‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 279 sur 377 · S'-Thihaud-de-Bazoches, Chàteau-Landon · texte numérisé non relu

S'-Thihaud-de-Bazoches, Chàteau-Landon

538 ÉCOLES d'architecture A l'kPOQUE ROMANE

brisé ; et beaucoup de ces nefs sont si peu élevées qu'il est difficile d'en expliquer l'emploi par des nécessités de construction. Peut-être les architectes de ces petits monuments obéissaient-ils à quelque idée d'esthétique, ou plutôt à ce goût pour la nouveauté qui a toujours été si puissant dans notre pays.

Néanmoins l'arc en plein cintre continua pendant plus d'un demi-siècle à être employé dans les grandes arcades ' concurremment avec l'arc en tiers-point, et sa persistance dans les portes et les fenêtres fut plus longue encore.

L'usage des tribunes a-t-il été moins répandu dans l'école de l'Ile-de-France que dans celles des provinces voisines, je ne le pense pas, quoique les exemples qu'on en peut citer aujourd'hui soient bien rares. Mais cela tient sûrement à ce que nous ne possédons, à peu d'exceptions près, que de simples églises rurales ; or les édifices de cette catégorie ont toujours été de proportions trop modestes pour comporter des tribunes.

Les cathédrales en avaient-elles ? Cela dépendait sans doute de leurs dimensions et des ressources dont disposaient les constructeurs. La cathédrale de Beauvais qui était petite en était dépourvue, celle d'Orléans qui était très vaste en possédait, comme celle de Tournai. De même pour les églises abbatiales. Des monuments fameux mais de taille médiocre, comme Saint-Germain-des-Prés, en manquaient ; on en voyait au contraire à Saint-Remi de Reims (fig. 546), à Saint-Lucien de Beauvais, à Lillers (fig. 549), et même dans des édifices de moindre importance comme Vignory (fig. 545). Les exemples de faux triforium, comme on en trouve dans certaines églises normandes dépourvues de tribunes, ne sont pas fréquents dans l'Ilede-France. Cependant il y en a un curieux (fig. 355) dans la petite église de Maule (Seine-et-Oise). Mais ce qui donne surtout à penser que les tribunes furent d'un emploi plus fréquent qu'on ne le croit généralement dans l'école romane de l'Ilede-France, c'est le nombre que l'on en voit dans les églises bâties depuis le second tiers du xii'= siècle, pendant cette période de transition où les traditions romanes se mêlent à certains des éléments qui constitueront l'art gothique.

Les fenêtres sont toujours en plein cintre. Elles ont conservé longtemps cette forme et l'avaient souvent encore à la fin du xn'= siècle, à une époque où tous les autres arcs de l'édifice sont brisés.

Dans les petites églises de campagne, il arrive parfois qu'au lieu d'occuper leur place normale dans l'axe des grandes arcades, elles sont percées dans l'axe des piliers de la nef. Il en était ainsi à Latfaux, Latilly, Lucheux, Orrouy, Pontpoint et dans l'église aujourd'hui en ruines de Champlieu (fig. 550).

J'ai dit en commençant combien les architectes de l'Ile-de-France ont hésité avant de se risquer à jeter des voûtes sur la nef de leurs églises, mais il ne faut pas conclure de là qu'ils se soient désintéressés du problème dont la solution préoccupait si vivement les architectes des autres écoles. Bien au contraire, ils ont

I. Comme à Beizy-le-Sec et à Vauxrezis (Lefèvre-Pontalis, 0/). i//., pi. 2j et 44).

HCOLB Dli L ILE-Dlî-l-RANCE

fait de nombi'cLix essais de voûtes et cela dès le xi" siècle, seulement ils les taisaient prudemment sur les parties les moins élevées de leurs églises, comme le chœur, les bas-côtés, les bras du transept, et ils ne se risquaient à voûter la nef que dans les édifices de dimension restreinte et dépourvus de bas-côtés. Il nous reste quelques spécimens de ces essais. Un des plus complets se voit à Saint-Etienne de Beaugency, petite église très simple composée d'une nef de trois travées, d'un transept aux bras très saillants munis chacun d'une absidiole, enfin d'un chœur de deux travées terminé par une abside. La nef, le chœur et les bras du transept sont voûtés en berceau avec doubleaux plein cintre, le carré du transept est voûté d'arêtes. L'extrême simplicité de la construction et la petitesse des fenêtres donnent

MHUB

bâ^

Ih

Neurdein ph.

Fig. 550. — Ruines de l'église de Champlieu (Oise).

à cet édifice une apparence très archaïque qui l'a fait parfois attribuer au ix' ou au x^ siècle ', mais il ne saurait être antérieur à 1050 -. Il ne faut point, au surplus, se laisser tromper par la rudesse d'aspect des constructions de ce type, ni en conclure que ceux qui les élevaient étaient incapables d'appareiller des murs avec plus de soin. La vérité, je l'ai déjà dit pour d'autres monuments plus anciens, est que l'intérieur de ces édifices était couvert de peintures et qu'on jugeait inutile de faire des trais d'appareil pour des maçonneries qui n'étaient point destinées à rester à nu. Malheureusement ces décorations peintes ont presque partout disparu, et bien rares sont les églises, comme Saint-Gilles de Montoire, qui en ont conservé des spécimens.

Les églises comme Saint-Etienne de Beaugency sont rares dans l'Ile-de-Erance; mais bien plus rares encore sont celles où l'on s'est essayé à voûter la nef quoiqu'elle fût flanquée de bas-côtés.

