‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 289 sur 377 · SCULPTURE D ORNEMENT · texte numérisé non relu

SCULPTURE D ORNEMENT

ORNEMENTS IMITÉS DK L'ANTiaUH. — RUBANS. — MÉANDRES. — CHEVRONS. — EEUILLAGES,

ROSACES. — l'ALMETTES. — FEUILLES DE KEEEND. — RINCEAUX.

L'étude de la sculpture est, pour l'époque romane, encore plus intéressante que celle de la peinture sous ses diverses formes. C'est en effet une branche de l'art qui fut fort en faveur en France dès le xi" siècle, et qui produisit au xii= un nombre considérable d'œuvres de tout genre qui n'ont point encore totalement disparu. L'exécution de ces oeuvres est souvent inférieure au sentiment qui les a inspirées, nous n'en devons pas moins un légitime tribut d'admiration aux maîtres, pour la plupart inconnus, qui contribuèrent à la renaissance d'un art où la France se montra pendant fort longtemps supérieure à toutes les autres nations.

Leur mérite est d'autant plus grand que les siècles précédents ne leur avaient pas laissé beaucoup de bons modèles. L'époque carolingienne, qui avait produit d'excellents orfèvres ' et de remarquables tailleurs d'ivoire, n'avait pas pratiqué la sculpture sur pierre avec un égal succès. La figure exige des artistes habiles et bien des années s'écoulèrent avant qu'on eût retrouvé l'art de la traiter convenablement.

Le réveil de la sculpture d'ornement fut plus rapide. Les peintures des manuscrits carolingiens nous permettent d'affirmer que dès le ix= siècle elle avait commencé à renaître, et qu'on y employait déjà certains des éléments décoratifs dont l'époque romane devait tirer si bon parti. Ce mouvement de renaissance, il est vrai, subit un temps d'arrêt pendant les invasions normandes et les troubles interminables qui désolèrent la France au x" siècle, mais il reprit avec l'avènement de la dynastie capétienne et cette fois pour ne plus s'arrêter.

Le feuillage joue un grand rôle dans la sculpture d'ornement. Les monuments antiques encore nombreux dans diverses régions sous les premiers capétiens, en fournissaient dans leurs frises et leurs chapiteaux des modèles qu'on n'avait peutêtre jamais complètement oubliés; aussi dès le xi'= siècle trouve-t-on quelques beaux

I. Comme ce Wolvmus qui a signé l'admi- Angilbert, à Saint- Ambroise de Milan (Voir cirable parement d'autel donné par l'archevêque dessus, p. 219).

LA DECORATION DES EGLISES ROMANES

spécimens de teuillages. Mais ils sont rares encore et ne peuvent guère faire prévoir les chefs-d'œuvre que le xii'= siècle verra éclore.

11 y a d'autres motifs d'ornement dont les sculpteurs romans ont fait grand

emploi pour la décoration des édi-

fices. Ce sont de menus objets qui n'ont pas grande valeur si on les prend solément, mais qui, par leur répétition et le judicieux emploi qu'on en tait, produisent souvent un grand effet. Le nombre en est assez considérable par lui-même, et il s'accroit à l'infini par les mille façons dont on en use. Aussi la variété est-elle une des qualités maîtresses de l'art décoratif à l'époque romane et jamais les artistes n'ont déployé plus d'ingéniosité pour trouver de nouveaux motifs d'ornement ou pour combiner de quelque façon originale ceux que leur avaient transmis leurs pères. Tout sert d'aliment à leur inspiration. Les uns vont puiser au vieux fonds romain (fig. 571), d'autres à la source byzantine, soit directement grâce aux pèlerinages qui, malgré les dangers du voyage, poussaient chaque année vers les Lieux saints une foule de pieuses gens ; soit indirectement par l'intermédiaire des nombreux objets qu'apportait le commerce, étoffes de soie, coffrets d'ivoire, émaux, pièces d'orfèvrerie, etc. Et ce n'est pas seulement l'Orient, l'Extrême-Orient lui-même a parfois fourni le bronze ou l'ivoire aux formes exotiques dont s'est inspiré quelqu'un de nos sculpteurs '. Ajoutez à cela certaines traditions remontant aux temps barbares; certaines influences celtiques dues plutôt au grand rayonnement qu'avaient eu quelques siècles auparavant les monastères irlandais, qu'à une prétendue persistance de l'art rudimentaire des Gaulois ; enfin un certain afilux anglo-saxon et, dans nos provinces du Midi,

I. Ainsi on voit à la cathédrale de Bayeux, évidemment copiés sur ceux dont les Chinois dans les écoinçons qui séparent les arcades de la ornaient leurs bronzes et leurs émaux (Ruprichnef, des bas-reliefs représentant des monstres Robert, Architecture normande, pi. 159 à 161).

. 5>i. — Saint-Gabriel (Bouches-du-Rhone). Détail de la façade .

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