‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 302 sur 377 · X. Tliiollici- ph · texte numérisé non relu

X. Tliiollici- ph

Fig. 591. — Le Piiy (H.iute-Loire). Porte de l'église S;\int-Michel.

un gros quart de rond, et en ce cas on a parfois creusé les vides de façon à produire un effet comparable à un travail de broderie. La cathédrale de Langres offre un exemple de ce genre de décoration qui serait très remarquable si les dimensions exagérées de la moulure sur laquelle se détache le feuillage ne donnaient à l'ensemble quelque lourdeur. La curieuse éghse Saint-Michel-d'Aiguilhe au Puy nous montre, avec des feuillages d'un autre type, un spécimen beaucoup plus élégant de ce genre de travail (fig. 591) dont les Byzantins ont fait de nombreuses applications.

l^VI.MHTTES

Les anciens employaient à la décoration des frises une autre espèce de feuillage conventionnel, c'est la palmette. Réduite à ses traits essentiels, la palmette antique est une feuille à cinq, sept ou neuf profondes découpures ; on la trouve souvent employée seule pour la décoration des antéfîxes de terre cuite qui, dans les toitures, fermaient l'extrémité des files de tuiles creuses. Dans les frises, les palmettes sont juxtaposées en séries de modèle uniforme, comme les feuilles de refend, mais avec cette différence qu'entre deux palmettes consécutives on intercale presque toujours une sorte de fleur rudimentaire, formée d'un bourgeon accosté de deux folioles.

Le moyen âge a fait grand emploi de la palmette, mais il l'a soumise à des

Fis. 592. — Kcunit (Cliareiite-Iiiféricure). Détail de la façade

transformations si multiples et si profondes qu'on ne sait bien souvent si on n'a pas devant soi une feuille de refend dégénérée plutôt qu'une véritable palmette. Rien qu'en changeant le nombre des découpures, en les taisant plus ou moins profondes, plus ou moins anguleuses, en atténuant ou en accentuant le dessin de leurs nervures (fig. 592), on obtient des variétés infinies. Mais ces variétés ne sont rien à côté de celles qu'on a obtenues par la transformation de l'espèce d'ornement floral qui accompagne la plupart des palmettes, car suivant qu'on en réduit les dimensions ou qu'on les exagère, suivant qu'on lui donne une importance moindre ou plus grande qu'à la palmette proprement dite, suivant le développement que prennent les deux folioles qui flanquent le bourgeon (fig. 593), on obtient des transformations tellement radicales qu'elles ne semblent plus avoir entre elles aucun lien commun.

LA DECORATION DES EGLISES ROMANES

Les Romains ont tréquenament donné aux feuillages la forme de rosaces ou de rinceaux. Ici encore les artistes romans les ont imités, mais de façon fort libre.

Ainsi les Romains employaient surtout les rosaces à la décoration des caissons dont ils aimaient à garnir la douelle des voûtes ou des arcs à large section. On a totalement ignoré les voûtes caissonnées au moyen âge, et on s'est rarement servi des rosaces pour orner la douelle des arcs. C'est sur la tace antérieure des vous-

Le Douliet (Charente-Infé

e). Détail de la façade

sures d'archivoltes, sur les frises qui séparent parlbis les principaux étages des édifices, sur le chanfrein des corniches, parfois dans les espaces qui séparent deux modillons consécutifs qu'on en fait usage.

Les rosaces romaines sont de types peu variés ; ce sont ordinairement deux rangs de feuilles d'acanthe rayonnant autour d'un bouton central. Quelquefois ce sont des feuilles sans dentelures, ce qui donne à la rosace, surtout si elle est formée de feuilles étroites et nombreuses, l'apparence d'une fleur de marguerite.

Le mo5^en âge ne s'est pas contenté d'imiter ces deux types, il les a développés, les a transformés et en a tiré une foule de variantes. Toutes nos provinces offrent des exemples de rosaces. Mais c'est surtout en Bourgogne qu'on a témoigné un

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<^OLit prononcL- pour ce ijcnix- de dccunition, et cV-st la qu'on un trouve les spécimens les plus riches et les plus variés, soit sur les bandeaux séparant les étages de la nef ou du chœur, comme à Autun (fig. 444), de la façade ou des clochers, comme à la Charité-sur-Loire (fig. 584), soit sur les piédroits ou les archivoltes des portails, comme à Charlieu (fig. 688) ou à Avallon (fig. 453). Les rosaces romanes sont de dimensions très diverses. Il y en a de fort grandes, comme celles qui ornent le linteau de la fameuse porte de Moissac (fig. 658) et la plupart de celles qu'on admire dans les monuments bourguignons ; il y en a d'assez petites, comme celles qui garnissent l'encadrement de la porte du transept de Paray-le-Monial, et plus encore celles qui forment une si riche parure à l'une des voussures de la porte principale de l'église de Charlieu (fig. 688). Les unes sont de dessin très simple et ne comportant qu'un nombre restreint de folioles ou de pétales sans aucune découpure ; d'autres, au contraire, sont formées de feuilles aux découpures multiples et parfois très protondes. Les unes enfin sont d'un relief peu accentué, les autres se détachent vigoureusement sur les surfaces qu'elles décorent, comme celles qui donnent un aspect si riche à la porte principale de l'église d'A vallon (fig. 453).

