PEINTURE SUR VERRE
La cathédrale du Mans possède, en effet, deux autres fenêtres où sont conservés des vitraux de l'époque romane. L'un représente l'histoire des Rois Mages, l'autre est formé de panneaux provenant de verrières différentes, et représentant des scènes de l'Histoire des saints Gervais et Protais, de saint Etienne (fig. 563) et de sainte Valérie '. Ils offrent comme facture beaucoup d'analogie avec le vitrail de l'Ascension; aussi me semble-t-il excessif de les attribuer, comme on l'a fait, au premier quart du xn'= siècle ; mais ils peuvent fort bien être contemporains de ceux de Saint-Denys.
Les vitraux romans de la cathédrale d'Angers ne doivent appartenir qu'à la seconde moitié du xiT siècle, car il est peu vraisemblable qu'ils puissent être antérieurs aux grands travaux qui transformèrent totalement l'édifice vers 1 150 et ne laissèrent subsister que les murs extérieurs des bas-côtés. D'ailleurs, divers détails dans le dessin, dans l'iconographie, dans le style des bordures et dans quelques autres accessoires, semblent indiquer une époque assez voisine du xiii'' siècle. Ils représentent l'Histoire de sainte Catherine ^, la Mort de la Vierge >, le Martyre de saint Vincent. La couleur en est admirable, les fonds sont bleus, de cette nuance délicieuse dont le secret s'est trop tôt perdu. II existe toutefois à la cathédrale d'Angers une figure que je croirais volontiers de date plus ancienne. C'est une Vierge assise d'un dessin archaïque ; elle est posée, il est vrai, sur un fond de grisaille orné de petites feuilles de trèfle, comme on en voit sur une foule de vitraux du xiii" siècle +. Mais la figure me paraît être beaucoup plus ancienne que ce fond, et il ne me répugnerait pas d'y voir un reste des vitraux que le chanoine Hugues de Semblançay avait donnés à la cathédrale du vivant de l'évêque Eulger (i 125-1 149) >.
Il est assez probable qu'il faut également faire remonter à la première moitié du xii'= siècle la Vierge à l'Enfant qui s'est conservée dans une des fenêtres de l'église de la Trinité de Vendôme ". Elle offre, en effet, des analogies assez grandes avec les vitraux de Saint-Denys, et le corps de la Vierge a les mêmes proportions très allongées que présentent les apôtres et la Vierge de l'Ascension du Mans. Ce sont en un mot des œuvres de la même école.
C'est au contraire à une école différente, quoique également fort habile, qu'appartiennent les beaux panneaux découverts, il y a vingt ou trente ans, dans la cathédrale de Châlons-sur-Marne et aujourd'hui déposés au Musée des Arts décoratifs. Ils représentent la Vision du prêtre Lucius et la Crucifixion. Le dessin en est bon, et les fonds, qui sont d'un très beau ton, sont faits avec des morceaux de
1 . Cf. Hucher, Calques des vitraux de la cathé- {Obit. de l'église d'Angers dans Mortet, Recueil, drale du Mans. p. 85.) Ce texte, il est vrai, ne parle pas explici-
2. F. de Lasteyrie, Hist.de la peint, sur verre, tement de vitraux peints, mais l'usage du verre pi. I. était tellement répandu en France à cette époque