VOUTES EN BERCEAUX TRANSVERSAUX
ceux-ci de voûtes en quart de cercle, tonnant une sorte de demi-berceau continu, dont le sommet vient butter contre le mur de la nef au point où l'expérience indiquait que l'effort maximum de la poussée venait s'exercer (fig. 241).
Fig. 259. — Église du Bcnéveiit-l'Abbaycj (Creuse;).
C'est un système excellent, fort solide, et qui a permis à un grand nombre d'églises du xi' et du xii= siècle, comme Saint-Savin-sur-Gartempe, Notre-Damek-Grande à Poitiers, Saint-Pierre de Chauvigny, Aulnay en Saintonge, etc., de parvenir jusqu'à nous. Son plus grave inconvénient est d'obliger, dans les grandes
L ARCHITECTURE RELIGIEUSE A L EPOaUE ROMANE
églises, à donner aux collatéraux une hauteur hors de proportion avec leur largeur habituelle. Aussi les architectes du Limousin, de l'Auvergne, du Rouergue et des
Fig. 240. — Poitiers. Notre-Dame-ln-Gr.xnde. Coupe sur la nef.
bords de la Garonne ont-ils préféré, pour les églises importantes et dont la nef était
Petitgraiid del.
Fig. 241. — Culhat (Puy-de-Dome). Coupe sur la nef.
fort élevée, construire au-dessus des bas-côtés un étage formant tribune et dont la voûte, qui est toujours un demi-berceau, contrebutte le berceau de la nef.
VOUTES D ARETES
Cette int,'énieuse combinaison a été appliquée dès le xi'= siècle à Saint-Martial de Limoges (fig. 242) et à Notre-Dame-du-Port de Clermont ; elle a permis, dans les admirables églises de Sainte-Foy de Conques et de Saint-Sernin de Toulouse, d'allier la solidité à des proportions grandioses.
J'ai dit plus haut que les architectes romans avaient connu et employé tous les genres de voûtes en usage chez les Romains. Ils se sont donc servis comme eux de la voûte d'arêtes.
La voûte d'arêtes est formée par l'intersection de deux voûtes en berceau dont les clefs sont dans le même plan
Ces deux berceaux se pénètrent suivant deux lignes courbes, qui forment des arêtes en croix et qui dessinent quatre compartiments ou cantons de voûte, dans lesquels la poussée se transmet de proche en proche de la clef aux arêtes ; si bien que pour assurer l'équilibre du système il suffit de contrebuter convenablement les quatre points où les arêtes aboutissent -.
La voûte d'arêtes présente de grands avantages sur la voûte en berceau : d'abord
Fig. 242. — Limoges. Église Saint-Martial. Coupe sur la nef, d'après Cb. de Lasteyrie.
I . Quicherat définit la voûte d'arêtes « un berceau traversé à la hauteur de ses impostes par un autre berceau de même cintre. » (Mélanges, p. 425). La plupart des voûtes d'arêtes du moyen âge répondent, en effet, à cette définition. Toutefois il n'est pas nécessaire, pour avoir une voûte d'arêtes, que les deux berceaux qui l'engendrent soient de même cintre, ni qu'ils aient leurs impostes au même niveau. Par contre, il faut que les clefs des berceaux générateurs soient dans le même plan ou convergent* en un même point, sinon, au lieu d'une vraie voûte d'arêtes, on a une de ces pénétrations plus ou moins profondes, comme on en voit dans la crvpte de Saint-Eutrope à Saintes (fig. 244), et comme on en rencontre souvent dans les voûtes en berceau du xviiie siècle. On dit encore parfois que les berceaux générateurs doivent se couper à angle droit. Ce n'est pas nécessaire, pas plus qu'il n'est indispensable que tous deux soient rectilignes. Ainsi les voûtes d'arêtes qui couvrent
si souvent le pourtour du chœur des églises romanes sont engendrées par la rencontre d'un berceau annulaire et d'un berceau rectiligne, qui lui-même s'évase parfois en tronc de cône. Mais c'est seulement dans le cas où les deux berceaux se coupent à angle droit que les quatre cantons formés par les arêtes sont égaux.
