CHAPITRE XVIII
LES CHAPITEAUX
CHAPITEAUX EPANELKS. — CHAPITEAUX CUBlaUES. — CHAPITEAUX CORINTHIENS. CHAPITEAUX A FEUILLAGES. — CHAPITEAUX A FIGURES.
Les chapiteaux constituent un des principaux éléments décoratifs des églises romanes. Il est bien rare que les plus pauvres elles-mêmes n'en puissent offrir, quelques-uns à notre curiosité, ne serait-ce qu'aux deux colonnes qui flanquerft presque toujours l'entrée du chœur ou de l'abside; quant aux grandes, elles peuvent en posséder jusqu'à deux ou trois centaines, si on réunit dans un même compte les chapiteaux qui couronnent les colonnes du choeur et de la nef,, ceux de toutes les colonnettes qui garnissent les montants des portes, des fenêtres, des baies des clochers; ceux qui reçoivent les retombées des arcatures appliquées le long des murs ; enfin ceux des colonnes qui jouent à l'extérieur le rôle de contreforts.
Ces chapiteaux, au lieu d'être tous du même modèle, comme dans la plupart des monuments antiques, diffèrent ordinairement les uns des autres, et, dans bien des cas, les artistes qui les ont sculptés semblent s'être ingéniés à n'en pas faire deux semblables. Tout au plus s'attachent-ils quelquefois à leur donner à tous un même galbe ; mais cette préoccupation, qui est très marquée dans certains édifices comme la nef de Vézelay, n'empêche pas de placer côte à côte des types fort différents, comme des chapiteaux à figures et des chapiteaux à feuillages.
Suivant une opinion que Viollet-le-Duc a beaucoup contribué à répandre, les sculptures au moyen âge étaient exécutées avant la pose. C'est généralement vrai pour l'époque gothique, cela l'est beaucoup moins pour les temps antérieurs. En réalité, les sculpteurs romans ne suivaient à cet égard aucune règle constante. On observe fréquemment dans un même portail une voussure manifestement sculptée après la pose, alors qu'une autre a été non moins certainement sculptée avant d'être mise en place. Les deux pratiques se remarquent également en ce qui concerne les chapiteaux. Toutefois le plus grand nombre a été sculpté après coup, et cela explique le disparate qu'on constate dans maint édifice entre le caractère archaïque de l'appareil et la finesse de la sculpture.
Les chapiteaux qui n'étaient point sculptés avant la pose étaient ordinairement
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LES CHAPITEAUX
Fig. jgK. — S:in-Miiii;ito. Chapiteau antique
épanelés avec assez de soin, c'est-à-dire qu'on ne se bornait pas à équarrir grossièrement la pierre, comme on le fait aujourd'hui, mais qu'on la dégrossissait en tenant compte de la forme générale des ornements qu'elle devait recevoir et en indiquant de façon sommaire les creux et les principales saillies que devaient former ces ornements.
C'était une pratique courante dès l'antiquité, et nous avons un assez grand nombre de chapiteaux romains qui sont restés inachevés après avoir été épanelés de la sorte. A San-Miniato de Florence il y en a deux qui sont dans ce cas (fig. 598) et qui ont été utilisés plus tard. Les exemples analogues ne manquent pas au moyen âge. L'église de Valcabrère en fournit un (fig. 599) que l'on croit antérieur à l'an looo. Au XI" et au xii'= siècle ils deviennent innombrables.
L'opération de l'épanelage, quand elle est bien faite, peut donner aux chapiteaux un aspect assez élégant. Ainsi l'église de Saint-Sever (Landes) en possède un où tout est si bien combiné qu'on a même prévu une saillie de la corbeille et du tailloir pour recevoir les arcs qu'il était destiné à porter (fig. 600).
Mais sou\-ent le travail est fait grossièrement, et il en résulte un aspect fruste auquel il ne faut pas .se laisser prendre, car on est trop facilement tenté de voir un caractère d'ancienneté dans ce qui n'est qu'un travail ébauché d'une façon sommaire.
Le chapiteau le plus en vogue aux époques lointaines où l'art chrétien prit son essor était le chapiteau corinthien. Aussi estce de celui-là que se sont le plus inspirés les artistes des époques suivantes, et particulièrement ceux de l'époque romane. Son influence a été si gi'ande qu'elle se fait sentir même dans des chapiteaux de type tout différent, où l'on retrouve le galbe général de sa corbeille et la forme si caractéristique de son abaque.
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Valcibrcre (Haute-Garonne).