‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 237 sur 377 · I-XOLE PKOVENÇAI.E · texte numérisé non relu

I-XOLE PKOVENÇAI.E

tion de divers édifices qui par leur mode de construction appartiennent à d'autres écoles, et qui sont situés au delà des limites que j'ai indiquées plus haut.

Ainsi la belle éijiise d'Alet, au sud de Carcassonne, qui relève par sa structure

l'ig. 442. — Arks. Saint- Trophiiiic. L'ortd principale.

de la même famille que les églises romanes de la région de Toulouse, est décorée de fort belles corniches composées des motifs familiers aux sculpteurs provençaux : (fig. 573) '■ En remontant vers le nord, on trouve jusqu'à Vienne et même à L3'on

1. Il 3' en a d'analogues à Saint-Jacques de l'église du Thor ( ReVoil, ,J/r/.i//. roiiniiie du miiii Béziers et à l'arcliivolte du porche latéral de de la France, t. I, pi. 65).

ECOLES D ARCHITECTURE A L EHOQUE ROMANE

des chapiteaux imités de l'antique, dont le style rappelle celui qui domine dans la région d'Arles, tandis que les églises de ces mêmes villes, voire même celles de localités situées plus au sud, comme Champagne dans l'Ardèche, Valence et Romans dans la Drôme, ne présentent point dans leur construction les traits essentiels de l'architecture provençale.

ÉCOLE BOURGUIGNONNE

La partie supérieure du bassin du Rhône était partagée, au moyen âge, entre trois provinces ecclésiastiques : celle de Vienne, qui s'étendait depuis Viviers et Valence jusqu'à Genève et comprenait la plus grande partie du Dauphiné; la petite province de Tarentaise, à cheval sur les deux versants des Alpes, et l'importante province de Lyon, qui occupait la plus grande partie de la Bourgogne et empiétait même, avec le diocèse de Langres, sur le bassin de la Seine et une partie de la Champagne. De ces trois provinces, une seule était bien placée pour voir naître et se développer une école d'architecture. La Tarentaise, perdue dans ses montagnes, a toujours été trop pauvre .pour jouer un rôle artistique. La province de Vienne, partagée entre les régions montagneuses du Dauphiné et des Cévennes, prise d'autre part entre les provinces de Lyon et d'Arles, a en partie subi l'influence de ce voisinage, en partie celle de la vigoureuse école formée en Auvergne dès le xi'' siècle, et qui, à travers le diocèse du Puy, est venue imposer sa marque à la cathédrale de Valence et jusqu'à l'église de Bourg-Saint-Andéol, au sud de Viviers.

La province de Lyon, au contraire, avec sa riche métropole, ses villes florissantes, Autun, Mâcon, Chalon, Langres, ses nombreuses et puissantes abbayes, Cluny, Tournus, Savigny, L'Ile-Barbe, Vézelay, etc., son sol abondant en matériaux de construction, réunissait tous les éléments nécessaires pour la prompte éclosion d'une brillante école. Mais, quoique cette école ait produit dès le xi'^ siècle nombre d'importants édifices et qu'elle ait abordé le problème des voûtes en un temps où la plus grande partie de la France hésitait encore à s'y risquer, ce n'est guère avant l'an i loo qu'elle s'est trouvée en posses-

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. Détail du porta

ECOLE BOURC.LUGNONNK

sion de la tormule dont devaient s'inspirer les constructeurs de ses plus belles églises. Le nombre des monuments que l'école bourguignonne peut encore offrir à notre admiration est considérable, et il est fâcheux qu'aucune étude d'ensemble

l'ig. 444. — Autuii. Église Saint-La

ne leur ait été consacrée ' et que les dates de beaucoup d'entre eux soient loin d'être établies avec toute la rigueur désirable.

Parmi les plus typiques, je citerai : l'église Saint-Nazaire de Bourbon-Lancy,

I. Signalons toutefois lemémoiredeM. Virey Mâcon (1892), et le bel ouvrage de M. F.Thiolsur L'Architecture romane dans l'ancien diocèse de lier sur l'Art roman à Charlieu et en Brionnais.

ECOLES D ARCHITECTURE A L EPOQUE ROMANE

commencée peu après 1030 ', avant l'époque où l'usage des voûtes s'est généralisé dans la région ; Saint-Philibert de Tournus (iîg. 238), dont la magnifique nef du \i^ siècle est précédée d'une avant-nef dont les deux étages paraissent avoir conservé leurs voûtes originales remontant peut-être au \' siècle- ; la grande église de Cluny, commencée par saint Hugues en 1089, consacrée par le pape Urbain IL en 1095

Fig. 445. — Église abbatiale de Vézelay.

alors que le chœur seul était bâti, et terminée en une trentaine d'années malgré ses dimensions exceptionnelles '. La hâte apportée aux travaux lui fut d'ailleurs fatale, car la nef à peine terminée s'écroula en 1125 '*. Mais six ans après, le mal était réparé, et le 22 octobre 1130 le pape Innocent II consacrait l'ensemble du monument > et quelques mois plus tard, le 20 mars 1132, une imposante procession de douze cent douze moines, venus de toutes les maisons de l'ordre, se déroulait dans l'église et le cloître à l'occasion du troisième chapitre général réuni à Cluny ''.

1 . Le prieuré dont elle dépendait fut fondé en 1030 par Anséide de Bourbon (Révérend du Mesnil, Les origines de Bourhon-Laiicy , p. 40).

2. Virey, Des époques de construction de Saiiit- Philiberf de Tounitis (1903), et H. Curé, Saint- PhiUhert de Tournus, ■p. 17 et s.

■3. Virey, Architecture romane dans P ancien diocèse de Mdcon, p. 264 et s.

4. V Ingens basilice navis que nuper édita fuerat corruit » (Orderic Vital, éd. Leprévost, t. IV, p. 426). Malgré ce témoignage catégorique d'un contemporain, je pense que la voûte seule a dû s'écrouler, car il eût fallu plus de six ans pour reconstruire un pareil édifice.

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