Enlart, Manuel, p. 441, fig
2. Quicherat, Mélanges, p. 503 ; Lefèvre-Pontalis, Archit. roin. dans le dioc. de Soissous, t. I, p. 67.
3. Ces croisées d'ogives sont néanmoins au nombre des plus anciennes qu'il y ait dans le Midi de la France, car elles sont antérieures à 1145. J'en ai donné la preuve dans mes Etudes sur la sculpture française, p. 84 et s. Deux ou trois des travées construites en 1 116 sans ogives existent encore.
4. La voûte de Saint-Guilhem pourrait être la plus ancienne, quoiqu'elle soit fort bien appa-
reillée surtout à la clef (Voir Revoil, Arcb. roni. du Midi, t. I, pi. 43). Celle de Maguelonne (Ihid., t. I, pi. 45) n'est sûrement pas antérieure à la seconde moitié du xii^ s. (Berthelé, La vieille cbron. de Maguelone, p. 128). Quant à celle deSaint-Gaudens,M.Lefèvre-Pontalis(L'(r;chit. relig. dans Pane. dioc. de Soissons, 1. 1, p. 67) la classe à la première moitié du xiie siècle, mais si on remarque qu'elle est à l'extrémité occidentale de la nef, c'est-à-dire dans la partie la plus lécentc de l'église, que l'abside ne saurait être antérieure à iiio ou 11 20, et qu'il y a entre le chœur et la nef un changement d'ordonnance
L ARCHITECTURE RELIGIEUSE A L EPOaUE ROMANE
affirmer qu'il existe au sud de la Loire des croisées d'ogives antérieures à 1120.
S'en est-il conservé de plus anciennes dans l'Ile-de-France qui est la région où l'on est généralement d'accord pour placer le lieu d'origine de ce genre de voûtes?
Peut-on par exemple attribuer au xi" siècle les croisées d'ogives qui se voient dans l'église de Rhuis ', près de Verberie, ou sous le clocher de l'église d'Auviller près de Clcrmont-en-Beauvalsis -, j'en doute tort. Doit-on reculer jusqu'en iioo ou II 10 la construction des curieuses voûtes du chœur de Morienval (fig. 254), ou les croire des environs de l'an 1120. je l'ignore et, en l'absence de textes
r. Marlin-Saboii ph.
Fig. 254. — .Morienval. Croisées d'ogives au pourtour du chœur
formels, je ne vois aucun moyen d'en décider. Mais viendrait-on à prouver qu'il existe quelque part des croisées d'ogives antérieures aux plus anciennes que l'Ile-de- France possède aujourd'hui, il n'en faudrait pas moins considérer cette province comme le berceau véritable de la croisée d'ogives.
Les exemples que l'on trouve ailleurs, en effet, sont isolés. Ils n'ont pas fait école, il faut attendre le troisième, le quatrième quart du xii"^ siècle, parfois même le xiii^ pour voir la voûte d'ogives se répandre autour d'eux. Dans l'Ile-de- France, au contraire, les croisées d'ogives sont nombreuses dès la première moitié du xii'= siècle. On ne les rencontre pas seulement dans des édifices de premier ordre comme Saint-Denys, mais jusque dans de petites églises de campagne comme Bury ou Marolles-en-Brie. Le nombre en est si grand qu'il nous permet de suivre pas à pas la genèse et le développement de ce genre de voûte.
(suppression des tribunes) qui implique une i. Dernière travée du has-côté sud. Voir
interruption plus ou moins longue dans les tra- Lefèvre-Pontalis, op. cil., t. I, p. 72 et pi.
vaux, il est difficile de croire qu'on ait pu tra- 2. Woillez, Archil. de Vanc. Baiivaisis, Auvil-
vaillerau porche et en élever la voûte avant 1 1 50. 1er, pi. I. — Cf. Lefèvre-Porjtalis, op. cit., p. 72.