La fantaisie qui règne dans toutes ces conceptions est donc fort grande ; ce n'est rien cependant à côté de celle qui préside à la combinaison des rinceaux de feuillages. C'est encore aux anciens que remonte l'idée première des rinceaux. On en voit souvent couvrant de leurs enroulements symétriques les larges frises qui courent sous les corniches des temples. Quoique l'acanthe occupe toujours une grande place dans les rinceaux antiques, elle n'y règne pas d'une façon exclusive ; les plantes sarmenteuses comme la vigne, avec ses vrilles et ses fruits en grappe, y jouent également un rôle qui devient prédominant dans l'art chrétien primitif.

Le goût pour les rinceaux n'a jamais disparu même aux plus tristes moments de l'époque barbare, et nous en voyons des imitations grossières sur des monuments funéraires dont la date ne saurait prêter à contestation comme les œuvres d'architecture.

Mais au lieu des élégantes nervures, des folioles aux menues découpures qui, dans les monuments des bonnes époques, se mêlent avec tant de souplesse aux courbes des rinceaux, les artistes francs ne savent faire que de lourds enroulements sans finesse et sans grâce. Beaucoup même reculent devant la difficulté de tracer des courbes régulières et se contentent de dessiner une tige aux ondulations vagues, de part et d'autre de laquelle se détachent alternativement des folioles plus ou moins symétriques. Les Romains, d'ailleurs, avaient eux-mêmes fait usage de ces courses de feuillages dans maint monument, et les artistes provençaux leur ont parfois, comme à Arles (fig. 668), emprunté ces modèles abâtardis.

Les rinceaux dans lesquels l'imitation des modèles antiques est assez fidèle sont rares au xi*-' siècle, mais communs au xii'^ non seulement en Provence, comme à Saint-Gilles (fig. 441), mais même dans des régions où l'influence des monuments antiques est beaucoup moins sensible. Ainsi on rencontre en pleine Ile-de-France,

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LA DECORATION DES EGLISES ROMANES

dans des édifices qui à d'autres égards relèvent du stvie gothique infiniment plus que de l'art roman, comme les églises de Saint-Den3's ou de Mantes, des rinceaux

r, ^rlrlin-s.lbon ph.

l ig. 594. — Trie-Chàtcau (OiseJ. Porte principale

à l'antique reproduits avec un tel souci d'exactitude qu'on a même figuré cette espèce de bourse d'où les anciens font sortir la tige de leiirs rinceaux.

Mais le plus souvent, quoique l'imitation soit très manifeste, elle est poussée moins loin et donne lieu à une décoration, riche peut-être à cause de sa profusion,

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mais d'un aspect passableincnt lourd, comme au luxueux portail de Trie-Château (fig. 594). Souvent même c'est de l'interprétation plutôt que de l'imitation proprement dite, témoins les élégants rinceaux du linteau de Magiieloiiiie, exécutés en 1178 (fig. 595), et ceux de même style qui décorent la tranche du linteau de la porte principale de Saint-Trophime d'Arles '. Ce dernier modèle a eu dans le Midi une grande vogue et les sculpteurs des dernières années du xii'^ siècle et du commencement du siècle suivant l'ont cultivé avec une remarquable habileté, comme le montre l'admirable frise qui entoure une fontaine recueillie à l'Hôtel de Ville de Carcassonne -.

Ce tvpe de rinceaux est loin d'ailleiu's d'être le plus commun à l'époque romane. Celui que l'on rencontre le plus est formé de tiges épaisses dont se détachent des feuilles d'un dessin beaucoup plus simple ; elles sont figurées de profil et en ce

Fig. 595. — Maguclonnc (Henuiitl. l-iiitcau de porte.

