos constructeurs durent chercher d'autres solutions du problème.
Une des plus ingénieuses consista à substituer au berceau continu, dirigé dans le même sens que l'axe de l'église, une série de berceaux juxtaposés, perpendiculaires à l'axe de l'espace à couvrir et correspondant chacun à une travée. Au point de vue purement technique, c'était une assez bonne solution, car ces berceaux contigus se contrebuttent mutuellement, et il suffit de donner assez d'épaisseur au mur de la façade et à celui du chevet pour assurer l'équilibre du système. De plus, cela ne présentait pas de difficultés d'exécution exceptionnelles, car pour voûter ainsi une église il suffisait de jeter au droit des piliers une suite de doubleaux portant sur leur extrados les portions de murs nécessaires pour recevoir les retombées de ces berceaux transversaux.
Malgré ces avantages incontestables, cette solution du problème des voûtes a eu peu de succès. On n'en cormaît en France qu'une seule application à la nef d'un grand monument, c'est à Saint-Philibert de Tournus (fig. 238) '. Il y en a une autre dans une église de moindre dimension, celle de Mont-Saint-Vincent (Saôneet-Loire) -. Très rares sur la nef des églises, les berceaux transversaux sont un peu plus fréquents au-dessus des bas-côtés. Là, en effet, ils présentent en plus des avantages indiqués ci-dessus, celui d'épauler solidement la nef. C'est, sans doute, ce qui a fiiit adapter ce genre de voûtes aux collatéraux de la cathédrale de Lescar ', des églises de Bénévent (fig. 239), de Châtillon-sur-Seine, de Fontenay près Montbard et de quelques autres édifices, pour la plupart cisterciens comme ce dernier ■*.
Une bien meilleure solution du problème, et dont le succès a été par suite beaucoup plus grand, a consisté à épauler la voûte en berceau de la nef par les voûtes des collatéraux. C'est en Poitou, dans le Centre, en Auvergne et jusque sur les bords de la Garonne que ce système a prévalu. Il oblige à élever les voûtes des collatéraux jusqu'à la naissance de la maîtresse voûte (fig. 240), ou à surmonter
1. L'auteur à qui on doit la meilleure étude (Bull, mon., t. LXVIII, p. 228 et s.).
sur l'église de Tournus, M. Virev, attribue la 4. Reprenant une hypothèse émise par
construction de cette voûte à l'abbé Pierre M. Dieulafov, M. Choisy (Hisl. de Varchitectiire,
(1066-1107). ^oh- Aiiiiaks Je l'Acad. de Miicoii, t. II, p. 197) fait venir cette combinaison de
3'î s., t. VIII. voûtes de la Perse antique, d'où elle aurait péné-
2. Virey, L'archit. romane dans l'anc. dioc. de tré chez nous par la vallée du Rhône. Mais Mdcon, p. 33. M. Enlart (Manuel, p. 272) cite point n'est besoin d'aller chercher si loin l'oriencore l'église de Palognieu (Loire). gine d'une disposition dont les architectes romans
3. Notons seulement que les voûtes des bas- avaient mille exemples sous les yeux dans les côtés de Lescar sont une addition à la con- arches des ponts et des aqueducs ou dans les struction primitive, comme l'a prouvé M. Lanore voûtes des amphithéâtres romains.