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Orderic Vital, t. V, p

ECOLE BOURGUIGNONNE

C'est également à la première moitié du xw" siècle que doit appartenir Saint- Lazare d'Autun (fig. 444), dont les belles églises de Beaune et de Paray-le-Monial reproduisent l'ordonnance générale, comme le fit un peu plus tard la cathédrale de Langres, et comme l'auraient fait également les cathédrales de Vienne et de Lyon ' si d'importants travaux de la fin du xW siècle et du commencement du xni'= n'en avaient modifié la physionomie.

Un type un peu différent, mais non moins remarquable, s'est conservé dans l'admirable nef de Vézelay (fig. 445), qui n'est plus, quoi qu'en disent nombre d'archéologues, celle que fit bâtir l'abbé Artaud à la fin du xi' siècle et qui fut consacrée en 1104-. Celle-ci, en effet, fut détruite le 22 juillet 1120 par un terrible incendie qui coûta la vie à onze cent vingt-sept personnes des deux sexes '. On entreprit aussitôt de la rebâtir, et le gros œuvre en était peut-être terminé quand le pape Innocent II consacra en 11 32 l'église des pèlerins +, que l'on croit être l'avant-nef actuelle. Douze ans auraient donc suffi à réparer la catastrophe, mais on dut travailler longtemps encore aux chapiteaux et aux sculptures qui ont rendu ce monument justement célèbre.

Je citerai encore les églises d'Avallon, de Jonzy, d'Anzy-le-Duc, de Châteauneuf, de Chariieu, et je devrais en mentionner une foule d'autres si j'avais à démontrer l'extrême fécondité de cette école, mais tout le monde est fixé à cet égard, et il me paraît inutile d'accumuler les exemples pour faire ressortir le rôle considérable qu'elle a joué dans le développement de notre architecture religieuse.

Viollet-le-Duc ^ fixait les limites de l'école bourguignonne vers l'ouest, à Moulins, Nevers, Cosne et Joigny ; vers le nord, à Sens, Bar-sur-Seine, Chaumont et Saint-Dié ; vers l'est, à Epinal, Besançon, Lausanne, Genève et Chambéry ; vers le sud, àLyon et Roanne. Mais, en réalité, son influence s'est étendue plus loin encore, car elle est très sensible en Dauphiné où la partie romane de la cathédrale de Vienne est franchement bourguignonne ; et elle est non moins marquée en Berry, où il existe un intéressant groupe d'églises qu'on rattache habituellement à l'école du Poitou et qui se rapprochent bien davantage des monuments bourguignons.

De toutes les écoles romanes, celle-ci serait la plus importante s'il fallait en croire Viollet-le-Duc, et elle aurait rayonné bien au delà des limites que nous

1. Guigues et L. Bégule, Moiwgr. lie la catli. d'Autun, mentionne la dédicace d'une eccUsia de Lyon. peregrinonim par Innocent II. Or, au commence-

2. Chron. Viiel. Spicil t. III — Gall. christ., ment du xix^ siècle, on appelait encore l'avantt. IV, c. 468. nef de l'église de la Madeleine église des Pénitents,

3. « XI kal. augusti, monasterium S. Marie M. Chérest en a conclu que c'est l'avant-nef Magdalene de Vizeliaco combustum est cum qu'Innocent II consacra lorsqu'il traversa la mille centum viginti et septem hominibus et contrée en janvier 11 32. (Congrès scient, de feminis » (Chron. S. Maxentii, ao 1120, dans France, 25e sess., t. II, p. 191 et s.)

Mabille, Chron. des églises d'Anjou, p. 42g). 5. Voir, dansle/ourna/ oj^«e/ du 30 juin 1879,

4. Une enquête ordonnée par le pape à l'oc- son rapport sur les Monuments historiques. — casion des démêlés de l'abbé Pons avec l'évêque Cf. Anthvme Saint-Paul, Fiollel-le-DiiL, p. 155.

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venons d'indiquer, car c'est dans la fameuse abbaye de Cluny qu'elle se serait constituée, les moines en auraient porté les principes dans les innombrables lieux où ils fondèrent des monastères. Si bien que, d'après l'éminent architecte, le vrai nom qui lui conviendrait serait celui d'école clunisienne, et c'est ainsi qu'il la désigne le plus ordinairement.

