‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 252 sur 377 · BI · texte numérisé non relu

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46S. — Toulouse. Église Saiut-Si;riiiii.

ClinpitciUi. d'après A. de Baudot.

niodilit-r la forme des piliers, mais il n'en

est pas moins évident qu'une parenté

étroite unit tous ces édifices.

Notons toutefois dans les églises de la

région de Toulouse une particularité qui

leur donne une physionomie spéciale. La

bonne pierre à bâtir étant fort rare dans

la large plaine où coule la Garonne, on

a dû recourir à la brique pour toutes les

constructions publiques et privées, mais

cela n'a eu d'influence que dans quelques

détails secondaires, comme le profil des

piliers ou la forme des baies des clochers ;

cela n'a entraîné aucune modification

dans les traits essentiels des monuments.

L'emploi de la brique n'a point, au surplus, été limité à l'époque romane ; il a

été tout aussi fréquent à l'époque gothique, et, de nos jours encore, malgré la

facilité des transports, la brique entre pour une part prédominante dans toutes les

constructions.

Les églises romanes de Toulouse se distinguaient encore par le très réel mérite

des sculptures qui les décoraient. Il s'en est conservé à Saint-Sernin des spécimens

dont je parlerai plus loin avec quelque détail, en même temps que des beaux portails de Moissac, de Conques, de Beaulieù, de Carennac, et des linteaux sculptés des églises d'Auvergne. Enfin peu de régions sont plus riches en chapiteaux intéressants. Les uns sont ornés de figures qui forment des scènes parfois assez compliquées, les autres sont couverts d'une décoration végétale d'une rare élégance. Il y a entre eux de grandes différences de style qu'on a souvent attribuées à des différences de date, alors qu'elles tiennent principalement à la nature des pierres que les sculpteurs avaient à leur disposition. Ainsi à Toulouse (fig. 468), à Saint- Gaudens, à Carcassonne, à Alet, où l'on

s'est servi de calcaire à grain fin, la sculpture des chapiteaux est fine et ner\-euse.

Elle l'est moins en Auvergne, où les matériaux dont on dispose sont plus gros-

Lastf.yrie. — ArchUeclure romane.

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Fig. 469. — Saint- Kohert(Conézc).

ECOLES D ARCHITECTURE A L EPOQUE ROMANE

siers, et les curieuses suites de chapiteaux à ligures de Saint-Nectaire, de Saint- Saturnin et de Notre-Dame-du-Port sont d'un style assez lourd. Mais c'est surtout dans les régions où l'on emploie le granit que la sculpture prend un aspect parti-

A. Ju KaiiJot d el.

aulieu (Corrèze). Coupe sur le chevet.

culièrement rude. C'est le cas en Limousin où l'on a su néanmoins tailler dans cette matière ingrate de beaux chapiteaux à feuillages ' (fig. 469).

J'ai dit plus haut que quelques archéologues ont voulu attribuer à cette dernière

I. Il y a aussi en Limousin de très beaux rencontrent guère comme les grands t vmpans chapiteaux à figures du xil= siècle, mais ils ne se sculptés que dans la partie méridionale de la

lîGI.ISl'S nu LIMOUSIN i"l' \')V HICUKY 45 I

province une école spéciale. J'estime que c'est ;i tort. Les monuments du Limou.sin présentent, en effet, de singuliers disparates qui prouvent que leurs constructeurs, loin d'avoir l'unité de traditions et de principes qui constituent une école, obéissaient à des influences diverses. Les uns, comme les architectes des églises de Beaulieu (fig. 470) et de Saint-Robert (Corrèze), s'inspiraient des modèles auvergnats, dont ils conservaient même le petit triforium archaïque que j'ai signalé à Notre- Dame-du-Port ; d'autres, comme le constructeur de Saint-Martial de Limoges, perfectionnaient ce type et en tiraient cette magnifique variante (fig. 467) dont Saint-Sernin de Toulouse nous offre le spécimen le plus accompli; d'autres, comme les architectes de Saint-Léonard ou d'Uzerche, imitaient les églises auvergnates à bas-côtés dépourvus de tribunes ; d'autres, comme l'architecte de la belle église du Dorât, cherchaient plutôt leurs inspirations en Poitou ; d'autres enfin, comme celui de Solignac (iîg. 264), copiaient les églises à coupoles du Périgord. En résumé, le Limousin voisin de l'Auvergne, placé sur les confins du Midi dont il parlait la langue, uni au Poitou par maintes relations économiques et politiques, formait une sorte de terrain mixte où venaient s'entrechoquer des courants trop divers pour qu'une école à caractères nettement déterminés pîit s'y former.

