‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 288 sur 377 · MOSAÏQUES · texte numérisé non relu

MOSAÏQUES

On voyait encore au wiii"-' siècle, dans le chirur de Saint-Kenii de Reims, une très belle œuvre du même genre, qui avait été exécutée en 1090, et sur laquelle étaient représentés les apôtres, les prophètes, les travaux des mois, les signes du Zodiaque et diverses figures allégoriques. Malheureusement elle ne nous est connue que par d'anciennes descriptions ' ; elle a été détruite à la Révolution et il n'en reste rien. Ce n'est point, en effet, de Salnt-Remi que provient l'élégant pavé de mosaïque conservé au musée de Reims et représentant Abraham accompagné d'Isaac chargé du bois qui doit servir à son sacrifice '. C'est une œuvre d'un joli style, mais qui ne peut être antérieure à la fin du xii'= siècle. Elle a été découverte vers 1865, quand on fit disparaître les derniers restes de la chapelle Saint-Nicolas, ancienne dépendance de l'Hôtel-Dieu de Reims.

L'église abbatiale de Saint-Bertin, à Saint-Omer, avait reçu en 1109 une décoration non moins brillante. Il n'en subsiste qu'un petit nombre de fragments, représentant David et Salomon et quelques-uns des signes du Zodiaque '.

Le procédé de fabrication de ces pavements de mosaïque, leur coloration, certains motifs d'ornement qu'on y rencontre rappellent si bien ce qu'on voit dans beaucoup de mosaïques de la fin de l'époque romaine qu'on s'y est parfois trompé et qu'on a voulu attribuer à l'antiquité des pavements qu'il faut certainement restituer au moyen âge. Tel est le cas de l'étrange mosaïque qui couvre le sol de l'abside principale de la cathédrale de Lescar. Une inscription nous apprend qu'elle a été exécutée par les ordres de l'évêque Guy, qui occupa le siège de Lescar de 1 115 à 1141. Mais malgré les termes catégoriques de l'inscription, plusieurs archéologues ont fait de cette mosaïque une œuvre romaine. Les sujets représentés n'ont, en effet, rien de clirétien. Ce sont : un lion dévorant une chèvre ou un bouc, un chasseur combattant un sanglier, un homme à jambe de bois tirant de l'arc, un âne traînant, attaché à sa queue, un autre quadrupède +. Mais il ne faut pas croire que les mosaïstes du xW siècle s'astreignaient à n'orner les églises que de sujets pieux. Les fantaisies les plus bizarres trouvaient place dans leurs œuvres. Ainsi on a retrouvé dans les ruines de l'église de Ganagobie (Basses-Alpes) les mosaïques qui ornaient le sol des trois absides et du sanctuaire ; elles nous montrent des chevaliers combattant des dragons, des centaures, des animaux fantastiques auxquels il serait oiseux de chercher une signification quelconque. Or le stj'le de ces mosaïques, aussi bien qu'une inscription qui les accompagne, permet d'en fixer la date à la première moitié du xii^ siècle >.

1. Bergier, Les grands chemins de V Empire mosaïque de l'ancienne église Saint-Bertin (1844, romain, éd. de 1728, p. 201 ; Marlot, Hist. de in-4).

Reims, t. II, p. 543. 4. Lanore, dans son étude sur la cathédrale de

2. Jadart, dans le Bull, arcbéol. du Comité, Lescar (Bull, mon., t. LXVIII), a fort bien 1892, p. 348 et pi. 24. démontré que c'était une œuvre du moyen âge.

3. Voir la notice de A. Harraant dans les 5. Elles ont été publiées par l'abbé Arnaud Mém. de la Soc. des Antiquaires de la Morinie de d'Agnel dans le Bulletin archéol. du Comité, 1832, et Wallet, Descr. d'une crypte et d'un pave année 1910, pi. 55 à 58.

LA DECORATION DES EGLISES ROMANES

C'est à l;i même époque qu'il taut attribuer le beau pavé de mosaïque qui ornait jadis la chapelle Saint-Firmin en l'église de Saint-Denys. Il était formé de médaillons représentant les Travaux des mois. Il ne s'en est conservé que deux : sur l'un on voit un homme faisant du vin, c'est le travail du mois de novembre ; sur l'autre est agenouillé un personnage qu'une inscription désigne comme l'auteur ou peut-

Fig. 570. — Église de Saint-Denys. Fragment d'un pa

enl de mosaïque

être seulement le donateur de ce bel ouvrage (fig. 370). Il se nomme Albricus '. Ces deux panneaux, probablement contemporains de la reconstruction de l'église abbatiale par Suger, sont aujourd'hui déposés au Musée de Cluny. Par leur couleur et par la dimension des cubes employés à leur fabrication, ils ressemblent aux mosaïques murales des Byzantins plus qu'aucun des monuments de la même catégorie dont nos églises de France ont pu conserver quelque chose.

I. Cette inscription est ainsi conçue : « Hoc l'abbé Yves, qui gouverna l'abbaye au xi^ siècle, plus Albricus nobile fecit opus. » Une mauvaise Alf. Ramé a le premier relevé cette erreur lecture avait fait attribuer cette mosaïque à (Revue des Soc. Sav., t. VIII, p. 147).

CHAPriRE XVU

LA DÉCORATIOX DES ÉGLISHS ROMANliS

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