Ilnd., t. ni, pi
ORIGINF. DES TROMPES
verraient dans les palais persans de Firouz-Abâd et de S.irvistan (fit,'. 265) '. Mai quelle est la date de ces monuments, l'état de ruine dans lequel ils se trouvent le rend difficile à dire. M. Dieulafoy prétend les faire remonter au temps des rois Achéménides, c'est-à-dire jusqu'au V siècle avant notre ère -.
Or tant d'objections peuvent être faites à cette théorie que bien peu de savants ont cru possible d'y adhérer. La plupart attribuent ces palais à la dynastie Sassanide qui gouverna la Perse de 226 à 641 après Jésus-Christ '.
Or, à quelque moment de cette période de quatre siècles qu'il convienne de fixer la construction des coupoles de Firouz-
Fig. 26;. — S.irvistan. Coupole sur trompes, d'après Dieuhfoy.
Abâd et de Sarvistan, il est certain qu'elles ont été bâties en un temps où toute la région avait subi trop fortement l'influence romaine ou byzantine pour qu'il soit possible d'affirmer que l'invention des trompes soit due exclusivement au génie des Perses. En tout cas, il est invraisemblable que nos architectes aient été prendre à une source aussi éloignée l'idée de la coupole sur trompes, alors que dans des ^pays infiniment plus rapprochés du nôtre, on possède des églises du vi'= siècle, comme Saint-Vital de et même du v^ comme le baptistère de la cathédrale de
1. Dieulafoy, L\irt antique en Perse, t. IV, pi. voûtées sont postérieurs à l'avènement des Sas- 3 st M- sauides, et que ces voûtes sont dues à l'influence
2. Ibhi., t. IV, p. 59 et suiv. Il suppose que romaine qui était devenue prépondérante dans le monument de Firouz-Abad serait contempo- la région.
rain de Xercés ou d'Artaxercès, et celui de Sar- 4. Les murs sur lesquels porte k coupole de
vistan, plus jeune décent cinquante ou deux cents Saint-Vital dessinent un octogone. Les trompes
ans (IbuL, p. 75). servent à racheter la différence de plan entre cet
3. M. de Morgan eu particulier {Mission en octogone et le cercle de base de la coupole; il y Pêne, t. IV, p. 346-347) soutient que tous les en a 8 par conséquent (Voir Rivoira, Oiig. âeW monuments de la Perse contenant des parties iirchit.louiharda, 1. 1, p. 77, fig. 122.)
Fig. 266. — Raveiiiie. Saint-Vital Trompes, d'après Rivoira.
Ravenne (fig. 26e)
Naples (fig. 267) ', dont les angles sont arrondis à l'aide de trompes. M. Rivoira, rapprochant ces exemples de certains détails de construction qu'on relève dans les ruines antiques de l'Italie, en a conclu que les Romains étaient les véritables inventeurs des trompes. Il me paraît difficile d'en douter quand on voit les applications variées qu'ils ont su fiiire, dès le premier siècle, de la voûte en cul-detour, pour ramener au plan rond ou polygonal les édifices les plus compliqués. Les culs-de-fours signalés par M. Rivoira dans une salle du palais des Césars au
Palatin ^, mieux encore ceux qu'on voit à Tivoli dans la villa d'Adrien ' reliant des murs à angle droit, sont des trompes véritables. Or il s'agit là de constructions du i"' et du début du II'' siècle, ce n'est donc ni aux Perses Sassanides, ni aux Byzantins, c'est aux Romains qu'est due l'idée-mère d'où sont sorties les trompes.
Nos ancêtres leur ont-ils emprunté directement cet artifice de construction ? Ne l'ont-ils connu qu'à l'époque carolingienne et par l'intermédiaire de Ravenne; ou bien l'ont-ils imité tardivement de quelques-uns des modèles dont l'Italie du Nord a conservé des spécimens à Biella +, à Galliano > ou à Saint-Babilas de Milan'' ? La première de ces hypothèses ne serait pas la moins vraisemblable, mais je n'ose m'y arrêter dans l'impossibilité où je suis de citer en France un seul exemple de coupoles sur trompes antérieur au xi" siècle.
Quant aux pendentifs, il ne s'est trouvé personne pour leur prêter une antiquité comparable à celle qu'on a voulu attribuer aux trompes et l'on est à peu près unanime à leur supposer une origine byzantine. Depuis le règne de Justinien, en effet, la coupole sur pendentifs est devenue, comme nous l'avons vu plus haut, un des éléments caractéristiques de l'architecture religieuse dans tout l'empire d'Orient. L'ancien type de la basilique non voûtée e.st supplanté par un type nouveau dont
rig. 267.
d'après Rivoir.i.
1. C'est un édifice encore bien conservé. M. Berteaux (L'Art JlIiis V Italie incnd., p. 46) le cortsidère comme le plus ancien monument chrétien existant aujourd'hui où l'on ait adapté une coupole à un plan carré au moyen de trompes (Cf. Rivoira, t. II, p. 603, fig. 602).