Woillez, Archéol. des mon. de Vanc. Beau- sis
voisis. 4. Par exemple à Lillers et à Guarbecques en
3. Cette belle église a malheureusement été Artois (Enlart, Monum. relie;, de Varchit. romane détruite au commencement du xixc siècle. Voir dans la rég-ion picarde, p. 16).
KCOLE DE L ILE-DE-l-RANCE
Chose curieuse et que l'on remarque notamment dans l'église d'Airaines (Somme) ', la voûte d'ogives, à ses débuts, a été parfois employée pour le vaisseau principal de l'église alors que pour les bas-côtés on se contentait encore de voûtes d'arêtes. C'était assez rationnel, car ceux-ci étant beaucoup moins élevés et moins larges que la nef, on pouvait donner à leurs voûtes toute la solidité désirable sans s'écarter des procédés de construction traditionnels.
A partir de 1140 les églises entièrement voûtées d'ogives se multiplient rapidement; mais peuvent-elles être encore considérées comme romanes? Quicherat l'admettait, et il citait comme le type le plus accompli de l'école romane de l'Ilede-France la magnifique église de Saint-Germer (fig. 552), quoiqu'elle ne diffère guère des édifices gothiques que par l'emploi simultané de l'arc plein cintre et de l'arc brisé, par l'absence d'arcs boutants venant épauler les voûtes hautes par-dessus les toitures des collatéraux, et enfin par le style de la sculpture, encore fort éloigné de celui qui s'imposera dans tout le domaine royal à partir de Philippe-Auguste. Ces différences sont trop importantes pour qu'on puisse classer l'église de Saint- Germer parmi les monuments gothiques, elles ne sont pas assez nombreuses pour qu'on puisse encore la considérer comme une construction purement romane. En réalité, c'est un édifice de transition, qui participe de l'un et de l'autre style, et comme les monuments qui présentent ce même caractère mixte sont nombreux et souvent remarquables, il n'est que juste d'en faire une catégorie spéciale et de les étudier à part.
C'est pendant cette même période de transition que la sculpture prit dans l'Ilede-France un essor extraordinaire et que ne pouvaient guère faire prévoir les essais antérieurs, car au début du xii' siècle encore la sculpture d'ornement elle-même était souvent de qualité fort inférieure. Les progrès néanmoins furent rapides, et les magnifiques portes de Trie-Château (fig. 594), de Saint-Pierre de Roye (Somme)' et de Saint-Etienne de Beauvais (fig. 553), quoique leur riche décoration soit quelque peu lourde et confuse, permettent d'entrevoir ce qu'aurait été la sculpture romane de l'Ile-de-France, si une nouvelle génération d'artistes, d'un goût autrement délicat, n'avait introduit vers le milieu du siècle à Chartres, Étampes, Saint-Loup-de-Naud, Provins, etc., un nouveau style de sculpture où la figure prend une place qu'elle n'avait jamais eue jusque-là.
En résumé, l'école de l'Ile-de-France a produit, dès le xi= siècle, des édifices importants, mais comme ils n'étaient point voûtés ils ont presque tous été rebâtis ultérieurement. L'arc plein cintre y domine, mais, depuis l'an iioo, l'arc brisé est fréquemment employé pour les grandes arcades. Les architectes de l'Ile-de-France ont connu toutes les variétés de voûtes employées par leurs contemporains, ils n'en ont fait qu'un usage restreint parce qu'à l'époque où elles jouissaient ailleurs
I. Enlart, Mon. de l'airhil. lomaiw dmis la 2. M. Enlart en a donnij une excellente repro-
règion picarde, p. 11. duction, ibid., p. 157.
hig. ')')}. — Beauvais. Saint-Éti-enne. Porte latérali
lîcoi.i-, DE I, iij:-dh-i-kancr 545
de la plus grande vogue, ils découvraient la croisée d'ogives ou du moins comprenaient les importants avantages qui devaient faire préférer ce genre de voûtes à tous les autres. Au début ils n'osent l'employer que pour le chœur, les bas-côtés, tout au plus pour le transept. Mais dès le second quart du xu" siècle ils en couvrent des nefs bâties avec tant de hardiesse qu'on ne peut plus les considérer comme romanes. C'est une nouvelle phase qui commence dans l'histoire de l'architecture. La période de transition qui l'inaugure est pour l'art français ce que le siècle de Périclès fut pour l'art antique, et le xV siècle italien pour l'art moderne. Il est nécessaire de la bien connaître pour comprendre l'art du xiir' siècle, et l'on ne saurait aborder l'étude des monuments gothiques, sans un examen préalable des édifices de transition, qui m'entraînerait trop loin pour que je puisse l'aborder en ce volume.