Ainsi la cathédrale de Bamberg (Dehio, pi. 167, fig
2. De même Saint-Cunibert à Cologne. La cathédrale de Trêves fait exception à cette règle, mais c'est un monument h3'bride dont le noyau primitif remonte à l'époque romaine et qu'une foule de restaurations ont transformé d'âge en
âge. La cathédrale de Verdun avait double abside, mais elle a subi tant de transformations que je n'oserais affirmer, comme tout le monde le répète depuis Viollet-le-Duc, qu'elle eût aussi double transept. La cathédrale de Cologne du ixe siècle avait double transept, mais rien ne dit qu'elle eût double abside.
ECOLES D ARCHITECTURE A L EPOaUE ROMANE
en ce cas une absidiole de chaque côté de l'abside. Il n'y en a jamais qu'une sauf dans les églises cisterciennes qui, en Allemagne comme partout, ont toujours deux chapelles et quelquefois trois sur chaque bras du transept.
Il n'est pas rare que dans chacun des angles rentrants formés par le transept et le chœur on ait construit une tour carrée ou ronde. On le faisait déjà à l'époque carolingienne, comme le prouve la curieuse miniature dont j'ai parlé plus haut,
K. Previss. MessbiU-mslalt.
Cologne. Église des Saînts-Apôtres. Vue intérieure sur le chœur.
représentant la cathédrale de Cologne au ix^ .siècle (fig. 126). Ces deux tours du transept n'empêchent pas d'en construire deux autres sur la façade occidentale sans préjudice de celles qui couvrent le carré du transept, ou des transepts s'il y en a deux. Plus d'une église rhénane se présente ainsi avec un cortège de quatre ou de six tours (fig. 531, 537). Il est vrai qu'ordinairement une partie d'entre elles sont de petit diamètre et étaient plutôt destinées à accéder aux parties hautes de l'édifice qu'à porter des cloches. L'efl^et n'en est pas moins imposant, malgré la forme disgracieuse des flèches qui couronnent souvent ces tours et qui ne s'est lieureusement pas répandue en dehors des pays de langue germanique.
ÉCOLi; RHÉNANE
En élévation, les églises de cette famille présentent des supports massifs et de profil peu compliqué. Les grandes arcades sont toujours en plein cintre. L'arc brisé ne s'y rencontre pas avant le troisième quart du xii'= siècle, et encore au début du XIII'' beaucoup de constructeurs lui préfèrent le plein cintre. Les grandes arcades de la nef et du chœur ne sont point ornées d'élégantes moulures comme en Normandie ou en Angleterre, et les plus belles églises, comme les Saints-Apôtres de Cologne (fig. 539), ont leurs arcades simplement formées d'une ou deux voussures à profil carré, sans même un tore pour en corriger la sécheresse. Même absence de recherche dans les parties hautes de la nef. Les grandes églises non voûtées du xi'= siècle semblent avoir eu assez souvent des tribunes ouvrant sur la nef par un grand triforium à deux ou trois baies. Mais quand on commença à se préoccuper de la question des voûtes on eut sans doute peur d'affaiblir les murs de la nef en y pratiquant de grandes ouvertures, et les églises les plus importantes, comme les cathédrales de Mayence, de Spire (fig. 540) ou de Worms, n'ont qu'un grand mur plein percé à sa partie supérieui'e d'une rangée de ienêtres en plein cintre.
Tout cela aurait donné à ces églises un aspect bien austère si l'on n'avait eu pour les embellir la ressource de les peindre. Aussi les artistes chargés de nos jours d'en faire la restauration les ont-ils couvertes de peintures de la base au sommet. Elles y ont gagné une apparence luxueuse qui flatte l'œil, mais l'étude en est devenue singulièrement difficile. Les archéologues doivent le déplorer d'autant plus vivement que l'ère des restaurations a commencé, dans la région rhénane, à une époque où l'art d'analyser une construction, d'y distinguer les reprises et d'en reconnaître les transformations, n'était guère plus avancé en Allemagne qu'en France. Or il est peu de monuments qui aient eu à subir plus de transformations que les grands monuments des bords du Rhin.
A une date sur laquelle on n'est pas complètement d'accord, mais qui doit probablement se placer vers le second quart du xii^ siècle, le problème qui préoccupait les constructeurs de la France entière commença à s'imposer à l'attention des architectes rhénans. Ils voulurent eux aussi élever des voûtes sur leurs églises. Leurs nefs, portées sur des piles alternées, se prêtaient particulièrement bien à l'emploi de grandes voûtes d'arêtes, englobant deux travées et retombant sur les piles fortes, et ils ne craignirent pas d'appliquer ce genre de voûte à des édifices de premier rang.
Fig. $40. — Spire. Cathédrale.
Travées de la nef, d'après Dehio.
comme la nefde la cathédrale de Spire (fig. 540) et de la cathédrale de Mayence, etc.
Puis quand l'usage de la croisée d'ogives commença à se répandre, ils purent
l'adopter sans autre changement dans l'ordonnance de leurs églises que l'introduc-
tion contre les piles fortes d'une colonnette ou d'un corbeau pour recevoir^la retombée des ogives, et c'est ainsi qu'on rencontre dans la vallée du Rhin des édifices comme la cathédrale de Worms ou l'église de Rosheim (fig. 541), romanes de forme et d'aspect et entièrement couvertes de voûtes d'ogives. Les formes romanes ont d'ailleurs persisté dans cette région plus longtemps que partout ailleurs, et des