Ibid., pi. 2. qu'un chroniqueur n'aurait pas mentionné un
4. A. Michel, Hisl. de l'art, 1. 1, p. 790, fig. 424. simple don de vitres blanches.
5. <i Universas etiam fenestras navis ecclesie, 6. F. de Lasteyne, Hist. de la peint, sur verre, cum liguée essent, fecit vitreas tribus exceptis. » pi. 8.
^64 LA DÉCORATION DES ÉGLISES ROMANES
verre beaucoup plus grands que ceux qu'on emploj^ait d'ordinaire ; aussi les plombs forment-ils un réseau beaucoup moins épais que dans la plupart des vitraux du xii^ siècle. M. Mâle y a relevé avec raison certaines particularités iconographiques qui semblent dénoter une influence germanique '. Aussi propose-t-il de les attribuer à une école qui se serait formée à Reims et dont il nous reste, dans l'église Saint-Remi, une Crucifixion du troisième quart du xii' siècle.
La plupart des vitraux que je viens d'énumérer donnent une haute idée du talent des peintres verriers français du xii= siècle. Théophile, du reste, proclamait la .supériorité que, de son temps déjà, la France avait conquise dans la pratique de cet art -. Nulle part elle n'est plus éclatante que dans les admirables fenêtres qui ornent la façade de la cathédrale de Chartres et qui ont survécu, avec les sculptures du portail, au terrible incendie de 1194. On y voit trois grandes verrières : l'une est remplie par un arbre de Jessé, les deux autres sont consacrées à l'Enfance du Christ et à la Passion '. L'église de Saint-Denis possédait, elle aussi, un arbre de Jessé parmi les vitraux donnés par Suger. Les quelques fragments qui en restent et uri dessin que Lenoir avait pris de l'ensemble avant sa destruction, permettent d'affirmer qu'il avait avec celui de Chartres une grande ressemblance, et que l'un devait être inspiré de l'autre. Jamais, même dans les plus belles œuvres du XIII'' siècle, l'art de la peinture sur verre n'a atteint une plus grande perfection . Les plus riches .mosaïques byzantines, les plus somptueux tapis d'Orient ne sauraient présenter à l'œil un mélange de tons plus harmonieux. L'artiste avait le sentiment de la composition autant que le génie de la couleur. Ainsi dans les deux vitraux de l'Enfance et de la Passion les scènes sont enfermées dans des médaillons alternativement ronds et carrés, encadrés dans d'élégantes bordures perlées (fig. 567). Une autre bordure beaucoup plus large et plus riche entoure l'ensemble du vitrail en suivant les contours de la fenêtre. L'arbre de Jessé par sa forme se prêtait mal à cette alternance de médaillons ; aussi le peintre a-t-il pris un autre parti. Il n'a représenté sur l'arbre que quatre figures : Jessé, David, la Vierge et le Christ. Chacune est flanquée de deux prophètes, ce qui donne à ces quatre groupes une forme ovale correspondant à toute la largeur du vitrail ; de légers filets de verre blanc encadrent ces ovales et dessinent sur les bords des festons du plus heureux effet.
Les peintres verriers du xii^ siècle sont souvent gênés par les pièces de l'armature métallique, qui sert à maintenir les diff"érents panneaux dont se compose le vitrail et qui traversent la fenêtre en coupant parfois le dessin de la manière la plus fâcheuse. Us n'ont pas l'idée de donner à cette armature des formes qui se marient avec celles des médaillons au lieu de les contrarier. C'est à peu près leur seule infériorité sur leurs émules du xiii" siècle, et c'est une des particularités qui aident à distinguer les vitraux romans des premiers vitraux gothiques. A Chartres, cette
1. Hist. de l'art, t. I, p. 792 et fig. cathédrale de Chartres, publiée jadis par le Minis-
2. Divers, artîinii schediila, prologue. tère de l'Instruction publique sous la direction de 5. Voiries planches de la Monographie de la Lassus et Amaurv Duval.
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infériorité est peu sensible. Dans le vitrail de l'Entance du Christ en particulier, les fers de l'armature sont disposés de façon à passer entre les médaillons et à suivre le tracé de la bordure. Ils en accentuent ainsi les grandes lignes et ajoutent encore au merveilleux effet de l'ensemble.
L'art de la peinture sur verre a pénétré partout, il a laissé des traces souvent très brillantes jusque dans les petites églises de campagne. Seuls les moines cisterciens résistèrent à l'engouement général. Toutefois ils n'ont pas osé proscrire les s'itraux.
Fig. 567. — Gitliédrale de Ch.Titres. Fragment du vitmil de l'Enfance du Christ.
ils se sont contentés d'en bannir la couleur. Mais le sens artistique était si développé au xii'^ siècle qu'ils ont su, avec de simples verres blancs, produire des œuvres d'un heureux effet. Les morceaux de verre qui composent ces vitraux incolores sont découpés de façon à former des palmettes ou des entrelacs, les tiges de plomb qui les maintiennent suivent les contours du dessin en l'accentuant vigoureusement. Les églises d'Obasine (fig. 568) et de Bonlieu (fig. 569) ont conservé jusqu'à nos jours des vitres ainsi décorées. Malgré la simiplicité du procédé, on ne peut leur contester un véritable cachet d'élégance.
Pendant longtemps les riches couleurs des mosaïques venaient encore contribuer à la décoration des églises. Mais nous avons vu plus haut à quel degré de déca-
LA DECORATION DES EGLISES ROMANES
dence cet art était tombé depuis le ix'= siècle, principalement en Gaule. Il se releva en Italie avec l'époque romane, grâce aux artistes grecs qui y affluaient et y formèrent de nombreux élèves. La péninsule a conservé, principalement dans ses provinces méridionales, beaucoup de mosaïques remarquables exécutées par des artistes ou sur des modèles venus de Constantinople. Les Normands qui conquirent, au xi'= siècle, la Sicile et le sud de l'Italie n'eurent garde de négliger dans les églises qu'ils firent bâtir ce magnifique élément de décoration, et la chapelle Palatine à Païenne, l'église de la Martorana et la cathédrale de la même ville, l'église de Monreale, la cathédrale de Cefalù, la cathédrale de Bari, etc., ont conservé tout ou partie des splendides mosaïques dont elles furent ornées au xii'= siècle.
onnay ael.
— Ob^isiiie (Corrcze). Vitrail incolore.
Fig. 569. — Bonlitu. Vitrail incolore.
Malheureusement les Normands des Deux-Siciles n'ont jamais exercé la moindre influence artistique sur leur pays d'origine et, en Normandie comme dans le reste de la France, il semble que la mosaïque ait été complètement abandonnée, sauf pour la décoration des pavements. Il nous reste, en effet, dans l'abside, les absidioles, le chœur de quelques églises, des pavements en mosaïque remontant au xi^ ou au xii" siècle, et qui sont exécutés d'après des procédés tout à fait semblables à ceux que les Romains employaient un millier d'années auparavant.
Ainsi l'église d'Ainay à Lyon a conservé jusqu'à une époque voisine de nous un pavement de ce genre sur lequel une inscription rappelait la consécration de l'édifice par le pape Pascal I", en 1107. Il n'en reste malheureusement que des fragments.
L'église de Cruas en possède un en meilleur état '. Il couvre le sol de l'abside principale et représente les deux prophètes Hénoch et Elie. Une inscription en donne la date; il fut exécuté en 1098.
I. Revo'û, Archit. roii/aiw du Midi delà France, t. III, pi. 78.