VOUTES SUR CROlSEliS D OGIVES
Les premiers constnicteurs qui remploient ne sont p;is encore bien lixés sm' ses mérites et sa solidité, aussi n'osent-ils s'en servir que pour couvrir de petits espaces comme les bas-côtés, ou les parties de l'église dont les murs ne sont point affaiblis par de grandes arcades, telles que le sanctuaire ou le transept; et c'est seulement après d'innombrables essais qu'ils se décident à en tenter l'application à des nefs flanquées de collatéraux. C'est vers 11 30 qu'ils paraissent avoir tranciii ce pas décisif, et dès lors nous commençons à trouver dans l'Ile-de-France, de grandes églises entièrement voûtées d'ogives, comme Saint- Germer, Saint-Etienne de Beauvais, et surtout l'église de Saint-Denys (tig. 255) dont la façade et les travées attenantes aux tours furent consacrées en 1140, et le chœur bâti de 1140 à 1 144 '.
Quicherat, Vioilet-le-Duc et la majorité des archéologues français ne se sont donc pas trompés en attribuant une part prépondérante aux architectes de l'Ile-de-France dans l'invention de la croisée d'ogives. J'ajouterai cependant qu'ils l'ont peut-être foite trop exclusive. Eblouis par le rapide et merveilleux développement que l'école de l'Ile-de- France prit au XII'' siècle, ils n'ont pas assez remarqué les applications de la croisée d'ogives qui furent tentées à la même époque par des artistes appartenant à d'autres écoles. Il y en eut en Bourgogne, en Anjou, en Normandie d'assez remarquables pour qu'on puisse admettre avec vraisemblance que, si l'Ile-de-France ne l'avait pas inventée, elle serait probablement sortie des pratiques en usage dans l'une ou l'autre de ces provinces. La Bourgogne, notamment, qui fit plus que toute autre grand usage de la voûte d'arêtes, y aurait sans doute été conduite par la force même des choses, et nous verrons plus loin que les architectes normands ont eux aussi fait des croisées d'ogives dont l'ancienneté et l'originalité sont plus grandes qu'on ne l'admet généralement.
Pour achever de passer en revue les différents genres de voûtes employées à l'époque romane, il me reste à dire l'usage qui fut fait de la coupole.
La coupole, on le sait, est une voûte en forme de calotte hémisphérique; elle
g. 255. — Siùnt-Dcnys. Croibces d'ogives de hi tnivcc voisine de la façade, d'après une photographie de C. Enlart.
I. Ces dates sont données par Sugcr lui- (Voir A. Saint-Paul, Siigi-r, l'égUie Je Saintmime, qui présida à la reconstruction de l'église Denis el saint Bernard, dans le Bult. archêol. de et en a longuement parlé dans ses œuvres 1S90, p. 258 à 275).
L ARCHITECTURE RELIGIEUSE A L EPOaUE ROMANE
dessine donc à sa base une circonférence et convient spécialement aux édifices élevés sur plan rond ou pol5'gonal. Aussi les Romains, qui eurent un goût assez prononcé pour les édifices de ce genre, en ont-ils fait grand usage. Les chrétiens les imitèrent en cela et le plus grand nombre des églises rondes qu'ils bâtirent, chapelles funéraires, baptistères, ou autres, furent ainsi voûtées.
Mais les églises rondes ou polygonales ne constituent pas le type habituel des églises chrétiennes. Pour une de ce modèle on en construisait cent et plus de plan rectangulaire ou cruciforme, or la coupole semble peu faite pour s'adapter à des bâtiments ainsi disposés. On s'en est servi cependant et l'ingéniosité des architectes a imaginé divers artifices permettant de monter une coupole au-dessus d'un espace carré. Nous avons en France un nombre considérable de coupoles élevées de la sorte au-dessus de la croisée du transept ou à l'étage inférieur des clochers. Nous avons même des églises entières que l'on a voûtées ainsi, en les divisant en un certain nombre de compartiments carrés, sur chacun desquels on a élevé une coupole (fig. 256).
Les artifices employés pour passer du plan carré ' au plan circulaire, pour racheter le carré comme disent les gens du métier, peuvent se ramener tous à deux types, la trompe et le pendentif.