M. Anthyme Saint-Paul a vivement critiqué ces conclusions ', et tout en faisant une large part à l'abbaj-e de Cluny dans le développement de l'école bourguignonne, il conteste formellement l'existence d'une école clunisienne. J'estime qu'il a pleinement raison -. Viollet-le-Duc était persuadé que l'ordre de Cluny, en fondant une abbaye ou un prieuré, expédiait de la maison mère des moines architectes munis de programmes dont ils ne pouvaient s'écarter >. C'est une erreur. En réalité, l'abbaye de Cluny n'a jamais imposé aux maisons fondées ou administrées par ses soins un type d'église uniforme. Il suffit de suivre M. Anthyme Saint- Paul dans la rapide mais excellente revue qu'il a faite des principaux monastères élevés par les moines de Cluny depuis la construction de l'église mère, pour en avoir la démonstration évidente.

Si l'ordre de Cluny avait eu un type d'église, une façon de bâtir à lui propre, on devrait en retrouver la trace dans tous les monastères soumis à son autorité. Or il n'en est rien. Par toute la France, les abbayes dépendant de Cluny ont élevé leurs églises d'après les règles admises dans le diocèse où elles étaient situées ; ces églises relèvent des écoles locales au même degré que les églises cathédrales, collégiales ou paroissiales. Les églises clunisiennes de Bourgogne ont le style bourguignon, celles du Poitou ou de l'Auvergne le style poitevin ou auvergnat. Ainsi l'église Saint-Etienne à Nevers, qui est clunisienne, a un autre type que l'église de Cluny, parce qu'elle appartient à une région fortement influencée par l'école auvergnate. L'église de Mozac (Puy-de-Dôme) et celle de Beaulieu (Corrèze), situées dans les limites de cette dernière école, diffèrent complètement de Cluny, elles ont le style auvergnat. La fameuse église de Moissac sur la Garonne était couverte d'une suite de coupoles parce qu'elle était du même diocèse que la cathédrale de Cahors, qui en a de semblables. Saint-Martin-des-Champs, dont le chœur est contemporain des travaux d'achèvement de la grande abbatiale de Cluny, n'a rien emprunté au style de cette dernière, c'est une église de l'Ile-de-France. En revanche, les églises de Beaune et de Pafay-le-Monial ont le même style, la même ordonnance intérieure que l'abbatiale de Cluny, parce qu'elles sont comme elles dans la province ecclésiastique de Lyon où l'école de Bourgogne a régné sans partage. Et l'on ne peut,

1. Ainniaiie lie riirchéologuc. 1877, p. 60. minance de cette dernière. De même, malgré

2. je ferai seulement quelques réserves quant l'influence exercée par l'école germanique dans au.\ limites qu'il assigne à l'école bourguignonne. la Suisse française, Viollet-le-Duc a eu raison de x\insi il range les églises du Bourbonnais dans rattacher Lausanne et Genève à l'école bourguiune école spéciale. En réalité elles sont le pro- gnonne, car l'influence de cette dernière y était duit du mélange de deux influences, celle de la encore prédominante au xine siècle. Bourgogne et celle de l'Auvergne, avec prédo- 3. Dict. d'airhil.. t. I, p. 150.

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malgré la ressemblance qu'elles présentent avec l'école de Cluny, les invoquer comme preuve de l'existence d'une école clunisienne, car elles ressemblent au même degré à Saint-Lazare d'Autun qui ne relevait pas de Cluny. Notons enfin que le principal caractère que Viollet-le-Duc prête à cette prétendue école clunisienne, c'est-à-dire le luxe de l'ornementation, ne suffit aucunement à distinguer les églises bâties par des moines de Cluny. Car, si en Bourgogne elles sont richement ornées, cela tient à ce que l'abondance de la décoration est un des caractères habituels dans cette région de la France ; mais dans les provinces où pour un motif quelconque la sculpture était peu abondante, les églises clunisiennes ne sont pas plus décorées que les autres, Saint-Etienne de Nevers en est la preuve. Je conclus donc avec M. Anthyme Saint-Paul qu'il n'y a pas eu d'école propre à Cluny ', que c'est une erreur de parler d'école clunisienne, qu'il y a eu simplement une école de Bourgogne, dont l'église de Clunj' relevait comme beaucoup d'autres monuments.

Parmi les principaux traits qui caractérisent l'école bourguignonne, il faut signaler la hardiesse et la persévérance qu'elle a apportées dans l'art de construire des voûtes. Dès le xi"" siècle, ses architectes n'ont pas craint de voûter en totalité des églises de grande taille, et comme ils tenaient en même temps à leur donner une hauteur relativement grande, ils se sont heurtés à des difficultés d'exécution qui leur ont imposé de nombreux tâtonnements.

