‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 290 sur 377 · ORNEMENTS IMITES DE I. ANTIQUE · texte numérisé non relu

ORNEMENTS IMITES DE I. ANTIQUE

laction réciproque exercée par les relations de voisinage a\'cc l'Italie du Nord. Voilà en peu de mots où nos artistes romans ont été chercher leurs modèles ou plutôt les thèmes sur lesquels s'est exercée leur fantaisie.

L'étude de l'ornementation peut se faire soit en considérant successivement les diverses parties des édifices sur lesquelles on avait l'habitude de concentrer la décoration, chapiteaux, corniches, bandeaux séparant les différents étages, portes, fenêtres, arcatures de tout genre, etc., ou bien en considérant tour à tour chaque motif d'ornement, et en étudiant les principales applications qui en ont été faites. La première méthode a l'avantage de faire mieux ressortir les remarquables qualités décoratives de l'ornement roman, mais je suis obligé de préférer la seconde pour éviter des répétitions qui se produiraient à chaque instant, car les motifs d'ornement ne sont presque jamais réservés à un usage spécial, ils ne changent pas essentiellement de caractère suivant qu'ils sont appliqués à une corniche, une archivolte de fenêtre, ou un jambage de porte. Seuls les chapiteaux doivent être étudiés à part, car bien qu'on les ait souvent décorés de motifs qui peuvent se retrouver ailleurs, leurs formes sont si diverses et leur rôle si considérable qu'ils méritent une place distincte dans l'histoire de l'ornementation.

Je m'occuperai donc d'abord des menus motifs d'ornement qu'on peut rencontrer dans les œuvres des artistes romans; je montrerai ensuite l'emploi qu'ils ont fait des feuillages; je dirai les formes principales qu'ils ont données aux Ehapiteaux et, finalement, je ferai voir le parti qu'ils ont su tirer de la figure tant pour l'embellissement de leurs églises que pour l'édification du peuple chrétien.

Les Romains ornaient les corniches de leurs édifices de files de perles, de rangées d'oves, de rais de cœur, de denticules. Tous ces éléments se rencontrent, mais à des degrés divers, dans l'art roman .

La perle est celui dont l'usage a été le plus répandu dans tous les temps. Elle peut se présenter sous des aspects assez divers ; le plus souvent, ce sont de petites billes juxtaposées en ligne, quelquefois de petits disques de faible épaisseur. Les filets perlés de l'un ou l'autre type ont été très employés, principalement par les artistes de l'Angoumois et de la Saintonge, pour border des galons de toute sorte, pour rehausser la silhouette de certains objets, accentuer la membrure de certains ornements. La riche archivolte de la porte principale d'Aubeterre (Charente) nous offre de bons spécimens de ces divers emplois de la perle (fig. 572).

Souvent les artistes romans ont fait emploi de perles qui, au lieu d'être tangentes, sont séparées par des intervalles au moins égaux à leur diamètre. Ils ont même fait emploi de grosses perles, très espacées, comme dans la riche arcature qui décorait le cloître du Mas d'Aire (fig. 574), mais ceci dénote presque toujours une époque assez avancée du xii" siècle.

On figure parfois sur ces grosses perles des fentes analogues à celles qu'on voit sur les grelots ; ce détail qui ne se rencontre pas avant la fin de la période romane est assez intéressant à signaler, car s'il n'est pas très commun en France, il a posi-

LA DECORATION DES EGLISES ROMANES

tivcment f;ut turt-ur en Angleterre. Seulement ce genre de grelot que les archéologues anglais appellent bail flcmvr, n'y est devenu commun qu'au xiv^ siècle, c'est-à-dire l'époque du plein épanouissement de l'architecture gothique.

Les Romains ont tait grand usage de perles allongées comme des olives. Ces perles oblongues peuvent être juxtaposées en longs filets ou séparées par de petites perles aplaties ou des demi-perles iigurées de proiil. Cette variété de perles se rencontre à profusion dans les monuments de la région d'Arles, Aix, Avignon, ainsi au

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Fig. 572. — Aiibeterre (CluiremcJ . Archivolte de l.i porte prineip.ile.

porche de Notre-Dame des Doms (fig. 440), au portail de Saint-Gabriel (fig. 571), si visiblement inspirés des modèles antiques. Elle est rare partout ailleurs.

Les oves sont un autre ornement emprunté à l'architecture classique et qui est commun dans les paj's où l'on a imité cette architecture, comme la Provence (fig. 571), et certaines parties de la Bourgogne ; il est assez rare ailleurs. Dans les édifices antiques, les oves ont la forme d'un œuf tronqué à l'un de ses bouts, mais de très bonne heure le tj'pe classique s'est déformé, on en fait un ovale posé verticalement, quelquefois horizontalement; ou même une sorte de boule ronde de peu de relief dont la forme s'éloigne tellement du type primitif qu'on n'oserait l'y rattacher n'était la présence entre ces boules de petits reliefs rappelant de plus ou moins loin ceux qui séparent les oves dans l'architecture romaine.

C'est encore à la famille des ornements empruntés à l'antiquité qu'appartiennent les rais de cœur. Dans les monuments romains, ce sont des espèces de foliolles dont

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