‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 301 sur 377 · I.ASTrvRiF. — An-hilcchnc roiiiuiir. î · texte numérisé non relu

I.ASTrvRiF. — An-hilcchnc roiiiuiir. î

LA DECORATION DES KGI.ISES ROMANES

d'un nombre de tj'pes aussi grand qu'on pourrait croire. Quand on s'applique à en découvrir l'origine, on reconnaît bien vite que la plupart sont simplement des déformations ou, si l'on préfère, des transformations des types de feuillages employés par les Romains, comme la feuille d'olivier, la feuille de laurier ou la feuille d'acanthe, et que toutes les combinaisons qu'on rencontre dans les monuments antiques, feuilles de refend, rosaces, palmettes, rinceaux, ont été imitées à

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l'époque romane tantôt avec une fidélité réelle, tantôt, au contraire, avec une telle fantaisie que ces imitations constituent presque des créations nouvelles.

La feuille d'olivier, malgré la simplicité de son dessin, est peu employée même dans les parties de la France où cette plante n'a jamais cessé d'être cultivée. J'en ai néanmoins recueilli un exemple assez dénaturé à la voussure extérieure d'un portail du XI'' siècle des environs de Charlieu, à Neuilly-en-Donjon (fig. 683).

La feuille de laurier est plus commune. Les anciens s'en servaient pour décorer les bandeaux de dimensions moyennes. Ils les accolaient verticalement, la pointe en haut. Les artistes romans ont tait de même ; il y en a probablement plus d'exemples en Provence qu'ailleurs, mais on peut en trouver dans des régions fort éloignées de là. Ainsi il v en a un rang à l'arcliivolte de la jolie porte de Pom-

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pierre dans les Vosges (fig. 380). Dans cet exemple, les extrémités des feuilles sont recourbées en forme de crochet.

La feuille de lierre, tellement employée par les anciens et par les premiers artistes chrétiens, a suscité peu d'imitations à l'époque romane, et de même la feuille de vigne, qui a joué un rôle décoratif si important dans l'art byzantin et dans l'art occidental du w" et du w" siècle, et dont les artistes gothiques tireront à leur tour de si heureuses inspirations.

La feuille d'acanthe ou, plus exactement, les feuilles à découpures profondes qu'on comprend sous la désignation générique de feuilles de refend, ont eu, à l'époque romane, une vogue comparable à celle dont elles ont joui dans l'antiquité; mais au xi'' siècle, les artistes capables de les traiter avec quelque souplesse étaient singulièrement rares, et c'est sûrement à tort que certains archéologues ont voulu faire remonter aux environs de l'an mille, et même plus haut encore, quelques-uns, des plus élégants spécimens de feuillages de cette catégorie qu'on admire dans les monuments du Midi.

Les artistes romans emploient la feuille de refend à la décoration des frises, des archivoltes, des corniches, des modillons, des chapiteaux, etc.

Dans les frises et les corniches, elle est habituellement posée verticalement et forme une série de motifs juxtaposés, tous du même modèle. Le plus ordinairement, elle est formée de cinq lobes aux découpures plus ou moins profondes ; celui du haut se recourbe en avant, les quatre autres sont séparés par une forte nervure en deux groupes symétriques. Tel est le schéma habituel de la feuille de refend ; mais il se prête à des variations infinies, moins par les mille façons dont on peut en dessiner les découpures que par les transformations innombrables que l'on obtient en variant les dimensions relatives des lobes, en exagérant la saillie ou la courbure des uns, en réduisant l'importance ou la dimension des autres. Décrire les mille nuances qui différencient toutes ces variétés serait long et fastidieux, mais on peut se faire une idée des principales transformations par lesquelles elles ont passé en comparant les beaux types, si voisins des modèles antiques, que l'on admire sur les chapiteaux d'Arles ou de Saint-Gilles, ou ceux aux fines nervures qui abondent dans les corniches et les impostes des églises de l'Ile-de-France, avec les spécimens abâtardis qu'on relève dans mainte église de la région d'Avignon (fig. 440), Arles, Tarascon (fig. 571), Vaison, ou les types complètement transfor^ mes qui se rencontrent en Saintonge et en Poitou, à Châteauneuf ou à Saint- Maurice de Gençay (fig. 589), par exemple.

Au lieu de ranger les feuilles de refend la pointe — c'est-à-dire le lobe médian — en haut, certains artistes ont imaginé de les placer la pointe en bas, ou de les disposer sur deux rangs en sens contraire, comme dans la frise qui s'étend sous le Martyre de saint Pierre à la façade d'Aulnay (fig. 677). Cette fantaisie a contribué plus que toute autre à la création de types nouveaux, tellement éloignés du type originel qu'on pourrait hésiter à les y rattacher si on ne possédait nombre de types

LA DECORATION DES EGLISES ROMANES

intermédiaires qui permettent de reconstituer toute la gamme de ces transformations.

Habituellement les feuilles de refend employées à la décoration des corniches ou des archivoltes se détachent sur une surface plate, sur un bandeau plus ou moins large. Mais on peut aussi les accoler à une moulure ronde, comme

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