Ainsi à Tournus, nous trouvons la nef couverte non pas d'un berceau unique ayant même axe que le monument, mais d'une série de berceaux disposés perpendiculairement à l'axe de l'édifice et correspondant à chaque travée (fig. 238).

Ailleurs, comme à Cluny, Autun (fig. 444), Beaune (fig. 348), Paray-le-Monial, les architectes bourguignons donnent à leurs voûtes en berceau la forme brisée, beaucoup plus efficace que le plein cintre contre l'action de la poussée.

Ailleurs, comme à Vézelay (fig. 445), à Pontaubert, à Gourdon (fig. 246), à Anzy-le-Duc -, à Toulon-sur-Arroux, à Bragny en CharoUais, ils ont eu recours à la voûte d'arêtes. Les monuments ainsi couverts se multiplient au \n' siècle et forment, au milieu de l'école bourguignonne, une catégorie d'autant plus intéressante qu'elle a donné naissance à une variété du style gothique que l'ordre de Cîteaux a portée dans toute l'Europe. L'école bourguignonne s'est trouvée de la sorte jouer un rôle presque égal à celui de l'Ile-de-France dans la diffusion des nouveaux principes de construction, qui allaient pendant trois ou quatre siècles s'imposer au monde chrétien.

En résumé, les architectes bourguignons se sont ingéniés à éviter l'emploi du berceau plein cintre ; et, en fait, cette forme de voûte, la plus commune dans le reste de la France à l'époque romane, est en Bourgogne la moins employée de toutes.

I. Mon confrère et ami M. Virey est arrivé jVfrfcoK (Paris, Picard, 1892). aux mêmes conclusions dans son excellente étude 2. Félix Thiollier, L'aii roman à Charlieu,

sur L'archilectuie romane dans l'ancien diocèse de p. 74.

ECOLES D ARCHITECTURE A L EPOQUE ROMANE

C'est le berceau brisé qui domine; on le rencontre peut-être dès le xi"" siècle ', et l'on peut dire que depuis le commencement du xii" c'est un des traits les plus

habituels de l'école bourguignonne.

Ce n'est d'ailleurs pas à la voûte seulement que les Bourguignons appliquent de très bonne heure le cintre brisé. Nous le voyons aux arcades de la nef, dans une foule d'églises dont quelques-unes sont certainement du xi'' siècle, comme Farges et Saint- Vincent-des-Prés -. Avec le xii= siècle, cela devient une règle à peu près constante, et les monuments que l'on peut considérer comme les plus beaux types de l'école bourguignonne, tels que les églises de Cluny (fig. 446) et de Paray-le-Monial , les cathédrales d'Autun (fig. 444) et de Langres (fig.

447), les églises de Châteauneuf, de Semur-en-Brionnais, d'Avallon, etc., nous montrent des arcades brisées.

Le mode de support employé dans ces églises varie presque autant que la forme des voûtes. Les gros piliers ronds se rencontrent au xi^ siècle à Tournus (fig.

238), et dans les églises de Chapaize, Farges et Saint-Vincent-des-Prés qui sont dans la même région '>. A Uchizy et au Bourg-de-Thizy, ce sont des piliers cruciformes **, ailleurs des piles carrées cantonnées de demi-colonnes >, ailleurs enfin des piles carrées cantonnées de demi-colonnes, et, pour le piédroit correspondant aux doubleaux, de pilastres cannelés (fig. 446). Qu'on note bien ce dernier détail; il est très caractéristique, car l'usage des pilastres est presque aussi répandu en Bourgogne qu'en Provence, mais alors que dans cette dernière région les pilastres sont tou-

l-ig. 446. — Cluny. Travées de V.\ nef, J'aprc Deliio et Bezold.

I . Quicherat affirmait que bon nombre d'églises bourguignonnes bâties entre 1070 et II 30 avaient le berceau brisé (Mél. d'archéoL, p. 748). M. Vire}' (Arch. roiii. ilaiis ïaiic. dioc. de Mdcon, p. 37) va plus loin encore et attribue à la première moite du xi'= siècle la voûte en berceau brisé qui couvre l'église de Chapaize (S.-et-L.), mais je crois qu'il se trompe ; la façon dont les

doubleaux de cette voûte se raccordent avec les piédroits beaucoup plus larges qui les portent me semble indiquer une reconstruction de la voûte.

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