Les trompes sont de petites voûtes jetées dans les quatre angles du carré à couvrir et qui servent à porter cliacune un petit mur, de telle sorte que le carré se trouve transformé en octogone (fig. 257). On sait qu'il y a assez peu de diflï'rence entre un cercle et un octogone pour qu'il soit facile de circonscrire l'un à l'autre. On peut donc sur la base octogone fournie par l'introduction des trompes dans les quatre angles du carré, construire une coupole. Il n'est point nécessaire d'ailleurs qu'elle soit bien ronde. Elle est encore solide si on la bâtit à pans coupés, et la plupart des coupoles sur trompes sont à huit pans séparés par des arêtes en creux, qui s'atténuent et finissent par disparaître en se rapprochant du sommet de la voûte.
Les trompes employées pour porter des coupoles affectent des formes assez variées : la plus usitée est la trompe conique formée par une combinaison d'arcs parallèles qui vont en se rétrécissant à mesure qu'ils s'enfoncent dans l'angle des deux murs entre lesquels la trompe est jetée. Parfois on a posé ces arcs en échelons,
I. duand l'espace à couvrir est beaucoup plus de Marseille, cette transformation a été obtenue
large que long, comme dans quelques églises du par une ingénieuse combinaison d'arcs parallèles
Midi, on le transforme d'abord en carré. A qui s'épaulent mutuellement (Voir Revoil,
Notre-Dame des Doms d'Avignon et à la Major Archit. roui, du Midi de la France, t. I, pi. 52).
COUPOLES SUR TROMI'HS
sans se donner la peine de supprimer les arêtes qu'ils forment à l'intérieur de la trompe ou en se contentant d'en abattre une partie par un coup de chanfrein
(fig. 258). Le plus souvent on a taillé la partie apparente des voussoirs de façon à former une surfiice conique régulière (fig. 259). Les voussoirs placés à la base de la trompe sont généralement posés sur une même ligne horizontale. Mais ils peuvent aussi s'appuyer sur les murs attenants en dessinant deux lignes biaises ' ou plutôt courbes ^. Leurs joints latéraux peuvent s'entrecroiser (fig. 257) ou être placés dans le prolongement les uns des autres (fig. 259). Dans ce dernier cas, on les empêche souvent de former des angles d'une acuité excessive en logeant dans le fond de la trompe une pierre contre laquelle ils viennent buter et dont on a fait parfois un motif de décoration, soit en la soutenant par un petit corbelet, soit en l'ornant de quelque motif de sculpture.
On a souvent encore fait des trompes en culde-four. Elles dessinent un quart de sphère, appareillé de la même manière que la voûte d'une abside (fig. 260). Ces trompes en culde-four prennent naissance dans l'épaisseur du mur, ou sont moitié engagées dans le mur, moitié supportées sur des corbeaux ou sur des tablettes de pierre.
Dans le Velay, où on a fait usage de la trompe en cul-de-four plus qu'en aucun
25g. — Trompe coiiiqu ù joints continus.
I. Coupole de Notre-Dame des Donis à Avi gnon (Enlart, Manuel, p. 280, fig. 112).
2. Coupole de Saint-Sernia de Toulouse (Airh. lies Mou. Hisl., t. V, pi. 52).
autrt' pays, on en supporte les naissances à l'aide de colonnettes (fig. 261) qui
forment un assemblage aussi agréable à l'œil que satisflùsant au point de vue de la construction '.
Les pendentifs ont servi, comme les trompes, à monter des coupoles au-dessus d'espaces carrés : ce sont des triangles spliériques que l'on construit dans les angles du carré à cou\'rir.
Chacun de ses triangles est fait de façon qu'un de ses sommets s'engage dans un des angles du carré et que le côté opposé à ce sommet dessine un
Fig. 260. - Clumalièics(H.u,tc-l oirc-). ,,^,.j J^, ^^^.^]^ J^, ,^^^ j^^ j.^^.
I rompu en cul-dc-lour. ^ ' ^ 1
nion des quatre pendentifs forme un cercle complet sur lequel on peut édifier une coupole (fig. 262).