2. Il ne faut pas confondre la voûte d'arêtes avec la voûte en arc-de-cloitre. Celle-ci est une calotte à quatre pans, que l'on peut considérer théoriquement comme engendrée par la rencontre de deux berceaux dont on conserverait uniquement les parties qui disparaissent dans la voûte d'arêtes. Les Romains et les Byzantins ont connu la voûte en arc-de-cloître mais n'en ont pas fait grand usage. Les architectes du moyen âge s'en sont servi moins encore, surtout dans l'architecture religieuse. \\ me sufBra donc de rappeler l'exemple qu'en fournit la chapelle Sainte -Croix à Montmajour (Revoil, Archit. romane du Midi de la France, t. I, pi. 6).
il n'est pas nécessaire pour la porter d'avoir des murs formant jambages continus, elle peut tenir sur quatre supports isolés, placés aux points où aboutissent les arêtes, et les efi'ets de la poussée étant localisés en ces points sont plus faciles à combattre. On peut donc réduire à volonté l'épaisseur des murs, car ils ne servent plus que de
Fig.243.
SaiiU-Dié. Eglise Notrc-Dai
clôture. La voûte d'arêtes s'adapte admirablement au plan de nos églises, car il est toujours facile de diviser la nef et les bas-côtés en autant de compartiments rectangulaires qu'il y a de travées, et de couvrir chacun d'eux d'une voûte d'arêtes; elle convient tout particulièrement au carré du transept, dont la forme et les proportions s'accommodent mal de la voûte en berceau; elle est même assez souple pour se prêter aux exigences des constructions courbes, comme le pourtour du chœur ou le
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bas-côté des églises rondes. Enfin dans les églises voûtées en berceau on est souvent
gêné pour éclairer la nef, car on ne peut percer des fenêtres au-dessus des impostes
de la voûte, de crainte de l'affaiblir au point où la poussée se tait le plus sentir,
et on peut encore moins en percer au-dessous si les voûtes latérales viennent
contrebuter celles de la nef. Avec la voûte d'arêtes, au contraire, rien n'empêclie
de loger des fenêtres au-dessus
de la ligne des impostes, car
elles tombent dans les lunettes
de la voûte, c'est-à-dire dans les
murs qui en ferment les cantons
latéraux.
On comprend dès lors que les arcbitectes du moyen âge aient fait grand usage de la voûte d'arêtes. Les Romains leur en avaient laissé de nombreux et magniiàques exemples. Il y en avait plusieurs à Rome d'une hardiesse étonnante, notamment à la basilique de Constantin et dans la grande salle des Thermes de Dioclétien; à Paris même, nous avons une voûte d'arêtes de grandes dimensions dans la principale salle des Thermes de Julien. Les Byzantins ont pratiqué ce genre de voûte autant que les Romains, mais les architectes du moven âge n'ont pas eu besoin de leur en demander le secret, car la tradition ne s'en est jamais perdue en Gaule depuis l'époque romaine jusqu'au xi" siècle. Toutefois comme la construction en est d'autant plus difficile que les dimensions en sont plus grandes, on en limita l'emploi, pendant longtemps, aux espaces peu élevés et dans lesquels on pouvait multiplier les supports de façon à ne laisser entre eux que des vides assez petits pour que les défauts d'exécution de la voûte eussent peu d'importance. C'est le cas dans les cryptes, et l'on peut voir dans celles de Jouarre (fig. 36), de Saint-Philbert de Grandlieu, de la Couture au Mans, etc., des voûtes d'arêtes qui remontent certainement au IX'' ou au x'' siècle.
Les cryptes de l'époque romane sont presque toutes voûtées de la sorte, mais les
Ph. Eal.lrt (iV
Crypte Je Saint-Eutrope.
architectes en devenant plus habiles, se montrèrent plus hardis; ils ne craignirent pas d'appliquer la voûte d'arêtes aux bas-côtés de leurs églises (fig. 245) et finirent par s'en servir pour le'chœur et même pour la nef. C'est en Bourgogne que se rencontrent les exemples les plus marquants de nefs voûtées d'arêtes (fig. 246) ', mais
il y en a eu dans d'autres parties de la France, et si elles sont devenues très rares aujourd'hui, cela ne tient pas seulement à ce que beaucoup de ces voûtes exécutées par des ouvriers maladroits n'ont pas eu de durée, mais bien plus à ce qu'au début du xii^ siècle, à l'époque où architectes et ouvriers furent devenus assez habiles pour oser monter des voûtes de cette espèce au-dessus de grands espaces comme les nefs de nos églises, l'art de bâtir s'enrichit d'un élément nouveau qui devait amener une véritable révolution dans l'art de bâtir les voûtes. Cet élément, c'est la croisée d'os;ives -.
I. Il en existe à .\nzy-le-Duc, Gourdon, Tou- diocèse île Mdcon, p. 32). lon-sur-Arroux, Bragny-eii-Charollais (Saône- 2. Une erreur due aux écrivains des dernières
et-Loire)que M. Virey fait remonter à la seconde années du xviiie siècle a fait donner au mot
moitié du y.1' s\èc\e {Aichilechire romane dans le ogive une signification qu'il n'avait jamais eue.