1. Viollet-le-Duc, Dicl., t. V, p. 181 ; de gency, nous apprend que l'église Saint-Étieune même Dehio, t. I, p. 165. fut reconstruite et donnée par lui à l'abbaye de

2. Une charte de Landry, seigneur de Beau- Vendôme en 1050 (B/(//. «(0«î//h., t. XXIX,p. 81).

ECOLES D ARCHITECTURE A L EPOaUE ROMANE

La curieusf église de Saint-Loup-de-Naud, près de Provins, est un de ces édifices exceptionnels (fig. 551); mais il est à noter que ce n'est point une construction élevée d'un seul jet. C'est au contraire un monument bâti fort lentement, ce qui a permis d'v introduire successivement des perfectionnements inconnus de ceux

S;iint-Loup-de-Nauti. Vue intérieur

qui en avaient posé la première pierre. Il n'en est pas moins fort intéressant. Le chœur, qui remonte peut-être au xi" siècle, est vot^ité en berceau et flanqué de bas-côtés voûtés d'arêtes. Le transept, presque aussi ancien que le chœur, a ses bras voûtés en berceau et la croisée couverte d'une coupole sur trompes. La nef compte six travées qu'on a dû bâtir en trois étapes s'échelonnant entre le commencement et le milieu du xii'' siècle. A l'origine, on ne comptait sans doute pas la voûter;

KCOLE DK L ILK-DR-FRANCK 54I

on se risqua néanmoins, lorsqu'on entreprit les deux travées voisines du transept, à les couvrir d'un berceati en plein cintre. Quant aux suivantes, elles marquent un progrès plus grand encore ; elles sont couvertes de grandes croisées d'ogives embrassant chacune deux travées. Il est bien regrettable que l'on ne connaisse point la date précise de ces diverses voûtes, car aucune église ne montre mieux l'esprit de recherche des constructeurs de l'Ile-de-France et les tâtonnements par lesquels ils ont dû passer.

Mais, encore une fois, celle-ci est exceptionnelle; ses voûtes en berceau montrent une des solutions auxquelles on se serait peut-être arrêté si la croisée d'ogives n'en avait fourni une autre mille fois préférable; elles n'ont pas fait école.

Il en fut de même du berceau brisé. On en trouve des exemples sur les travées de chœur à une époque très voisine sans doute de l'an iioo ', mais l'usage de la croisée d'ogives se généralisa avant qu'on eût songé à en faire emploi pour voûter les nefs.

L'usage de la voûte d'arêtes a été moins restreint, mais il est limité au chœur ^, ou aux petites travées peu élevées, telles que celles qui séparent les absidioles des bras du transept, comme à Rhuis (Oise), ou qui forment la partie basse des clochers, comme à Feucherolles ou à Orgeval ', ou encore aux collatéraux de la nef, coinnîe à Morienval, à Saint-Thibaud-de-Bazoches +, au Wast près de Boulogne-sur-Mer, etc. Les voûtes d'arêtes de plus grande dimension sont tellement rares, sauf au carré du transept, que l'on doit se demander si celles que l'on peut citer ne sont pas dues à des restaurations modernes > .

La voûte d'ogives n'apparaît point avant le début du xii'= siècle, mais ses progrès furent extrêmement rapides, et bien qu'il me soit impossible de citer des exemples à date absolument certaine^ avant 1140, on peut affirmer, en voyant le degré de perfection auquel les constructeurs de l'Ile-de-France l'avaient portée . quand Suger fit reconstruire l'église de Saint-Denys, qu'ils la connaissaient et la pratiquaient déjà depuis longtemps. Nombre de charmantes églises éparses dans les diocèses de Paris, Beauvais, Soissons, Senlis, Laon, Meaux et régions environnantes, permettent de voir comment l'usage de la croisée d'ogives s'est introduit

1. Autheuil-en-Valois (Lefèvre-Poiitalis, t. I, 5. Je crois bien, contrairement à l'avis de p. 122, et pi. 18). Quicherat, que c'est le cas pour l'église Saint-

2. Il s'en est conservé à Catenoy (Oise), et à Vincent à Senlis. Les voûtes d'arêtes qui en la maladrerie de Saint-Lazare près de Beauvais ; à couvrent la nef me paraissent dues à quelque res- Rebais (Seine-et-Marne); à Montmille (Oise); tauration du xviie siècle.

à Urcel (Aisne); au Tronquoy (Somme), etc. 6. M. Lefèvre-Pontalis a donné comme monu-

3. Arch. des Mon. hist., t. I, pi. 23. ment à date certaine la petite chapelle de Belle-

4. Notons seulement, à propos de ces deux fontaine (Oise) dont la construction fut autorisée exemples que j'emprunte à M. Lefèvre-Pontalis, par Lisiard, évêque de Soissons en 1125 (Aichit. que les voijtes d'arêtes des collatéraux de Morien- romane dans le dioc. de Soissons, t. U, p. 5 et 8). val paraissent avoir été refaites à une époque peu Mais on a objecté que la construction pouvait ancienne, et celles qui ont dû exister à Saint- n'avoir pas suivi immédiatement la permission TIiibaud-de-Bazoches ont depuis longtemps dis- de l'évêque, et que le style du monument paraisparu. sait bien avancé pour une pareille date.

ECOLES D ARCHITECTURE A L EPOQUE ROMANE

et s'est vulgarisé. C'est au chœur, comme à Bussiares ', ou à l'étage inférieur des clochers, comme à Auviller', à Saint-Lucien de Beauvais ' ou à Ac)'-en-

Multien, qu'on la voit apparaître tout d'abord. Elle gagne de là le carré du transept '^ et les parties hautes de la nef elle-même.

1. E. Lefèvre-Pontalis, op. cit., pi. 54. Woillez, Archéol. des mon. Je Vanc. Beauvoi-

Page 1