Tout ce qu'on peut dire, c'est que les églises romanes de cette province appartiennent en majorité à la même famille que celles d'Auvergne ; que beaucoup, surtout en allant vers le nord ou vers l'ouest, relèvent plutôt de l'école du Poitou ; que dans les unes et les autres on rencontre souvent certaines particularités qui leur donnent un air de parenté assez frappant. Ce sont notamment l'extrême étroitesse des bas-côtés, l'emploi fréquent des pendentifs au lieu des trompes pour porter les coupoles construites sous les clochers (fig. 239 et 359), la forme originale et élégante de ces clochers, dont les églises d'Uzerche (fig. 423) et de CoUonges dans la Corrèze, et celle de Saint-Léonard (fig. 425) dans la Haute-Vienne nous offrent de beaux spécimens ; un type assez uniforme de façades, caractérisé par une porte flanquée de deux longues arcades aveugles dénuées d'ornement, le tout surmonté d'un clocher accompagné de deux clochetons, comme à Saint-Junien ou au Dorât (fig. 405); enfin un goût prononcé pour les archivoltes festonnées, comme le prouvent les portes de Vigeois (fig. 378), de la Souterraine et du Dorât, l'abside de la petite église de Rosiers d'Egletons (fig. 363), ou les fenêtres de la cathédrale de Tulle \ '

S'il me parait difficile de reconnaître l'existence d'une école romane propre au Limousin, je serais moins éloigné d'en admettre une en Berrv. Il existe, en effet,

province où l'on trouve le grès jaune ;i grain fin une large ouverture festonnée. Les artistes romans

des environs de Brive (Voir les chapiteaux de ont peut-être emprunté les arcs festonnés à l'an

Lubersac, de Vigeois, etc.). musulman, comme ils lui ont pris ces inscriptions

I. Ce goût pour les festons se manifeste coufiques qu'ils ont copiées sans les comprendre

jusque dans les coupoles limousines. On en voit sur les portes de la cathédrale du Puv (fig. 383),

à Saint-Robert, à la Grauliére, qui ont à la clef sur les tailloirs des chapiteaux de .Moissac, etc.

45 2 ECOLES D ARCHITECTURE A E UI'OQUE ROMANE

dans cette région un groupe d églises qui s'éloigne par bien des points des traditions suivies dans le reste de la province de Bourges, et qui s'écarte tout autant de l'école poitevine à laquelle on le rattache le plus ordinairement. Mais ce groupe n'a pas une originalité suffisante et n'a pas exercé une action assez étendue pour mériter une place parmi les grandes écoles de l'époque romane. Il est le produit d'influences diverses, dont la plus accentuée semble venir de l'école de Bourgogne qui a poussé dans le voisinage, à la Charité-sur-Loire, un rameau plein de vigueur. Ce qui distingue surtout les églises du Berry ', c'est la forme de leur sanctuaire. Il comprend habituellement une abside précédée d'un chœur a.ssez allongé, flanqué de bas-côtés avec lesquels il communique par de hautes arcades portées sur de puÈssantes colonnes. L'église de Saint-Genou (fig. 360), celle de Saint-Oustrille de Graçay (fîg. 301) offrent de beaux exemples de cette disposition. Parfois deux autres absidioles ouvertes sur les bras du transept viennent compléter cet ensemble. Il y a même à Châteaumeillant une église qui compte sept absides parallèles (fîg. 303), exemple à peu près unique dans notre architecture du xn'= siècle ^

En élévation, le chœur de ces édifices est aussi remarquable qu'en plan. Il est toujours voûté en berceau. Les collatéraux du chœur sont généralement voûtés de même, mais, contrairement à l'usage admis dans le reste de la province de Bourges, leurs voûtes ne sont pas montées assez haut pour épauler la maîtresse voûte. Il en résulte qu'on a pu, comme en Bourgogne, percer des fenêtres audessous de la voûte du chœur. L'appui de ces fenêtres est séparé du sommet des arcades du chœur par un assez grand intervalle occupé par la portion de mur à laquelle est adossée la voûte du collatéral avec le toit en appentis qui la surmonte. Cet intervalle est parfois décoré du côté du chœur par une arcature aveugle. Les églises de Blet, de Saint-Genou (fîg. 360), des Aix-d'Angillon et de Fontgombault nous offrent de beaux exemples de cette élégante ordonnance, qui a dû être inspirée aux Berrichons par l'école de Bourgogne. La nef des églises du Berry est rarement en rapport avec le chœur. Il arrive très souvent qu'elle n'a même pas de bas-côtés. Quand il y en a, ils sont toujours dépourvus de tribunes, et leurs voûtes en berceau ou d'arêtes contrebutent le berceau de la nef. C'est le système usité en Poitou. L'infîuence poitevine est encore sensible dans les clochers qui surmontent la croisée et qui sont souvent carrés, alors qu'en Auvergne et en Limousin ils sont en majorité octogones. Le joli clocher de Charly (Cher) montre mieux que tout autre cette influence poitevine, car il a conservé sa flèche en pierre, et elle est de forme conique avec imbrications, ce qui est un type propre à l'école du Poitou.

I. Pour les églises de cette région, on peut an Centre de 1870. consulter Buhot de Kersers, Statist. mmnm. dn 2. J'ai déjà dit fp. 294) qu'une disposition

âépart. du Cher, 6 vol. in-4, et, du même, un analogue se rencontre à l'autre bout de la France

Essai snr VarchUectnre reh'giense en Berry, publié dans l'église de Saint-Sever au diocèse d'.'Vire

dans les Mémoires de la Sociélé des Antiquaires (Landes).

ECdl-K POITIÎVINK

Les influences bourguignonne et poitevine ne sont pas les seules qui se manifestent en Berry, celle du Limousin se reconnaît dans la disposition des façades de Charenton-sur-Cher, de Drevant et de Germigny (Cher) ; celle de l'Auvergne même est encore sensible dans les votâtes en quart de cercle qui contrebutent la base du clocher de Livières ', et dans les arcatures en mitre qui se voient au clocher de Primelles -.

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