AVERTISSEMENT
mérites de l'architecture romane. Le xii'' siècle, qui la vit parvenir à son apogée, était pour Quicherat « le grand siècle du Moyen Age ». Violletle-Duc lui a consacré dans ses écrits une large place, mais la part qu'il a faite à l'art gothique est tellement plus grande encore, que, dans son Dictionnaire, les églises antérieures à Philippe-Auguste semblent reléguées au second plan.
J'ai donc cru qu'un volume spécialement consacré à nos églises romanes ne serait pas de trop. Mais comme les monuments d'architecture ne sont jamais le produit spontané du génie d'un homme, ni même de l'effort collectif d'une seule génération, j'ai jugé nécessaire pour faire bien comprendre l'architecture romane, d'en rechercher les origines les plus lointaines, et j'ai été ainsi entraîné à remonter aux origines mêmes de l'architecture chrétienne.
Je n'ai voulu traiter que des monuments de la France, je n'ai pu néanmoins m'empêcher de sortir çà et là des limites qu'elle avait au moyen âge, car pour les époques très lointaines, les monuments, qui ont été les précurseurs de ceux auxquels est consacré ce volume, ont disparu de notre sol, et pour savoir comment ils étaient faits, il faut étudier les édifices similaires dont les restes se sont conservés en Italie, en Orient, et même en Afrique.
Il est difficile de faire comprendre la façon de bâtir propre à une époque, ou de faire ressortir les particularités qui caractérisent les édifices d'une région, sans entrer dans des détails qui risquent de rebuter beaucoup de lecteurs ou de lasser leur attention. Les progrès réalisés depuis trente ans dans les procédés de gravure permettent heureusement d'éviter cet inconvénient, car une reproduction photographique ou un bon dessin peuvent suppléer en bien des cas à de longues descriptions.
Le meilleur moyen de parler à l'esprit est souvent de parler aux yeux. Je me suis donc attaché à donner à l'illustration une importance particulière. J'ai eu la bonne fortune de rencontrer un éditeur qui, ancien chartiste lui-même, a compris que les reproductions photographiques sont pour l'archéologie les plus probantes des pièces justificatives. On verra en feuilletant ce volume qu'il s'est largement prêté à l'exécution du plan que j'avais conçu.
J'aurais été toutefois dans l'impossibilité de le réaliser à mon gré si je n'avais trouvé parmi mes anciens élèves de l'Ecole des Chartes, parmi mes collègues de la Commission des Monuments historiques, parmi les savants qui s'intéressent à l'architecture du moyen âge, d'aimables auxi-
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liaires auxquels je suis heureux de témoigner ici une sincère reconnaissance.
Mes excellents amis C. Enlart, J. Brutails, Labande, Ph. des Forts, Noël Thiollier, A. Boinet,G. Durand, E. Privât ; mes savants confrères J. Bilson, A. Naëf, le marquis de Vogué, le vicomte de Truchis, le docteur Birot, le commandeur Rivoira, le professeur Dehio, etc., m'ont procuré de nombreux clichés photographiques et m'ont permis de reproduire les meilleures gravures de leurs ouvrages. L'administration des Beaux-Arts m'a autorisé à puiser librement dans sa riche collection de dessins, et mes recherches ont été singulièrement favorisées par l'infatigable obligeance du personnel attaché à la Bibliothèque du Trocadéro.
Enfin j'ai trouvé en M. Brossard, de la maison Gillot, un véritable collaborateur aussi passionné pour l'art du moyen âge qu'habile à triompher des mille difficultés que soulevait une si copieuse illustration.
Aidé de la sorte, je puis attendre avec confiance le jugement du public, et songer même à donner une suite à ce volume. Je compte donc étudier de la même façon nos églises des siècles ultérieurs. Mais, pour le moment, je serai satisfait si j'ai pu intéresser mes lecteurs à notre architecture romane, leur inspirer pour elle l'admiration qu'elle mérite, et contribuer ainsi pour ma modeste part à protéger ces chères vieilles pierres contre les dangers qui les menacent.
21 novembre 191 1.
R. DE Lasteyrie.