IhicL, t. III, pi. iç
FI.F.UKS ET PEmi.l.AGHS 593
Les cannelures sont formées par des numlures parallèles à profil concave; les artistes romans ont adopté dans certaines voussures d'archivoltes une disposition inverse, c'est-à-dire t]u'ils ont fait emploi de moulures parallèles à profil convexe. Cela donne comme une série de minces coussinets serrés les uns contre les autres. On en voit un exemple à la porte de Saint-Pierre-au-Parvis de Soissons (fig. 377), à l'entrée de l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem rebâtie par les Croisés, aux arcades du transept de Marignac (Charente-Inférieure) ', à une porte du Vieux- Saint-Jean à Perpignan ^ Cette décoration dénote habituellement une époque assez avancée du xii'' siècle, c'est-à-dire qu'elle appartient à la période de transition plutôt qu'à l'époque romane proprement dite.
Les motifs d'ornement que nous venons de passer en revue sont pour la plupart d'une exécution assez facile, et c'est à cela sans doute qu'ils ont dû une bonne part de leur vogue. Mais à mesure que les artistes romans deviennent plus habiles, nous vovons se développer une autre catégorie d'ornements qui ouvre à leur génie un champ autrement large ; je veux parler des motifs empruntés au règne végétal.
Il n'est guère de civilisation qui n'ait songé à chercher des inspirations artistiques dans les fleurs et les feuillages que la nature a répandus à protusion autour de nous. Les Grecs et les Romains en ont fait grand usage pour la décoration de chapiteaux, des frises, des jambages de portes ou de fenêtres ; le goût ne s'en est jamais complètement perdu, ni après le triomphe des barbares, ni au temps de la décadence carolingienne, et dès qu'apparaissent, au xi'' siècle, les premiers symptômes de renaissance, nous voyons, à côté des vieux motifs antiques souvent bien dénaturés, s'épanouir une foule de nouveaux types de iieurs et de feuillages qui contribuent puissamment à donner à la sculpture romane ce caractère d'abondance et de variété qui n'en est pas le moindre mérite.
Fleurs et feuillages sont presque toujours rendus, au xi*^ et au \u^ siècle, d'une façon conventionnelle. L'idée de copier fidèlement la nature ne se manifeste réellement qu'à l'époque gothique, et si certaines fleurs à quatre pétales, très répandues dans les archivoltes romanes (fig. 590), rappellent les cruciières de nos campagnes ; si beaucoup de cordons d'archivolte nous montrent des fleurs à ombilic saillant qui peuvent faire songer aux cyclamens avec leurs pétales retroussés (fig. 590), il est bien probable que ces ressemblances sont purement fortuites. On ne peut douter en tout cas qu'elles n'aient pesé d'un poids bien léger dans les préoccupations des artistes quand on voit avec quelle ftntaisie ils diversifiaient un même type de fleurs en en multipliant les pétales ou en en découpant les lobes, en en creusant les nervures ou en les agrémentant de détails accessoires tels que des filets perlés (fig. 572), etc.
Plus encore que les fleurs, les feuillages ont fourni à l'imagination des artistes romans des thèmes d'une variété infinie, et pourtant ces thèmes ne relèvent pas
I. Archives Jes Mou. hisL, t. IV, pi. 58. 2. Brutails, L'art rt!ii:;ios eu el Rossello, pi. 12.