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Plus jeune ou du moins d'un art plus avancé est le beau tympan de la porte latérale de Saint-Sernin, représentant l'Ascension (fig. 655). Les figures y sont groupées en deux séries : sur le tympan proprement dit, le Christ entouré d'anges et prêt à s'élever dans les deux; sur le linteau, les apôtres entourant la Vierge et levant la tête pour contempler la scène qui se passe au-dessus d'eux. Les attitudes sont gauches, l'exécution maladroite, mais elle dénote une recherche du
— To
Dieu de Majesté.
Albi-m du Midi Fig. 6^4. — Toulouse. Saint-Sern Figure de chérubin.
mouvement et de l'expression bien rare dans les œuvres antérieures. Plus remarquables encore sont les deux grandes figures d'apôtres qui sont encastrées dans le mur, de part et d'autre de ce tympan. Leur relief plus accentué, leurs proportions meilleures, la souplesse du travail montrent sufiîsamment qu'elles n'appartiennent pas à la décoration primitive de la porte, et qu'elles proviennent sans doute de quelque autre porte moins ancienne ou du cloître démoli sous la Révolution et qui constituait, avec ceux de la cathédrale et de la Daurade, un des plus beaux ensembles de sculpture que le Midi ait possédés.
Lasteyrie. — Archilediiic romane. 41
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On ne peut se consoler de la destruction de ces admirables cloîtres quand on étudie les quelques épaves qui en restent et qu'a recueillies le musée de Toulouse. Ce sont en première ligne des chapiteaux à personnages comparables à ce que le xii" siècle a produit de meilleur en ce genre, puis une série de grandes figures aussi intéressantes au point de vue iconographique que pour l'histoire du
\r-nm du Midi.
1-ig. bsî- — Toulouse. Saint-Sernin. Tymp.-in du la porte latérale sud.
développement de la sculpture romane. Citons dans le nombre deux figures de femme tenant sur leurs genoux deux des signes du zodiaque, le lion et le bélier (fig. 656)5 ^^^ Annonciation d'un très beau caractère, mais dans laquelle l'influence de l'art byzantin est plus sensible que dans aucun monument de la même école ' ; citons surtout la magnifique suite d'apôtres qui flanquait une des portes du cloître de Saint-Etienne (fig. 657) et dont l'auteur s'est fait connaître. Il s'appelait Gilabertus et devait travailler à une époque du xii" siècle plus avancée qu'on ne le
I. Cette influence est particulièrement marquée dont est posé le voile qui lui couvre la tête, tout dans la figure de la Vierge. Son attitude, la façon fait songer aux ivoires byzantins. Voir André dont sont dessinés les plis de ses vêtements, Michel, Histoire de Tari, t. I, p. 627, fig. 547.
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croit généralement, car ces apôtres ont une variété d'attitudes, une liberté de mouvements, une souplesse qui font complètement défaut à la plupart des figures que j'ai énumérées jusqu'ici.
L'église abbatiale de Moissac n'est pas seulement célèbre par le beau cloître dont
Graillotph.
Fig. 6>6. — Toulouse. Mu.sée. Figures provenant de Saint-Sernin.
je signalais tout à l'heure les curieuses sculptures ; elle possède aussi un grand portail sculpté (fig. 658) que l'on range à juste titre parmi les plus remarquables productions de la sculpture romane dans le midi de la France. Au-dessus d'un linteau couvert de superbes rosaces et qui semble provenir de quelque monument antique ' se développe un vaste tympan sur lequel un ciseau naïf encore et maladroit, mais singulièrement expressif, a su grouper une composition d'une imposante gran-
I. On peut voir au musée de Cahors une et qui n été trouvée sur l'emplacement d'une grande pièce de marbre d'un dessin identique, ville romaine.