cas leur lobe terminal forme plus ou moins le crochet, comme on le voit au tympan de Saint-Ursin à Bourges (fig. 673). D'autres fois, les feuilles des rinceaux s'étalent en éventail, suivant des dessins capricieux, comme à la jolie porte de Saint-Michel-d'Aiguilhe au Puy (fig. 591); des nœuds agrémentés de diverses façons embrassent la tige aux points où les enroulements s'en détachent. Qu'elles soient figurées à plat ou de profil, il n'est pas rare que d'autres feuilles à peine épanouies ne se détachent du rinceau et viennent s'accrocher en quelque point de ses enroulements avec lesquels elles forment des entrelacs, parfois très compliqués, comme sur les riches tailloirs de l'arcature du Mas d'Aire (fig. 574). Les variétés qui. relèvent de l'un ou l'autre de ces types sont infinies et marquées par des difli"érences tellement profondes qu'on pourrait être induit en erreur si l'on se fiait trop à leur plus ou moins grande simplicité pour établir entre elles un classement chronologique. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que les rinceaux à tiges épaisses, aux folioles lourdement et sobrement dessinées, représentent un type plus ancien que ceux dont les tiges sont finement nervées. Quant aux feuilles d'un dessin tourmenté, comme celles des rinceaux qui font un si luxueux encadrement au beau portail de Charlieu (fig. 688), elles ne sauraient se rencontrer avant une période déjà avan-

I. R. dQ LasKyriii, Eludes sur hi sciilpl. franc., 2. Congres archcol. de Frauec , Curcassonue

p. 76, fig. 19. 1906, p. 310, pi.

LA DECORATION DES EGLISES ROMANES

Fig. S96. — Lichèies {Charente). Porte

RINCEAUX iMl-LKS OK l'IGURKS

cée du xii"' siècle. Mais notons en même temps que le plus ancien de ces fleures de rinceaux, déjà comnum au w" siècle, a persisté fort longtemps, car son influence se tait encore sentir dans les premiers monuments gothiques.

Fig. 597. — Siiintt-Gemme (Cliarciite-Interieiiri;). Porte principale.

Les rinceaux antiques sont quelquefois entremêlés de figures d'oiseaux, quelquefois même de petites figures de génies. Les artistes romans se sont aussi inspirés

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de ces gracieuses fantaisies ; ils leur ont même donné un développement qu'elles n'avaient jamais pris dans l'antiquité. Certaines miniatures nous prouvent que dès l'époque carolingienne on savait mélanger ainsi la figure et les enroulements de feuillages (fig. i8i), mais les artistes capables de tirer d'un bloc de pierre une figurine d'homme ou d'animal furent si rares jusqu'au xn= siècle que les exemples de ce genre ne devaient pas être communs Au xii" siècle, au contraire, à mesure que l'art de la sculpture se développe, l'usage d'introduire des figures dans les rinceaux de feuillages se répand dans toutes nos provinces et presque toutes nos écoles locales ; celle de Toulouse, celle de l'Ile-de-France, celle de Bourgogne comme celles du Poitou et de la Saintonge, nous fournissent de délicieux spéci-, mens de ce genre de décoration appliqué aux frises, aux archivoltes, aux tailloirs, aux moulures d'impostes et jusqu'au fût même des fines colonnettes qui décorent les portails. Tantôt, comme dans la riche archivolte de la porte de Lichères (fig. 596), ce sont des figures d'animaux qui se jouent dans les rinceaux ; tantôt ce sont des figures d'hommes qui semblent se frayer péniblement un chemin au milieu de leurs enroulements, comme aux montants de la magnifique fenêtre d'Aulnay (fig. 590). Tantôt enfin ce sont des hommes combattant des animaux, comme dans certains chapiteaux de Toulouse. Mais la plupart de ces charmants modèles appartiennent à une époque très avancée du xii" siècle, et l'on risquerait de se faire une idée trop favorable de l'habileté des artistes romans à représenter la figure humaine si l'on prétendait en juger par des spécimens d'époque aussi tardive.

J'aurais encore, si j'avais la prétention d'être complet, bien d'autres variétés de feuillages à énumérer. Les provinces de l'Ouest, la Saintonge, tout spécialement, en ofli'rent à notre curiosité une telle quantité de modèles divers que je craindrais de lasser la patience de mes lecteurs si je voulais les passer tous en revue. Les riches archivoltes des églises de Sainte-Gemme (fig. 597), d'Aulnay (fig. 677), etc. peuvent donner à cet égard une idée de l'extraordinaire esprit d'invention qui animait les décorateurs de cette région de la France. Un des types sur lesquels leur fantaisie s'est le plus exercée consiste à orner chacun des claveaux d'une même voussure d'une sorte de plante de convention qui se répète partout de même. Elle est formée d'une tige recourbée en forme d'S, comme à Aulnay, ou de deux tiges se croisant en forme d'X, comme à Sainte-Gemme, et de ces tiges se détachent des folioles symétriques. La similitude du dessin sur chaque claveau donnerait à l'ensemble de la décoration quelque sécheresse, mais la sculpture en ce cas était faite avant la pose, et comme on ne s'astreignait pas à donner à tous les claveaux exactement la même largeur, les feuilles qui les décorent, tout en étant semblables, ne sont pas identiques ; il en est de plus larges, de plus étroites, et les menues différences qui en résultent sufl&sent à donner de la souplesse à l'ensemble. Ce caractère est très marqué dans deux des voussures de la porte de Sainte-Gemme.

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