LA SCULPTURE ROMANE
deur. C'est le Jugement dernier. Au centre, un Christ de grande taille entouré des symboles des quatre évangélistes et de deux anges aux formes démesurées. Audessous de lui et à ses côtés, les vieillards de l'Apocalypse assis, la tête levée ou tournée vers le Souverain Juge avec des différences dans les physionomies tout à fait remarquables. Ce tympan est soulagé en son milieu par un trumeau couvert d'un pittoresque enchevêtrement d'animaux, et dans ses piédroits sont encastrés deux
liant de Saiiu-Htienne.
longues figures d'apôtres. Il est abrité par un porche très saillant dont les montants sont couverts de grandes figures représentant l'Avarice et la Luxure, l'Annonciation et la Visitation, et de petits bas-reliefs représentant la mort du Mauvais riche, l'Adoration des Mages et la Fuite en Egypte.
On est mal fixé sur l'âge véritable de ce célèbre morceau. Une chronique locale en fait honneur à l'abbé Anquetil qui mourut vers 1115, mais elle est de trop basse époque pour que son témoignage ait grande valeur, et la tradition qu'elle a recueillie ne repose sans doute que sur une fausse interprétation de l'inscription du cloître que j'ai rappelée plus haut. M. André Michel suppose avec vraisem-
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blance que ce tympan est contemporain de l'abbé Roger qui mourut vers 113 5, et dont la statue se voit juchée sur une colonne appliquée à l'extérieur du porche. Notons seulement que cette statue dénote un autre faire que les figures du tympan ; elle rappelle davantage les bas-reliefs, sûrement moins anciens, qui garnissent les montants du porche et qui fournissent un assez bon argument à l'appui de la tradition, assez mal établie d'ailleurs, qui veut que le portail de Moissac ait été primitivement sur la façade occidentale de l'église et qu'on l'ait transporté pierre à pierre à sa place actuelle quand on songea à fortifier le monument dans la seconde moitié du xii^ siècle.
On est d'accord pour attribuer ce magnifique ensemble à l'école de sculpture de Toulouse. Il est à noter cependant qu'il diff"ère par maintes particularités de toutes les œuvres similaires dues à cette école et qu'au contraire, en remontant vers le centre de la France, on trouve plusieurs autres portails avec lesquels il présente un air de famille incontestable.
Un des plus remarquables est celui de Beaulieu en Limousin (fig. 659). Il représente également le Jugement dernier, mais avec d'assez notables variantes ; ainsi les vingt-quatre vieillards sont remplacés par les douze apôtres, et ceux-ci, au lieu d'être rangés comme à Moissac, sont disposés irrégulièrement au hasard des vides disponibles entre la figure |du Souverain Juge et celles des morts qui sortent du tombeau. Aux symboles des évangélistes, l'auteur du portail de Beaulieu a substitué des anges tenant la croix ou sonnant la trompette du Jugement. L'élégant linteau de Moissac est remplacé par deux frises couvertes d'animaux fantastiques. Derrière l'une d'elles apparaît une suite de rosaces, tellement analogues à celles du linteau de Moissac qu'elles suffiraient sans autre preuve à montrer la proche parenté qui unit ces deux portails. Cette parenté se manifeste encore dans la forme du porche voûté qui protège le tympan et dont les montants sont également garnis de basreliefs.
L'aspect étrange de la figure du Christ, la bizarrerie des animaux qui couvrent le linteau, la rudesse et la gaucherie de certaines figures ont souvent fait vieillir ce portail plus que de raison ; on a voulu parfois en faire une œuvre antérieure au portail de Moissac ; c'est, je crois, une erreur. N'aurait-on pas l'imitation flagrante des rosaces de Moissac, le style des figures suffirait à le prouver. Elles sont très supérieures, comme élégance et comme finesse, à celles des vieillards de l'Apocalypse et font déjà prévoir les charmantes figures dont fut décoré plus tard le portail de la cathédrale de Cahors.
Les sculptures de Beaulieu ne sont point une exception dans la région. Il y a eu des œuvres analogues dans maintes localités, ainsi en Limousin, à Brive ', la Graulière -, Saint-Chamant ; dans la partie de l'Auvergne qui avoisine cette province,
I. Bull, delà Soc. bist. et archéoL de Bn'vf,l. I, 2. R. Page, Bulletin monumental, t. LXXIII,
p. 235. p. 82, pi.